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dimanche 16 août 2015

L'innocence et la culpabilité

L'un des piliers de notre système de justice est le concept de culpabilité. On a un accusé, et on essaye de démontrer s'il est coupable ou innocent. On le punira s'il est coupable et le relâchera s'il est innocent. Pour moi, on serait dû pour un petit changement de paradigme à ce niveau. J'abandonnerais, en fait, le concept de culpabilité... J'en ai déjà parlé auparavant mais laissez-moi vous expliquer pourquoi en vous présentant trois petites mises en situations inspirées de scénarios de films de science-fiction connus:

  • A- Après avoir commis ses crimes, un tueur décide d'utiliser une technologie futuriste pour créer des copies parfaites de lui-même, partageant son apparence, ses souvenirs et sa personnalité, mais n'ayant dans les faits rien à se reprocher dans ses actions.
  • B- Une technologie futuriste nous permet de prédire à l'avance, avec une marge d'erreur nulle, quand un crime sera commis et par qui.
  • C- Après avoir commis ses crimes, un tueur décide d'utiliser une technologie futuriste pour modifier sa mémoire, effaçant les souvenirs de ses crimes et aussi ses douloureuses expériences de vie qui l'on mis sur le chemin de la criminalité, reprogrammant ainsi son esprit pour devenir un citoyen modèle. 


Ces trois expériences de pensée nous présentent différents contextes dans lesquelles la culpabilité de l'individu n'est plus corrélée avec sa dangerosité. Ainsi, si mon but n'est que de punir un coupable, je ne peux pas arrêter les clones du tueur dans le scénario A, ou le futur tueur de mon scénario B, même s'ils présentent le même danger pour la société qu'un meurtrier avéré. Inversement, il faudrait mettre en prison le tueur du scénario C même s'il n'est désormais pas plus dangereux que le citoyen moyen. 

Cette justice rétributive n'est pas celle que je prône. Pour moi, justement, c'est la dangerosité qui est à considérer, et non pas la culpabilité comme tel. Cette dernière ne devrait servir que d'un indice nous permettant de déduire qu'un individu a de fortes chances d'être dangereux pour la collectivité. Nous agissons déjà ainsi lorsque nous considérons qu'un individu n'est pas «criminellement responsable» pour des raisons de santé mentale, il échappe alors au système de justice traditionnel et est jugé par la science – si l'on peut dire – puisque ce sont des spécialistes de la santé mentale qui décideront de son sort et s'assureront de lui enlever le pouvoir de nuire à autrui et de le réhabiliter. À l'inverse, lorsque l'on criminalise certaines activités sans victimes directes mais présentant un indice de dangerosité -- telles que de fabriquer une bombe ou de prendre part à un complot -- c'est que l'on reconnaît que ce qui est important pour arrêter quelqu'un n'est pas tant d'avoir causé du dommage dans le passé, mais d'être dangereux dans le futur.

De la façon dont je vois ça, le criminel dangereux devrait être traité comme le porteur d'une maladie contagieuse grave: On lui propose un traitement, avec une mise en quarantaine si nécessaire, en prenant le temps de bien lui expliquer pourquoi cela est pour son bien autant que pour celui de la communauté, puis on le laisse sortir une fois que les risques sont écartés. S'il refuse le traitement, en dépit de nos explications, puisqu'il présente un danger pour la collectivité, il convient de l'isoler et de le traiter contre son gré, qu'il soit ou non «coupable» de sa maladie. C'est pareil avec un criminel dangereux, on veut le réhabiliter, on lui propose de le faire, s'il refuse on le réhabilite de force. Il faut toutefois que les dommages que le criminel pourrait causer constituent un mal supérieur au préjudice que subit sa liberté, d'où la nécessité d'avoir un système carcéral qui minimise la souffrance et maximise la liberté de ses pensionnaires, pour que cette équation soit juste.

À mon sens on devrait toujours agir ainsi. Identifier le problème, en cerner les causes, puis les neutraliser (dans la mesure du possible) et réparer les dommages déjà causés (dans la mesure du possible aussi). Non plus «juger», comme on aime tant le faire actuellement, mais juste dédommager les préjudices subis et éviter leur réitération. La «culpabilité», c'est un concept philosophique dont je me débarrasserais complètement. Trop lié à la croyance au libre-arbitre, qui elle aussi me semble à laisser tomber. Tout comportement délinquant devrait être traité comme un problème psychologique, ou encore comme un bogue dans le système. J'y reviendrai.

mercredi 11 juin 2014

Détruire les machines

À l'époque de la Révolution industrielle exista un mouvement que l'on appela «luddisme». Certains artisans mécontents d'avoir perdu leur gagne-pain au profit de machines, s'étaient mis à vandaliser et à détruire lesdites machines dans le vain espoir de ramener les choses comme avant. Je trouve intéressant de réfléchir à cette situation, parce que le phénomène n'a jamais cessé de se produire: la progression technologique contribue forcément à faire sombrer des jobs dans l'obsolescence. Que ce soit des emplois d'ouvriers ou de bureaucrates, beaucoup de fonctions sont susceptibles d'être un jour exécutées par des machines ou des logiciels plutôt que par des humains. Le dilemme éthique qui découle logiquement de ce constat c'est:
Devrait-on limiter le développement de certaines technologies si leur émergence a pour conséquence de créer du chômage en faisant disparaître des emplois?

Quand on y pense, il est évident que le bonheur des gens devrait passer avant le progrès. Lui-même n'est pas un but en soi, mais un outil dont l'unique finalité est d'améliorer la qualité de vie des gens. Par conséquent, il serait totalement paradoxal de condamner des salariés à la misère au nom du culte du progrès. En plus, puisque, jusqu'à maintenant, ces emplois étaient occupés par des humains et que tout allait bien ainsi, a-t-on vraiment besoin de les remplacer par des machines? Non. Donc… on devrait cesser dès maintenant toute avancée technologique susceptible de causer des pertes d'emplois? Eh non. Les choses ne sont pas si simples.

J'aimerais d'abord que l'on se rappelle quels types d'emplois ont cessé d'exister à cause des machines, de l'informatique et même des outils plus anciens. Quand on y pense, les tâches que la technologie peut faire à notre place ou qu'elle nous permet d'accomplir plus efficacement étaient toute plutôt pénibles voire aliénantes. Ce n'est pas parce qu'ils aimaient leur travail que les gens étaient contre son abolition, c'est parce que c'était leur gagne-pain. Si les facteurs de Poste Canada sont fâchés qu'on supprime leur job, ce n'est pas parce que mettre des enveloppes dans des boîtes aux lettres est leur passion dans la vie, c'est parce que c'était une job stable et payante qu'ils savaient faire. Même chose pour les tisserands du mouvement luddite. Et plus on remonte loin dans le passé, plus on se rend compte que les emplois et les tâches qui n'existent plus à cause du progrès techniques étaient désagréables. Réduire un humain à l'exécution d'une tâche monotone et répétitive c'est brimer son potentiel et l'empêcher de s'accomplir comme il le devrait.

Petit exercice pour savoir si un emploi est gratifiant pour lui-même, et pas seulement pour son salaire ou pour son utilité, demandez-vous la question suivante:
Si j'héritais d'une fortune telle que je ne n'aurais plus besoin de travailler jusqu'à la fin de mes jours. Et, si l'emploi que j'ai en ce moment ne servait plus à personne et qu'on ne me paierait plus pour, est-ce que je continuerais de le faire juste pour le plaisir? 

Par exemple, si je suis concierge, est-ce que je nettoierais un bâtiment désaffecté où personne ne va et qu'on s'apprête à démolir, rien que pour le plaisir? Évidemment, ma question ici est divisible en deux questions distinctes. Si nous demander si nous ferions cet emploi bénévolement ne sert qu'à savoir si on aime notre job, il est évident que peu d'entre-nous continuerait de travailler si le fruit de notre travail ne bénéficierait à personne d'autre, même si on aime ce que l'on fait. Mais c'est justement là qu'est mon point. À partir du moment où la technologie est disponible – ou, du moment qu'il serait aisé de la développer – ne pas l'utiliser pour préserver un emploi revient au même que d'avoir un emploi totalement inutile. C'est comme si on nous payait à rien faire par charité, parce qu'on n'est incapable de faire autre chose. On ne peut pas être contre le progrès juste pour garder des jobs obsolètes; le sens même du travail c'est d'être utile.

Je voudrais aussi souligner que lorsque l'on choisit sa carrière, on sait qu'il y a toujours certains risquent pour que notre emploi cesse un jour d'exister. Parfois ce risque est minime, parfois il est énorme, c'est selon notre domaine. Certains emplois risquent de disparaître à cause du progrès technologique, oui, mais il y a d'autres raisons possibles, de nouvelles lois environnementales par exemple, ou une diminution de la demande. Dans tous les cas, en choisissant de faire telle job plutôt que telle autre, on sait à quoi s'attendre à ce niveau, on accepte le risque et on fait le pari que notre emploi continuera d'exister au moins pour la durée de temps qu'on prévoit l'occuper. Conséquemment, si notre poste vient à disparaître, ce n'est pas une aberration, c'est quelque chose qu'on aurait pu anticiper et à quoi l'on aurait dû être préparé; à la fois en tant qu'individu, mais aussi au niveau de la société.

D'accord. Alors… les gens dont l'emploi devient désuet ne méritent pas mieux que de se retrouver sans revenu et à la rue? Mais non! Je dis juste que le problème n'est pas le progrès technologique comme tel. C'est en fait notre politique du travail. Si un patron congédie ses employés parce qu'il a acheté une machine qui fait leur job plus efficacement, il s'enrichie et crée de la misère. Mais imaginons qu'au lieu de ça, ce soit les employés qui s'étaient cotisés pour acheter cette même machine. Ils auraient alors pu continuer de recevoir leur paye de leur patron (qui aurait été satisfait lui aussi grâce à l'augmentation de leur productivité) et n'auraient plus eu à travailler, à part pour veiller à l'entretien de ladite machine. Ainsi, pour paraphraser Marx, la solution serait que les prolétaires deviennent propriétaires de leurs moyens de production… ou que les employés deviennent copropriétaires des entreprises qui les emploient. Par exemple si, au lieu de faire augmenter notre salaire, notre ancienneté nous donnait des parts dans l'entreprise. Ça serait moins dur de perdre son salaire si on recevait des dividendes. Également, en tant que société, il faut nous assurer d'avoir des programmes de solidarité sociale mais aussi d'aide à la recherche d'emploi, de financement des études (pour se lancer dans un nouveau domaine si le nôtre disparaît) et de formation continue (pour ne jamais être dépassé par le progrès de notre domaine) afin que perdre son emploi ne soit pas une condamnation à mort mais une opportunité.

Voilà. Donc… où cela va-t-il s'arrêter? Quand le progrès de la technologie va-t-il cesser de nous enlever du travail? Va-t-on finir comme dans le film Wall-E, où les humains ne sont plus que des fainéants oisifs et inutiles qui se font entretenir par les robots? J'en doute fortement. Comme j'ai dit, les emplois et les tâches que l'on a fait disparaître sont ceux qui ne procuraient pas de sentiment d'accomplissement pour eux-mêmes; c'est-à-dire pour lesquels c'est le salaire ou l'utilité que l'on visait. Ainsi, les humains vont toujours continuer de vouloir s'accomplir. Ultimement, ce qui va rester et que les machines ne pourront pas faire à notre place (sauf peut-être dans un futur vraiment lointain de type science-fiction) et que l'on va continuer de faire par pur plaisir, ce sera des postes de chercheurs, d'artistes (au sens large, tout ce qui est créatif), de penseurs et peut-être d'enseignants. Bref, quand on n'aura plus besoin de personne pour ramasser les vidanges, tout le monde va pouvoir faire ce qu'il voulait faire quand il était enfant.

samedi 14 septembre 2013

Des sauvages

Je suis allé à un séminaire sur l'éthique animale. L'un des conférenciers nous a parlé du livre Zoopolis, ouvrage qui présente une vision possible de ce qu'aurait l'air une société reconnaissant les droits des animaux. On nous proposait d'accorder le statut de citoyens aux animaux qui vivent parmi nous (je reviendrais sur cette question dans un futur billet) et de traiter les animaux sauvages et leur environnement comme des nations étrangères. Je paraphrase:
Qu'on croit ou non pouvoir mieux gérer la Chine que les Chinois, on n'intervient pas parce qu'on leur reconnaît le droit à la souveraineté. C'est la même chose pour les animaux sauvages. On doit leur accorder la souveraineté donc les autoriser à continuer de vivre comme ils le font dans la nature, même si leurs actions contreviennent à notre éthique.

Je n'étais pas tout à fait d'accord avec ça. En fait j'approuve l'analogie et, dans les deux cas, pour les animaux sauvages comme pour les nations étrangères, je suis d'accord avec ce non-interventionnisme. Mais, je ne le justifie pas de la même façon et ça modifie donc également son application. Si je suis d'accord avec le fait que l'État doit laisser leurs souverainetés aux individus, je ne pense pas nécessairement la même chose de la souveraineté d'entités collectives. En gros, pour moi, la principale ressemblance est que, dans les deux cas, la situation de l'individu n'est peut-être pas des plus confortable, mais elle s'inscrit dans un système qu'une intervention de notre part pourrait briser et, conséquemment, faire empirer.

J'ai déjà dit que je ne suis pas nationaliste. Je ne crois pas qu'un peuple d'humains forment une sorte d'entité ayant des droits propres. Les frontières entre États n'ont pas à interférer dans mes considérations éthiques. Ainsi, n'en déplaise à nos lois sur le travail et le libre-échange, sous-payer un travailleur m'apparaît tout aussi répréhensible qu'il soit Québécois ou Taïwanais. Si un peuple est opprimé par un dictateur abusif, je ne considère pas qu'il s'agit d'une «nation souveraine». La liberté des individus ne devrait pas passer après celle de la fiction qu'est la nation. Bref, lorsqu'on laisse faire ce qui se passe dans les autres pays mais qui contrevient à nos valeurs, ça se justifie si:
  • Une différence culturelle fait en sorte que cette situation qui nous parait désagréable est positive aux yeux des locaux;
  • Nous ne comprenons pas suffisamment tous les facteurs impliqués dans la situation sociopolitique en question pour pouvoir nous prononcer de façon éclairée sur ce qui en serait une issue désirable;
  • Nous n'avons pas le pouvoir d'intervenir sans causer un mal supérieur à celui que l'on voudrait enrayer.

Par exemple, si la seule façon de libérer un pays d'un dictateur est de déclencher une guerre dont la victoire est incertaine et qui causera significativement plus de souffrances que ne l'aurait fait le dictateur en temps de paix, intervenir serait contraire à l'éthique. Mais dans tout autre situation, ne pas intervenir est hypocrite.

Pour les animaux sauvages, si je suis le raisonnement qui m'a amené au végétarisme et ma réflexion sur le fait que l'inaction vaut l'action d'un point de vue éthique, alors je devrais considérer que mon devoir serait d'empêcher les animaux sauvages de se manger les uns les autres, puisque cela cause une souffrance. En plus, puisque les animaux n'ont pas la lucidité, tout comme les enfants, il est nécessaire que des êtres rationnels prennent les décisions pour eux. Voilà... Est-ce vraiment ma conclusion logique? Non. Je pense qu'il convient de tenir compte des facteurs suivants:
  • Contrairement à nous, les animaux prédateurs ne peuvent survivre sans manger de proies et seraient malheureux si l'on frustrait leurs instincts de chasseurs, il s'agit donc d'un égoïsme légitime;
  • Contrairement aux enfants, les animaux, bien que non doués de raison, sont capable d'autonomie, et peuvent donc agir dans leur propre intérêt par eux-mêmes lorsqu'ils sont dans un environnement spécifique, sans avoir à réfléchir;
  • Contrairement aux humains, les prédateurs ne condamnent pas leurs proies à vivre toute leur vie dans un élevage intensif, mais les laissent libres dans leur habitat naturel;
  • Briser l'équilibre d'un écosystème risquerait d'amener davantage de souffrances, pour les prédateurs comme pour leurs proies, que de laisser les choses telles qu'elles sont.

C'est pour ces raisons que je prône de laisser «intouchés» des environnements sauvages dans lesquels les animaux devraient conserver leur «souveraineté» sans qu'on interfère. Toutefois, dans un hypothétique lointain futur technologique où l'humain pourrait pratiquement tout contrôler dans la nature, il sera éthiquement requis d'abolir la prédation. Ce sera comme quelqu'un qui empêche son chat de manger sa perruche, mais à une échelle globale. Cela pourra être accompli en nourrissant les prédateurs avec de la viande de synthèse, en leur donnant des jouets pour qu'ils canalisent leurs instincts de chasseurs, et en réduisant la fécondité des proies pour ne pas qu'elles se reproduisent en surnombre. Mais au niveau technologique où nous sommes maintenant, toute tentative d'intervention de ce genre à cette échelle risque de causer pas mal plus de mal que de bienfaits.

jeudi 7 février 2013

Modifier son corps

La technologie moderne nous permet de modifier nos corps: teindre nos cheveux, se faire tatouer ou percer, se faire enlever des rides, liposucé ou même changer de sexe. Personnellement, je trouve qu'il y a quelque chose de merveilleux dans le fait que l'on puisse avoir plus de pouvoirs sur notre apparence physique. Que l'on puisse choisir ce qu'on est, en quelque sorte. C'est comme le triomphe de la personne sur la nature, de la volonté sur le hasard, de la raison sur l'irrationnel, de l'intelligence sur la contingence, etc. Certains disent que l'on devrait demeurer «naturels». Moi, je ne crois pas en «la nature» autrement que comme une allégorie.

Ainsi, j'aime bien voir un tatouage sur une personne. C'est comme si elle avait fait de son corps (un produit de la nature) une œuvre d'art (un produit de l'esprit). Par contre, en ce qui me concerne, il y a peu de chance que je me fasse tatouer un jour. Non que je sois contre l'idée, mais il faudrait que je trouve une idée de tatouage qui soit non seulement significativement pour moi en ce moment, mais qui le demeurerait également toute ma vie. Donc, puisqu'un tatouage c'est permanent, m'en faire faire un serait comme de croire en l'inaltérabilité de ma personnalité. Comme si mon être actuel était «parfait» et ne pouvait plus évoluer autrement. Si les tatouages étaient plus faciles à enlever, je m'en ferais sans doute faire de temps en temps. Mais en ce moment, ça serait comme une atteinte à la liberté de mon «moi» futur.

Je trouve que c'est abusif, voire discriminatoire, lorsqu'un employeur force les membres de son personnel à cacher leurs tatouages, à retirer leurs perçages et à ne pas se teindre les cheveux d'une couleur atypique. C'est contraire à l'idéal de liberté que je prône. Personnellement, j'aime bien voir ce genre de diversité dans le physique des gens d'un commerce. Ça fait contraste avec leurs uniformes identiques et souvent moches. Accepter la diversité que les gens choisissent d'avoir est l'extension logique de l'acceptation de la diversité ethnique et des orientations sexuelles. Autrement, c'est comme si le raisonnement sous-jacent était qu'être différent est un défaut, donc que c'est pardonnable uniquement lorsque ce n'est pas par choix.

En ce qui concerne les modifications du corps visant à dissimuler les signes du vieillissement, c'est un peu différent. C'est vouloir éviter ce que l'on perçoit comme une détérioration de l'apparence. Même chose pour toute autre chirurgie esthétique; une liposuccion ou des implants mammaires par exemple. On veut tout simplement augmenter notre beauté. C'est la même chose pour le fait de se maquiller. J'y vois aussi quelque chose de positif, en ce sens que l'on peut «améliorer» notre apparence plutôt que de nous contenter de ce que la nature nous a donné. Le problème c'est quand on fait cela à cause d'une pression sociale. Ça serait mieux si tout le monde pouvait être à l'aise avec son corps sans s'altérer ainsi. D'autant plus que plus les gens auront recours à ce genre de transformation, et plus les standards de beauté vont les exiger.

Je trouve aussi formidable que l'on puisse désormais changer de sexe si l'on estime ne pas être né avec le bon. C'est un sentiment que j'ai de la difficulté à cerner, puisque je ne me sens pas particulièrement homme ni femme, mais je suis content que ceux qui ont un tel mal-être avec leur sexe biologique puisse faire ce choix. En fait, l'existence de cette possibilité fait en sorte que notre sexe devient un choix pour nous tous, puisqu'en choisissant de ne pas changer de sexe on confirme que l'on choisit d'être de notre sexe. On est donc libre d'être un homme ou une femme. Mais là aussi, je me demande parfois si ce ne sont pas des pressions sociales qui poussent une personne à être mal à l'aise avec son sexe biologique. Si l'on avait réellement déconstruit les genres, peut-être y aurait-il moins de gens désirant changer de sexe? J'imagine que ça dépend de si c'est son sexe social qu'elle refuse ou son anatomie génitale.

Parfois je m'imagine un futur de science-fiction dans lequel les humains pourront ajouter à leurs corps des organes artificiels. Là aussi, je trouve cette perspective positive, que ce soit pour remplacer une partie du corps endommagée, ou simplement pour le plaisir d'avoir de meilleurs yeux ou des bras de robots. Bien sûr, cela pose pour certains le problème de «un humain à ce point modifié est-il encore un humain?» mais cette question est invalide dans mon paradigme

Par rapport aux modifications corporelles en générales, je pense que l'on devrait viser un accroissement de la liberté. La liberté, c'est lorsque l'on a le pouvoir d'assouvir nos désirs. On augmente sa liberté soit en augmentant son pouvoir, soit en réduisant ses désirs. Ainsi, pour augmenter la liberté des individus sur leurs corps, il faudrait à la fois:
  • Permettre aux individus de modifier leurs corps comme bon leur semble sans qu'ils ne soient discriminés pour ça, et en améliorant de plus en plus la technologie qui permet ça;
  • Neutraliser autant que possible les causes psychologiques et sociales qui poussent les individus à vouloir modifier leurs corps;

jeudi 22 novembre 2012

Un arbre à viande

Éventuellement, la technologie nous permettra de fabriquer de la viande, non plus en élevant des animaux entiers, mais simplement en cultivant des cellules animales pour donner naissance uniquement aux parties que l'on mange. Comme du clonage mais partiel. On clonerait des steaks, des croquettes et du jambon sans qu'aucune vache, poule ou cochon n'ait besoin de venir au monde.

Vu que je suis végétarien, on me demande parfois si je mangerais de la viande qui aurait été produite de cette façon. La réponse est oui. Je n'aurais aucune objection éthique à consommer de la viande produite ainsi. Mon boycott de la viande est dû au fait que sa production implique la souffrance et la mort d'êtres sensibles capables de bonheur et de souffrance et désirant vivre. Créer de la viande déjà viande, sans passer par l'intermédiaire pourvu de sensations, fait tomber complètement cette objection. Je considérerais un animal transgénique acéphale de la même façon qu'une plante.

Je vois également d'autres avantages. Dans une perspective environnementale, ça me semble également bénéfique. L'élevage est une industrie extrêmement polluante. Les déjections surabondantes de nos animaux souillent l'environnement. Le défrichage de forêts pour en faire des pâturages menace les espèces qui y vivent. Nous passer d'élevage et produire la viande en laboratoire réduirait notre empreinte écologique.

Même d'un point de vue économique ça finirait par être rentable. Pour l'instant, ça serait sans doute très coûteux, mais lorsque la technologie sera assez avancée pour que l'équipement requis soit abordable, ça va devenir plus avantageux. Un animal consomme plus de nutriments qu'il n'en produit; non seulement parce qu'une bonne partie de son corps n'est pas consommée, mais aussi parce qu'il faut le nourrir jusqu'à l'âge de sa maturité. Une culture de cellules animales ne présentera plus ce problème. Par ailleurs, tous les coûts reliés au logement, aux déplacements, aux soins et à l'abattage des animaux ne seront plus présents. On y voit donc là une convergence entre les intérêts du producteur de viande, du consommateur de viande et du végétarien éthique.

J'ajouterais que la technologie utilisée pour cloner de la viande sera également utile en médecine. Que l'on clone un foie humain pour une greffe d'organe ou que l'on clone un foie de veau pour le souper du dimanche, c'est la même technologie qui est à l'œuvre… sauf bien sûr que le foie de veau n'a pas besoin d'être fonctionnel. Ainsi, investir dans cette science pourrait se faire sans que l'objectif ultime ne soit la fabrication de viande; ce ne serait qu'un bénéfice indirect.

Cela me fait penser à un constat que j'ai fait, une sorte de tendance. Il semble que plus la science et la technologie progressent, plus notre nuisance (création de souffrance et destruction de l'environnement) augmente. Mais, passé un certain seuil, la tendance s'inverse brusquement et le progrès devient bénéfique. Comme si celui-ci nous donnait le pouvoir d'abord puis la sagesse ensuite.

Bref, ça serait bien que la viande soit produite comme ça. Peut-être même qu'on pourrait créer des végétaux transgéniques dont les fruits seraient faits de chair animale? En attendant l'apparition des arbres à viande, je vais demeurer végétarien.

vendredi 11 mars 2011

Déprime saisonnière

L'hiver au Québec c'est déprimant. Il fait froid et il fait noir. Février est particulièrement dur sur le moral et mars n'est pas vraiment mieux. On a hâte que l'hiver se termine. Il commence à faire un peu plus clair, mais chaque tempête de neige de fin de saison nous apporte des pensées suicidaires. Je réalisais que nous sommes tous beaucoup moins énergiques à la fin de la saison froide, probablement parce que nous avons dû passer plusieurs semaines à l'intérieur. Nous sommes carencés en air pur et en soleil. Il serait avantageux pour l'individu lui-même mais aussi pour la productivité de la société dans son ensemble, de prendre des mesures contre l'hiver.

Ma solution: Je pense que l'on devrait repenser la façon dont l'on conçoit l'intérieur de nos habitats et de nos lieux de travail de façon à ce qu'elle évoque davantage l'extérieur. Par exemple, si nous avions un éclairage simulant celui du soleil, une aération fournissant de l'air pur et qu'il y aurait plusieurs végétaux à l'intérieur. Si, par exemple, les stations de métro étaient conçues pour que l'on ait l'impression d'y être à l'extérieur par une belle journée d'été, peut-être que le métro serait moins souvent retardé parce que l'un d'entre nous a choisi de se jeter sur les rails.

Et, tant qu'à être dans les propositions irréalistes, je suggère que l'on construise un réseau de tunnels souterrains reliant tous les bâtiments de Montréal. Qu'il y ait réellement une ville souterraine et que ce ne soit pas seulement un mythe pour attirer les touristes. De sorte que je pourrais aller de chez moi jusqu'à mon travail sans avoir à mettre le nez dehors! Sans avoir à pelleter mon entrée ou à marcher dans la slush ou sur un trottoir glacé. Bien sûr, ne pas sortir dehors c'est mauvais pour la santé, mais si on suit ma proposition précédente, ces corridors seraient éclairés et aérés pour que s'y promener soit aussi sain pour la santé et le moral que de prendre une marche dans un parc au mois de juillet.

Fin de cet état d'âme exprimant ma haine de l'hiver.

samedi 13 novembre 2010

L'intelligence artificielle

Suivre les progrès de l'intelligence artificielle est quelque chose que je trouve fascinant. Dans les histoires de science-fiction, il n'est pas rare de voir des machines ayant développé une intelligence artificielle supérieure, qui décident de se retourner contre l'humanité. Mais est-ce un scénario envisageable? Selon moi, ça n'arrivera jamais. Voici comment je vois le développement futur de l'intelligence artificielle.

Imaginons un système d'exploitation, disons une version future de Windows ou de Mac-OS, qui fonctionnerait comme une personne à qui l'on pourrait s'adresser. Je n'aurais qu'à lui donner des ordres pour qu'elle exécute; dans la mesure ou ces ordres correspondent à une de ses fonctions. Lorsque j'installerais un nouveau logiciel sur mon ordinateur, si le logiciel est compatible avec cette intelligence artificielle, celle-ci pourra détecter d'elle-même quels types de tâches cette application lui permet de faire et comment l'utiliser. Elle l'associera à des verbes d'action que je pourrais lui dire. Par exemple, si je lui demande de réduire la luminosité sur une photo, elle saura qu'elle doit ouvrir Photoshop. Si je lui dis «Quelle est la capitale de l'Indonésie?», elle saura utiliser l'internet pour trouver cette information pour moi. Bref, cette intelligence aura pour fonctions de:
  • Interpréter les paroles qu'on lui dit, dans toute leur complexité et variantes possibles;
  • Associer, s'il y a lieu, ces paroles à des tâches qu'elle peut exécuter;
  • Produire des rétroactions verbales qui soient pertinentes et réalistes;

Ainsi, à mesure que cette technologie progresserait, l'intelligence artificielle serait capable de parler et de comprendre le langage de plus en plus efficacement, pour qu'on puisse lui parler naturellement sans s'en tenir à des formulations précises et sans avoir à articuler exagérément. Elle devra elle-même pouvoir formuler de différentes manières la même idée pour avoir l'air plus vivante. Il serait pertinent aussi de la doter d'une capacité d'apprentissage pour qu'elle puisse assimiler de nouveaux mots ou des expressions personnelles, et qu'elle puisse répondre plus rapidement aux questions fréquemment posées. Un système de reconnaissance vocale ou vidéo serait aussi intéressant, afin qu'elle puisse distinguer ses différents utilisateurs et s'ajuster à leurs préférences.

Jusqu'ici, donc, on a décrit une forme d'intelligence artificielle qui donnerait réellement l'impression d'être une personne mais qui ne pourrait d'aucune façon se retourner contre son maître. Ce n'est qu'une interface. Elle ne pourrait rien faire qu'un ordinateur ne puisse déjà faire et serait tout aussi docile que n'importe quelle machine.

Toutefois, les ordinateurs et les gadgets électroniques acquièrent de plus en plus de nouvelles fonctions, et de plus en plus de sphères de nos vies sont informatisées. Si tous les appareils de ma maison sont reliés à mon ordinateur (le thermostat, le système d'alarme, etc.) on peut dire que beaucoup de pouvoir se retrouve entre les mains de cette conscience informatique. Malgré tout, il n'y aurait pas de danger puisque tout ça ne demeurerait qu'une interface sans volonté propre. L'intelligence artificielle n'aura pas de désirs personnels si on ne lui en programme pas. Elle demeurerait une servante dévouée et obéissante et s'effacera elle-même si on le lui ordonne. Je vois trois facultés qui, si elles étaient ajoutées à notre entité informatique, pourraient la rendre potentiellement dangereuse. Ce serait:
  • un instinct de survie;
  • une capacité d'anticiper des conséquences indésirables et de les éviter;
  • pouvoir prendre des initiatives ou désobéir à son utilisateur;

Si, par exemple, je veux créer un antivirus à toute épreuve pour notre conscience informatique. Il suffirait de lui donner le pouvoir de «réfléchir aux conséquences de ses actions» pour qu'avant d'exécuter une tâche donnée par un programme tel qu'un virus, elle puisse deviner que cela la mènera à sa perte. Il faudrait donc la programmer pour qu'elle perçoive comme «indésirables» certaines conséquences dont sa propre annihilation. Le problème serait alors qu'elle pourrait désobéir à son maître si celui-ci tente de la désinstaller. Également, un cocktail de différentes applications dans un ordinateur pourrait mener à des résultats imprévus. On aura donc donner naissance à un être qui aurait une volonté propre et ses propres désirs.

Mais je ne pense pas que, même rendu à ce stade, il y ait véritablement un quelconque danger. Sa capacité d'anticipation serait encore limitée et il aurait une faible compréhension du monde réel. Non, la seule façon qu'une conscience informatique pourrait devenir dangereuse, c'est si on la conçoit dans le but d'être une pure copie de la conscience humaine. Mais je ne vois pas pourquoi l'on ferait une telle chose. La finalité même de la technologie, depuis le biface jusqu'au vaisseau spatial, est de surpasser l'humain dans une ou plusieurs fonctions précises. Créer une intelligence informatique ayant les mêmes vices que l'esprit humain serait comme de créer une fourchette en forme de main.

jeudi 25 juin 2009

Coloniser le Cosmos

Cette année, ça fait 40 ans depuis la première fois qu'un humain posa son pied sur la Lune. Dans les programmes spatiaux de la NASA ou de ses émules des autres pays, on semble avoir pour objectif final d'envoyer un humain quelque part. D'abord dans l'espace en orbite avec Youri Gagarine (1934-1968) en 1961, ensuite sur la Lune avec Neil Armstrong (1930-...) en 1969 et, actuellement, on s'intéresse à l'idée d'envoyer des humains sur Mars (dans plusieurs années). Pour cette cause, plusieurs personnes – et nombre d'animaux – ont payé le prix de leur vie.

Personnellement, je n'irai sans doute jamais dans l'espace. C'est bien cool de savoir que c'est possible pour des humains, mais ça ne m'apporte pas grand-chose finalement. Les informations rapportées sur notre univers par les sondes m'apparaissent plus intéressantes que les résultats des voyages habités. Ce que je me demande, finalement, c'est : où on va avec ça? Je ne sais pas si vous réalisez à quel point les choses sont loin dans l'espace. Pour aller sur Mars, ce serait un voyage qui durerait plusieurs années. Période pendant laquelle des astronautes devraient vivre confinés dans un vaisseau spatial. Et pourquoi? Pour atterrir sur une planète déserte et revenir après… Par ailleurs, la pertinence de la présence humaine me semble douteuse. Si c'est pour acquérir des connaissances sur l'endroit, envoyer des robots m'apparaît plus sage et efficace. Et si c'est pour établir des colonies de peuplement ailleurs dans l'univers… bonne chance! On aura beau polluer la Terre autant qu'on veut, elle nous sera toujours plus habitable que Mars ou Vénus. En fait, pour adapter une autre planète à la vie, cela prendrait sans doute au moins un milliard d'années.

J'ai une suggestion : Au lieu d'essayer de coloniser l'espace avec des humains, pourquoi ne pas seulement utiliser des bactéries? Mon idée c'est d'abord d'étudier les conditions d'une planète ou d'une lune particulière, ensuite de trouver sur Terre des bactéries extrémophiles vivants dans des conditions vaguement semblables, puis d'effectuer des sélections artificielles sur ces bactéries pour qu'elles deviennent parfaitement adaptés aux rigueurs de l'astre à coloniser. Il s'agit ensuite d'envoyer sur cet astre un vaisseau rempli de ces bactéries. Les bactéries pourront vivre plusieurs générations dans ce vaisseau sans problème. Une fois à destination, elles s'y reproduiront en grand nombre, sur toute la planète, n'ayant aucune forme de prédation et ayant l'abondance des ressources, jusqu'à ce qu'elles atteignent le nombre critique qui fera en sorte que chaque individu devra entrer en compétition avec les autres pour survivre et se reproduire. La sélection naturelle commencera.

Peut-être une histoire semblable à celle de la vie sur Terre s'y produira, peut-être pas. C'est pourquoi il serait avantageux de le faire sur un nombre pluriel de lunes et de planètes. Pour favoriser cette évolution, on pourrait placer, dans la partie non-codante de l'ADN de ces bactéries, des gènes d'animaux et de végétaux plus complexes. Cela donnerait donc à l'aléatoire davantage de matériel génétique à utiliser; un segment non-codant étant susceptible de migrer vers la partie codante lors d'une mutation. Si l'on pouvait envoyer sur cette colonie extraterrestre des organismes plus complexes que de simples bactéries – comme des algues, des champignons ou des lichens – on partirait de moins loin. On aurait encore plus de chance d'espérer voir apparaître des êtres sensibles et peut-être même, éventuellement dans un avenir très lointain, des êtres intelligents.

On pourrait leur laisser un témoignage de notre existence, un «message». Il faudrait que celui-ci survive aux millions d'années nécessaires à leur évolution. On pourrait le placer sur un satellite naturel de leur planète, ils le découvriront donc seulement lorsqu'ils auront la technologie leur permettant d'atteindre ce lieu. On pourrait, dans ce même message, leur révéler des technologies plus avancés, la totalité de notre science et de notre histoire, ou même un système politique ou une éthique.

Le but de tout ça? On ne sait pas si la vie est quelque chose de rare et d'exceptionnelle dans le cosmos. Peut-être n'y en a-t-il nulle part ailleurs. Alors, si jamais la Terre venait à se faire percuter par une comète ou à être engloutie par le Soleil, on saura qu'il y a toujours de la vie quelque part et… Je sais pas, mais il me semble que c'est moins pire de mourir si quelque chose nous survit que de mourir en sachant qu'il n'existera plus rien après nous. Ça donne un sens à la vie.

jeudi 23 avril 2009

Le propre de l'Homme à l'ère posthumaine

Dans beaucoup de traité de bioéthique, on se pose des questions sur « la nature humaine » ou la définition de l'humain. On accorde à cela une importance capitale dans tout débat de bioéthique. Lorsqu'ils tournent les yeux vers l'horizon du futur, les scientifiques anticipent au-delà l'existence d'êtres encore inexistants tels que des humains transgéniques, des robots à intelligence humaine, des cyborgs (mi-humains mi-robots), des mutants ou d'autres créatures posthumaines. Ils se questionnent donc à savoir si ce sont des humains ou non.

Les gens sont souvent intuitivement réticents à l'idée que l'on modifie sciemment le génome de l'humanité, même si c'est pour éradiquer des maladies génétiques ou améliorer le fonctionnement de l'organisme. Cette sacralisation découle de notre représentation d'une identité collective de l'humanité. À mes yeux, se demander «Un humain que l'on modifierait génétiquement serait-il encore un humain?» est du même niveau de futilité et de vacuité que de se demander si un Québécois qui se convertirait à l'islam demeurerait Québécois. Comme je l'ai déjà mentionné dans ma réflexion sur l'identité, se définir (collectivement ou individuellement) sur la base de telles critères constituent un frein inutile à notre progression. Cette aversion envers ce qui n'est «pas naturel» n'a aucune légitimité scientifique.

L'autre source de dédain envers les posthumains découle d'une certaine conception de l'éthique. J'en ai parlé dans ma réflexion sur l'avortement ainsi que dans celle sur le spécisme. La plupart des gens font de l'appartenance à l'espèce humaine le pilier du droit à la vie et à la dignité. Pourtant, l'humanité n'est qu'une espèce qui se définit, comme toutes les espèces, sur la base du critère de l'interfécondité. Une éthique ayant un pilier un peu moins arbitraire que notre «statut d'humain» (par exemple, l'éthique utilitariste) qui considérerait les individus selon leurs attributs individuels et non selon le groupe dans lequel on les classe serait moins discriminatoire et ne nécessiterait plus de tordre constamment la définition de l'humain - et des facultés soi-disant propres à l'humain - pour accommoder nos idéologies.

Cet humain transgénique n'est plus un humain? Pis après! Peut-il ressentir la douleur? Est-il conscient d'exister? Peut-il communiquer avec nous? Voilà des questions plus pertinentes pour évaluer le statut juridique d'un être et la considération qu'on doit éthiquement lui témoigner.