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jeudi 27 juin 2019

Déterritorialiser l'État

Un État se définit par la présence d’une population, d’un gouvernement et d’un territoire. Je vous ai entretenu précédemment de la nécessité pour une société démocratique de ne plus avoir recours au droit du sol ou du sang pour définir qui en est membre. Poussant ma pensée jusqu’au bout, c’est le concept même de territoire qui doit être abandonné par l’État… ce qui, par définition, n’en ferait plus un État. 

Un pays qui déciderait d’adopter mon paradigme politique commencerait par créer une société d’État, dont l’administrateur devrait être élu démocratiquement, et à laquelle il déléguerait l’ensemble de sa fonction «fournisseur de services». Cette Société serait divisée en différentes filiales, chacune affectée à un service spécifique, et elles-mêmes séparées en plusieurs succursales devant desservir un territoire spécifique.

L’État lui-même ne conserverait que les pouvoirs symboliques et s’occuperait des relations internationales, des douanes, des passeports et de l’armée. Il continuerait d’exister tant que le reste de la planète vivrait sous l’ancien paradigme, ayant principalement pour but de protéger nos membres contre les chefs des États-nations (évitant qu'ils ne nous voient comme une terra nullius à conquérir) en attendant une éventuelle transition globale vers un monde post-État et post-nation. L'individu n'aurait plus à interagir directement avec l'État, et passerait par la Société même pour ce qui est directement sous la juridiction de l'État. Par exemple, c'est à la Société qu'on ferait notre demande de passeport, qui l'acheminerait à l'État ensuite, et on ne paierait de cotisations (d'impôts) qu'à la Société, qui en utiliserait une petite partie pour financer l'État. Pour alléger les choses, certains postes dans l'État pourraient être automatiquement affectés à celui ou celle qui occupe un poste analogue dans la Société et inversement.

L’aspect identitaire, lui, serait relégué à la sphère informelle, comme la religion. Et, comme la religion, on en limiterait l’influence, tout en protégeant le droit des gens à l'exprimer et à la célébrer.

En somme, on aurait par exemple:

  • L’État québécois (ou, plutôt, l'État canadien dont sa province de Québec),
  • La nation québécoise (ethnie, identité commune, culture),
  • La Société québécoise (fournisseur de service),


Les trois instances se doteraient chacune de symboles, d’attributs, d’une terminologie et de fêtes distinctes, mais parents, pour qu’on les dissocie de plus en plus dans l’imaginaire. Par exemple, le fleurdelisé pourrait être le symbole de la province de Québec, le drapeau des Patriotes serait le symbole de la nation québécoise et un nouveau logo (sans doute en fleur-de-lys) serait inventé pour la Société québécoise. Être citoyen de l’État, être membre de la Société et faire partie de la nation seront trois choses pouvant se chevaucher mais pas systématiquement.

Donc, le concept de «territoire» appartient à l’État, à l’ancien paradigme. Notre société, dont le but est de fournir tous les services fondamentaux à ses membres, n’est plus assujettie à ce type de considération. Le territoire desservi par la Société est un concept différent du territoire possédé par l’État. Il en découle que:

  • Nous ne sommes pas tenu de desservir l’entièreté du territoire de l’État,
  • Nous pouvons desservir hors du territoire de l’État.


Si, donc, une importante communauté de membres réside dans une ville étrangère, il est plus pertinent d’y offrir les services sociétaux que dans un coin perdu de la toundra où personne ne vît. Un membre qui s’adonnerait à vivre dans une région mal ou non desservie — que ce soit parce qu’elle est sous-peuplée ou parce qu’elle est hors du territoire de l’État — pourra s’en plaindre à l’administration de la société. Par la suite, selon ce qui est le plus simple à accomplir, on pourra choisir soit d’implanter des points de service à proximité, soit d’aider cette personne à déménager à l’intérieur du territoire desservi. Ainsi, la relocalisation d’une communauté éloignée ou sur une terre sujette aux catastrophes naturelles se fait au nom du même principe que l’immigration. Pour installer les membres de façon à ce que l’on puisse plus aisément les servir.

Bien que le territoire en soi ne serait pas reconnu comme «appartenant» à la société, l’aménagement d’un espace public (rues, trottoirs, parcs, etc.) ferait quand même partie de sa juridiction et il pourra y avoir des conditions à utiliser cet espace public. Au nom de ce principe peuvent exister des lois sur l’affichage, un code de la route, un code du bâtiment, voire des lois sur la pudeur ou sur les mœurs. En fait, presque toutes les lois auxquelles nous pouvons penser ne seront plus que des conditions d’utilisation de l’espace public, sinon d'un autre service public. Le corollaire est que dans les zones non aménagées, comme au milieu de la toundra, ce type de loi ne s’applique plus. Donc je peux y poser une énorme pancarte en anglais au contenu trompeur, conduire sans permis et à pleine vitesse un véhicule sans immatriculation, avoir une arme à feu dans les mains et me promener tout nu, sans rien faire d’illégal. On distinguerait, dans l’espace public, un espace circulatoire (la rue, le trottoir) et un espace visuel (normalement, jusqu’à la façade des bâtiments, tout ce qui est à portée de vue quand on se trouve dans l’espace circulatoire), le second étant un endroit où l’on ne peut circuler mais qu’on a le droit de regarder et, donc, est soumis à des réglementations en ce sens (affichage, pudeur).

Bref, l’idée ici est surtout un changement de paradigme, une inversion de rapport entre le haut et le bas. On passe d’un mode où une élite politique possède la terre (voire possède la population) et y autorise certaines libertés, à une terre libre sur laquelle une instance appartenant à la population y offre ses services. Mais si les principes sont différents, dans les faits, la situation pratique ne change pas beaucoup. Elle ouvrirait cependant la porte à des changements futurs et limiterait les dérives tyranniques inhérentes au système actuel.

mardi 25 juin 2019

Du contrat social

Il y a quelque chose d’intrinsèquement tyrannique dans le fait d’imposer à un individu d’être le membre d’une société, le citoyen d’un pays et le sujet d’une monarchie, sans qu’il n’ait eu de mot à dire là-dessus. Quand je vois comment l’on fonctionne encore de nos jours, adoptant soit le droit du sol soit celui du sang, pour déterminer l’allégeance forcée d’un nouveau-né à un État, je ne peux m’empêcher de trouver ça parfaitement absurde. À mon sens, la seule manière légitime de définir si un individu appartient ou non à un groupe serait via son adhésion volontaire à celui-ci. D’où la nécessité d’adopter un contrat social. Et ici je parle d’un vrai contrat, pas une entente tacite entre les gouvernants et les gouvernés; il faut qu’il y ait réellement un document qu’un individu nouvellement adulte ou nouvellement arrivé devrait signer pour faire officiellement partie de la société.

Afin d’être légitime et pas une sorte de tyrannie volontaire, ce contrat devra être aussi parcimonieux que possible, ne pas interférer dans la vie des gens plus que nécessaire pour assurer le vivre-ensemble et le bien-être collectif. Ainsi, dans ce contrat, le nouveau membre s’engagerait à respecter les lois, et c’est pas mal ça. La société, en contrepartie, s’engagerait à s’assurer que les services essentiels lui soient accessibles et à protéger ses intérêts. Cette adhésion doit se faire avec, disons, un niveau minimal, voire inexistant, «d’allégeance». On peut avoir les valeurs que l’on veut, être anarchiste même, sans problème. Le patriotisme et le nationalisme sont des croyances légitimes, bien sûr, mais ni plus ni moins que des croyances religieuses et n’ont donc pas à être forcées ou encouragées. Tout ce qu’on demanderait, ce serait juste un engagement à respecter les intérêts d’autrui et à accomplir nos responsabilités de membre. On a aussi le droit de ne pas être d’accord avec l’intégralité du contrat, le droit de vouloir militer pour que son contenu soit modifié, mais l’on s’engage à ne pas avoir recours à des moyens violents pour arriver à cette fin. On ne demanderait pas de réciter un serment à une reine-papesse trônant outremer, d’entonner un hymne militaro-religieux à la nation, ou de mémoriser les dates exactes de traités coloniaux d’il y a deux siècles, il n’y aurait qu’un simple contrat à signer.

D’oublier le droit du sol ou du sang, et de passer d’une autorité tyrannique à un groupe d’intérêts auquel on adhère volontairement, a des répercussions idéologiques et pratiques, et requiert une certaine refonte terminologique des attributs de l’État (dont le mot «État» lui-même). Par exemple, le gouvernement ne serait plus un gouvernement mais une administration, on abandonne le concept de citoyen et l’on parle plutôt de membre, nous n’avons plus un territoire nationale mais un territoire desservi (j’y reviendrai dans un prochain billet), les lois deviennent des «conditions d’utilisation» (ça aussi, on en reparlera), et on abandonne à la fois le statut de nation et celui d’État pour se contenter du titre plus neutre de «société». Du même coup, on s’affranchit des traditions, laissant aux gens la liberté de croire ou de ne pas croire, de pratiquer ou de ne pas pratiquer les différentes coutumes historiquement présentes parmi les membres ou sur le territoire desservi. La société devient avant tout un fournisseur de services plutôt qu'une identité collective. Ce qui ne l'empêcherait pas de se désigner une langue commune dans laquelle elle offre ses services, ni de se faire mécène de l'art et de la culture de ses membres mais sans parti-pris, plus pour préserver et vitaliser la diversité artistique et le patrimoine culturel de l'humanité, que par attachement envers un agencement spécifique de coutumes.

Évidemment, cette position possède ses propres difficultés. Elle requiert que l’on se pose certaines questions, dont:

  • Que fait-on lorsqu’un individu qui est né sur le territoire desservi et dont les parents sont membres refuse d’adhérer au contrat social?
  • Que fait-on quand un individu qui ne réside pas sur le territoire desservi et qui n’a aucune parenté avec un membre demande d’adhérer au contrat social?
  • Que fait-on si un individu est jugé inapte à signer un contrat?


Pour le dernier point, je pense principalement aux enfants. Ici, comme ils ne peuvent consentir à un contrat, ils ne peuvent non plus être «citoyen» au même titre que les adultes. Ça semble drastique de refuser l’adhésion aux enfants, mais au fond la différence avec maintenant est surtout terminologique. Les mineurs n’ont déjà pas le droit de voter, donc même si on choisit de leur conférer malgré tout l’appellation de citoyen, ils n’en sont pas au même titre que leurs parents. Ici, on choisira plutôt de distinguer un membre (qui peut voter) d’un pupille (qui ne le peut pas). Le pupille peut soit être sous la tutel d’un ou de plusieurs membres (ses parents) ou directement de l’administration (un orphelin). Il bénéficie de tous les services mais avec certaines limites (vote, alcool, etc.). En adhérant au contrat social, ses parents ont reconnu les droits de l'enfant et ont donc accepté l'idée que la société peut intervenir et le leur en retirer la garde en cas de mauvais traitement ou d'incompétence parentale. Lorsqu’il est présumé avoir acquis les compétences requises (lorsqu’il atteint l’âge majeur), il peut postuler pour devenir pleinement membre (s’il n’a pas encore l’âge majeure, il peut demander à suivre une évaluation individuelle de ses compétences pour obtenir sa majorité avant dix-huit ans).

Mais comment juger si un postulant désirant signer le contrat social et devenir membre de la société «mérite» ou non de le faire? Si on abandonne les droits du sol et du sang pour les remplacer par l’adhésion volontaire, la conséquence est qu’un mineur atteignant la majorité et un immigrant passeraient tous deux par le même processus. Comme l’enfant, l’immigrant serait d’abord un pupille (pouvant avoir comme tuteur la personne qui le parraine). Et comme l’immigrant, le natif atteignant l’âge adulte doit postuler pour être membre, on analyse ensuite sa situation, puis on le convoque pour le «rituel» de signature du contrat social. Donc, au nom de quel principe n’importe quel natif serait automatiquement accepté mais qu’un qu’étranger aurait des chances d’être refusé? De la façon dont je vois ça, chaque demande d'adhésion doit mettre d’un côté de la balance les intérêts du postulant et de l’autre les intérêts des déjà-membres, puis évaluer à quel point cette nouvelle adhésion affecterait positivement ou négativement ceux-ci, versus l’impact d'un refus. On peut ainsi hiérarchiser les demandes (je détaillerai dans un futur billet) et prioriser les natifs puisqu’ils n’ont pas d’autres États pour s’occuper d’eux et qu’on aime mieux qu’ils fassent partie du système plutôt que de les voir vivre ici mais dans la clandestinité.

Et si un étranger décide de ne pas immigrer, de continuer de résider dans un pays lointain, mais qu’il demande quand même à être membre pour bénéficier de nos services? Puisque l’on ne reconnaît plus le droit du sol, serait-ce légitime? Oui. Mais on considère aussi comme facteur d’acceptation ou de refus la capacité de la société et de ce nouveau membre à remplir leurs obligations mutuelles l’un envers l’autre. Ainsi, de résider et de travailler hors du territoire desservi, pourrait à la fois représenter un obstacle pour l’État de nous offrir ses services, mais aussi de lui permettre de s’assurer que nous-mêmes remplissions bien nos obligations (tels que de payer nos impôts). Par contre, nos services qui sont offerts en ligne sont accessibles partout, et nos services physiquement localisés peuvent desservir en partie les régions frontalières (certains sont offerts aux non-membres mais avec un «prix client», comme l'hydroélectricité par exemple). L’on pourra donc se mettre à accepter des membres dans les régions frontalières ou dans une éventuelle diaspora de membres au travers du monde. Il sera alors pertinent d’installer des points de services en dehors du pays dans les communautés où l’on retrouverait préalablement une forte concentration de membres ou d'usagers non membres, puis d’y accepter de nouveaux membres. Bref, un expansionnisme pourrait naître de la volonté des populations locales de faire partie de notre société. Toutefois, des contraintes diplomatiques avec les autres pays pourraient nous bloquer si ceux-ci nous perçoivent comme une nation étrangère qui les envahi. On ne veut pas déclencher de guerre. Mais puisqu'on ne se définit plus comme un État ou une nation, nous ne sommes pas en compétition avec les États-nations en terme d’allégeance. L'un pourrait donc à la fois être un citoyen américain et un membre québécois sans que cela ne soit contradictoire. Les autres pays pourraient nous percevoir comme une simple entreprise, une coop, plutôt qu'une entité de même nature qu'eux.

Et que fait-on quand on a un individu qui serait citoyen selon les droits du sol et du sang, mais qui choisit de ne pas l’être en vertu de notre nouveau principe de l’adhésion volontaire? Des mesures coercitives telles que la déportation, la non-reconnaissance de ses droits fondamentaux ou la prohibition de toute interaction économique avec lui auraient des conséquences si négatives sur sa vie que cela reviendrait pratiquement au même que de le forcer à signer le contrat, enlevant à celui-ci tout son sens. Et de l’autre côté, on ne veut pas non plus que l’individu en question ne fasse que profiter des bénéfices que lui procure le fait de vivre sur le territoire sans s’acquitter des obligations inhérentes à son adhésion à la société. Donc, il faut créer un statut social particulier pour ces gens que j’appelle des «commensaux», ceux qui vivraient parmi la société en choisissant de ne pas en être officiellement membres. De la façon dont je vois ça, la Terre appartient à tout le monde et l’abandon du droit du sol au profit de l’adhésion volontaire implique aussi forcément de déterritorisaliser la société. Celle-ci n’a pas nécessairement la légitimité d’expulser un individu non hostile du territoire desservi. Je discute plus amplement du statut des résidents non membres dans ma réflexion sur l'état de nature. En gros, tout ce qui relève des droits fondamentaux s’applique à tout le monde, tandis que certains services pourraient être les privilèges des membres ou être offert à un prix plus avantageux pour les membres que pour les «clients». Mais il est impératif de reconnaître et d’autoriser la possibilité pour un résident de ne pas signer le contrat social, sans le persécuter en retour, afin que de faire partie de la société demeure un choix libre. En attendant, nous sommes une tyrannie.

samedi 19 juillet 2014

Réforme de la prison

Je m'apprête à parler de quelque chose que je ne connais pas du tout. J'ai juste écouté deux épisodes d'Unité 9 et là je m'imagine qu'avec ça comme bagage je peux critiquer notre système carcéral. Alors, prenez ce qui suit avec un grain de sel. En court, ma réforme se résume en trois points:

  • Les détenus n'ont pas à souffrir inutilement;
  • Les détenus devraient travailler et payer un loyer;
  • Les hommes et les femmes devraient aller dans les mêmes prisons.


Le premier point de ma réforme découle du fait que mon paradigme de justice diffère de celui de l'air du temps. Pour l'Occidental moyen, le fait de juger un coupable et de l'envoyer en prison est comme la version terrestre du Dieu monothéiste qui juge les pécheurs et les envoie en Enfer. Dans cette conception des choses, la prison se doit d'être un lieu de souffrance et de tourments. Je me situe dans une toute autre école de pensée. Le but de ma prison idéale n'est pas de faire souffrir de mauvaises personnes, mais de réhabiliter des individus délinquants tout en les empêchant de nuire à autrui en attendant que ce but soit atteint. Les seules souffrances et pertes de liberté qu'il soit légitime de leur infliger, sont celles inhérentes à ce processus de réhabilitation. Donc, pas parce qu'ils «méritent»* de souffrir, mais parce qu'on n'a pas le choix de les faire souffrir si on veut empêcher que ne se répètent les crimes dont ils sont coupables. Mon idée est qu'un séjour en prison devrait surtout servir à rencontrer différents spécialistes: travailleurs sociaux, psychologues, criminologues, etc. À la fois pour recevoir de l'aide** de leur part, mais aussi pour que l'on puisse comprendre les causes systémiques qui ont «engendré» ce criminel.

On n'a pas à enlever au contrevenant plus de liberté que nécessaire. Ainsi, si l'on estime qu'une personne ne présente pas de danger immédiat pour quiconque, il est absurde de l'enfermer. Peut-être que certains détenus devraient passer leur journée à la prison mais auraient le droit de rentrer dormir chez eux le soir (à condition de respecter un couvre-feu et peut-être de porter un localisateur)? Une violation du code de la route ou du code déontologique d'un ordre professionnel n'ont pas à être suivi d'une peine pire qu'une perte du permis de conduire ou qu'une radiation de l'ordre – quelle que fusse la gravité des conséquences de cette violation – puisque ces peines suffisent à les prévenir (bien sûr, si par la suite la personne conduit sans permis ou pratique illégalement, là il est requis de sévir plus sévèrement). Peut-être aussi qu'une peine pourrait se limiter à ne pas se rendre dans tel lieu, ne pas approcher de telle personne, ne pas occuper tel type d'emplois, faire des travaux communautaire, ou prendre tel médicament tous les jours. Bref, la majorité des peines pourraient être «purgées dans la communauté» sans problème si on enfermait que les individus dangereux ou peu coopératifs.

Le second aspect de ma réforme est que je ne pense pas qu'il soit mal de faire travailler les prisonniers durant leur incarcération. En fait, nous sommes tous pas mal forcés de travailler et de payer notre nourriture et notre toit lorsque nous sommes considérés par l'État comme «libres», alors je ne vois pas pourquoi les détenus y échapperaient. Il faut simplement nous assurer que ça ne devienne pas de l'esclavage et, à cette fin, créer au sein de la prison un système analogue au salariat à l'extérieur de la prison.

Il faudrait donc qu'il y ait des emplois de disponibles en prison. Des postes au service de la prison elle-même (commis, concierge) et d'autres utiles pour l'extérieur, peut-être comme sous-traitant de compagnies ayant besoin de manufacturiers. Chaque détenu aurait un compte dans la «banque» de la prison et ce ne serait que cet argent qu'il pourrait utiliser dans la prison. Il devrait payer un loyer pour sa cellule (qui inclurait bien sûr l'eau et l'électricité, mais aussi des repas à la cafétéria). Son salaire et son loyer seraient versés et prélevés directement de son compte, à chaque jour. Il recevrait un montant de base en entrant en prison (équivalent d'un mois de loyer). S'il choisit de ne pas travailler, il perdrait de l'argent via son loyer mais son endettement serait plafonné. Avec son salaire, il pourrait s'acheter des choses au dépanneur de la prison, ou avoir accès au gym, à la médiathèque ou à internet. Les prisonniers ne pourraient pas avoir de transactions entre eux. En sortant de prison, on le payerait ce qui lui reste dans son compte (moins le montant de départ) si c'est positif, mais on annulerait sa dette s'il en a une. Bref, je créerais une vie économique dans les prisons tout en limitant ses dérives tels que le surendettement.

Ma troisième proposition est que les prisons soient mixtes; les hommes avec les femmes. On trouve ça naturel que les prisons soient non mixtes mais, pour être en cohérence avec ma conception antisexiste de la société, c'est nécessaire d'abolir ce genre de division... à moins d'y trouver une justification pertinente autre que la tradition. Je pense que ça serait bien parce que j'ai l'impression que les gens sont moins agressifs dans les milieux mixtes que lorsqu'ils sont juste avec des personnes de leur sexe. Ce point est sans doute l'élément le plus controversé de ma réforme. Jusqu'à présent, je n'ai rencontré personne qui soit d'accord avec moi là-dessus. Ça semble aller de soi pour tout le monde qu'il serait trop dangereux de laisser de pauvres femmes fragiles avec de gros méchants prisonniers mâles qui vont évidemment les violer jusqu'à la mort. En fait, j'ai l'impression que cette idée découle d'une vision trop stéréotypée de la prison et des détenus en général. Comme si c'étaient des animaux enragés qui passaient leur temps à se battre. Les gens qui sont réellement comme ça n'ont pas leur place en prison mais bien dans des institutions psychiatriques.

En fait, de mon point de vue, les pensionnaires de la prison ont le droit à la sécurité et à l'intimité. Si, présentement, ces droits ne sont pas suffisamment respectés pour qu'il ne soit pas dangereux ou humiliant pour une femme d'y être avec des hommes, c'est qu'il y a un problème même dans un contexte de non-mixité. Si les femmes s'y feraient violer, c'est que des hommes s'y font violer, ce qui est inacceptable. Mais, si chacun a sa propre chambre, si les douches et les toilettes sont individuelles avec une porte qui se barre (mais dont les gardiens auraient la clé), si les individus trop dangereux pour leurs codétenus sont isolés, etc. il n'y aurait plus rien d'inquiétant à y mêler les sexes. J'ajouterais que les occupants de la prison devraient avoir accès à du matériel pornographique et des accessoires de sexualité solitaire, question d'assouvir certains besoins pouvant contribuer à une agressivité surtout dirigé vers l'autre sexe.

Je reviendrai ultérieurement sur ce sujet car j'aimerais parler de la durée d'un séjour en prison. En ce moment, c'est fixé par le juge et en proportion avec la gravité du crime, alors que dans mon paradigme ce serait forcément différent... ça impliquerait non seulement de ne pas donner ce pouvoir aux juges mais, en plus, de réformer significativement le système judiciaire lui-même... ce qui constituera le sujet d'un futur billet.

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* En fait l'aspect «méritoire» compte un tout petit peu. Il sert juste de justification pour outrepasser certains droits fondamentaux de l'individu (comme celui de ne pas être enfermé). C'est plus comme si «le contrat social» stipulait qu'un individu ayant démontré sa dangerosité peut voir certains de ses droits être suspendus afin d'éviter qu'il ne soit à nouveau dangereux. Ainsi, c'est légitime simplement parce que, en transgressant la loi, le criminel consent tacitement à ce que l'État prenne ces mesures contre lui s'il se fait prendre. Mais, ce n'est pas vraiment méritoire ou punitif puisque la sanction n'a aucunement pour but de rétribuer la souffrance causée ou d'être proportionnelle à la gravité de l'infraction.

** Certains s'offensent de savoir que l'on investisse tant d'efforts pour aider les criminels et diront «Mais les victimes elles?» Effectivement, les victimes méritent aussi de l'aide de l'État, soit des indemnisations et du support psychologique. De la façon dont je vois ça, le crime devrait être considéré comme un «bogue dans le système» et le but de l'État devrait être de réparer, dans la mesure du possible, les dommages qu'il a causé et de l'empêcher de survenir à nouveau. Donc l'intervention doit se faire chez les victimes, les criminels et les causes sociétales criminogènes.

samedi 5 octobre 2013

L'ego de l'État

Je suis en train de réfléchir à ce dont aurait l'air un État construit selon mon paradigme philosophique. La question est complexe puisqu'il en va à la fois de sa forme mais aussi de sa légitimité. Par ailleurs, plusieurs composantes de nos États vont directement à l'encontre de principes de base de mon paradigme, comme l'entretient d'une identité nationale par exemple.

Ma réflexion n'est pas encore aboutie, mais j'ai déjà quelques idées de base. Principalement, que l'État n'a de légitimité que s'il est pensé comme un contrat social. Ça m'a amené à prendre conscience que certains des rôles de l'État ont une finalité égoïste et d'autres une altruiste. C'est-à-dire que si les «signataires du contrat social» constituent, finalement, l'ego de l'État, toutes les lois favorisants leurs intérêts ont une fonction purement égoïste, et toutes celles qui les forcent à respecter les intérêts de ceux qui ne font pas partie du contrat social sont de l'altruisme. Conséquemment, il y a une distinction entre les individus qui «font partie de l'État» et ceux qui ne sont que «protégés par l'État».

D'abord je vais définir plus clairement l'ego de l'État. Il s'agit en fait de tous ceux qui ont un pouvoir politique au sein de l'État (c'est-à-dire, les électeurs). Au départ, ce sont les signataires du contrat social; les fondateurs du pays. Comme les fondateurs d'une entreprise, ils ont créé l'État afin que celui-ci ait une utilité pour eux-mêmes et, pour cette raison, il y a une certaine légitimité à ce que l'État s'occupe d'eux avant de s'occuper des membres d'un autre État. Mais, on peut ajouter de nouveaux membres à l'État. Si une entreprise ajoute à ses fondateurs de nouveaux membres à son ego en utilisant le critère de la propriété, qu'en est-il d'un État? Outre ses fondateurs (surtout s'ils sont morts…), qui d'autres l'État devrait-il inclure dans son ego? En suivant strictement mon paradigme, un État devra assimiler (c'est-à-dire, accorder citoyenneté et droit de vote) tout individu ayant le potentiel et le désir de faire partie de l'État, en autant que cette intégration soit moins nuisible pour les membres actuels que s'abstenir de le faire ne le serait pour le candidat. Bref, cela exclut toute possibilité de discrimination arbitraire – par exemple, de ne pas accorder le droit de vote aux femmes – et nous oblige à accepter autant de nouveaux citoyens que possible.

Mais l'ego de l'État n'est pas la somme des citoyens, ni leur moyenne. C'est tous les citoyens, chacun individuellement. Cette perspective a certaines conséquences. Principalement, il est nécessaire d'instaurer l'égalité sociale entre les citoyens, puisqu'ils sont tous l'État. Une autre conséquence c'est qu'on ne peut pas sacrifier un individu pour le bien du plus grand nombre puisque ses intérêts personnels comptent autant que ceux de n'importe qui d'autre. Aussi, plusieurs situations où l'égoïsme serait légitime selon l'éthique doivent demeurer illégales. Par exemple, si j'ai besoin d'un nouveau foie, tuer une personne innocente pour l'acquérir serait tout aussi légitime éthiquement que si je suis un loup qui tue une proie pour se nourrir. Mais, puisque l'État ne peut prendre partie comme ça entre deux membres de son ego, il se doit de prohiber la prédation entre citoyens. C'est-à-dire que, non seulement il ne peut prendre parti dans un dilemme mettant en concurrence les intérêts vitaux de deux membres, mais il interdit aussi à ses membres de provoquer une situation engendrant un pareil dilemme.

Ceux que je définis comme faisant partie de l'autrui de l'État sont ceux qui n'ont ou ne peuvent avoir de pouvoir dans l'État mais à qui ce dernier donne tout de même des droits. L'existence de cet «autrui» découle d'un désir pour les membres de l'État de ne pas s'attribuer des privilèges sans fondement ou de constituer une clique tyrannique imposant illégitimement sa volonté et son pouvoir. Les membres de l'ego constatent qu'il existe des êtres ne pouvant pas être intégrés à leur cercle mais qui possèdent tout de même certains attributs communs avec eux. Il serait donc arbitraire de leur part de ne pas leur accorder les droits qu'ils se donnent à eux-mêmes au nom de ces mêmes attributs.

Comme pour l'ego, on se doit d'inclure dans l'autrui tous les individus ayant le potentiel pour, sans avoir de critère d'exclusion arbitraire. Ainsi, tous les êtres sensibles de l'Univers font partie de l'autrui d'un État respectant mon paradigme. Concrètement, ça inclut les enfants, les personnes atteintes de déficience mentale, les étrangers (se trouvant ici ou ailleurs) et les animaux (sauvages ou de compagnie). L'État se doit donc de manifester son altruisme envers toutes ces catégories d'êtres.

Soit. Mais à l'instar de l'individu, l'État n'a pas les moyens d'être équitablement altruiste envers absolument tout ce qui existe. Ainsi, suivant la même logique que j'ai expliquée dans mes réflexions sur l'altruisme et sur l'égoïsme, l'État peut utiliser des critères égoïstes pour choisir comment il va répartir son altruisme. Si j'ai le choix entre sauver la vie d'un de mes proches et celle d'un inconnu, il est légitime que je sauve mon proche. Si l'État a le choix entre sauver la vie de l'enfant d'un citoyen et celle d'un étranger vivant à l'étranger, il est légitime qu'il priorise l'enfant. Donc, au sein de l'autrui de l'État, il est permis de hiérarchiser les choses en suivant le critère de la proximité d'avec l'ego de l'État, en autant que cela soit fait en respectant le principe voulant que l'égoïsme n'est légitime que s'il s'agit d'un intérêt supérieur ou si cela est nécessaire au bonheur minimal de l'ego. Bref, les proches des citoyens (nos enfants, nos parents à l'étranger qui attendent d'immigrer ici, nos handicapés mentaux et nos animaux de compagnie) ont un statut privilégié par rapport aux membres de l'autrui qui nous sont inconnus (les gens des autres pays et les animaux sauvages). Je me disais même que l'on pourrait créer une catégorie légale – une sorte de «semi-citoyenneté» qu'on pourrait désigner comme «les protégés» ou «les pupilles» de l'État – qu'on accorderait aux proches des citoyens qui ne peuvent devenir citoyens électeurs.

D'accord. Mais si on divise l'autrui en deux sous-catégories (proches versus inconnus) cela ne veut pas du tout dire de n'accorder aucune considération à la seconde. Au contraire, l'État se doit d'étendre son altruisme aussi loin que possible. Les missions de paix et l'aide humanitaire à l'étranger, par exemple, sont une mesure concrète découlant de cet altruisme désintéressé, de même que beaucoup de lois environnementales. Nos caprices et ceux de nos proches ne devraient jamais passer avant les intérêts vitaux d'autrui.

Un de mes buts ici était de déterritorialiser le concept d'État et de supprimer toute considérations spécistes. Il est contraire à mon paradigme d'accorder moins de droits à un individu juste parce qu'il se trouve de l'autre côté d'une frontière géographique ou biologique. En revanche, le critère de la proximité d'avec l'ego de l'État, que j'utilise ici, m'apparaît beaucoup moins arbitraire. Par ailleurs je n'abolis pas totalement le territoire. Si un étranger inconnu est blessé sur le territoire de l'État, on va davantage le prendre en charge que s'il se blesse à l'étranger simplement parce que, dans le second cas, on va prendre pour acquis qu'un autre État s'en occupera.

jeudi 19 septembre 2013

Uniformes et codes vestimentaires

La nouvelle charte des valeurs communes du Québec que nous attendions tous n'aura été finalement qu'un nouveau code vestimentaire pour la fonction publique. Déception. J'aimais mieux la mienne. Je ne suis personnellement pas d'accord avec les exigences de cette nouvelle charte mais, je constate en y réfléchissant que mon point de divergence remonte bien plus en amont et se situe par rapport au concept même de code vestimentaire. Je profite donc de l'occasion pour vous faire part de mon opinion à ce propos.

Aimant profondément la liberté et la diversité, je suis intuitivement repoussé par l'idée que tous les individus d'une organisation quelconque soient vêtus de la même façon ou en suivant une même norme rigide. Toutefois, je comprends tout de même l'utilité de ce genre de contraintes dans certaines situations. Je vois trois motifs pour lesquels on impose un code vestimentaire:
  • On veut contrôler l'image de l'organisation face à l'extérieur;
  • On veut contrôler l'hygiène et la sécurité;
  • On veut contrôler les mœurs au sein de l'organisation;

Ainsi, si les deux premiers motifs sont défendables, le troisième me semble une contrainte abusive ayant un but malsain. Je comprends tout à fait, par exemple, qu'un restaurent chic exige de ses serveurs qu'ils soient habillés chics; pour que ceux-ci soient en phase avec l'image de marque de l'entreprise. Je comprends aussi qu'on exige des travailleurs de la construction qu'ils portent un casque et des bottes à cap d'acier sur un chantier pour des raisons de sécurité. Mais pourquoi, par exemple, un employé de bureau qui ne fait affaire avec des clients que par téléphone ou par courriel, devrait-il porter une cravate tous les jours?

Même dans les contextes où les employés font affaire avec le client, je trouve que l'on a tendance à exagérer le pouvoir qu'on laisse à l'entreprise sur la tenue de ses employés. Quand je vais dans un McDo (très très rarement, vu qu'il n'y pas grand-chose de végétarien), et que je vois le tee-shirt de couleur vive avec la casquette assortie que l'on fait porter à ceux qui sont en bas de l'échelle, versus la chemise et la cravate que portent les plus gradés, je ne peux pas m'empêcher de me dire que les uniformes hideux des gens hiérarchiquement inférieurs servent à les humilier et les casser afin qu'ils demeurent à leurs places. Tout cela découle d'une culture d'entreprise qui ne devrait pas être encouragée, totalement à l'opposé de ma conception qui voit l'emploi comme un simple échange d'argent contre un travail.

Voici donc une suggestion de quelques principes qui devraient être inclus dans les normes du travail afin de limiter le pouvoir d'uniformisation vestimentaire de l'employeur sur l'employé:
  • Sauf pour des raisons d'hygiène ou de sécurité, il est interdit d'imposer un code vestimentaire à un employé qui n'a pas, dans l'exercice de sa fonction, à interagir visuellement avec le publique ou à représenter l'entreprise devant une instance externe;
  • L'employeur ne peut pas faire payer l'employé pour son uniforme et doit lui allouer un budget pour ses vêtements s'il y a un code vestimentaire;
  • Pour tout emploi dont le salaire est inférieur au seuil de faible revenu, il est interdit d'imposer une pièce de vêtement supplémentaire à que ce qui est nécessaire pour que l'employé puisse être reconnu comme tel par le client (par exemple, un tee-shirt ou une veste est suffisant, pas besoin de légiférer sur les pantalons et les chaussures). Si l'employé se situe en permanence à une caisse, derrière un comptoir, ou à tout endroit où son statut d'employé est évident, il peut refuser d'arborer une telle pièce de vêtement.
  • Pour tout emploi dont le salaire est inférieur au seuil de faible revenu, l'employeur ne peut exiger de l'employé qu'il retire un symbole (croix, carré rouge ou autre) seulement s'il s'agit du logo d'une entreprise rivale.
  • Pour un emploi au service à la clientèle, l'employeur peut prohiber le port d'un vêtement qui cache le visage ou réduit sa visibilité, par exemple une casquette, un masque ou un voile intégral.
  • Il est strictement interdit d'imposer un code vestimentaire différent selon le sexe ou l'âge de l'employé, ou tout autre facteur de discrimination arbitraire, incluant la présence de tatouages visibles. On ne peut pas non plus interdire un vêtement traditionnellement réservé à un sexe si l'on autorise un vêtement traditionnellement réservé à l'autre sexe couvrant une portion de peau équivalente.
  • Un uniforme doit toujours comporter un choix d'au moins deux pièces de vêtements pour chaque partie du corps. Par exemple, une chemise à manches longues et une chemise à manches courtes.
  • Le segment du corps délimité par le haut et le bas du sternum, ainsi que celui descendant des hanches jusqu'au haut des genoux, sont des parties que l'employé peut être contraint de cacher par l'employeur (même s'il ne travaille pas avec le public) et que ce dernier ne peut lui contraindre à montrer (je vous rappelle ma réflexion sur la pudeur).

Bon d'accord, c'est juste quelques idées que je lance comme ça pour donner des exemples. Mais, en gros, je pense qu'il faudrait accorder plus de liberté à l'employé pour ses vêtements, surtout pour les jobs mal payées donc pour lesquelles le critère de devoir être chic ne peut être invoqué. Et, je trouve vraiment que c'est ridicule de vouloir contrôler comment s'habille quelqu'un dans ton entreprise si tes clients ne le verront même pas. Voilà. Ici, j'ai parlé des uniformes en utilisant le vocabulaire des entreprises, mais je mettrais des principes analogues pour les uniformes dans une école ou une fédération sportive.

D'accord, mais là vous vous dites: «Oui mais, les employés de l'État eux autres? Si on veut être un État laïc, me semble que c'est logique de leur interdire des signes religieux!»

Pour moi, les employés de l'État devraient, au contraire, bénéficier de la plus grande permissivité possible dans leur code vestimentaire. Afin, justement, d'illustrer perceptiblement à quel point la liberté et la diversité font parties de nos valeurs communes. Et pour ce qui est du cas plus spécifique des signes religieux ostentatoires, je me range à la seule opinion sensée que j'ai entendue sur le sujet ces derniers jours: seuls les fonctions impliquant une position d'autorité sur le citoyen devraient exiger le retrait de ce genre de symboles. En fait, j'aurais formulé ça un peu différemment, j'aurais dit «toute personne en position de pouvoir, d'influence ou d'autorité» et, plutôt que de parler du port de signe religieux, j'aurais dit «manifestant publiquement une trop forte ferveur religieuse» pour ratisser plus large en incluant aussi les paroles et les actions, pas seulement les vêtement. Je considère les enseignants du primaire comme figure d'autorité mais pas ceux du secondaire (puisque l'élève y a plusieurs enseignants au lieu d'un seul toute l'année) ou des niveaux supérieurs (puisque ce n'est plus de l'autorité). Je n'inclus pas non plus les employés de garderie vu que les enfants y sont de toute façon trop jeunes pour réellement y apprendre une religion.

Je ne suis pas non plus d'accord avec le gouvernement pour définir ce qu'est un signe ostensible. Pour moi, une croix quelle que soit sa grosseur est un symbole religieux – tout comme un logo de Nike en demeure un même s'il est petit. Tandis qu'un foulard ou un turban pourrait n'être qu'un vêtement comme une tuque ou un chapeau melon. C'est donc seulement dans les cas où le poste exige un uniforme strict (policier, juge, militaire) avec lequel la pièce de vêtement en question est incompatible que je les interdirais. Je peux présumer toutes sortes de choses mais, dans les faits, je ne sais pas si la femme qui est devant moi se cache les cheveux parce qu'elle se croit inférieure aux hommes, parce qu'elle est fière d'afficher sa foi et sa culture ou simplement parce qu'elle a raté sa teinture.

jeudi 28 mars 2013

Abolir le statut marital

J'ai récemment été le célébrant à un mariage et, pour cette raison, j'ai encore réfléchis sur cette institution. Surtout que, dans l'actualité ces temps-ci, on reparle du mariage gay puisque la France et les États-Unis songent à faire ce que nous avons fait depuis un bon moment déjà. Bref, je me remets à me dire que l'on devrait remplacer notre concept de «mariage» par quelque chose de plus large que le vieux modèle religieux et, possiblement, à abolir l'état civil de type marié/célibataire/veuf/union libre qui me semble obsolète et non pertinente.

Une de mes amies vit avec les deux mêmes colocs depuis des années. À chaque fois qu'ils déménagent, ils déménagent toujours ensemble. Au lieu d'avoir chacun leurs choses et chacun leur tablette dans le frigo, ils partagent pratiquement tout. Ils se répartissent les tâches ménagères, font une seule épicerie pour les trois et mon amie fait à manger pour les deux autres. Bref, à mon avis on peut dire qu'ils constituent clairement un foyer, même s'ils sont plus de deux adultes et qu'ils ne sont pas amoureux les uns des autres. Même chose pour deux de mes grand-tantes, deux sœurs, qui étaient restée vieilles filles et qui cohabitaient. Lorsque l'une des deux est décédée, il me semblait logique que l'autre hérite de ses biens comme si elle eut été sa veuve, même si elles étaient sœurs et pas conjointes. Un autre cas analogue est celui de l'un de mes amis qui, bien qu'ayant presque trente ans, habite toujours chez sa mère. Leur relation n'est pas du tout la même que s'il était toujours enfant; lui et sa mère se partagent les dépenses comme pourrait le faire un couple. Donc pourquoi les membres de ce type de foyers ne mériteraient-ils pas les mêmes droits qu'un couple d'amoureux (hétéro ou homo)?

Dans ma réflexion précédente à propos du mariage, je vous proposais de remplacer l'union de fait (automatique) par trois types d'unions différentes – cohabitation, coparentalité et copropriété – qui seraient également «de fait» et donc ne nécessiteraient aucun contrat ou rite. Mais, tandis qu'être parents d'un même enfant ou copropriétaires d'un même bien est une relation impliquant tacitement des obligations mutuelles, la cohabitation à elle seule ne nous renseigne pas nécessairement sur le niveau d'engagement de deux personnes. Il est possible pour deux personnes d'être domiciliées à la même adresse pendant une longue période sans avoir pour autant d'engagement analogue à celui d'une relation conjugale. Conséquemment, il me semble nécessaire d'avoir une sorte de contrat, comme le mariage, pour définir plus clairement les droits et responsabilités de gens qui cohabitent.

Je propose donc que l'on conserve le mariage mais qu'on le renomme foyer et qu'on le redéfinisse pour que deux ou plusieurs adultes vivant ensemble puisse s'unir légalement et fiscalement en foyer quelle que soit leur relation intime. Ce pourrait être:
  • Un couple d'amoureux;
  • Un jeune adulte qui vit chez ses parents;
  • Une personne âgée qui habite chez son enfant;
  • Des amis qui vivent ensemble;
  • Des frères et/ou sœurs qui vivent ensemble;
  • Une unité polygame;

Il ne serait pas pertinent de mettre un nombre d'adultes maximum par foyer, simplement spécifier que les membres d'un même foyer doivent cohabiter et donc le nombre maximum d'adultes pour un même foyer est fixé par le nombre maximum qui peuvent crédiblement habiter à l'adresse où il est domicilié. En l'absence d'un tel contrat, le niveau d'engagement mutuel de deux cohabitants serait présumé le plus faible possible (deux colocs qui se parlent à peine). Le foyer ne servirait qu'à officialiser et expliciter un rapport de cohabitation; le lien de coparentalité et de copropriété serait distinct et nullement influencé par le fait de s'unir en foyer avec quelqu'un.

Parallèlement, comme je l'ai déjà mentionné, je retirerais toute reconnaissance légale aux mariages religieux. Ce ne serait plus que symbolique et l'on n'aurait donc pas à nous soucier que telle religion interdise le mariage gay ou que telle autre autorise le mariage polygame. Le mot «mariage» ne voudraient rien dire légalement, il appartiendrait aux individus de lui donner le sens qu'ils veulent. Cette institution continuerait donc bien évidemment d'exister mais, comme la religion, elle serait séparée de l'État.

Nous sommes dans des sociétés individualistes et c'est globalement une bonne chose puisque cela émancipe l'individu de toute oppression de la part du groupe. Mais, cela ne doit pas nous empêcher de reconnaître, de faciliter et de donner un statut légal à certaines formes de collaborations entre les individus; en autant que cela soit fait en respectant la liberté individuelle. Que le mariage conjugal en lui-même ait une valeur légale me semble être à la fois une formule trop rigide et une trop grande intrusion dans la vie privée. Le genre de rapport que j'entretiens avec les gens avec qui je partage mon logis ne concerne pas l'État. Ce qui le concerne c'est que nous constituons un foyer, pas que nous soyons amoureux.

dimanche 10 février 2013

Fêtes et jours fériés

Les jours fériés sont accordés par l'État mais correspondent souvent à des fêtes religieuses. Cela va à l'encontre de notre idéal de laïcité. Par ailleurs, même les fériés non religieux posent le problème d'intervenir dans la tradition, ce à quoi je me suis opposé précédemment. Mais la religiosité des fériés est d'autant plus problématique puisque les fêtes religieuses ne sont pas les mêmes jours pour tout le monde. Et, si l'on accordait à tous les croyants des jours fériés pour leurs religions, en ne leur donnant pas de fériés pour les fêtes d'autres religions que la leur, ce serait injuste puisque certaines religions ont plus de fêtes que d'autres et que les athées n'en ont pas. Mais le point demeure que les travailleurs doivent avoir droit à un certains nombres de congés, et d'avoir des dates spécifiques dans l'année qui sont importantes pour eux.

La solution la plus simple serait de simplement accorder à tout citoyen un nombre fixe de jours fériés qu'il pourrait utiliser quand il veut dans l'année, en autant d'en aviser son employeur deux semaines à l'avance. Il n'y aurait donc plus de dates fixes pour les jours fériés, chacun les prendrait à sa convenance. Que ce soit pour célébrer une très ancienne fête sacrée ou l'anniversaire de son enfant; ça serait selon ce qui est important pour l'individu.

Mais je me demandais tout de même: devrait-il y avoir des fêtes communes à tous les citoyens et dont les festivités seraient soulignées et financées par l'État? En général, je n'aime pas trop l'idée de forcer les citoyens de se retrouver sous une bannière commune ou à l'intérieur d'une identité collective qu'ils n'ont pas choisie, mais je vois tout de même certains avantages à des fêtes communes. Cela peut nous donner un prétexte pour se retrouver avec nos proches, et les moyens de l'État peuvent permettre de financer des festivités de plus grandes envergures. Également, il me semble que c'est plus facile à gérer pour les employeurs et la société si les gens prennent leurs congés dans la même période. On va être plus tolérant, comme client, envers le manque de service dans un commerce si l'on sait que beaucoup d'employés sont en vacances.

Je propose donc d'instaurer quatre périodes de fêtes communes dans l'année. Ce serait des périodes de dix jours, situées dans les alentours des solstices et équinoxes, et lors desquelles chacun aurait droit à deux jours de congés payés qui ne compteraient pas dans leurs réserves personnelles de jours fériés. Je suggère de les nommer de façon laïque:
  • la période de la fête nationale (du 23 juin au 2 juillet),
  • le temps des fêtes (du 24 décembre au 2 janvier),
  • la rentrée (du 23 septembre au 2 octobre),
  • la relâche (du 24 mars au 2 avril).*

Ce serait l'employeur qui fixerait les jours exacts dans la période mais ça doit être un jour que l'employé travaillerait normalement. Ça remplacerait: Noël, le jour de l'an, vendredi saint, lundi de Pâques, la St-Jean, le jour de la Confédération, la fête du travail et l'action de grâce. Peut-être qu'il serait pertinent de mettre des dates spécifiques, à l'intérieur de ces périodes, lors desquelles certains types de commerces seraient tenus de fermer leurs portes. À ces huit fériés semi-fixes s'ajouteraient deux fériés flottants que le citoyen pourrait prendre n'importe quand dans l'année.

L'État financerait les célébrations pour la fête nationale. Il décorerait ses bureaux pour le temps des fêtes mais, seulement avec des ornements folkloriques (sapins, guirlandes, etc.) et pas des religieux (crèches, anges, etc.). Il n'y aurait pas de célébrations à proprement parler pour la rentrée et la relâche, mais le fait d'avoir des congés en même temps inciterait les gens à se rapprocher et à faire des soupers de famille.

Je trouve intéressant de dissocier ainsi l'État du religieux, tout en permettant et en facilitant l'accès à des congés payés pour les fêtes traditionnelles. La majorité des habitants du Québec, même s'ils ne sont plus vraiment croyants, se réunissent en famille lors de ces dates.

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*Évidemment, ici je me suis conten de placer ces périodes dans le calendrier grégorien. Mais, de mon point de vue, il serait encore plus avantageux de complètement réformer le calendrier. Ainsi, si j'instaurais mon calendrier sans faire le moindre accommodement avec la tradition, des fériés à date fixe seraient placés aux journées intercalaires (cinq par année) mais, on aurait davantage de fins de semaine par an (soixante au lieu de cinquante-deux) puisque les semaines ne dureraient que six jours.

vendredi 18 mai 2012

Démocratie et transparence

On parle souvent du gouvernement ces jours-ci, et on le compare à une dictature alors que ce dernier se prétend une démocratie. Ma conception de la démocratie diffère sous plusieurs aspects de celle qui domine dans l'air du temps. L'une de ces divergences concernent la transparence. On semble en effet s'être habitué à ce que le gouvernement agisse presque en secret. Qu'il offre des contrats à des compagnies sans nous présenter la facture détaillée par exemple.

Pour moi, dans une démocratie, le pouvoir revient au peuple. Ainsi, si nous faisions une analogie avec une entreprise, le gouvernement serait l'employé et le peuple serait son patron. La population devrait être au-dessus du chef d'État dans l'organigramme. Donc serait-il sensé pour un patron d'autoriser son employé à faire des dépenses sur le compte de l'entreprise sans même regarder ces factures? Il est donc difficilement justifiable que le gouvernement cache des choses au peuple.

En fait, la seule situation où il serait légitime que le gouvernement garde pour lui des renseignements en les cachant au peuple, serait si ces informations pourraient tomber entre de mauvaises mains. Donc, dans un contexte où le patron préférerait que son employé lui cache des choses s'il estime que c'est un moindre mal. Par exemple, si on est en guerre, on ne diffuse pas nos stratégies militaires sur toutes les ondes, autrement nos ennemis les verraient aussi. Pour revenir à l'analogie du patron et de l'employé : c'est comme si toutes les conversations entre le patron et l'employé étaient interceptées par une compagnie rivale et que le patron le savait. Il recommanderait alors à son employé de garder certaines informations pour lui et de prendre lui-même les décisions les concernant, en autant qu'il le fasse en faisant ce qu'il croit que la patron aurait choisi de faire ou ce qui est le mieux pour l'entreprise.

Mais dans tout autre contexte, tout devrait être fait avec la plus grande transparence. J'irais presque jusqu'à dire, que toute réunion impliquant un ou plusieurs représentants de l'État devrait être filmée et mise en ligne sur le site du gouvernement. Que les rencontres entre chefs d'État aient lieu à l'abri des regards, comme s'ils conspiraient contre leurs peuples, m'apparaît aberrant.

dimanche 29 mai 2011

Les liens du sang

J'avais une discussion dernièrement avec un de mes amis à propos d'un fait divers: C'était l'histoire d'un homme qui découvrait que son fils de treize ans n'était pas son enfant biologique. Comme cet homme avait perdu la garde de l'enfant en question quelques années plus tôt, la question était de savoir si, maintenant qu'il savait n'avoir aucun lien génétique avec lui, il devait continuer de lui verser une pension alimentaire ou s'il devait, au contraire, exiger d'être remboursé par la mère pour toute ces années de pensions alimentaires illégitimes.

Je trouve personnellement que l'on accorde une trop grande importance aux «liens du sang» dans notre culture. Tant au niveau de la relation entre le parent et son enfant, qu'au niveau de la relation entre le Québec moderne et son Histoire. Qu'un enfant adopté utilise l'expression «ma vraie mère» pour parler de la personne qui l'a engendré plutôt que de celle qui l'a élevé, m'apparaît aberrant. De même qu'il m'apparaît aberrant que l'on utilise l'expression «nos ancêtres» pour parler des colons français du seizième siècle, alors que même la plupart des «de souche» ont d'autres ascendants (des Anglais et des autochtones par exemple).

Si l'on en croit l'hypothèse Sapir-Whorf, la façon dont on nomme les choses affecte notre conception des choses. Qu'un enfant ne se perçoive pas comme «le vrai enfant» de ses parents simplement parce qu'il a été adopté ou qu'un citoyen ne se perçoive pas comme «un vrai Québécois» simplement parce qu'il n'avait pas d'ancêtres ici au seizième siècle, me semble être un symptôme d'une terminologie qui a abusivement recours aux «liens du sang». Je propose donc de redéfinir certains mots, de la manière suivante:
parent, père, mère : Personne qui élève l'enfant.
géniteur, génitrice : Personne qui transmet ses gènes à l'enfant.
gestateur, gestatrice : Personne ayant porté l'enfant dans son ventre.
enfant, fille, fils : Personne que l'on élève.
progéniture, rejeton : Personne que l'on a engendrée.
frère, sœur : Personne ayant été élevé par la ou les même(s) personne(s) que l'enfant.
demi-frère, demi-sœur : Personne ayant d'abord été élevé séparément puis ayant partagé plus tardivement un ou plusieurs parents avec l'enfant.
germain(e) : Personne ayant été engendrée par le même géniteur et/ou la même génitrice que l'enfant.

À partir de cette base qui définit les liens de parentés fondamentaux (filiation et germanité) de deux manières différentes (génétique et sociale), on peut redéfinir aussi les autres liens de parenté: les grands-parents, les oncles, tantes, cousins, cousines, neveux et nièces. Par exemple, le grand-parent pourrait être celui qui a élevé la personne qui a élevé l'enfant, tandis que le géniteur du géniteur pourrait être désigné par un néologisme tel que «métagéniteur». Et pour poursuivre cette idée, les termes «oncle» et «tante» pourraient aussi inclure des amis proches des parents.

En plus de raffermir le lien de filiation des enfants adoptés, cette terminologie contribuerait à démarginaliser la monoparentalité, l'homoparentalité et même la polyparentalité. En effet, dans le modèle actuel on présume que tout enfant a un père et une mère. L'enfant peut sentir qu'il lui manque quelque chose s'il n'a pas de père. Or, si l'on se contentait de dire que tout enfant a un géniteur et une génitrice, mais que son nombre de père ou de mère peut varier, il n'y aurait plus rien d'aberrant à n'avoir qu'un parent ou à avoir deux pères. Par ailleurs, les enfants adoptés rechercheraient peut-être moins à trouver et connaitre leurs parents biologiques et n'auraient pas d'attachement affectif gratuit envers eux.

Pour les liens plus lointains, comme celui entre les Québécois modernes et les fondateurs, je propose simplement que l'on privilégie des expressions comme «nos prédécesseurs» plutôt que «nos ancêtres». C'est beaucoup plus réaliste et inclusif. Que j'aie des origines françaises, autochtones ou issues d'une vague de migrations très récente, si je vis au Québec les colons français sont indéniablement mes prédécesseurs.

Pour la plupart d'entre nous, cette nouvelle terminologie ne changerait rien puisque la mère d'une personne est souvent aussi sa génitrice et sa gestatrice, mais cela nous rappellerait que ce que l'on a hérité de nos parents est moins un génotype qu'une éducation. Mon opinion est qu'une société moderne devrait moins focaliser sur l'apport génétique (à moins qu'il soit atypique) que sur l'apport intellectuel d'une filiation. Génétiquement, la plupart des humains sont à peu prêt semblables. Que je conçoive mon enfant moi-même ou que je l'adopte ne changera pas grand-chose à ce qu'il deviendra. C'est l'ensemble des traits non innés (culture, connaissances, valeurs) transmis d'un parent à son enfant ou d'un ancien à un moderne qui font la spécificité de ce genre de relation. Oublions les liens du sang, concentrons-nous sur les liens de l'esprit.

mercredi 18 mai 2011

Statut du mariage

Il y a quelques années nous avons légalisé le mariage gay au Canada. À l'époque, le sujet semait beaucoup de controverse. Il y avait des gens qui tenaient à maintenir la «définition traditionnelle» du mariage, à cause de leurs croyances religieuses. J'avais alors eu une idée pour réconcilier l'opinion des intégristes et celle des progressistes. Je proposais de:
  1. Laisser le mot «mariage» aux religions et n'utiliser que le terme «union» pour les mariages civils;
  2. Retirer toute reconnaissance légale aux mariages religieux;
  3. Donner aux couples homosexuels et aux unités polygames le droit de s'unir civilement de la même façon que les couples hétérosexuels monogames;

Puisque c'est surtout le terme «mariage» qui était sacralisé par les ultracroyants, je me disais qu'en leur laissant, tout le monde serait content. Mais finalement, on a tout simplement légalisé le mariage gay et les religieux ont fini par se calmer. Toutefois, réfléchir sur le concept de mariage demeure d'actualité. En effet, si j'ai bien compris, depuis l'affaire d'Éric et Lola, il n'est plus nécessaire d'être marié (religieusement ou civilement) pour être légalement considéré comme un couple marié. Le simple fait de vivre en union de fait (c'est-à-dire, de cohabiter depuis un certain temps avec une personne avec qui l'on vit aussi une relation amoureuse) suffit pour acquérir ces droits.

Évidemment, cette situation est aberrante (particulièrement, dans la situation d'Éric et Lola… je ne comprends pourquoi l'ex-femme au foyer d'un millionnaire mériterait plus d'argent que l'ex-femme au foyer d'un commis de dépanneur; sa définition de tâche était la même). L'argument principal est qu'il serait discriminatoire envers les couples non mariés de ne pas leur accorder les mêmes droits qu'aux couples mariés… c'est un peu comme si l'on disait à une compagnie d'assurance qu'en ne dédommageant que ses clients, elle discrimine les gens qui n'ont pas de contrat d'assurance avec elle.

Mais ce que je réalise surtout c'est que le rite ou le contrat du mariage devient encore plus obsolète puisque c'est l'état de fait qui change l'état civil. Par ailleurs, je trouve aussi très ambiguë la démarcation entre une union de fait et deux colocataires qui sont juste amis. Comment fait-on pour prouver qu'ils vivent une relation amoureuse? Doit-on mesurer le taux d'affection qu'ils éprouvent l'un pour l'autre? Mais pourquoi serait-il pertinent de considérer quelque chose d'aussi intangible que l'amour dans une telle situation? Il me semble qu'un sentiment comme l'amour conjugal est d'une nature trop volatil pour servir de fondement à ce genre de contrat. À quoi sert au fond la reconnaissance légale du mariage? C'est surtout fiscal, on veut savoir si la personne doit s'autosuffire financièrement ou si elle collabore avec une autre personne. C'est donc seulement la collaboration entre individus qui devraient avoir un statut légal, et non pas l'amour.

Bref, suite à ça, j'ai une nouvelle proposition pour réformer le mariage. En fait, je ne fais que réitérer mon ancienne proposition mais je vais un peu plus loin. Je propose que la mariage ou l'union cesse d'exister légalement et qu'il soit substitué par trois types d'«alliances» différentes et indépendantes:
  1. Cohabitation (vivent ensemble),*
  2. Coparentalité (sont ensemble les tuteurs légaux d'un ou de plusieurs enfants),
  3. Copropriété (ont des propriétés communes),

Les droits du mariage seraient répartis dans ces trois sortes de contrat informel. Ainsi, deux personnes qui vivraient ensemble, qui auraient des enfants en commun et qui posséderaient des biens en commun seraient dans la même situation qu'un couple marié actuellement. Lorsqu'ils cesseraient de cohabiter, ils seraient comme un couple divorcé. La reconnaissance du lien de copropriété permettrait à un couple qui se sépare d'avoir recours au système judiciaire pour se répartir leurs biens s'ils ne parviennent pas à le faire par eux-mêmes sans conflit. Deux personnes partageant un lien de coparentalité (qui ne se romprait que lorsque les enfants deviendrait adultes ou décéderaient, ou si l'un des deux perds totalement la garde de l'enfant), sans partager de lien de cohabitation ou de copropriété, seraient légalement dans la même situation qu'un couple divorcé avec enfants en ce moment. Les tribunaux pourraient donc leur imposer la garde partagée ou une pension alimentaire.

Il me semble que réviser dans ce sens la nature légale du contrat de mariage présenterait de nombreux avantages. En plus d'être mieux adapté à la gestion des ruptures (ce qui, finalement, me semble être la seule fonction du mariage désormais), il posséderait la plasticité nécessaire pour répondre aux besoins de toute la diversité des ménages de nos jours. Qu'un foyer soit composé d'un couple hétérosexuel marié à l'église, d'un couple homosexuel marié civilement, d'une unité polygame ou de simples colocataires, la loi n'en aura rien à faire. Ce qui serait considéré serait uniquement ce qui est pertinent pour évaluer comment ils collaborent et comment la rupture de cette collaboration devrait être gérée.

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*C'est la cohabitation qui me semble être la forme la plus intime de collaboration, mais c'est également celle qui est le plus difficilement gérable. Comment, en effet, peut-on savoir si deux personnes qui cohabitent se partagent les tâches ou si elles font leurs choses indépendamment chacune de leur côté? Peut-être serait-il souhaitable de rendre obligatoire un «contrat de cohabitation» qui spécifierait à l'avance à quel niveau les deux personnes prévoit collaborer. On saurait, par exemple, lorsque l'un des deux ne travaille pas, si c'est parce qu'il est prévu qu'il se concentre sur les tâches ménagères.

lundi 21 septembre 2009

Réforme de la langue écrite

Je considère que la parole est au service de la pensée et l'écriture au service de la parole. Précédemment, je vous ai expliqué pourquoi je considérais que notre langue écrite devrait évoluer pour s'adapter à la langue orale. En fait, ce qu'il faut c'est moderniser et démocratiser la langue. Je vais, ici, vous décrire plus explicitement quel genre de modifications j'aimerais voir apparaître dans notre langue écrite :
  • D'abord j'aimerais que la langue soit davantage basée sur la prononciation. Si l'on examine cette page de Wikipédia, on se rend compte que plusieurs sons peuvent s'écrire jusqu'à 50 façon différentes, ce qui me semble exagéré. On devrait essayer de réduire le tout pour ne donner que deux ou trois – idéalement, une seule – graphies pour chaque phonème. On pourrait faire comme l'espagnol par exemple, où chaque syllabe n'a qu'une seule graphie. Ainsi, même si le son [k] peut s'écrire soit «qu» ou «c», le son [ke] s'écrit toujours «que» et le son [ka], «ca».
  • Je propose également la suppression des déclinaisons sans incidences sur la prononciation. Ou, au moins, de les rendre moins irrégulières. Que la règle du pluriel soit «Ajouter un 's' sauf pour les finales en '-u' qui prennent un 'x' sauf les '-ou' qui prennent un 's' sauf ''bijou, caillou, etc.'' qui prennent un 'x'» m'apparait inutilement compliqué compte tenu que toutes ces lettres sont muettes. Et je ne vous parle même pas de l'accord du participe passé avec l'auxiliaire avoir.
  • Je voudrais aussi que tous les mots utilisés à l'oral aient une forme écrite standardisée. Les expressions québécoise par exemple. Il m'arrive souvent d'entendre des régionalismes que je ne connais pas et, malheureusement, le dictionnaire ne peut pas m'aider à trouver leur sens. Si l'on y incluait les expressions vernaculaires (en y précisant toutefois leur niveau de langage) cela nous aiderait à les comprendre. La syntaxe également devrait pouvoir se mouler sur celle de l'oral. Ainsi, si je veux écrire un dialogue entre deux personnages du Québec rural, je pourrais avoir un cadre de référence au lieu d'être dans le flou.
  • Les mots d'emprunts devraient s'écrire comme ils se prononcent au lieu de conserver leur orthographe d'origine. Cela peut créer de la confusion au niveau de la prononciation. Par exemple, le mot «soya» se prononce toujours ainsi, même quand on l'écrit «soja». Pourtant, je l'entends souvent prononcé comme si le 'j' était un 'j' français. Cela contribue, en plus, à rajouter des exceptions supplémentaires à notre langue (comme que le 'w' se prononce 'v' dans le mot ''wagon'') qui en est déjà suffisamment gréée. Seuls les noms propres devraient conserver leur graphie natale.
  • Il faudrait également que chaque «niche lexicale» soit occupée. C'est-à-dire que chaque nom puisse être verbé, que chaque adjectif puisse être adverbisé, etc. Par exemple, si je peux dire «rendre X» il devrait avoir un verbe «X-iser», si je peux dire «de manière Y» je devrais pouvoir dire «Y-ement» et ainsi de suite. En écrivant ce blog avec mon correcteur automatique, j'ai réalisé que beaucoup de ces mots n'existaient pas. Par exemple, quand j'écris le mot «éthiquement», on me le souligne en rouge parce qu'il n'existe pas. Pourtant, on comprend tous intuitivement qu'il signifie «de manière éthique».
  • Les mots désignant des êtres sexués devraient pouvoir s'accorder selon le genre du sexe en question. C'est-à-dire que l'on devrait pouvoir dire «une professeur» pour désigner une femme professeure et «une orignal» pour désigner une femelle orignal. À ce niveau-là, on n'a pas vraiment de problème au Québec. C'est plutôt en France que cette féminisation des titres a du mal à percer.
  • Les mots désignant des objets asexués dont le genre est souvent ambigu pour les locuteurs natifs (ex. : autobus, ambulance, trampoline, termite, tentacule, trombone) devraient tous bénéficier d'un genre libre, au choix de celui qui écrit (mais qui devrait rester constant dans un même texte).
Voilà, ce ne sont donc que quelques suggestions. Je vois de nombreux avantages à une telle réforme :
  • Les gens feraient beaucoup moins de fautes.
  • Les écoliers, au lieu de passer onze ans de leur vie à apprendre le français, pourraient facilement l'apprendre en trois ou quatre ans. Cela libérerait de l'espace dans l'horaire pour que les jeunes puissent apprendre autre chose, ou aient plus de temps libres.
  • Les nouveaux arrivants ne connaissant pas notre langue pourraient plus facilement l'apprendre et donc mieux s'intégrer. On éviterait donc ainsi que les allophones ne se tournent systématiquement vers l'anglais.
  • Les enfants ayant une faible intelligence linguistique pourraient tout de même apprendre à lire. Ils ne seraient donc pas ralentis dans les autres matières par leurs problèmes en français (puisqu'ils n'éprouveraient plus de difficultés à lire les consignes et écrire leurs réponses).
  • Si la langue est plus concise étant donné la suppression des lettres muettes, des consonnes doubles et des formes allongées («eau» au lieu de «o»), on économiserait une quantité faramineuse d'encre et de papier.

Comme pour ma réforme du calendrier, le principal désavantage serait les coûts (en argent et en efforts) reliés à la transition vers cette orthographe. Pour le reste, il me semblerait avantageux de faire évoluer notre langue écrite dans cette direction.

dimanche 24 mai 2009

Critique du calendrier grégorien

Il y en a qui diront que je chiale pour rien et que je remets toujours tout trop en question, mais je trouve personnellement que notre système de calendrier est absurde. Si j'en avais le pouvoir, je le réformerais comme suit :

Ma première critique est sur le jour de l'an. Je trouve ridicule que notre premier jour de l'année soit positionné à un endroit aussi arbitraire. L'année devrait commencer à un point important de la révolution terrestre. Je propose donc de décaler d'une dizaine de jours le jour de l'an pour que l'année commence au solstice d'hiver. Le solstice d'été, l'équinoxe de printemps ou celui d'automne auraient pu également être des bons jours de l'an.

Ensuite, à propos de la durée des mois. Je trouve agaçant que certains mois aient plus de jours que d'autres. On est toujours à se demander s'il y a ou non un 31 ce mois-ci et c'est une perte de temps. Je propose donc que nos douze mois fassent tous exactement trente jours de long. Évidemment, cela ne ferait que 360 jours dans l'année, alors que la révolution terrestre est de 365¼ jours. Pour compenser, je suggère que les solstices et les équinoxes soient des journées intercalaires, entre deux mois, et non dans un mois. Donc entre mars et avril, entre juin et juillet, entre septembre et octobre ainsi qu'entre décembre et janvier, on retrouverait, sur nos calendrier, une case supplémentaire (positionnée, disons, sur la page du mois suivant mais au-dessus et en-dehors de la grille mensuelle) pour ce jour. On ajouterait, en plus, une autre journée intercalaire la veille du solstice hivernal, que l'on appellerait simplement «jour de l'an». Cela nous donne donc bel et bien 365 jours. On rajouterait, une fois tous les quatre ans, une journée intercalaire la veille du jour de l'an pour former l'année bissextile.

Également, sur le cycle des semaines. Je trouve que c'est une autre perte de temps que d'avoir à se demander « Coup don, le 25 du mois prochain ça tombe-tu un lundi ça? ». Le cycle des semaines devrait être en phase avec celui des mois et celui des ans. Je propose donc de réduire les semaines à six jours pour qu'elles soient un multiple de trente, le nombre de jour par mois. Ainsi, le 1, le 7, le 13, le 19 et le 25 seraient toujours des lundis. Évidemment, il faudrait que les jours intercalaires soient hors du cycle des semaines. On pourrait les considérer comme un jour de plus dans la fin de semaine. Autre avantage : des semaines de six jours (quatre jours ouvrable plus deux jours de fin de semaine) seraient probablement moins pénibles pour les travailleurs que des semaines de sept.

Finalement, à propos de l'an 0. Je trouve que c'est très non-laïque que de baser notre année zéro sur la date hypothétique de la naissance du soi-disant messie des chrétiens. Je propose d'aligner notre année zéro sur un événement plus important. Personnellement, je choisirais l'invention de l'écriture car c'est le point qui sépare l'Histoire de la Préhistoire. Nous n'utiliserions donc plus l'ère chrétienne, mais l'ère historique. Au lieu de dire «avant Jésus-Christ» (av. J.-C.) et «après Jésus-Christ» (apr. J.-C.), ce serait «avant l'Histoire» (av. l'H.) et «de l'Histoire» (de l'H.). Évidemment, la date d'invention de l'écriture étant plus lointaine, elle est encore plus difficilement devinable que celle de la naissance de Jésus, mais l'on pourrait fixer notre an 0 dans les alentours présumés de cette invention, sans prendre ça trop au sérieux et sans avoir pour idée de modifier notre an 0 encore une fois si jamais l'on découvre, par exemple, une tablette d'écrits plus anciens. On pourrait l'enligner pour qu'un ou plusieurs événements historiques importants tombent l'année d'un chiffre rond. Par exemple, considérer que l'invention de l'imprimerie mécanique en 145o de notre ère est comme une réédition de l'invention de l'écriture (que l'on aimerait prendre pour zéro) et donc y fixer l'an 5000 de l'Histoire pour que le zéro tombe en 3550 av. notre ère ce qui est proche de la date estimée de l'invention de l'écriture. Ou encore, simplement ajouter une quantité ronde d'ans à l'ère commune pour que les deux derniers chiffres de l'année restent les mêmes.

Et ce n'est pas seulement pour une question de laïcité que je propose de faire commencer notre compte des années à une date plus ancienne. Je pense que le point 0 d'un calendrier devrait être un point de rupture important séparant deux époques (bien que les époques soient elles-mêmes fixées arbitrairement dans le continuum temporel). Intuitivement, il me semble qu'une personne dont on se souvient du nom ou qu'un événement dont on peut fixer la date exacte ne devraient pas se trouver dans les négatifs. L'avant zéro devrait être une période obscure dont on ne peut que déduire des choses (par nos découvertes archéologiques, paléontologiques, géologiques, etc.) mais dont la mémoire collective (les écrits et la tradition orale) n'a aucun souvenir autres que des mythes fantaisistes déformant ou occultant la réalité. Conséquemment, reculer notre zéro de 3000 ou 4000 ans m'apparaît logique.

Voilà. C'était ma réforme suggérée pour notre système calendaire. Et encore, je me suis retenu! Sinon je vous aurais probablement proposé de nommer les mois selon ceux du calendrier révolutionnaire français et de changer également les noms des jours de la semaine. C'était juste pour le plaisir, en passant, je n'ai ni le pouvoir ni le désir de mettre ce calendrier en pratique. D'autant plus que les coûts reliés à son implantation seraient probablement trop élevés pour compenser sur ses avantages certains...

(Réédité par Feel O'Zof le 18 juin 2009)