vendredi 9 avril 2010

Être parent : droit ou privilège?

Quand on veut conduire une voiture ou pratiquer certaines professions, il faut suivre une formation et obtenir un permis ou un diplôme attestant que l'on a les compétences requises pour avoir cette responsabilité. J'étais en train de me dire qu'élever un enfant m'apparaissait comme une responsabilité au moins aussi importante – et lourde de conséquences – que de conduire une voiture. Ne serait-il donc pas parfaitement logique et nécessaire que d'instaurer un «permis de parentalité» qu'il serait requis d'obtenir avant de pouvoir élever un enfant?

Remarquez, on fait déjà pas mal ça pour l'adoption. Quand un couple veut adopter un enfant, il doit se soumettre à de nombreuses exigences pour qu'on s'assure d'écarter les pédophiles, les toxicomanes, les personnes violentes ou, tout simplement, les gens qui sont trop peu responsables ou trop immatures pour se charger de l'éducation d'un enfant. Mais lorsqu'un couple conçoit un enfant, il n'y aucun filtre de la sorte pour s'assurer que les futurs parents soient des gens responsables et sains d'esprit. Comme si l'on considérait que le simple fait d'avoir été amené à l'existence constituait un bien suffisant pour que l'enfant soit redevable à ses parents au point d'endurer certaines maltraitances. Pourtant, l'enfant n'a pas demandé à venir au monde et n'appartient pas à ses parents. Bien sûr, il existe des moyens de retirer à des parents irresponsables la garde de leurs enfants, mais il faut pour cela que l'enfant ait préalablement écopé de vices de ses parents. Mieux vaut prévenir que guérir.

Ne serait-il pas plus sage de simplement soumettre les gens voulant avoir un enfant biologique au même genre de tests que ceux désirant un enfant adopté? Et, d'interdire à toute personne ayant échoué cet examen d'être le tuteur légal d'un enfant; même s'il le conçoit lui-même? Il me semblerait donc pertinent d'instaurer un «permis de parentalité» que l'on obtiendrait à la suite d'un examen sur nos aptitudes parentales et d'un examen psychologique. Ceux qui échoueraient ces tests seraient contraints de suivre une formation ou une thérapie pour obtenir leurs droits parentaux. Ceux qui procréeraient sans permis auraient un délai pour l'obtenir, sans quoi ils perdraient la garde de leur enfant.

––

Je pressens certaines objections face à une proposition aussi drastique. Permettez-moi de vous devancer et d'y répondre d'avance :
Si l'on interdit à une personne d'avoir des enfants, on empêche une personne potentielle d'exister.

Comme je l'ai déjà dis dans ma réflexion sur l'avortement et dans celle sur nos devoirs envers les gens de demain, nous n'avons pas de devoir envers un être qui n'existera jamais. Par conséquent, commettre une action qui fait en sorte qu'une personne potentielle spécifique n'existe jamais, ne porte préjudice à personne.
Il y a plusieurs façons d'élever un enfant, qui se valent toutes.

Tout à fait. Mais il y a certainement des façons qui sont objectivement moins bonnes que d'autres. Vous conviendrez avec moi que battre ou violer son enfant n'est pas une bonne façon de l'élever.
Empêcher certaines personnes de se reproduire? C'est du nazisme!

Dans ce cas-ci, il ne s'agit pas d'eugénisme. Ce n'est pas la transmission des gènes qui est considéré, mais le fait d'élever un enfant. Il n'y a aucune mesure de stérilisation dans cette proposition.
Devenir parent est un droit fondamental/naturel/divin!

Je pense que le fait de grandir dans un milieu sain est un droit plus important que le droit de devenir parent. Au nom de ce droit de l'enfant potentiel, il est légitime de limiter celui du parent potentiel.

––

Bref, pour moi, avant d'accorder une responsabilité importante à une personne, il est légitime qu'elle démontre ses compétences. Évidemment, cette proposition n'est pas très réaliste. En passant, je n'ai aucun pouvoir politique ou autre pour instaurer un permis de parentalité; je ne fais ici qu'un exercice philosophique. Alors qu'en pensez-vous? Serait-il légitime ou non qu'un gouvernement exige de ses citoyens qu'ils passent un test psychologique avant de leur accorder le droit d'avoir des enfants?

7 commentaires:

  1. 2010-04-10

    « Pour améliorer la race humaine, il faut commencer 21 ans avant la naissance »
    Gaïagénaire

    RépondreSupprimer
  2. Ni l'un ni l'autre. C'est une fraude, une manipulation, une exploitation cannibale d'une classe d'esclave par une élite parasitaire monétariste et Malthusienne. Quelques petites secondes de joies valent-elles que les "parents", éduqués en incompétents, responsables des futurs esclaves déséduqués par l'état, souffrent et s'épuisent une vie durant ?

    Qualifier la parentalité ? par qui ?

    RépondreSupprimer
  3. Certes, le problème que tu soulèves est réel et désolant. Par contre, cela me semble soulever aussi quelques autres questions:
    -Qui déciderait de ce qu'est un bon parent?
    -Où se situerait la barre?
    -Peut-on évaluer la capacité d'une personne à élever un enfant avant que cette dernière en ait fait l'expérience?
    -On sait bien que l'expérience et les compétences s'évaluent mal de façon théorique.
    -Quelle forme prendra l'évaluation.
    -Les individus qui ne "réussissent" pas ne risquent-ils pas d'être considérés comme des citoyens de 2e classe?

    Mais continuons à valoriser une bonne éducation, tant pour les enfants que pour les futurs parents!

    RépondreSupprimer
  4. @Anonyme (le 3e du nom)

    Les questions que tu poses sont tout à fait pertinente et découlent d'inquiétudes parfaitement fondées. Si un tel système apparaissait, il serait nécessaire de désembuer le flou entourant chacune de ces questions.

    -Qui déciderait de ce qu'est un bon parent?
    -Où se situerait la barre?


    Ces questions sont intéressantes mais on peut dire que notre société leur a déjà donné une réponse. En effet, il existe déjà des institutions gouvernementales pouvant retirer la garde d'un enfant à son tuteur actuel s'il s'avère être un mauvais parent. Ma proposition consiste seulement à étendre leur juridiction pour qu'elles puissent intervenir avant qu'un enfant n'ait eu à subir l'incompétence parentale d'un adulte.

    -Peut-on évaluer la capacité d'une personne à élever un enfant avant que cette dernière en ait fait l'expérience?
    -On sait bien que l'expérience et les compétences s'évaluent mal de façon théorique.
    -Quelle forme prendra l'évaluation.


    C'est la principale faille de ma proposition : sa faisabilité. Je n'ai pas suffisamment de connaissances dans ce domaine pour savoir s'il est possible d'évaluer d'avance quel type de parent sera une personne, et encore moins pour savoir quelle forme devrait avoir ce genre d'examen. Mon point est plutôt que si c'est possible, on devrait peut-être songer à le faire.

    -Les individus qui ne "réussissent" pas ne risquent-ils pas d'être considérés comme des citoyens de 2e classe?

    Je ne pense pas. C'est quelque chose qui demeurerait strictement confidentiel. Donc ce n'est pas comme si d'autres gens pourraient se servir de ce prétexte pour les discriminer dans d'autres domaines.

    RépondreSupprimer
  5. J'aime bien ton billet. Surtout les droits de quelqu'un qui n'existe pas.
    J'ai lancé un sujet sur mon facebook: "Pourquoi avoir des enfants?"
    Question apparemment évidente.
    Ouf, t'aurais dû voir le débat. Quelle confusion.
    Les gens ont des enfants sans raison spéciale!
    Moi je pense que c'est souvent pour conjurer la mortalité.
    P.s. je suis Galileo sur les Sceptiques du Québec; mais je suis très sceptique sur le sérieux de ce forum.

    RépondreSupprimer
  6. Je réfléchis sur le sujet depuis nombre d'années et en suis arrivée aux mêmes conclusions que toi. Dans un monde idéal, ce serait approprié d'avoir un examen donnant aux gens le privilège d'avoir des enfants.

    Malheureusement dans le monde dans lequel on vit, je me demande comment on y arriverait. Comme des femmes tombent enceintes sans le vouloir, que fait-on de l'enfant si elle n'est pas jugée apte à être mère: hop en adoption ou avortement? Je ne suis contre ni un ni l'autre, mais beaucoup de conservateurs réagiraient fortement.

    Côté universel aussi, si un pays se mettait à avoir de telles lois, j'ai l'impression que côté immigration et droits de la personne, ça limiterait les entrées au pays.

    Mais n'empêche que dans un pays totalitaire, ça pourrait être souhaitable ;)

    RépondreSupprimer
  7. Cette possibilité pose plusieurs problèmes. La gestion du truc a été mentionnée. Je vais taper aussi sur ce clou. Le fait est que tous les enfants ne réagissent pas de la même manière à la même éducation. Certains seront traumatisés à vie d'avoir été obligés de jouer au baseball. D'autres ont été victime de cruauté et pourtant à peine marqués.

    Par ailleurs, les situations que tu mentionnes (parents violents ou abuseurs sexuels) sont déjà prises en compte par la loi canadienne (peut-être pas assez efficacement, j'en conviens.)

    Ce que je propose est de resserer les lois existantes et rendre systématique le transfert d'informations des hopitaux (grossesse, naissances) vers les services sociaux et le ministère de l'éducation.

    RépondreSupprimer