En théorie, l'esclavage est illégal pas mal partout dans le monde. C'est merveilleux. Nous avons envers l'esclavage une répugnance viscérale culturellement bien implantée, comme par rapport à la prostitution. Mais j'aimerais que l'on réfléchisse réellement à ce que signifie dans le concret qu'être l'esclave de quelqu'un. Je pense que l'on prendrait rapidement conscience que cette situation n'a pas vraiment cessé d'exister. Entre l'esclave et le salarié, c'est une gradation que l'on a; le point de rupture n'est que symbolique. Nous sommes choqués à l'idée qu'une personne puisse en posséder une autre, mais cet état de fait implique quoi pour la qualité de vie et la liberté réelle de celui que l'on dit esclave?
Je vous ai déjà entretenu de ma conception de la propriété. Nous la percevons comme la pleine souveraineté d'un individu sur un objet mais, dans les faits, ce pouvoir n'existe que dans la tête de ceux qui y croient. Le maître n'a, en réalité, pas un pouvoir absolu sur son esclave. Il ne peut le transformer en crapaud ni contrôler ses pensées. Et, lorsqu'il ne le surveille pas, il ne sait pas ce que son esclave peut faire dans son dos. Il y a toujours donc quelques petites libertés discrètes dont l'esclave demeurera maître. En plus, quand on pense aux esclaves on s'imagine tout de suite les Noirs Américains dans les champs de coton mais, historiquement, il y eut des occasions où la condition d'esclave pouvait être relativement enviable, comme chez les Romains et les Aztèques.
J'ai l'air de vouloir faire l'apologie de l'esclavage mais c'est vraiment pas là que je m'en vais. Je voulais juste relativiser les choses pour pouvoir amener une comparaison avec le salariat. Prenons un pays où il n'existe aucune loi pour protéger le travailleur. Donc, où les gens reçoivent un salaire en échange d'un travail mais où les conditions de travail sont terribles, avec des journées de quatorze heures, où ils peuvent être congédiés arbitrairement et reçoivent une paye ridiculement basse. Objectivement, ne serait-il pas préférable d'être un esclave bien traité, logé et nourri, plutôt que d'être un salarié opprimé qui n'a aucun temps pour lui et n'a pas les moyens de se payer un toit ou de manger à sa faim? L'avantage du salarié demeure que s'il n'est pas content il peut démissionner... mais le peut-il réellement toujours? Si la situation sociale fait en sorte que ce poste miséreux dans cette entreprise abusive est le seul auquel il puisse aspirer et que, s'il s'en va, cent autres personnes sont prêtes à le remplacer dès le lendemain, n'est-il pas tout autant prisonnier de sa condition que ne le serait un esclave qu'on enchaîne?
Bref, notre rejet de l'esclavage découle plus du fait que c'est pour nous une aberration qu'un humain puisse en posséder un autre, mais nous ne nous soucions pas du tout du sort réel de l'humain en question.
Des réflexions personnelles sur des sujets de société, le scepticisme et l'éthique.
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dimanche 19 avril 2015
lundi 12 décembre 2011
Les droits des objets
Qu'est-ce que la propriété? Non je ne dirais pas, comme Proudhon, que la propriété c'est le vol. Je comprends et je partage l'idée que la propriété privée doit exister. L'abolition totale de cette dernière, que prônent certains utopistes, m'apparaît comme quelque chose qui aurait des conséquences indésirables. Mais je me permettrai tout de même ici de réfléchir et de remettre en question certains aspects du concept de propriété. Y a-t-il certaines limites qu'on devrait lui imposer?
Mais tout d'abord, que signifie «posséder»? C'est un concept auquel nous sommes tellement habitué que son sens nous semble aller de soi. Mais si l'on fait l'exercice de le définir, on pourrait dire que les possessions d'une personne sont les objets sur lesquels les autres personnes lui reconnaissent une pleine souveraineté. Un individu peut faire ce qu'il veut des objets qui sont siens. Mais ce qu'il faut garder en tête c'est qu'il s'agit d'une convention sociale, d'un consensus. Il n'y a pas de connexion magique entre le possesseur et ses possessions. C'est une intersubjectivité.
Dans cette perspective, un être peut-il en posséder un autre? Selon notre définition de la propriété, c'est tout à fait possible. Il suffirait soit que le propriétaire puisse user de la coercition pour soumettre sa propriété à sa souveraineté (comme lorsque l'on possède un animal) ou, encore mieux, que l'individu qui appartient à l'autre reconnaisse lui-même cette propriété et se soumette volontairement à la volonté de celui à qui il appartient. Mais nous avons un jour décrété qu'un humain ne pouvait pas se faire propriétaire d'un autre humain. Cela parce que nous avons reconnu que l'esclave avait des intérêts propres, autant que son maître, et qu'il était plus facile pour lui d'accéder au bonheur s'il n'est pas soumis aux caprices d'un propriétaire. Pour des raisons éthiques, donc, nous réprouvons l'idée qu'un humain puisse en posséder un autre et mettons là une limite au pouvoir de posséder qu'a l'individu.
Nous pourrions, à partir de la même base, nous demander si un humain devrait pouvoir posséder un animal. Étant donné que l'animal a des intérêts propres, il importe de les considérer. Personnellement, je donnerais à l'animal un statut distinct du mobilier, une relation impliquant certains devoirs envers lui, sans lui donner lui-même le pouvoir de posséder des choses, mais c'est un autre sujet. La question que je me pose ici concerne plutôt les objets inanimés. Même si un objet n'a pas d'intérêts propres, de désirs ou d'aspirations, même s'il ne peut souffrir ou être contrarié, celui qui possède cet objet devrait-il pouvoir lui faire subir ce qu'il veut? Si l'on possède un objet, devrait-on avoir tous les droits sur cet objet? L'objet inanimé devrait-il «avoir des droits»?
La question semble absurde, mais considérons que si nous n'avons aucun devoir envers l'objet lui-même, nous en avons envers les individus. Or, si un objet a le potentiel d'être utile ou nécessaire pour quelqu'un et qu'il est difficile à obtenir, ne devrait-il par être interdit de le détruire ou de l'abîmer volontairement même si on le «possède»? Par exemple, si je suis riche et que je m'achète un objet très abondant, mettons une télé, puis-je la détruire? Mais s'il s'agit plutôt d'un objet est rare et nécessaire?
Nous vivons dans une culture où nous considérons la propriété comme un pouvoir absolu sur les objets, et cela favorise sans aucun doute le gaspillage. Mais si nous nous représentions la propriété différemment? Imaginons que nos choses ne sont pas «à nous» individuellement, mais qu'elles appartiennent en fait à tout le monde, sauf qu'elles nous sont «prêtées» personnellement par la collectivité. Cet «emprunt» nous autorise à utiliser nos objets pour aussi longtemps que l'on en a besoin, mais nous interdit de les détruire s'ils sont encore bons, et nous force à les donner à la charité si l'on veut s'en défaire, plutôt que de les jeter. C'est juste pour souligner que c'est la façon subjective dont on perçoit la propriété qui influence la façon dont on consomme et partage les objets. Une conception différente du même phénomène aurait amené une attitude différente.
Mon point est que même si mon éthique utilitariste est fondée sur le droit au bonheur, et même si seuls les êtres sont capables de bonheur, les choses qui ne sont pas des êtres tels que les objets inanimés, les institutions (entreprises, États, religions, etc.), les écosystèmes, les végétaux et les éléments du patrimoine immatériel (cultures, langues, etc.) méritent aussi des genres de «droits indirects» découlant de leur utilité pour les êtres. Par exemple, le droit de maximiser son potentiel d'utilité. Celui-ci impliquerait de ne pas détruire un objet qui peut encore servir, d'en prendre soin pour qu'il dure le plus longtemps possible, et de le donner lorsque l'on n'en a plus besoin.
Je conclus en vous soumettant une mise en situation. Imaginons un homme qui possède une entreprise. Il n'y travaille pas, il a des employés pour ça. Il ne la gère pas, il a des employés pour ça aussi. Il ne l'a pas construite lui-même ni achetée avec de l'argent durement gagné, il l'a reçue en héritage. Bref, il ne fournit absolument aucun effort dans cette entreprise ni n'en a fourni aucun pour en acquérir la propriété. Dans ce contexte, est-il juste qu'il retire un revenu de cette entreprise, et ce au seul motif d'un lien imaginaire entre lui et celle-ci, lien qui porte le nom de «propriété»? Posons-nous la question...
Mais tout d'abord, que signifie «posséder»? C'est un concept auquel nous sommes tellement habitué que son sens nous semble aller de soi. Mais si l'on fait l'exercice de le définir, on pourrait dire que les possessions d'une personne sont les objets sur lesquels les autres personnes lui reconnaissent une pleine souveraineté. Un individu peut faire ce qu'il veut des objets qui sont siens. Mais ce qu'il faut garder en tête c'est qu'il s'agit d'une convention sociale, d'un consensus. Il n'y a pas de connexion magique entre le possesseur et ses possessions. C'est une intersubjectivité.
Dans cette perspective, un être peut-il en posséder un autre? Selon notre définition de la propriété, c'est tout à fait possible. Il suffirait soit que le propriétaire puisse user de la coercition pour soumettre sa propriété à sa souveraineté (comme lorsque l'on possède un animal) ou, encore mieux, que l'individu qui appartient à l'autre reconnaisse lui-même cette propriété et se soumette volontairement à la volonté de celui à qui il appartient. Mais nous avons un jour décrété qu'un humain ne pouvait pas se faire propriétaire d'un autre humain. Cela parce que nous avons reconnu que l'esclave avait des intérêts propres, autant que son maître, et qu'il était plus facile pour lui d'accéder au bonheur s'il n'est pas soumis aux caprices d'un propriétaire. Pour des raisons éthiques, donc, nous réprouvons l'idée qu'un humain puisse en posséder un autre et mettons là une limite au pouvoir de posséder qu'a l'individu.
Nous pourrions, à partir de la même base, nous demander si un humain devrait pouvoir posséder un animal. Étant donné que l'animal a des intérêts propres, il importe de les considérer. Personnellement, je donnerais à l'animal un statut distinct du mobilier, une relation impliquant certains devoirs envers lui, sans lui donner lui-même le pouvoir de posséder des choses, mais c'est un autre sujet. La question que je me pose ici concerne plutôt les objets inanimés. Même si un objet n'a pas d'intérêts propres, de désirs ou d'aspirations, même s'il ne peut souffrir ou être contrarié, celui qui possède cet objet devrait-il pouvoir lui faire subir ce qu'il veut? Si l'on possède un objet, devrait-on avoir tous les droits sur cet objet? L'objet inanimé devrait-il «avoir des droits»?
La question semble absurde, mais considérons que si nous n'avons aucun devoir envers l'objet lui-même, nous en avons envers les individus. Or, si un objet a le potentiel d'être utile ou nécessaire pour quelqu'un et qu'il est difficile à obtenir, ne devrait-il par être interdit de le détruire ou de l'abîmer volontairement même si on le «possède»? Par exemple, si je suis riche et que je m'achète un objet très abondant, mettons une télé, puis-je la détruire? Mais s'il s'agit plutôt d'un objet est rare et nécessaire?
Nous vivons dans une culture où nous considérons la propriété comme un pouvoir absolu sur les objets, et cela favorise sans aucun doute le gaspillage. Mais si nous nous représentions la propriété différemment? Imaginons que nos choses ne sont pas «à nous» individuellement, mais qu'elles appartiennent en fait à tout le monde, sauf qu'elles nous sont «prêtées» personnellement par la collectivité. Cet «emprunt» nous autorise à utiliser nos objets pour aussi longtemps que l'on en a besoin, mais nous interdit de les détruire s'ils sont encore bons, et nous force à les donner à la charité si l'on veut s'en défaire, plutôt que de les jeter. C'est juste pour souligner que c'est la façon subjective dont on perçoit la propriété qui influence la façon dont on consomme et partage les objets. Une conception différente du même phénomène aurait amené une attitude différente.
Mon point est que même si mon éthique utilitariste est fondée sur le droit au bonheur, et même si seuls les êtres sont capables de bonheur, les choses qui ne sont pas des êtres tels que les objets inanimés, les institutions (entreprises, États, religions, etc.), les écosystèmes, les végétaux et les éléments du patrimoine immatériel (cultures, langues, etc.) méritent aussi des genres de «droits indirects» découlant de leur utilité pour les êtres. Par exemple, le droit de maximiser son potentiel d'utilité. Celui-ci impliquerait de ne pas détruire un objet qui peut encore servir, d'en prendre soin pour qu'il dure le plus longtemps possible, et de le donner lorsque l'on n'en a plus besoin.
Je conclus en vous soumettant une mise en situation. Imaginons un homme qui possède une entreprise. Il n'y travaille pas, il a des employés pour ça. Il ne la gère pas, il a des employés pour ça aussi. Il ne l'a pas construite lui-même ni achetée avec de l'argent durement gagné, il l'a reçue en héritage. Bref, il ne fournit absolument aucun effort dans cette entreprise ni n'en a fourni aucun pour en acquérir la propriété. Dans ce contexte, est-il juste qu'il retire un revenu de cette entreprise, et ce au seul motif d'un lien imaginaire entre lui et celle-ci, lien qui porte le nom de «propriété»? Posons-nous la question...
mardi 27 juillet 2010
Pourrait-on vivre sans argent?
On m'a un jour demandé:
Même si la question semble naïve ou utopiste, il m'apparaît pertinent d'y répondre car elle nous permet de nous demander «Mais au fond, qu'est-ce que l'argent?» À la base, c'est une reconnaissance de dette, chiffrée et enregistrée. Sa finalité est de pouvoir être échangée contre des biens ou des services mais, en elle-même, elle n'a pas d'autre usage.
Évidemment, l'argent n'a pas toujours existée. Dans les sociétés traditionnelles, on survivait très bien sans argent. L'ethnologue Marcel Mauss (1872-1950) qui a étudié les sociétés traditionalistes contemporaines a constaté, tel qu'il le mentionne dans son Essai sur le don, que l'économie sans argent fonctionne surtout sur la base du contredon. À la différence du troc qui consiste à échanger un produit pour un autre, l'économie du don implique que l'on ne fait que donner à tout le monde le fruit de notre travail sans rien demander en retour. Toutefois, il est implicite que l'on s'attend à ce que les autres fassent la même chose pour nous; c'est le contredon. Ainsi, même si on ne calcule pas de manière précise qui a une dette envers qui, celui qui reçoit se sent redevable et on cesse de donner à celui qui ne donne jamais rien. C'est donc une économie purement informelle, semblable à celle que l'on peut voir de nos jours au sein d'une famille ou d'un groupe d'amis: Si ça nous fait plaisir de payer un verre à un vieil ami, on va cesser de l'offrir s'il abuse de notre générosité.
Il est donc indubitablement possible pour l'humanité de vivre sans argent puisqu'elle a déjà vécue sans argent. Mais serait-il possible de le faire dans notre contexte? Dans les sociétés traditionalistes, on vit en petits groupes et tout le monde connaît tout le monde. Au sein d'un État, c'est différent. La plupart des gens avec qui j'ai des transactions me sont totalement inconnus. Je ne les vois jamais en dehors de ces interactions commerciales et, bien souvent, je ne les reverrai jamais une fois la facture payée. Comment me serait-il possible alors de leur rendre la pareille un jour s'ils choisissaient de me donner gratuitement leur marchandise? On pourrait aussi s'en remettre au troc, mais il faudrait pour cela que tout ceux qui ont besoin de mes services, soient aussi ceux de qui j'ai besoin des services. Avec l'argent, l'individu donne à la société et reçoit de la société; même si le donateur ne correspond pas au récipiendaire.
Bref, il ne m'apparaît ni possible ni désirable de faire disparaître l'argent de nos sociétés complexes. Bien sûr, il y a nombre de défaillances dans notre système économique, mais elles ne sont pas inhérentes à la nature de l'argent. Je pense en fait que beaucoup de problèmes résident dans le fait que l'on donne souvent à l'argent une valeur qu'elle n'a pas, comme si elle pouvait faire apparaître ce qu'elle nous permet d'acheter. On oublie que les ressources naturelles du territoire et la force de travail de la population sont des choses beaucoup plus importante pour un pays que la quantité d'argent qu'il a en banque. L'argent est inutile s'il n'y a plus rien à acheter.
Si l'on prenait davantage conscience que l'argent n'est pas vraiment une richesse mais une simple reconnaissance de dette, et que cette prise de conscience se reflétait dans notre système économique, alors l'existence de l'argent ne serait qu'avantageuse.
«Crois-tu qu'il soit possible que l'on puisse éventuellement abolir l'argent? Si nous vivions dans une société où les ressources seraient distribuée équitablement, l'argent ne deviendrait-elle pas inutile?»
Même si la question semble naïve ou utopiste, il m'apparaît pertinent d'y répondre car elle nous permet de nous demander «Mais au fond, qu'est-ce que l'argent?» À la base, c'est une reconnaissance de dette, chiffrée et enregistrée. Sa finalité est de pouvoir être échangée contre des biens ou des services mais, en elle-même, elle n'a pas d'autre usage.
Évidemment, l'argent n'a pas toujours existée. Dans les sociétés traditionnelles, on survivait très bien sans argent. L'ethnologue Marcel Mauss (1872-1950) qui a étudié les sociétés traditionalistes contemporaines a constaté, tel qu'il le mentionne dans son Essai sur le don, que l'économie sans argent fonctionne surtout sur la base du contredon. À la différence du troc qui consiste à échanger un produit pour un autre, l'économie du don implique que l'on ne fait que donner à tout le monde le fruit de notre travail sans rien demander en retour. Toutefois, il est implicite que l'on s'attend à ce que les autres fassent la même chose pour nous; c'est le contredon. Ainsi, même si on ne calcule pas de manière précise qui a une dette envers qui, celui qui reçoit se sent redevable et on cesse de donner à celui qui ne donne jamais rien. C'est donc une économie purement informelle, semblable à celle que l'on peut voir de nos jours au sein d'une famille ou d'un groupe d'amis: Si ça nous fait plaisir de payer un verre à un vieil ami, on va cesser de l'offrir s'il abuse de notre générosité.
Il est donc indubitablement possible pour l'humanité de vivre sans argent puisqu'elle a déjà vécue sans argent. Mais serait-il possible de le faire dans notre contexte? Dans les sociétés traditionalistes, on vit en petits groupes et tout le monde connaît tout le monde. Au sein d'un État, c'est différent. La plupart des gens avec qui j'ai des transactions me sont totalement inconnus. Je ne les vois jamais en dehors de ces interactions commerciales et, bien souvent, je ne les reverrai jamais une fois la facture payée. Comment me serait-il possible alors de leur rendre la pareille un jour s'ils choisissaient de me donner gratuitement leur marchandise? On pourrait aussi s'en remettre au troc, mais il faudrait pour cela que tout ceux qui ont besoin de mes services, soient aussi ceux de qui j'ai besoin des services. Avec l'argent, l'individu donne à la société et reçoit de la société; même si le donateur ne correspond pas au récipiendaire.
Bref, il ne m'apparaît ni possible ni désirable de faire disparaître l'argent de nos sociétés complexes. Bien sûr, il y a nombre de défaillances dans notre système économique, mais elles ne sont pas inhérentes à la nature de l'argent. Je pense en fait que beaucoup de problèmes résident dans le fait que l'on donne souvent à l'argent une valeur qu'elle n'a pas, comme si elle pouvait faire apparaître ce qu'elle nous permet d'acheter. On oublie que les ressources naturelles du territoire et la force de travail de la population sont des choses beaucoup plus importante pour un pays que la quantité d'argent qu'il a en banque. L'argent est inutile s'il n'y a plus rien à acheter.
Si l'on prenait davantage conscience que l'argent n'est pas vraiment une richesse mais une simple reconnaissance de dette, et que cette prise de conscience se reflétait dans notre système économique, alors l'existence de l'argent ne serait qu'avantageuse.
dimanche 23 mai 2010
La solidarité sociale
Dernière mise à jour : 16 mars 2011
Je réfléchissais au concept de solidarité sociale. Une société porteuse de causes systémiques rendant l'existence de la pauvreté inévitable, se doit éthiquement de compenser cette lacune par la présence d'une aide aux démunis. Contraindre certaines personnes à vivre dans des conditions où la survie est difficile, voire impossible, revient au même que ne pas leur accorder le droit de vivre. Il est donc nécessaire que l'État offre à chacun les outils indispensables à la survie.
Mais je me disais que le bien-être social qui est actuellement en vigueur comportait plusieurs failles:
Voici donc ma proposition pour rectifier la situation:
J'entends par «choses fondamentales» de la nourriture (sauf la malbouffe), des vêtements et des produits d'hygiène. Donc si le revenu que l'on obtiendrait en travaillant nous permettrait autant de nous acheter des choses fondamentales que du luxe, le revenu d'existence fourni par l'État ne nous permettrait pas d'acheter des produits de luxe.
Pour le logement, je propose que l'État paye une partie du loyer de chaque foyer en fonction de ses besoins. Le montant payé par l'État serait spécifié sur le bail et versé à chaque mois directement au propriétaire, tandis que le locataire n'aurait qu'à payer la différence. Le bail deviendrait donc une entente entre trois parties: le locataire, le propriétaire et l'État. Même principe pour ceux qui sont propriétaires de leur habitat; l'État rembourserait mensuellement une partie de leur hypothèque directement à leur banque et eux paieraient le reste.
Personnellement, je me dis que l'argent que l'on verse aux assistés sociaux ne leur appartient pas vraiment; c'est celle de l'ensemble de la société. Ainsi, s'il est indispensable pour une société progressiste d'avoir une solidarité sociale envers ses membres les plus démunis, il n'est pas légitime de payer du luxe à des gens qui ne veulent pas travailler. Donc s'il est du devoir de l'État de fournir du pain ou des légumes à sa population, il n'est pas tenu de lui offrir des chips, des cigarettes ou des billets de cinéma.
On doit s'assurer que la redistribution des ressources se fasse de façon respectueuse des efforts des travailleurs en ne servant qu'à soutenir financièrement les gens plus démunis, pour leur permettre éventuellement de retourner au travail si c'est possible dans leur situation. Certains trouvent peut-être que ma proposition est contraignante pour la liberté des assistés sociaux, voire qu'elle les infantiliserait et portrait atteinte à leur dignité. Pour moi c'est tout le contraire. Actuellement, les gens sur le bien-être ne reçoivent pas assez d'argent pour pouvoir vivre dans des conditions décentes. Les contribuables sont pourtant réticents à ce que l'on augmente la somme d'argent qu'on leur verse parce qu'ils ont en tête la vision stéréotypée du BS paresseux qui ne veut pas travailler et qui dilapide l'argent du gouvernement dans l'alcool ou la cigarette. Ma proposition permettrait de rassurer les contribuables quand à l'usage que font ces gens avec leur argent, et ils seront ainsi plus enclin à accepter que l'on augmente ce revenu.
Je réfléchissais au concept de solidarité sociale. Une société porteuse de causes systémiques rendant l'existence de la pauvreté inévitable, se doit éthiquement de compenser cette lacune par la présence d'une aide aux démunis. Contraindre certaines personnes à vivre dans des conditions où la survie est difficile, voire impossible, revient au même que ne pas leur accorder le droit de vivre. Il est donc nécessaire que l'État offre à chacun les outils indispensables à la survie.
Mais je me disais que le bien-être social qui est actuellement en vigueur comportait plusieurs failles:
- ce revenu est versé pour que la personne puisse subvenir à ses besoins fondamentaux et à ceux de ses enfants, mais il lui est possible de s'en servir pour s'acheter de l'alcool ou des cigarettes;
- certaines personnes peuvent flouer le bien-être en recevant ce revenu sans y avoir droit;
- il peut dissuader certaines personnes de retourner travailler si la différence entre leur revenu sans emploi et le revenu qu'elles auraient en travaillant n'est pas suffisante à leurs yeux pour que ça vaille la peine de travailler;
Voici donc ma proposition pour rectifier la situation:
- Que le bien-être social ne soit plus en argent mais en «bons d'achats» valables seulement pour acheter des choses «fondamentales» dans tous les commerces de la province;
- Que ce soit un revenu d'existence versé à tous les citoyens résidents et pas seulement aux sans-emplois;
J'entends par «choses fondamentales» de la nourriture (sauf la malbouffe), des vêtements et des produits d'hygiène. Donc si le revenu que l'on obtiendrait en travaillant nous permettrait autant de nous acheter des choses fondamentales que du luxe, le revenu d'existence fourni par l'État ne nous permettrait pas d'acheter des produits de luxe.
Pour le logement, je propose que l'État paye une partie du loyer de chaque foyer en fonction de ses besoins. Le montant payé par l'État serait spécifié sur le bail et versé à chaque mois directement au propriétaire, tandis que le locataire n'aurait qu'à payer la différence. Le bail deviendrait donc une entente entre trois parties: le locataire, le propriétaire et l'État. Même principe pour ceux qui sont propriétaires de leur habitat; l'État rembourserait mensuellement une partie de leur hypothèque directement à leur banque et eux paieraient le reste.
Personnellement, je me dis que l'argent que l'on verse aux assistés sociaux ne leur appartient pas vraiment; c'est celle de l'ensemble de la société. Ainsi, s'il est indispensable pour une société progressiste d'avoir une solidarité sociale envers ses membres les plus démunis, il n'est pas légitime de payer du luxe à des gens qui ne veulent pas travailler. Donc s'il est du devoir de l'État de fournir du pain ou des légumes à sa population, il n'est pas tenu de lui offrir des chips, des cigarettes ou des billets de cinéma.
On doit s'assurer que la redistribution des ressources se fasse de façon respectueuse des efforts des travailleurs en ne servant qu'à soutenir financièrement les gens plus démunis, pour leur permettre éventuellement de retourner au travail si c'est possible dans leur situation. Certains trouvent peut-être que ma proposition est contraignante pour la liberté des assistés sociaux, voire qu'elle les infantiliserait et portrait atteinte à leur dignité. Pour moi c'est tout le contraire. Actuellement, les gens sur le bien-être ne reçoivent pas assez d'argent pour pouvoir vivre dans des conditions décentes. Les contribuables sont pourtant réticents à ce que l'on augmente la somme d'argent qu'on leur verse parce qu'ils ont en tête la vision stéréotypée du BS paresseux qui ne veut pas travailler et qui dilapide l'argent du gouvernement dans l'alcool ou la cigarette. Ma proposition permettrait de rassurer les contribuables quand à l'usage que font ces gens avec leur argent, et ils seront ainsi plus enclin à accepter que l'on augmente ce revenu.
lundi 26 avril 2010
Le gouvernement commercial
J'ai réfléchi sur la place qu'occupaient les entreprises privées dans nos vies. J'ai constaté que:
Ce qu'il y a de préoccupant c'est que ces entreprises ne sont pas des instances démocratiques. Les chefs d'entreprises ne sont pas élus par leurs employés ou par leurs clients. Ils peuvent avoir été choisi en fonction de leurs compétences ou parce qu'ils sont les rejetons de l'ancien chef. L'accroissement du pouvoir commercial m'apparaît donc comme un retour du féodalisme.
Toutefois, remplacer une démocratie par une féodalité ne serait pas nécessairement un mal en soi si l'on était certain que ce nouveau gouvernement serait davantage bienveillant et éclairé que son prédécesseur. Ou, du moins, qu'il réponde mieux aux besoins du peuple. On pourrait croire que la compétition entre les entreprises aurait amené le bien-être du consommateur. Qu'en essayant de s'attirer de la clientèle, elles soient contraintes de chercher à répondre le mieux possibles aux attentes du client afin qu'il achète leurs produits. Ainsi, pour paraphraser l'économiste Adam Smith (1723-1790), la concurrence est supposée apporter des produits de qualité au plus bas prix possible.
Mais si leur but n'est pas l'intérêt du consommateur lui-même, les entreprises peuvent peut-être essayer de trouver d'autres façons d'accroître leurs ventes. Par exemple, elles pourront réduire la qualité des matériaux employés ce qui leur permettra à la fois de réduire leur prix et de s'assurer une demande future (lorsque le produit sera brisé). Elles utiliseront de la publicité fallacieuse pour créer un faux besoin ou induire une surévaluation du produit chez le consommateur. Les entreprises pourront même concevoir des produits nuisibles pour la santé du consommateur et réussiront à les vendre s'ils sont addictifs (ex.: cigarettes, boissons énergisantes) ou très facilement accessibles (ex.: malbouffe). Bref, les intérêts réels du consommateur ne sont pas l'objectif visé ni l'objectif atteint.
Également, cette concurrence ne focalisera que sur le produit et sa consommation mais sans se soucier de variables extérieures pouvant être importantes. Par exemple, un produit respectant davantage l'environnement que son compétiteur, ou versant un salaire plus équitable à son producteur, ne sera pas nécessairement plus vendu si cela implique que son prix est trop élevé par rapport à un produit équivalent qui serait polluant et non éthique. J'ajouterais même que, dans ce cas-ci, c'est justement la concurrence qui pousse les entreprises à baisser leurs prix à tout prix et donc à ne pas se soucier de l'environnement ou des droits de la personne. La somme d'argent que le consommateur est prêt à payer de plus pour que son produit soit éthique ou écologique est ridiculement faible.
Ce que j'ai vu comme solution à cette problématique situation, serait que toutes les entreprises soient des coopératives. À la différence des compagnies, les coopératives sont des instances démocratiques dont la raison d'être est de répondre à un besoin précis de ses clients. Si les entreprises qui contrôlent actuellement nos vies avaient été, dès le départ, des coopératives, le fait qu'elles prennent ainsi de plus en plus de pouvoir ne serait pas du tout préoccupant. Au contraire, étant donné que leur dirigeant serait élu démocratiquement et que leur mandat serait de répondre à un besoin (et non d'engranger des profits), la liberté de commerce aurait réellement mené à l'utopie d'Adam Smith.
J'irais même jusqu'à dire que, dans une telle situation, le gouvernement lui-même pourrait se substituer à des coopératives. Si chaque ministère était remplacé par une coopératives ayant le monopole de sa juridiction, il me semble que l'État serait gérer plus efficacement qu'il ne l'est actuellement. Chaque ministre étant élu indépendamment pour sa fonction spécifique, sa compétence serait donc davantage surveillée qu'en élisant un parti tout en bloc dont les membres se choisissent ensuite un ministère presque au hasard.
––
*Et c'est sans parlé du fait que:
- Les entreprises privées ont sur nous beaucoup plus de pouvoir et d'impact que les gouvernements élus;
- Le pouvoir du chef d'entreprise est plus souvent une monarchie héréditaire qu'une démocratie;
- La compétition entre les entreprises ne les pousse pas nécessairement à rechercher le bien-être optimal du consommateur mais simplement à le faire consommer;
Ce qu'il y a de préoccupant c'est que ces entreprises ne sont pas des instances démocratiques. Les chefs d'entreprises ne sont pas élus par leurs employés ou par leurs clients. Ils peuvent avoir été choisi en fonction de leurs compétences ou parce qu'ils sont les rejetons de l'ancien chef. L'accroissement du pouvoir commercial m'apparaît donc comme un retour du féodalisme.
Toutefois, remplacer une démocratie par une féodalité ne serait pas nécessairement un mal en soi si l'on était certain que ce nouveau gouvernement serait davantage bienveillant et éclairé que son prédécesseur. Ou, du moins, qu'il réponde mieux aux besoins du peuple. On pourrait croire que la compétition entre les entreprises aurait amené le bien-être du consommateur. Qu'en essayant de s'attirer de la clientèle, elles soient contraintes de chercher à répondre le mieux possibles aux attentes du client afin qu'il achète leurs produits. Ainsi, pour paraphraser l'économiste Adam Smith (1723-1790), la concurrence est supposée apporter des produits de qualité au plus bas prix possible.
Mais si leur but n'est pas l'intérêt du consommateur lui-même, les entreprises peuvent peut-être essayer de trouver d'autres façons d'accroître leurs ventes. Par exemple, elles pourront réduire la qualité des matériaux employés ce qui leur permettra à la fois de réduire leur prix et de s'assurer une demande future (lorsque le produit sera brisé). Elles utiliseront de la publicité fallacieuse pour créer un faux besoin ou induire une surévaluation du produit chez le consommateur. Les entreprises pourront même concevoir des produits nuisibles pour la santé du consommateur et réussiront à les vendre s'ils sont addictifs (ex.: cigarettes, boissons énergisantes) ou très facilement accessibles (ex.: malbouffe). Bref, les intérêts réels du consommateur ne sont pas l'objectif visé ni l'objectif atteint.
Également, cette concurrence ne focalisera que sur le produit et sa consommation mais sans se soucier de variables extérieures pouvant être importantes. Par exemple, un produit respectant davantage l'environnement que son compétiteur, ou versant un salaire plus équitable à son producteur, ne sera pas nécessairement plus vendu si cela implique que son prix est trop élevé par rapport à un produit équivalent qui serait polluant et non éthique. J'ajouterais même que, dans ce cas-ci, c'est justement la concurrence qui pousse les entreprises à baisser leurs prix à tout prix et donc à ne pas se soucier de l'environnement ou des droits de la personne. La somme d'argent que le consommateur est prêt à payer de plus pour que son produit soit éthique ou écologique est ridiculement faible.
Ce que j'ai vu comme solution à cette problématique situation, serait que toutes les entreprises soient des coopératives. À la différence des compagnies, les coopératives sont des instances démocratiques dont la raison d'être est de répondre à un besoin précis de ses clients. Si les entreprises qui contrôlent actuellement nos vies avaient été, dès le départ, des coopératives, le fait qu'elles prennent ainsi de plus en plus de pouvoir ne serait pas du tout préoccupant. Au contraire, étant donné que leur dirigeant serait élu démocratiquement et que leur mandat serait de répondre à un besoin (et non d'engranger des profits), la liberté de commerce aurait réellement mené à l'utopie d'Adam Smith.
J'irais même jusqu'à dire que, dans une telle situation, le gouvernement lui-même pourrait se substituer à des coopératives. Si chaque ministère était remplacé par une coopératives ayant le monopole de sa juridiction, il me semble que l'État serait gérer plus efficacement qu'il ne l'est actuellement. Chaque ministre étant élu indépendamment pour sa fonction spécifique, sa compétence serait donc davantage surveillée qu'en élisant un parti tout en bloc dont les membres se choisissent ensuite un ministère presque au hasard.
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*Et c'est sans parlé du fait que:
- Le nombre de votes qu'a un parti politique est directement proportionnel à la quantité d'argent qu'il met dans sa campagne électorale;
- Le financement des campagnes électorales se fait grâce aux dons de riches particuliers;
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