Voici ce que je crois qui se passe.
Des gens, qui se considèrent eux-mêmes comme de bonnes personnes, éprouvent un espèce de sentiment de malaise en face d’une femme voilée ou d’un homme enturbanné. Sachant ne pas être racistes ni intolérants, puisqu’ils n’éprouvent rien de semblable devant un Noir ou un gay, ils rejettent la faute de leur inconfort sur la personne qui se vêt de la sorte… mais un petit doute persiste en eux. Et s’ils étaient vraiment intolérants? Et s’ils étaient de mauvaises personnes? Au malaise initial s’ajoute donc une remise en question de leur propre valeur morale, inconfort encore moins supportable. Conséquemment, pour ne plus avoir à subir ce sentiment désagréable, ils votent des lois pour les aider à avoir le moins possible à interagir avec des voilées et des enturbannés. Ils n’ont rien contre ces personnes elles-mêmes, aussitôt qu’elles enlèvent cette pièce de vêtement exotique, le malaise disparaît. Mais ensuite, pour justifier leur décision, ils utilisent des arguments factices et contradictoires, soit la laïcité ou la crainte de l’islamisation.
La solution n’est donc ni d’argumenter à propos de l’infondé de cette peur de l’islamisation ou à propos du fait que ce n’est pas vraiment ça la laïcité, puisque, de toute façon, ce n’est pas leur vrai mobile. Il n’aide pas non plus de confronter ces personnes en leur disant qu’elles sont racistes puisque, justement, tout ceci est un mécanisme pour fuir l’idée qu’elles seraient racistes. Le souligner ne fera que nourrir leur besoin de se débarrasser des voilées. Le vrai remède serait plutôt de rassurer ces gens quant au fait qu’elles sont de bonnes personnes*, en leur disant que c’est normal d’éprouver un petit malaise à interagir avec quelqu’un présentant un trait que l’on n’est pas habitué de voir, mais qu’éventuellement on finit par s’y accoutumer, et que le sentiment s’en va.
Malheureusement, la loi 21 — et les débats qui en résultent — ne font qu’alimenter le problème. Justifiant l’inconfort de ses partisans envers les minorités vestimentaires, et les campant dans leur position via la réaction de leurs détracteurs qui les traitent de racistes.
Personnellement, je trouve que là où ça va clairement trop loin, où ce n’est plus de la petite xénophobie de malaises mais de l’hostilité pure, c’est quand, par exemple, un habitant d’une région éloignée s’insurge que Montréal veuille être exempt de cette loi parce qu’elle y est difficilement applicable. Bref, lui n’aura jamais à interagir avec des voilées de toute façon, mais il tient tout de même à leur nuire. Là je pense que, oui, on ne peut plus nier qu’il s’agisse d’intolérance.
———
* Je rappelle que je ne crois pas au concept de bonne ou de mauvaise personne, mais c’est malheureusement le paradigme ambiant,et la situation problématique décrite ici en est l’une des fâcheuses conséquences.
Des réflexions personnelles sur des sujets de société, le scepticisme et l'éthique.
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lundi 20 mai 2019
De l'islamophobie
De nos jours, on peut difficilement écrire le mot «islamophobie» sans qu’on nous reproche aussitôt de faire le procès des Québécois (et ce même si on est juste en train de dire que l’attentat de Christchurch est islamophobe). Un des arguments avancés par ceux qui voudraient faire disparaître le terme, et qui le qualifient souvent de mot inexistant, est que celui-ci pourrait être récupéré par des gens qui voudraient nous empêcher de critiquer l’islam en général ou une personne musulmane en particulier, en qualifiant d’islamophobe tout ce qui ne fait pas leur affaire. Un peu comme quand on qualifie d’antisémite toute critique des politiques de l’État d’Israël.
Personnellement, je n’ai jamais vu le terme utilisé en ce sens. Au contraire, j’ai beaucoup plus souvent lu de l’islamophobie pure. Mais peut-être faut-il clarifier le terme pour rassurer ceux qui ont peur de ne plus pouvoir dire qu’ils ne croient pas en la révélation de Mohammed sans se faire traiter de bigot. On peut, je pense, assez facilement faire la distinction entre :
Il me semble que c’est assez évident. Je pense que l’étymon-clé ici est «phobie». C’est une peur irrationnelle, paranoïaque, d’être d’abord envahi par des musulmans puis d’être forcés par ceux-ci à se convertir à l’islam. Ou plus simplement, la peur d’être tué par des musulmans lors d’un attentat terroriste. Les chiffres sont pourtant rassurants. Les musulmans ne forment qu’une infime minorité (3%) de la population, la majorité d’entre eux sont modérés dans leur croyance, et les projections estiment que leur nombre ne devrait jamais atteindre plus de 14% de la population. Et, statistiquement, si l’on vit en Amérique du Nord, on a beaucoup plus de chances de mourir dans un attentat terroriste commis par un nazi que par un musulman.
Je peux dire que je trouve l’islam absurde. Que l’existence de Dieu ou de la vie après la mort sont des vœux puérils. Que de penser qu’un être anthropomorphe qui aurait créé l’univers impose aux humains un régime et un code vestimentaire définit selon notre anatomie génitale m’apparaît complètement ridicule. Il n’y a rien d’islamophobe là-dedans, je ne fais qu’exprimer mes croyances. Je peux avoir un débat théologique avec un adulte à propos de nos valeurs ou de notre vision du monde, mais si je me réjouis de la mort d’un enfant dans un incendie ou dans un attentat, juste parce que l’enfant en question est élevé dans l’islam, là je suis islamophobe.
Vous voyez la nuance?
Personnellement, je n’ai jamais vu le terme utilisé en ce sens. Au contraire, j’ai beaucoup plus souvent lu de l’islamophobie pure. Mais peut-être faut-il clarifier le terme pour rassurer ceux qui ont peur de ne plus pouvoir dire qu’ils ne croient pas en la révélation de Mohammed sans se faire traiter de bigot. On peut, je pense, assez facilement faire la distinction entre :
- Critiquer ou remettre en question les fondements scientifiques ou l’éthique d’une croyance ou d’une pratique religieuse,
- Exprimer de l’hostilité ou de la méfiance à l’égard d’une minorité ethnique qui s’adonne à se définir par son étiquette religieuse.
Il me semble que c’est assez évident. Je pense que l’étymon-clé ici est «phobie». C’est une peur irrationnelle, paranoïaque, d’être d’abord envahi par des musulmans puis d’être forcés par ceux-ci à se convertir à l’islam. Ou plus simplement, la peur d’être tué par des musulmans lors d’un attentat terroriste. Les chiffres sont pourtant rassurants. Les musulmans ne forment qu’une infime minorité (3%) de la population, la majorité d’entre eux sont modérés dans leur croyance, et les projections estiment que leur nombre ne devrait jamais atteindre plus de 14% de la population. Et, statistiquement, si l’on vit en Amérique du Nord, on a beaucoup plus de chances de mourir dans un attentat terroriste commis par un nazi que par un musulman.
Je peux dire que je trouve l’islam absurde. Que l’existence de Dieu ou de la vie après la mort sont des vœux puérils. Que de penser qu’un être anthropomorphe qui aurait créé l’univers impose aux humains un régime et un code vestimentaire définit selon notre anatomie génitale m’apparaît complètement ridicule. Il n’y a rien d’islamophobe là-dedans, je ne fais qu’exprimer mes croyances. Je peux avoir un débat théologique avec un adulte à propos de nos valeurs ou de notre vision du monde, mais si je me réjouis de la mort d’un enfant dans un incendie ou dans un attentat, juste parce que l’enfant en question est élevé dans l’islam, là je suis islamophobe.
Vous voyez la nuance?
lundi 12 janvier 2015
Des incroyants qui s'ignorent
Suite à la tuerie au Charlie Hebdo, nous avons tous été choqués et troublés de voir que la liberté d'expression pouvait être ainsi attaquée par la violence et le meurtre, encore de nos jours, dans un pays occidental. Les commentaires sur l'événement ont rapidement saturé le web en allant dans toutes les directions. Outre les extrémistes de la droite qui se sont rapidement affairé à récupérer l'événement pour laisser sortir leur xénophobie, la plupart des gens ont plutôt manifesté leur solidarité face aux victimes en affichant le label «Je suis Charlie».
L'élément dont je voudrais discuté ici concerne l'opposition entre deux genres de discours spécifiques qui ont suivi l'événement dans les médias sociaux. Deux opinions en apparence contradictoire que j'ai vu diffusé par mes amis facebook ou sur des blogues que je suis. Il s'agit de:
Ces deux positions semblent antagonistes. Et pourtant, j'adhère pleinement aux deux. En fait, ce qu'il faut comprendre c'est que les musulmans modérés sont comme les chrétiens modérés ou tous les croyants modérés: ce sont des incroyants qui s'ignorent. Lisez les passages sanglants du Coran à un musulman peu pratiquant et il réagira de la même manière qu'un catholique moyen face à l'Ancien Testament: il sera choqué et s'en dissociera, ou essaiera tant bien que mal de trouver une façon tordue de réinterpréter ce passage de façon à le faire concorder avec ses propres valeurs et sa propre conception de Dieu.
En fait, comme je le disais auparavant, les gens continuent de s'identifier à leur religion natale plus par attachement à une identité commune, et par loyauté envers leur communauté d'origine, que par foi. Les modérés ne croient pas vraiment à la religion à laquelle ils disent croire. Ils ont une spiritualité personnelle, très librement inspirée de celle de leurs ancêtres, mais leurs valeurs progressistes et modernes n'ont rien à voir avec celles que l'on retrouve dans la Bible et le Coran. On peut dire qu'ils sont tout prêt de l'incroyance, à un pas de sortir de la religion. Ils ne sont simplement pas encore prêt à faire ce pas là et, comme ils ont de toute façon de bonnes valeurs malgré tout, je pense qu'il faut respecter ça. Les laisser s'émanciper eux-mêmes et à leur rythme de l'étiquette religieux dont ils se revendiquent mais qu'ils ont totalement vidé de son sens.
Bref, les attentats en question ont bel et bien été commis par des individus religieux au nom de leur religion, selon une interprétation tout à fait juste et cohérente des saintes écritures (c'est le second des dix commandements qui ordonne de ne pas représenter le divin et de tuer ceux qui le font*). Mais cela ne veut aucunement dire que les autres individus prétendant être de la même religion que ces dits individus adhèrent réellement et fervemment aux croyances religieuses de ces individus puisque croyances religieuses et appartenance religieuse sont deux choses.
Pour terminer, je voudrais juste revenir sur un autre élément de la campagne «Je suis Charlie». Quelque chose avec quoi je n'ai pas été à l'aise. Je n'ai rien contre le fait qu'un journal satirique publie des caricatures pour rire de la religion; au contraire! Mais que l'on se mette soudainement à diffuser à plus grande échelle (via les médias sociaux mais certains réclament aussi que tous les journaux fassent de même) lesdites caricatures par solidarité envers les dessinateurs assassinés... moyen. Je comprends que l'on veut montrer aux Talibans et autres fous de Dieu que l'on n'a pas peur d'eux, mais il y a des gens – les croyants modérés dont je parlais tantôt – qui pourraient en être offensés. Dans un journal satirique c'est ok, au pire ils ont juste à ne pas le lire! Mais sur tous les médias sociaux, ça peut devenir insultant. Donc c'est pas pour bâillonner la liberté d'expression ou parce qu'on n'a peur des extrémistes, mais peut-être qu'on devrait desfois essayer de ne pas insulter ou faire de la peine à toute une communauté juste parce qu'on est fâché contre une poignée d'entre eux. C'est pas fin.
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* Deutéronome 5:8
L'élément dont je voudrais discuté ici concerne l'opposition entre deux genres de discours spécifiques qui ont suivi l'événement dans les médias sociaux. Deux opinions en apparence contradictoire que j'ai vu diffusé par mes amis facebook ou sur des blogues que je suis. Il s'agit de:
- A. Il ne faut pas faire d'amalgame. Les actions perpétrées ici ont été commises par des individus isolés et extrémistes. La majorité des musulmans n'a rien à voir avec de tels actes de violence.
- B. L'islam est une idéologie violente par nature. Il suffit d'ouvrir le Coran pour constater à quel point certains passages incitent explicitement à la haine et à la violence envers les pécheurs, les païens et les blasphémateurs. Il est absurde de se leurrer en disant que la religion n'a rien à voir là-dedans.
Ces deux positions semblent antagonistes. Et pourtant, j'adhère pleinement aux deux. En fait, ce qu'il faut comprendre c'est que les musulmans modérés sont comme les chrétiens modérés ou tous les croyants modérés: ce sont des incroyants qui s'ignorent. Lisez les passages sanglants du Coran à un musulman peu pratiquant et il réagira de la même manière qu'un catholique moyen face à l'Ancien Testament: il sera choqué et s'en dissociera, ou essaiera tant bien que mal de trouver une façon tordue de réinterpréter ce passage de façon à le faire concorder avec ses propres valeurs et sa propre conception de Dieu.
En fait, comme je le disais auparavant, les gens continuent de s'identifier à leur religion natale plus par attachement à une identité commune, et par loyauté envers leur communauté d'origine, que par foi. Les modérés ne croient pas vraiment à la religion à laquelle ils disent croire. Ils ont une spiritualité personnelle, très librement inspirée de celle de leurs ancêtres, mais leurs valeurs progressistes et modernes n'ont rien à voir avec celles que l'on retrouve dans la Bible et le Coran. On peut dire qu'ils sont tout prêt de l'incroyance, à un pas de sortir de la religion. Ils ne sont simplement pas encore prêt à faire ce pas là et, comme ils ont de toute façon de bonnes valeurs malgré tout, je pense qu'il faut respecter ça. Les laisser s'émanciper eux-mêmes et à leur rythme de l'étiquette religieux dont ils se revendiquent mais qu'ils ont totalement vidé de son sens.
Bref, les attentats en question ont bel et bien été commis par des individus religieux au nom de leur religion, selon une interprétation tout à fait juste et cohérente des saintes écritures (c'est le second des dix commandements qui ordonne de ne pas représenter le divin et de tuer ceux qui le font*). Mais cela ne veut aucunement dire que les autres individus prétendant être de la même religion que ces dits individus adhèrent réellement et fervemment aux croyances religieuses de ces individus puisque croyances religieuses et appartenance religieuse sont deux choses.
Pour terminer, je voudrais juste revenir sur un autre élément de la campagne «Je suis Charlie». Quelque chose avec quoi je n'ai pas été à l'aise. Je n'ai rien contre le fait qu'un journal satirique publie des caricatures pour rire de la religion; au contraire! Mais que l'on se mette soudainement à diffuser à plus grande échelle (via les médias sociaux mais certains réclament aussi que tous les journaux fassent de même) lesdites caricatures par solidarité envers les dessinateurs assassinés... moyen. Je comprends que l'on veut montrer aux Talibans et autres fous de Dieu que l'on n'a pas peur d'eux, mais il y a des gens – les croyants modérés dont je parlais tantôt – qui pourraient en être offensés. Dans un journal satirique c'est ok, au pire ils ont juste à ne pas le lire! Mais sur tous les médias sociaux, ça peut devenir insultant. Donc c'est pas pour bâillonner la liberté d'expression ou parce qu'on n'a peur des extrémistes, mais peut-être qu'on devrait desfois essayer de ne pas insulter ou faire de la peine à toute une communauté juste parce qu'on est fâché contre une poignée d'entre eux. C'est pas fin.
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* Deutéronome 5:8
dimanche 6 avril 2014
Dissimuler son racisme
Lorsqu'il est question de la présence de viande casher ou halal dans nos cantines et dans nos épiceries, beaucoup de gens s'insurgent en nous rappelant à quel point ce rituel est cruel envers les animaux. En effet, il paraîtrait que l'animal souffre davantage lors de cet abattage rituel. Et ici, au Québec, la cruauté envers les animaux c'est contre nos valeurs.
Je trouve toujours ça drôle de voir une personne non végétarienne, qui normalement n'en a rien à faire du bien-être animal, devenir soudainement une animaliste engagée lorsqu'il est question de viande halal. Habituellement, elle n'a aucun scrupule à manger les bêtes torturées dans les plus cruels des élevages intensifs, même qu'elle en consomme tous les jours, mais le label halal attise mystérieusement son indignation.
Même chose lorsqu'un macho de la pire espèce devient magiquement un ardent défenseur des droits des femmes lorsqu'il est question de la façon dont elles sont considérées par l'islam. Il n'hésitera pas à rappeler à quel point les femmes ont dû se battre pour acquérir leur égalité, et qu'il serait outrageant que tout cela ne se perdre parce que l'on voudrait accommoder certains immigrants beaucoup trop conservateurs.
Ou encore, quand je vois que des catholiques pratiquants qui, à propos du maire de Saguenay, disaient «laissez-le don faire sa petite prière», deviennent étrangement d'actifs militants pour la laïcité de l'État lorsqu'il est question du port du voile chez les fonctionnaires. En fait, les croyants ne se sont jamais autant prononcés pour la laïcité (et les athées contre) que depuis la sortie de la Charte péquiste.
Tout cela m'agace. Comme lorsque l'on gratte une fourchette sur une assiette. Qu'on instrumentalise comme ça de nobles causes qui me tiennent réellement à cœur, comme l'égalité des sexes, la laïcité ou les droits des animaux, pour dissimuler de façon très peu subtil un sentiment beaucoup moins noble… ça m'agresse.
Car oui, ce qui se cache derrière ce soudain engagement social est ce qu'on appelle communément du racisme, mais que le terme «xénophobie» décrit plus justement. Comme c'est tabou de nos jours de s'afficher ouvertement comme un xénophobe (heureusement!), il est devenu courant de dissimuler sa haine agressive envers les étrangers en la faisant passer pour un militantisme passionnel envers une cause progressiste. Évidemment, toutes les traditions sont sexistes, les autres comme la nôtre. Mais ici, le seul combat qui soit une guerre juste est celui contre le conservatisme, pas celui contre les étrangers. Ça c'est raciste.
Je trouve toujours ça drôle de voir une personne non végétarienne, qui normalement n'en a rien à faire du bien-être animal, devenir soudainement une animaliste engagée lorsqu'il est question de viande halal. Habituellement, elle n'a aucun scrupule à manger les bêtes torturées dans les plus cruels des élevages intensifs, même qu'elle en consomme tous les jours, mais le label halal attise mystérieusement son indignation.
Même chose lorsqu'un macho de la pire espèce devient magiquement un ardent défenseur des droits des femmes lorsqu'il est question de la façon dont elles sont considérées par l'islam. Il n'hésitera pas à rappeler à quel point les femmes ont dû se battre pour acquérir leur égalité, et qu'il serait outrageant que tout cela ne se perdre parce que l'on voudrait accommoder certains immigrants beaucoup trop conservateurs.
Ou encore, quand je vois que des catholiques pratiquants qui, à propos du maire de Saguenay, disaient «laissez-le don faire sa petite prière», deviennent étrangement d'actifs militants pour la laïcité de l'État lorsqu'il est question du port du voile chez les fonctionnaires. En fait, les croyants ne se sont jamais autant prononcés pour la laïcité (et les athées contre) que depuis la sortie de la Charte péquiste.
Tout cela m'agace. Comme lorsque l'on gratte une fourchette sur une assiette. Qu'on instrumentalise comme ça de nobles causes qui me tiennent réellement à cœur, comme l'égalité des sexes, la laïcité ou les droits des animaux, pour dissimuler de façon très peu subtil un sentiment beaucoup moins noble… ça m'agresse.
Car oui, ce qui se cache derrière ce soudain engagement social est ce qu'on appelle communément du racisme, mais que le terme «xénophobie» décrit plus justement. Comme c'est tabou de nos jours de s'afficher ouvertement comme un xénophobe (heureusement!), il est devenu courant de dissimuler sa haine agressive envers les étrangers en la faisant passer pour un militantisme passionnel envers une cause progressiste. Évidemment, toutes les traditions sont sexistes, les autres comme la nôtre. Mais ici, le seul combat qui soit une guerre juste est celui contre le conservatisme, pas celui contre les étrangers. Ça c'est raciste.
mercredi 7 juillet 2010
Xénophobie contre sexisme
Toutes les traditions sont fondamentalement sexistes (et, généralement, homophobes et un peu xénophobes). Parfois la femme est ouvertement considérée comme inférieure à l'homme ou comme un bien qui lui appartient, d'autrefois c'est simplement que la répartition du travail est déterminée par le sexe sans qu'il n'y ait nécessairement une hiérarchisation. Pour cette raison, il n'est pas rare qu'il y ait conflit entre l'égalité des sexes prônée par les valeurs modernes, et le respect des cultures traditionnelles. Certains opportunistes intolérants ou conservateurs utiliseront cet antagonisme pour défendre la xénophobie au nom de l'égalité des sexes ou, à l'inverse, pour défendre le sexisme au nom du relativisme culturel.
D'un côté, on doit garder en mémoire que le principe de tolérance ne nous force pas à tolérer l'intolérance. Ainsi, si une personne commet un acte sexiste (ou homophobe, ou raciste, etc.) parce que cela est dans ses traditions, il est légitime de réprouver une telle discrimination. Le relativisme culturel nous prescrit toutefois de ne pas «juger» cette personne, mais il ne faut pas la laisser faire pour autant.
Soit. Mais je constate que l'on a souvent tendance à trop facilement accuser de sexisme une pratique issue d'une autre culture (ou commise par des personnes immigrantes), alors qu'on laissera passer si c'est une pratique d'origine locale (ou commise par des natifs). Par exemple, si une femme demande à se faire examiner par une femme médecin plutôt que par un homme, on répondra à sa demande si c'est possible. Mais si la femme en question est musulmane, on l'accusera d'être sexistes ou manipulée par un mari sexiste qui la considère comme un objet. Autre exemple, si des femmes musulmanes demandent à avoir des heures «femmes seulement» à la piscine parce qu'elles se sentent gênée de se mettre en maillot devant des hommes, on leur reprochera d'être sexistes. Mais quand un centre de conditionnement physique n'ouvre ses portes qu'aux femmes, personne ne l'accuse du même délit.
On va également se servir souvent du faux prétexte de défendre l'égalité des sexes ou la laïcité pour justifier notre intolérance à l'égard de coutumes nouvelles ou étrangères. Par exemple, il n'y a rien qui justifie que l'on soit haineux envers une femme qui choisirait volontairement de porter le voile pour montrer qu'elle n'a pas honte de ses croyances. Et il serait encore moins justifié qu'on l'accuse d'être antiféministe ou d'être contrôlée par un mari sexiste. Même chose pour la polygamie qui est autorisée dans plusieurs pays musulmans mais interdite au Canada. Si une union comporte plus de deux personnes mais qu'elle est composée d'adultes lucides et consentants, il n'y a aucune raison qu'elle soit illégale. Pourtant, on continue de la prohiber soi-disant au nom de l'égalité des sexes. C'est manifestement un cas d'ethnocentrisme: les femmes occidentales ne peuvent concevoir qu'une femme puisse désirer porter le voile ou partager leur mari, alors elles se disent qu'elles sont sûrement forcées de le faire.
Pour conclure, je dirais que l'objectif qui doit être visée ici pour régler le conflit tradition/discrimination n'est pas à chercher dans une sorte de «juste milieu» entre le sexisme et la xénophobie. Ce serait plutôt d'évaluer chaque situation spécifique en mettant dans la balance les intérêts réels des individus (désirs du discriminateur versus préjudices du discriminé) et en nous libérant des biais ethnocentriques.
D'un côté, on doit garder en mémoire que le principe de tolérance ne nous force pas à tolérer l'intolérance. Ainsi, si une personne commet un acte sexiste (ou homophobe, ou raciste, etc.) parce que cela est dans ses traditions, il est légitime de réprouver une telle discrimination. Le relativisme culturel nous prescrit toutefois de ne pas «juger» cette personne, mais il ne faut pas la laisser faire pour autant.
Soit. Mais je constate que l'on a souvent tendance à trop facilement accuser de sexisme une pratique issue d'une autre culture (ou commise par des personnes immigrantes), alors qu'on laissera passer si c'est une pratique d'origine locale (ou commise par des natifs). Par exemple, si une femme demande à se faire examiner par une femme médecin plutôt que par un homme, on répondra à sa demande si c'est possible. Mais si la femme en question est musulmane, on l'accusera d'être sexistes ou manipulée par un mari sexiste qui la considère comme un objet. Autre exemple, si des femmes musulmanes demandent à avoir des heures «femmes seulement» à la piscine parce qu'elles se sentent gênée de se mettre en maillot devant des hommes, on leur reprochera d'être sexistes. Mais quand un centre de conditionnement physique n'ouvre ses portes qu'aux femmes, personne ne l'accuse du même délit.
On va également se servir souvent du faux prétexte de défendre l'égalité des sexes ou la laïcité pour justifier notre intolérance à l'égard de coutumes nouvelles ou étrangères. Par exemple, il n'y a rien qui justifie que l'on soit haineux envers une femme qui choisirait volontairement de porter le voile pour montrer qu'elle n'a pas honte de ses croyances. Et il serait encore moins justifié qu'on l'accuse d'être antiféministe ou d'être contrôlée par un mari sexiste. Même chose pour la polygamie qui est autorisée dans plusieurs pays musulmans mais interdite au Canada. Si une union comporte plus de deux personnes mais qu'elle est composée d'adultes lucides et consentants, il n'y a aucune raison qu'elle soit illégale. Pourtant, on continue de la prohiber soi-disant au nom de l'égalité des sexes. C'est manifestement un cas d'ethnocentrisme: les femmes occidentales ne peuvent concevoir qu'une femme puisse désirer porter le voile ou partager leur mari, alors elles se disent qu'elles sont sûrement forcées de le faire.
Pour conclure, je dirais que l'objectif qui doit être visée ici pour régler le conflit tradition/discrimination n'est pas à chercher dans une sorte de «juste milieu» entre le sexisme et la xénophobie. Ce serait plutôt d'évaluer chaque situation spécifique en mettant dans la balance les intérêts réels des individus (désirs du discriminateur versus préjudices du discriminé) et en nous libérant des biais ethnocentriques.
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