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lundi 20 mai 2019

Pour une vraie laïcité

Voici ce qu’il aurait suffit de faire au lieu de la loi 21:

  1. Enlever toute reconnaissance légale spécifique au caractère religieux d’une organisation, d’une croyance, d’un symbole ou d’une pratique (sans nier que des pratiques, croyances, symboles ou organisations soient importantes aux yeux de certains citoyens), ce qui est la définition de la laïcité; 
  2. Redéfinir les codes vestimentaires des employés et cadres des services publics et parapublics pour leur accorder une plus grande souveraineté sur leur corps (qui s’adonnerait à permettre de porter des signes religieux mais vraiment pas juste ça) et modifier les normes du travail pour que les employeurs privés soient soumis à des limites similaires dans leur pouvoir d’uniformisation vestimentaire;
  3. Dans les serments que doivent prêter les représentants de l’autorité de l’État, ajouter une clause d’impartialité spirituelle (qu’aucun «fanatique ayant un agenda secret» ne pourrait réciter sans commettre un blasphème mais que tout croyant modéré et tout incroyant pourraient dire sans s’offusquer);
  4. Faire en sorte que l’école apprenne davantage aux enfants à développer leur pensée critique (afin qu’il soit plus ardu de les endoctriner pour les groupuscules de droite, qu’ils soient islamistes ou néonazis) et à remettre en question leurs propres croyances, et qu’elle leur apprenne également mieux le vivre-ensemble (de sorte qu’il n’y ait désormais plus de débats de société aussi intense pour un sujet aussi trivial) ainsi que les religions mais sous une perspective historique et anthropologique.


C’est tout.

dimanche 2 décembre 2012

La marchandisation de l'éducation

J'entends souvent, ces temps-ci, les étudiants revendiquer qu'ils s'opposent à la «marchandisation» de l'éducation. J'ai un peu de difficulté à cerner cette expression et ce qu'elle dénonce exactement. Si un enseignant exige qu'on le paye pour faire son travail, est-il en train de «marchandiser» l'éducation? Il me semble que oui. Fait-il quelque chose de mal? Je dirais que non. Ça me semble donc une expression qui dénonce quelque chose au niveau symbolique mais qui n'est pas assez explicite dans la pratique. Même chose pendant la grève étudiante du printemps dernier: J'avais de la difficulté à saisir les revendications exactes des étudiants. Est-ce seulement une opposition contre cette hausse drastique des frais de scolarité? Accepterait-on une hausse plus modérée? Veut-on geler les frais de scolarité pour toujours? Veut-on les réduire? Veut-on les abolir? De quelle façon et sous quelles conditions? J'ai donc récemment approfondi la réflexion que j'avais commencée dans mon billet sur la gratuité scolaire.

Je pense qu'il importe d'abord de définir plus clairement ce que l'on entend par «l'éducation». On devrait distinguer:
  • connaissances fondamentales (savoir lire, compter, etc.),
  • connaissances générales (savoir superficiel d'une vaste diversité de domaines sans nécessairement avoir d'applications pratiques),
  • connaissances érudites (savoir approfondi et très spécialisé n'ayant pas non plus nécessairement d'utilité pratique),
  • connaissances pratiques (compétences permettant généralement de pratiquer une profession),

Ces différents types de connaissances ont des raisons différentes de devoir être préservées et transmises, mais aussi de devoir être accessibles. Elles ont des rôles distincts pour l'individu et pour la société. Ce n'est pas au nom des mêmes principes qu'elles pourraient revendiquer de n'être pas «marchandisées»:
  • C'est un droit inaliénable de l'individu que de recevoir les connaissances fondamentales.
  • C'est une nécessité pour toute société démocratique que sa population ait un minimum de connaissances générales afin que ses choix soient éclairés.
  • Au nom du patrimoine intellectuel de l'humanité, il importe que soient pérennes les connaissances érudites, au moins en étant connues de quelques personnes.
  • Afin que chacun puisse faire carrière dans la discipline de son choix sans être contraint par une discrimination arbitraire envers la classe de revenus de ses parents, il importe que soient accessibles les connaissances pratiques.

Ainsi, je suis évident d'accord avec le fait que l'école jusqu'à l'âge de seize ans, puisqu'elle nous transmet les connaissances fondamentales, doit être obligatoire et gratuite pour tous au même titre que l'assurance-maladie. Pour les connaissances générales et les compétences, sans que ce ne soit aussi nécessaire, c'est également des types de connaissances que je ne «marchandiserais» pas. Leur accessibilité nous est bénéfique en tant que société à la fois au nom du principe d'égalité mais aussi parce que nous désirons avoir une population minimalement instruite et lucide.

Donc c'est surtout au niveau de ce que j'appelle les «connaissances érudites» que j'ai de la difficulté à être d'accord avec ceux qui s'opposent à la marchandisation de l'éducation. Je ne vois tout simplement pas ce qu'il y a de mal à vendre à quelqu'un le service de lui enseigner des connaissances théoriques avancées dans un domaine sans applications pratiques. Ça ne m'apparaît pas comme un droit fondamental de l'individu que d'avoir accès à ces connaissances-là et encore moins de se les faire enseigner dans une université. Évidemment, si on a les moyens en tant que peuple, je trouve que ça serait un très beau projet de société mais, ça demeurerait un privilège et non un droit. Il me semble qu'il y a des choses plus fondamentales qui mériteraient encore plus d'être gratuites. Je pense que la nourriture, le logement et l'électricité devraient passer avant le post-doctorat en études classiques dans la liste de ce que l'État devrait financer.

lundi 27 février 2012

Démocratiser la connaissance

J'aimerais revenir sur un sujet que j'ai brièvement abordé dans ma réflexion sur la gratuité scolaire. J'y disais que j'étais complètement en faveur de la diffusion de la connaissance vers la plus grande partie de la population qu'il soit possible, mais que je trouvais que de rendre l'université gratuite pour tous sans condition serait trop coûteux. En y repensant, je me dis que le problème vient peut-être du fait que les universités sont des institutions qui, par nature, semblent avoir pour but que la connaissance soit élitiste. Elles se sont accaparés le monopole du savoir et nous le vende au gros prix.

Au Québec, nous avons inventé les cégeps. À l'inverse des universités, ces établissements d'études post-secondaires ont pour but de démocratiser la connaissance. Ils sont abordables et présents dans toutes les régions. Leur fonction est de préparer les étudiants à l'université ou au marché du travail, selon le programme choisi. Les cours généraux (littérature et philosophie) permettent aux jeunes de toutes les disciplines d'acquérir des connaissances générales de base. Certains considèrent parfois l'idée d'abolir les cégeps. À mes yeux ce serait une grave erreur (et je ne dis pas ça seulement parce que je veux devenir prof au cégep). Ces établissements ont très certainement une bonne part du mérite dans notre sortie de la Grande Noirceur. Les cégeps ne veulent pas seulement instruire une élite économique, mais l'ensemble de la société.

Je réfléchissais donc à tout ça et j'essayais de trouver des idées du même genre que celle qui a mené à la genèse des cégeps. Des idées à la fois pour rendre l'acquisition de connaissances moins coûteuse pour celui qui veut apprendre, mais également pour l'ensemble de la société qui finance les établissements scolaires.

D'abord, je pensais à élargir le mandat du cégep en:
  • Transférant le secondaire 5 vers le cégep. C'est-à-dire les cours de la cinquième secondaire mais sous la formule du collégial. Il y existe déjà le programme «accueil et intégration» qui est pas mal ça, sauf que là il deviendrait la seule façon d'avoir son secondaire 5. Ainsi, comme l'étudiant serait déjà dans l'établissement, ça serait incitatif pour la poursuite de ses études.
  • Donnant des cours de premières années de baccalauréat pour certaines disciplines. Je pense surtout aux domaines des arts, de la philosophie, de l'histoire et des sciences sociales. Sans les rendre aussi approfondis que les baccalauréats, des programmes collégiaux qui auraient pour but d'explorer ces domaines en surface devraient être offerts dans les cégeps. Ce ne serait que des petits programmes de dix cours mais qui exigeraient d'avoir déjà un DEC; des genres de «compléments». Ils pourraient être une compensation pour ceux qui n'ont pas eu la chance d'obtenir les bourses nécessaires à l'inscription à un programme universitaire et, en même temps, rendrait l'étudiant plus érudits dans son domaine ce qui augmenterait ses chances d'avoir une bourse universitaire pour la session suivante. Surtout, cela permettrait à ceux qui veulent connaître ces disciplines sans nécessairement s'y chercher une profession, d'étudier à peu de frais.
  • Fusionnant les écoles professionnelles aux cégeps, pour pouvoir ensuite créer des programmes qui mixent des cours collégiaux et des cours professionnels. Nombre de programmes universitaires ne mènent pas nécessairement à un quelconque débouché sur le marché du travail. Le diplômé devient donc un érudit mais n'a pas de formation qui lui permette de travailler. Je me disais que ces programmes mixtes permettraient à l'étudiant de combiner un programme plus «manuel» qui lui donnera un emploi, à un programme plus intellectuel qui lui donnera des connaissances intéressantes.
  • Rajoutant, dans les cours généraux communs à tous les programmes, des cours sur des choses plus terre-à-terre mais qui sont nécessaire à chacun dans le quotidien. Par exemple, un cour d'économie familiale pour que les gens puissent apprendre comment se chercher un appartement, postuler pour un emploi, se faire à manger tout seul, conduire (oui, les cégeps assimileraient les écoles de conduite), remplir son rapport d'impôts, etc.


Je me disais aussi que certaines connaissances qui sont actuellement enseignées au collégial devraient être acquises durant le secondaire. Des bases dans des domaines tels que la philosophie, l'anthropologie ou la psychologie pourraient être transmises beaucoup plus tôt. Si l'on ne laissait pas les cours de mathématiques, d'anglais et de français envahir la totalité de l'horaire des élèves du secondaire, on pourrait peut-être élargir davantage l'étendue de leurs connaissances générales et en faire des citoyens ayant un bagage intellectuel minimal et un certain esprit critique, même pour ceux qui n'iront jamais au cégep.

Finalement, je réfléchissais aussi au fait que les bibliothèques publiques sont des endroits accessibles gratuitement qui renferment des tonnes de connaissances. Internet aussi. Quelqu'un qui ne veut qu'accroître son savoir n'a pas besoin de diplôme et peut se servir de ces ressources pour s'instruire de lui-même. Mais je trouve qu'il est dommage que l'on ne reconnaissance pas ce savoir que l'individu a acquis par lui-même. Ainsi, je propose d'inventer des attestations pour lesquels on pourrait passer un examen mais sans avoir de cours; juste pour faire valoir les connaissances que l'on a acquises en autodidacte. Ce serait donc moins coûteux à produire que des cours. On pourrait toutefois donner à «l'étudiant» une médiagraphie de référence pour qu'il se prépare à l'examen. Évidemment, les vrais diplômes demeureraient plus prestigieux que cette simple attestation. Il ne s'agit pas d'un nivellement vers le bas, le but est que le «bas» ne soit pas dans une totale ignorance, qu'il puisse lui aussi accéder à une partie de la connaissance et que l'on reconnaisse ce savoir qu'il a acquis. Ça permettrait de faire des nuances au sein de la catégorie «sans scolarité» pour y distinguer les incultes des autodidactes.

Dans le même ordre d'idée, je me disais que les compétences que l'individu a acquises devraient aussi pouvoir recevoir une attestation dans les cégeps. Ce pourrait être son habileté à utiliser certains logiciels qui seraient évaluées puis attestées par l'institution, ou un test standardisé de logique ou de vocabulaire, sa vitesse de frappe au clavier ou son talent pour classer des documents, mais je pensais aussi à une attestation d'aptitudes physiques. En utilisant le gymnase et le centre de conditionnement physique du cégep, je pourrais m'inscrire à une évaluation de mes performances physiques générales ou d'une compétence physique particulière, par exemple quel est le poids le plus lourd que je suis capable de soulever dix fois consécutives. Celle-ci pourrait être ensuite ajoutée à mon CV ce qui me permettrait de me faire valoir comme candidat pour un emploi qui exige ces compétences. Je pensais à ça surtout pour les femmes qui sont souvent présumées «physiquement faibles» par les employeurs, et qui pourraient éviter ce genre de discrimination de cette façon. Mais aussi, ce pourrait être vraiment pertinent pour les personnes en situation de handicap ou non neurotypiques. En ayant un vaste éventail de compétences que l'on peut faire attester, on évite que l'étroit chemin de la diplomation soit le seul qui puisse être reconnu.

Bon je ne sais pas si les idées que j'ai émises ici sont réalisables, mais le point c'est surtout qu'il doit y avoir des façons de démocratiser la connaissance autre que la gratuité scolaire inconditionnelle de tous les niveaux d'enseignement. Comme je l'ai déjà dit, pour moi il est essentiel pour une société démocratique d'instruire son peuple, puisqu'il est le dirigeant du pays.

mercredi 28 juillet 2010

Notre histoire

Je trouve personnellement que l'histoire du Québec est particulièrement plate. Mais là-dessus on ne peut pas faire grand-chose, alors ce n'est pas de ça dont je vais vous parler. Je réfléchissais plutôt à la façon dont on nous raconte l'Histoire. Certains détails plus spécifiques m'ont particulièrement agacés dans les cours d'Histoire que j'ai eu au secondaire (c'était dans les années '90 donc ça a peut-être changé depuis…). Voici donc quelques unes de mes objections:

  • Personnellement, j'abolirais l'usage du «nous» dans les cours d'Histoire. Un pronom à la première personne doit normalement inclure la personne qui parle. L'utiliser pour parler d'un groupe de gens qui sont morts il y a des siècles m'apparaît comme une impropriété. On devrait dire «eux», ils sont extérieurs au groupe sujet. Le professeur ne devrait pouvoir dire «Les Anglais nous ont battu sur les plaines d'Abraham.» si ni lui ni ses élèves ne se trouvaient sur les plaines en 1759. L'usage du «nous» en histoire ne sert que l'idéologie en nous faisant passer des inconnus d'une autre époque pour des gens proches de nous.
  • Ensuite, je trouve que l'on devrait éviter de désigner les premiers colons français comme étant «nos ancêtres». C'est accorder une trop grande importance au «lien du sang» et c'est être complètement déconnectée de la réalité moderne puisque la moitié de la classe n'aura pas d'ancêtre au Québec à cette époque. Moi-même mon patronyme est d'origine irlandaise et n'est arrivé ici qu'en 1840. Si l'on remplaçait ce rapport de filiation par un rapport de succession, l'Histoire m'apparaît plus inclusive et plus réaliste. Qu'importe si les colons français étaient nos ancêtres ou non, ils étaient indubitablement nos prédécesseurs. Cela nous permettrait également de faire remonter cette «lignée» jusqu'à ses origines autochtones, et de ne pas nous contenter d'y inclure les apports français mais aussi ceux de toutes les autres cultures ayant immigrées dans notre province depuis. Que j'aie des origines françaises, autochtones ou issues d'une vague de migrations très récente, si je vis au Québec les colons français sont indéniablement mes prédécesseurs.
  • Une autre objection, c'est que je trouve que l'on tente trop de démoniser les Anglais et les Iroquois. C'est une conséquence de l'usage du «nous»… Si «nous» sommes les Français de l'époque, alors les Anglais de l'époque sont «nos» ennemis. Pourtant, nombreux sont ceux parmi nous qui ont des ancêtres autant chez les colons anglais que chez les colons français. Et, il serait ridicule de nier les apports importants et positifs de la culture anglo-saxonne au sein du Québec historique et moderne.
  • Finalement, je pense que, dans les cours d'Histoire, on devrait désigner les nations autochtones par leurs endonymes plutôt que d'utiliser les grotesques sobriquets que leur donnaient les Européens ou les autres peuples autochtones. Par exemple, on devrait utiliser le terme «Wendat» plutôt que «Huron» et «Innu» plutôt que «Montagnais».

Bref, je trouve que les cours d'histoire que j'ai reçu au secondaire étaient trop teinté d'interférences nationalistes, voire séparatistes, et j'ai trouvé ça déplacé. Je ne puis qu'espérer que l'Histoire soit enseignée différemment dans les écoles secondaires de nos jours.

vendredi 16 juillet 2010

La gratuité scolaire

Lorsque j'étais étudiant au baccalauréat et que les hippies qui s'étaient autoproclamés association étudiante utilisaient l'intimidation pour nous forcer à foxer nos cours, il n'était pas rare d'entendre les manifestants de cette «grève préventive» scander des slogans ou brandir des pancartes pour promouvoir une gratuité inconditionnelle de tous les niveaux d'études pour tous les programmes. Mais serait-ce vraiment une bonne idée? Il y a, face à cette problématique, plusieurs facteurs à considérer:
  1. Les études supérieures ne sont pas un besoin fondamental et il est coûteux pour les contribuables de financer la scolarisation des étudiants;
  2. À l'âge à laquelle on fait généralement nos études il est pratiquement impossible d'avoir accumulé par soi-même (sans prêt, bourse, héritage ou aide parentale) les fonds nécessaires;
  3. Le niveau de scolarité d'une personne est fortement corrélé avec son revenu;
  4. Même si les parents d'un jeune ont les moyens de lui payer de hautes études, et même s'ils vivent assez proche de l'université pour continuer d'héberger leur enfant pendant ses études, ils ne le feront pas nécessairement.

D'abord, entendons-nous sur le fait que faire de hautes études n'est pas un besoin fondamental; dans le sens que ce n'est pas nécessaire à la subsistance. Dans cette perspective, ce n'est pas du devoir de l'État de financer l'éducation post-secondaire. C'est un privilège et non un droit. Il faut quand même payer les enseignants et les universités. Compte tenu de cette réalité, permettre à tous d'étudier gratuitement dans n'importe quel programme pour autant d'années qu'ils le désirent, représenterait une source de dépenses potentiellement illimitée pour les contribuables.

Toutefois, le niveau de scolarité d'une personne est souvent influent du revenu qu'elle recevra au cours de sa vie. Si la scolarité est coûteuse, ce ne sont que les gens déjà bien nantis qui peuvent accéder à des professions payantes. D'autant plus que l'on se scolarise généralement pendant notre jeunesse, période durant laquelle nous n'avons pas encore pu cumuler beaucoup d'argent et donc où nos parents assument la plupart de nos dépenses. Donc, si l'État n'intervenait pas, seuls les rejetons des gens à hauts revenus pourraient recevoir la scolarité nécessaire à un emploi bien rémunéré. Tandis que les plus démunis n'auraient pas les moyens d'offrir un tel luxe à leur progéniture et la condamneraient à rester dans la pauvreté. Cela contribuerait à la création et au renforcement des classes sociales. Bref, si le gouvernement n'offrait pas d'aide financière aux étudiants, les riches engendreraient des riches et les pauvres des pauvres.

Je propose que l'on instaure un système de bourses si généreux qu'il pourrait être considéré comme une forme de gratuité scolaire. C'est-à-dire qu'un bénéficiaire de bourse pourrait voir sa scolarisation se faire financer intégralement. La solution la plus sage selon moi serait de mettre des conditions à cette gratuité :
  1. Exiger que l'individu ait de bonnes notes dans son niveau scolaire actuel avant de financer le niveau suivant;*
  2. Fixer un nombre d'années maximum qu'aurait l'étudiant pour accomplir sa scolarité;**
  3. Donner, pour chaque programme, un nombre de bourses proportionnel à la quantité de finissants dans ce domaine dont la société aura besoin;
  4. Ne pas considérer que les parents de l'étudiant vont l'aider financièrement lorsque l'on choisit s'il est éligible ou non à une bourse;
  5. Exiger de l'étudiant qu'il s'engage à travailler au Québec pendant un certain nombre d'années après l'obtention de son diplôme.
Puisque les subventions gouvernementales sont l'argent du peuple, elles doivent être investies judicieusement et dans les intérêts du peuple. Ces conditions permettraient d'instaurer une forme de gratuité scolaire tout en évitant les abus potentiels qui, autrement, surviendraient trop facilement.

Comme chaque étudiant coûte cher à la société, on devrait limiter le nombre d'individus acceptés dans chaque programme, en fonction des débouchés. Par exemple, je ne pense pas qu'il soit pertinent de former trois cents anthropologues par année. Si on fixait des critères d'admission plus sévères dans certains programmes tout en limitant le nombre d'étudiants par cours, on ne se retrouverait pas à financer des études qui n'apporteront rien de concret ni à l'étudiant, ni à la société. Notre but premier dans la gratuité scolaire était que l'individu voulant étudier ne soit pas rejeté à cause d'une discrimination arbitraire envers ceux n'appartenant pas à une famille bien nantie. Une fois cette injustice potentielle écartée, il est tout à fait légitime d'exclure des étudiants pour des raisons plus fondées; telles que sa compétence en tant qu'étudiant ou la capacité qu'il aura à trouver un emploi dans son domaine une fois sa formation accomplie.

Mais ici, comprenez-moi bien, je ne suis pas en train de dévaloriser l'acquisition du savoir. Au contraire, c'est quelque chose que, d'après moi, on devrait encourager. Il est primordial dans une société démocratique que le peuple soit instruit. Car même si un individu, en tant que commis d'épicerie, n'a pas besoin de connaître grand chose, en tant qu'électeur, il a de grandes responsabilités. Mais on peut encourager l'acquisition du savoir sans que ce ne soit aussi onéreux pour la société. Si quelqu'un veut s'instruire, la bibliothèque est là pour ça. Et le laisser lire des livres par lui-même coûtera moins cher à la société que de payer un professeur d'université pour lui enseigner.

Je pense même qu'il y a plusieurs mesures que l'État devrait prendre afin de faciliter l'acquisition de connaissances générales par sa population. Par exemple, financer la création de sites internet informatifs. On pourrait même créer des examens sans cours, pour qu'un individu puisse obtenir un certificat attestant du savoir qu'il a acquit en autodidacte. Des mesures de ce genre coûteraient beaucoup moins chers aux contribuables que de financer plus de scolarisation.

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*Comme les notes du niveau collégial ne sont pas toujours vraiment représentative du potentiel universitaire de l'étudiant, il serait plus sage d'exiger le diplôme d'études collégiales (sans égard aux notes ou à la cote R) mais de focaliser surtout sur la bonne réussite d'un examen d'admission spécifique à chaque programme.

**Il s'agit simplement de lui dire qu'on lui donnera tel montant par année pendant tel nombre d'années. Selon le programme, on pourra adapter la formule. S'il est préférable que l'étudiant accomplisse sa scolarité le plus rapidement possible (par exemple, s'il est dans une discipline où l'on manque de spécialistes, comme la médecine), on lui donnerait assez d'argent pour qu'ils puissent étudier à temps plein, mais sur un nombre limité d'années. À l'inverse, s'il vaut mieux que l'étudiant étudie à temps partiel et reste longtemps à l'université (dans les programmes qui donnent des connaissances mais pas nécessairement d'emploi), on lui donnerait de petites sommes d'argent mais pendant plusieurs années, pour qu'il prenne moins de cours par sessions et qu'il travaille à temps partiel.

vendredi 9 avril 2010

Être parent : droit ou privilège?

Quand on veut conduire une voiture ou pratiquer certaines professions, il faut suivre une formation et obtenir un permis ou un diplôme attestant que l'on a les compétences requises pour avoir cette responsabilité. J'étais en train de me dire qu'élever un enfant m'apparaissait comme une responsabilité au moins aussi importante – et lourde de conséquences – que de conduire une voiture. Ne serait-il donc pas parfaitement logique et nécessaire que d'instaurer un «permis de parentalité» qu'il serait requis d'obtenir avant de pouvoir élever un enfant?

Remarquez, on fait déjà pas mal ça pour l'adoption. Quand un couple veut adopter un enfant, il doit se soumettre à de nombreuses exigences pour qu'on s'assure d'écarter les pédophiles, les toxicomanes, les personnes violentes ou, tout simplement, les gens qui sont trop peu responsables ou trop immatures pour se charger de l'éducation d'un enfant. Mais lorsqu'un couple conçoit un enfant, il n'y aucun filtre de la sorte pour s'assurer que les futurs parents soient des gens responsables et sains d'esprit. Comme si l'on considérait que le simple fait d'avoir été amené à l'existence constituait un bien suffisant pour que l'enfant soit redevable à ses parents au point d'endurer certaines maltraitances. Pourtant, l'enfant n'a pas demandé à venir au monde et n'appartient pas à ses parents. Bien sûr, il existe des moyens de retirer à des parents irresponsables la garde de leurs enfants, mais il faut pour cela que l'enfant ait préalablement écopé de vices de ses parents. Mieux vaut prévenir que guérir.

Ne serait-il pas plus sage de simplement soumettre les gens voulant avoir un enfant biologique au même genre de tests que ceux désirant un enfant adopté? Et, d'interdire à toute personne ayant échoué cet examen d'être le tuteur légal d'un enfant; même s'il le conçoit lui-même? Il me semblerait donc pertinent d'instaurer un «permis de parentalité» que l'on obtiendrait à la suite d'un examen sur nos aptitudes parentales et d'un examen psychologique. Ceux qui échoueraient ces tests seraient contraints de suivre une formation ou une thérapie pour obtenir leurs droits parentaux. Ceux qui procréeraient sans permis auraient un délai pour l'obtenir, sans quoi ils perdraient la garde de leur enfant.

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Je pressens certaines objections face à une proposition aussi drastique. Permettez-moi de vous devancer et d'y répondre d'avance :
Si l'on interdit à une personne d'avoir des enfants, on empêche une personne potentielle d'exister.

Comme je l'ai déjà dis dans ma réflexion sur l'avortement et dans celle sur nos devoirs envers les gens de demain, nous n'avons pas de devoir envers un être qui n'existera jamais. Par conséquent, commettre une action qui fait en sorte qu'une personne potentielle spécifique n'existe jamais, ne porte préjudice à personne.
Il y a plusieurs façons d'élever un enfant, qui se valent toutes.

Tout à fait. Mais il y a certainement des façons qui sont objectivement moins bonnes que d'autres. Vous conviendrez avec moi que battre ou violer son enfant n'est pas une bonne façon de l'élever.
Empêcher certaines personnes de se reproduire? C'est du nazisme!

Dans ce cas-ci, il ne s'agit pas d'eugénisme. Ce n'est pas la transmission des gènes qui est considéré, mais le fait d'élever un enfant. Il n'y a aucune mesure de stérilisation dans cette proposition.
Devenir parent est un droit fondamental/naturel/divin!

Je pense que le fait de grandir dans un milieu sain est un droit plus important que le droit de devenir parent. Au nom de ce droit de l'enfant potentiel, il est légitime de limiter celui du parent potentiel.

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Bref, pour moi, avant d'accorder une responsabilité importante à une personne, il est légitime qu'elle démontre ses compétences. Évidemment, cette proposition n'est pas très réaliste. En passant, je n'ai aucun pouvoir politique ou autre pour instaurer un permis de parentalité; je ne fais ici qu'un exercice philosophique. Alors qu'en pensez-vous? Serait-il légitime ou non qu'un gouvernement exige de ses citoyens qu'ils passent un test psychologique avant de leur accorder le droit d'avoir des enfants?