dimanche 15 avril 2012

Les pseudomédecines

J'appelle «pseudomédecines» l'ensemble des médecines pseudoscientifiques qu'on appelle souvent médecines alternatives. Elles s'opposent donc à la médecine scientifique (celle qu'on pratique dans les hôpitaux) et aux médecines douces*.  Il existe de nos jours une grande variété de pseudomédecines qui pullulent autour de nous. Certaines singent la médecine scientifique (c'est le cas de l'homéopathie, par exemple, qui prescrit des pilules qui ne sont généralement composés que de sucre et d'eau) tandis que d'autres prennent l'aspect de rites magico-religieux et sont souvent inspirés d'une médecine ancestrale préscientifique ou du folklore nouvel-âge. Beaucoup de pseudomédecines se fondent sur la pensée magique ou sur l'idée que tous les symptômes de maladies, au lieu d'avoir des causes infectieuses, cancéreuses ou auto-immunes, sont en fait des «messages» que nous envoie «notre corps» pour nous dire de changer un aspect de notre vie émotionnelle ou sociale. Pour se promouvoir, beaucoup se doteront d'un vernis scientifique en saupoudrant leurs explications de termes de science totalement vidés de leur sens (le mot «quantique» par exemple) ou invoqueront la fibre conspirationniste de leurs patients en disant que la médecine scientifique est contrôlée par des méchantes multinationales qui ne veulent pas que l'on sache que les pseudomédecines sont vraies.

Parfois on me dit que puisqu'une pseudomédecine a un impact positif sur la santé du patient, alors il importe peu de savoir comment elle fonctionne, voire de savoir si son influence est purement psychosomatique ou non. Je ne puis qu'être en complet désaccord avec ça. Au-delà du fait que cet impact positif n'est pas vraiment mesuré (et, lorsqu'il l'est, est souvent égal à celui d'un effet placebo), je pense que l'efficacité d'une médecine ne devrait pas nous empêcher de chercher à comprendre son fonctionnement réel. Si l'acupuncteur me sort la même mythologie qu'il y a deux milles ans en me disant que son traitement rééquilibre le flux de ch'i entre les méridiens et les chakras, j'ai des raisons légitimes de douter de lui. Si, par contre, il me disait quelque chose comme que de piquer tel terminaison nerveuse permet de changer le mal de place, il serait déjà plus crédible. Lorsque l'on comprend le fonctionnement réel d'un traitement, on peut mieux l'utiliser, éviter les erreurs, éviter de le donner dans une situation où ce serait nocif, etc. Si un médecin me proposait de me faire une chirurgie à cœur ouvert, je ne me contenterais pas de vérifier la satisfaction des autres patients ayant subis ce genre de chirurgie, je vais lui demander pourquoi et comment il compte procéder. S'il me dit qu'il faut m'ouvrir le thorax pour évacuer les énergies négatives de mes émotions refoulées dans mon cœur, je vais passer mon tour. Bref, si on constate qu'un traitement d'une médecine alternative est étonnamment efficace, on devrait l'étudier de façon scientifique afin de pouvoir l'inclure éventuellement dans la vraie médecine si cette efficacité est réelle, ou de le dénoncer si son efficacité est fictive.

Est-ce correct de faire du profit sur la crédulité des gens? Certains diront que si une personne n'est pas assez sensée pour elle-même comprendre que telle pseudomédecine est fausse, alors elle ne mérite pas mieux que de se faire arnaquer ou de subir les conséquences sur sa santé de l'absence d'un traitement approprié. Ce serait une manifestation légitime de la sélection naturelle que les gens stupides meurent d'avoir préféré manger un pois sec ou une gélule d'eau plutôt que de suivre la chimio qui leur sauverait la vie. Je suis en désaccord. Dans nos sociétés, il y a moult spécialistes auxquels nous faisons confiance puisqu'il nous est impossible de tout connaître. Si un pont s'effondre et tue tout ceux qui le traversaient, nul ne dira: «C'était à eux de suivre une formation en ingénierie des ponts et d'étudier ce pont-ci sous tous ses angles avant de prendre la décision stupide de le traverser!» Nous n'avons pas à tout connaître. Pour moi, ce ne sont pas les clients des pseudomédecines qui sont négligents, ce sont ceux qui arnaquent autrui avec leur pseudomédecine qui commettent un acte contraire à l'éthique. Ils abusent du désespoir de gens qui ont parfois tout essayé ce que la science pouvait offrir. Quand à ceux qui se font les défenseurs ou les porteparoles d'une pseudomédecine et qui y croient de bonne foi, oui ceux-là sont négligents et, lorsqu'ils s'efforcent de convertir autant de gens que possible à quelque chose qu'ils ne comprennent pas vraiment, ils agissent de manière qui n'est pas éthique. C'est mon opinion.

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* Je distingue les pseudomédecines des médecines douces. Ces dernières ont une efficacité réelle mais ne servent qu'à apaiser les symptômes et non à guérir un mal. Par exemple, prendre une pastille de miel ou d'eucalyptus contre un mal de gorge. Elles ne sont donc pas nécessairement charlatanesques, tant qu'elles s'affichent pour ce qu'elles sont.

1 commentaire:

  1. J'ai aussi beaucoup de mal à tolérer que l'on trompe les gens. Même si certains "thérapeutes" sont totalement de bonne foi et certains de faire le bien.
    Je suis enseignant et il y a quelque chose de frustrant à se retrouver avec un savoir que l'on n'arrive pas à transmettre. Beaucoup de gens n'ont pas appris correctement les raisonnements logiques et scientifiques et sont donc imperméables à nos arguments.
    Il reste un très gros travail d'éducation à faire et qui ne semble pas être la priorité de nos gouvernants.
    Matthieu

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