samedi 1 août 2009

La légalisation des drogues

En vertu de mon éthique personnelle qui fait une distinction entre le mal et le mauvais et qui ne réprouve que le mal, je suis en faveur de la légalisation des drogues (même si, je dois l'avouer, je n'en ai personnellement jamais consommées…). Il y a en fait trois actions différentes, par rapport à la drogue, qui méritent chacune d'être analysées séparément :
  1. la consommation
  2. la vente
  3. la promotion
Je pense qu'un individu lucide doit être libre de disposer de lui-même. On peut dire que les sanctions existent souvent pour qu'un individu qui a causé du tord en subisse lui aussi. Cela fait en sorte qu'un être purement égoïste évite les actions ayant des conséquences négatives pour autrui, puisqu'elles auront aussi – via le bras de la justice – des conséquences négatives pour lui-même. Mais dans le cas où une action n'a pas de conséquences négatives pour autrui et a déjà des conséquences négatives pour l'agent, je ne comprends pas pourquoi il faudrait une punition. Le philosophe utilitariste John Stuart Mill (1806-1873) disait que le pouvoir coercitif de l'État n'était légitime que pour empêcher l'individu de nuire aux autres, et non pour l'empêcher de disposer librement de lui-même.

Il y a d'ailleurs des drogues légales : le tabac et l'alcool. Je pense que nous avons trouvé de merveilleuses façons de concilier le droit de l'individu de consommer ces drogues, avec le devoir de l'État de protéger les individus les uns des autres. Par exemple, avec l'alcool, bien qu'il soit permis d'en boire, il est interdit d'être sous l'influence de l'alcool dans une situation où la sécurité d'autrui dépend de notre vigilance, comme quand on est au volant. Pour le tabac, on a pris la peine d'écrire sur le paquet des messages dissuasifs et une description des conséquences, afin que l'individu puisse faire un choix éclairé au moment de l'achat en mettant dans la balance tous les avantages et les inconvénients de son tabagisme. En plus, comme le tabac cause des dommages collatéraux via la fumée secondaire, on l'a interdit dans les lieux publics.

Éthiquement, il y a par contre un léger problème à propos de la vente de ces substances. En effet, même si en consommer n'a rien de mal (puisque l'on ne cause de souffrance qu'à nous-mêmes), en vendre l'est nécessairement (puisque l'on cause de la souffrance à autrui, même s'il consent à la subir). Toutefois, en interdire la vente, comme on le fait avec la marijuana présentement, c'est nuire au libre-choix du citoyen. Mais je pense qu'en interdisant la publicité sur le tabac, en forçant les commerçants à cacher cette marchandise, en interdisant leur consommation dans les lieux publics et en inscrivant des messages dissuasifs sur les paquets, on concilie parfaitement bien les choses. Si celui qui vend ne peut d'aucune façon inciter l'acheteur à acheter, on peut dire que ce dernier achète par sa propre volonté sans manipulation aucune et que le vendeur n'a rien à se reprocher.

Il faut par contre tenir compte du fait qu'une consommation excessive peut engendrer des problèmes de santé pour l'individu qui auront, quant à eux, des conséquences sur ses proches (qui devront l'aider) et sur la société (car l'assurance-maladie financera son traitement). Pour cette raison, instaurer une sorte d'amende pour ceux qui souffrent à cause d'un abus de drogue devrait peut-être être envisageable.

Tout ça pour dire que je pense que toutes les précautions que l'on prend actuellement avec les drogues légales sont suffisamment efficaces et légitimes pour que l'on puisse légaliser d'autres drogues douces. Si l'on n'a le droit d'en consommer que dans des lieux privés et que le commerce de ces substances est «discret» (pas de publicité, produits cachés des étalages, etc.), alors il s'agit d'un acte purement privé qui n'a pas à subir les répressions de la loi.

2 commentaires:

  1. Mais dans le cas où une action n'a pas de conséquences négatives pour autrui et a déjà des conséquences négatives pour l'agent, je ne comprends pas pourquoi il faudrait une punition.

    C'est effectivement le raisonnement idéal mais son application n'est pas si simple. Toute la question, que tu aborde mais ne développe pas suffisamment, est de placer cette limite entre conséquences uniquement personnelles ou conséquences pour la "collectivité".

    Tu pars du principe que le tabac par exemple, s'il n'est consommé que dans un cadre privé, n'a que des conséquences pour le fumeur. Mais dans notre type de société cela est faux, il y a très peu de dégâts personnels sans dégâts collectifs. L'exemple le plus simple : le fumeur qui tombera malade va forcément coûter à la sécurité sociale et donc au contribuable.

    D'où la tendance au risque liberticide de vouloir contrôler tous les aspects de la vie privée des citoyens, afin de viser une "société idéale" ou notre vie serait "optimisée", sans défauts et pourtant horriblement fade.

    Pour cette raison, instaurer une sorte d'amende pour ceux qui souffrent à cause d'un abus de drogue devrait peut-être être envisageable.

    Cette solution sous forme de "double peine" est inhumaine. On sait aussi que c'est une question de chance : certains fumeurs développent des cancers, d'autres pas. Tu vas instaurer une amende à un cancéreux en fin de vie ou enfoncer encore plus un camé décervelé ?

    Ton raisonnement n'est pourtant pas faux donc je ne vois pas de solution idéale. Il faut accepter que les gens ne peuvent pas être parfaits et que chacun d'une manière ou d'une autre nuit parfois à la société, tout en prônant les mesures visant à les dissuader (ce dont tu semble d'accord).

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  2. Je n'ai pas beaucoup développer le concept d'«amende» dont j'ai parlé parce que ça pourrait constituer un sujet en soi.

    Nous avons un système d'assurance-maladie public qui couvre bien des maux mais qui, contrairement aux assurances privées, ne se soucie pas de la responsabilité. Par exemple, si ma maison est incendié, mes assurances vont faire tout plein d'enquêtes avant de m'indemniser et pourront refuser de le faire si j'ai négligemment laissé un rond ouvert ou si j'ai volontairement allumé ce feu. L'assurance-maladie finance autant les soins de ceux victimes d'un accident que de ceux qui furent négligents.

    Mon idée était de contraindre les gens responsables de leur état à payer partiellement - selon leurs moyens - le coût de leur traitement. Le but n'était pas de lui infliger une punition, mais surtout de réduire la nuisance qu'il représente pour la société.

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