Lorsque j'étais étudiant au baccalauréat et que les hippies qui s'étaient autoproclamés association étudiante utilisaient l'intimidation pour nous forcer à foxer nos cours, il n'était pas rare d'entendre les manifestants de cette «
grève préventive» scander des slogans ou brandir des pancartes pour promouvoir une gratuité inconditionnelle de tous les niveaux d'études pour tous les programmes. Mais serait-ce vraiment une bonne idée? Il y a, face à cette problématique, plusieurs facteurs à considérer:
- Les études supérieures ne sont pas un besoin fondamental et il est coûteux pour les contribuables de financer la scolarisation des étudiants;
- À l'âge à laquelle on fait généralement nos études il est pratiquement impossible d'avoir accumulé par soi-même (sans prêt, bourse, héritage ou aide parentale) les fonds nécessaires;
- Le niveau de scolarité d'une personne est fortement corrélé avec son revenu;
- Même si les parents d'un jeune ont les moyens de lui payer de hautes études, et même s'ils vivent assez proche de l'université pour continuer d'héberger leur enfant pendant ses études, ils ne le feront pas nécessairement.
D'abord, entendons-nous sur le fait que faire de hautes études n'est pas un besoin fondamental; dans le sens que ce n'est pas nécessaire à la subsistance. Dans cette perspective, ce n'est pas du devoir de l'État de financer l'éducation post-secondaire. C'est un privilège et non un droit. Il faut quand même payer les enseignants et les universités. Compte tenu de cette réalité, permettre à tous d'étudier gratuitement dans n'importe quel programme pour autant d'années qu'ils le désirent, représenterait une source de dépenses potentiellement illimitée pour les contribuables.
Toutefois, le niveau de scolarité d'une personne est souvent influent du revenu qu'elle recevra au cours de sa vie. Si la scolarité est coûteuse, ce ne sont que les gens déjà bien nantis qui peuvent accéder à des professions payantes. D'autant plus que l'on se scolarise généralement pendant notre jeunesse, période durant laquelle nous n'avons pas encore pu cumuler beaucoup d'argent et donc où nos parents assument la plupart de nos dépenses. Donc, si l'État n'intervenait pas, seuls les rejetons des gens à hauts revenus pourraient recevoir la scolarité nécessaire à un emploi bien rémunéré. Tandis que les plus démunis n'auraient pas les moyens d'offrir un tel luxe à leur progéniture et la condamneraient à rester dans la pauvreté. Cela contribuerait à la création et au renforcement des classes sociales. Bref, si le gouvernement n'offrait pas d'aide financière aux étudiants, les riches engendreraient des riches et les pauvres des pauvres.
Je propose que l'on instaure un système de bourses si généreux qu'il pourrait être considéré comme une forme de gratuité scolaire. C'est-à-dire qu'un bénéficiaire de bourse pourrait voir sa scolarisation se faire financer intégralement. La solution la plus sage selon moi serait de mettre des conditions à cette gratuité :
- Exiger que l'individu ait de bonnes notes dans son niveau scolaire actuel avant de financer le niveau suivant;*
- Fixer un nombre d'années maximum qu'aurait l'étudiant pour accomplir sa scolarité;**
- Donner, pour chaque programme, un nombre de bourses proportionnel à la quantité de finissants dans ce domaine dont la société aura besoin;
- Ne pas considérer que les parents de l'étudiant vont l'aider financièrement lorsque l'on choisit s'il est éligible ou non à une bourse;
- Exiger de l'étudiant qu'il s'engage à travailler au Québec pendant un certain nombre d'années après l'obtention de son diplôme.
Puisque les subventions gouvernementales sont l'argent du peuple, elles doivent être investies judicieusement et dans les intérêts du peuple. Ces conditions permettraient d'instaurer une forme de gratuité scolaire tout en évitant les abus potentiels qui, autrement, surviendraient trop facilement.
Comme chaque étudiant coûte cher à la société, on devrait limiter le nombre d'individus acceptés dans chaque programme, en fonction des débouchés. Par exemple, je ne pense pas qu'il soit pertinent de former trois cents anthropologues par année. Si on fixait des critères d'admission plus sévères dans certains programmes tout en limitant le nombre d'étudiants par cours, on ne se retrouverait pas à financer des études qui n'apporteront rien de concret ni à l'étudiant, ni à la société. Notre but premier dans la gratuité scolaire était que l'individu voulant étudier ne soit pas rejeté à cause d'une
discrimination arbitraire envers ceux n'appartenant pas à une famille bien nantie. Une fois cette injustice potentielle écartée, il est tout à fait légitime d'exclure des étudiants pour des raisons plus fondées; telles que sa compétence en tant qu'étudiant ou la capacité qu'il aura à trouver un emploi dans son domaine une fois sa formation accomplie.
Mais ici, comprenez-moi bien, je ne suis pas en train de dévaloriser l'acquisition du savoir. Au contraire, c'est quelque chose que, d'après moi, on devrait encourager. Il est primordial dans une société démocratique que le peuple soit instruit. Car même si un individu, en tant que commis d'épicerie, n'a pas besoin de connaître grand chose, en tant qu'électeur, il a de grandes responsabilités. Mais on peut encourager l'acquisition du savoir sans que ce ne soit aussi onéreux pour la société. Si quelqu'un veut s'instruire, la bibliothèque est là pour ça. Et le laisser lire des livres par lui-même coûtera moins cher à la société que de payer un professeur d'université pour lui enseigner.
Je pense même qu'il y a plusieurs mesures que
l'État devrait prendre afin de faciliter l'acquisition de connaissances générales par sa population. Par exemple, financer la création de sites internet informatifs. On pourrait même créer des examens sans cours, pour qu'un individu puisse obtenir un certificat attestant du savoir qu'il a acquit en autodidacte. Des mesures de ce genre coûteraient beaucoup moins chers aux contribuables que de financer plus de scolarisation.
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*Comme les notes du niveau collégial ne sont pas toujours vraiment représentative du potentiel universitaire de l'étudiant, il serait plus sage d'exiger le diplôme d'études collégiales (sans égard aux notes ou à la cote R) mais de focaliser surtout sur la bonne réussite d'un examen d'admission spécifique à chaque programme.
**Il s'agit simplement de lui dire qu'on lui donnera tel montant par année pendant tel nombre d'années. Selon le programme, on pourra adapter la formule. S'il est préférable que l'étudiant accomplisse sa scolarité le plus rapidement possible (par exemple, s'il est dans une discipline où l'on manque de spécialistes, comme la médecine), on lui donnerait assez d'argent pour qu'ils puissent étudier à temps plein, mais sur un nombre limité d'années. À l'inverse, s'il vaut mieux que l'étudiant étudie à temps partiel et reste longtemps à l'université (dans les programmes qui donnent des connaissances mais pas nécessairement d'emploi), on lui donnerait de petites sommes d'argent mais pendant plusieurs années, pour qu'il prenne moins de cours par sessions et qu'il travaille à temps partiel.