Aucun message portant le libellé projets de société. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé projets de société. Afficher tous les messages

jeudi 27 juin 2019

Numériser la monnaie

Je pense que l’on est rendu là. Au point où nous sommes, on utilise plus souvent qu’autrement l’argent sous sa forme électronique que de l’argent sonnant. Conséquemment, franchir ce petit pas logique supplémentaire, et juste abolir la monnaie frappée ou imprimée, m’apparaît parfaitement sensé. Que ce soit pour de petites transactions ou de grosses sommes, il est devenu plus pratique de payer par carte, surtout maintenant que l’on a paypass, que de passer régulièrement au guichet.

Je propose donc de :

  • Cesser d’imprimer de la monnaie et n’utiliser que la monnaie numérique; 
  • Cesser d’imprimer un reçu papier à chaque transaction et se contenter d’envoyer une version numérique de la facture; 
  • Cesser de faire des chèques en papier et nous contenter de programmer des virements (ponctuels ou périodiques) mais qui pourraient être visibles à l’avance par leurs bénéficiaires.


Ce ne serait même pas très compliqué à instaurer. Pour le premier point, il s’agirait simplement de ne plus faire payer de frais de service au client d’une banque ou d’une caisse pour l’utilisation de la carte de débit. Pour le reçu de caisse, ce serait déjà un peu moins simple. Comment je vois ça, sur le site de notre banque, chaque transaction comporterait un petit iĉone «+» sur lequel on pourrait cliquer pour voir la facture détaillée. Pour les virements qui remplaceraient les chèques, il s’agirait de permettre à la personne qui fait le virement de cocher une petite case qui ferait en sorte que le bénéficiaire de celle-ci pourrait immédiatement voir que ce paiement s’en vient et à quelle fréquence il reviendra. Il serait toujours possible de l’annuler ou de la modifier, mais alors le bénéficiaire recevrait une notification pour l’aviser de ce changement. Donc, pour payer mon employé ou le propriétaire de mon bloc, je programme ce paiement récurrent.

Évidemment, le fait qu’il existe plusieurs institutions bancaires qui ne sont pas tous en communication les unes avec les autres, sans parler du fait que chaque commerce utilise un système différent de facturation, complique un peu l’idée. C’est pourquoi je pense qu’il est nécessaire de créer une plateforme commune et unique pour la monnaie. Quelque chose qui ressemblerait au site de Desjardins ou de la Banque nationale mais qui appartiendrait à l’État. Mais je ne parle pas ici de nationaliser les banques. Je dis simplement un compte avec une carte de débit mais sans qu’il n’y ait d’intérêt ou de frais d’utilisation. Avoir de l’argent dans ce compte serait comme d’avoir de l’argent chez soi dans un bas de laine ou de la traîner dans ses poches. C’est de l’argent qui n’est pas placée, pas investie dans quoique ce soit. C’est, littéralement, numériser la monnaie. Les banques privées continueraient d’exister mais devraient tous utiliser cette même plateforme.

Si cette plateforme commune est utilisée par tous les particuliers, toutes les banques et tous les commerces, il sera facile de s’en servir, voire d’en faire un passage obligé, pour le paiement des employés par les employeurs. L’employeur programmerait un virement régulier vers le comptes de son employé. Un petit icone «+» permettrait à l’employé de visualiser combien du montant est prélevé pour ses impôts ou l’assurance parentale.

La plateforme pourrait également avoir un module pour faire son rapport d’impôts. Si chaque transaction comporte un libellé (paye, charité, transport en commun, etc.), le système pourra de lui-même catégoriser nos revenus et nos dépenses, remplir l’ensemble des champs du rapport, et nous dire combien, au final, on doit verser en cotisation.

L’aide sociale, telle que je l’ai décrit dans ma réflexion sur le sujet, pourrait grandement bénéficier d’un pareil outil. Je la faisais fonctionner à la fois comme une sorte de carte de crédit dont le pouvoir était limité à l’achat de biens et services fondamentaux, dont la limite serait le montant requis estimé pour vivre deux semaines, et que l’État se rembourserait à lui-même à la place du bénéficiaire. Pour le loyer, je voyais ça comme un montant du loyer que l’État paierait au propriétaire à la place du bénéficiaire. À la fin de l’année fiscale, le contribuable remboursait une partie de l’aide sociale reçu proportionnelle à ses revenus. Bref, avec cette plateforme, il serait possible d’inclure facilement un module pour avoir un système complexe d’aide sociale.

On pourrait aussi y voir, en un seul regard, tous les fournisseurs de services — publics ou privés — à qui l’on doit de l’argent, en plus de voir nos comptes de toutes les banques et les soldes de toutes nos cartes de crédits. Ainsi, il sera inutile pour Hydro-Québec ou Bell d’entrenir un site pour que je puisse voir et payer le montant que je leur dois. Tout sera au même endroit, sur ce site gouvernemental. Cela facilitera grandement la santé financière des citoyens.

Si l’on peut voir d’avance les entrées d’argent anticipées par les virements programmés que notre employeur envoie sur notre compte, il sera intéressant d’ajouter une fonction pour que l’usager puisse, à l’avance, programmer comment il veut répartir cet entrée d’argent entre ses comptes, dont les comptes des fournisseurs à qui il doit de l’argent. Pour que ses dépenses régulières se payent toutes seules. 

J’ajouterais aussi nombre de fonctionnalités plus spécifiques aux travailleurs autonomes, et d’autres pour les entreprises. J’en discuterai ultérieurement, je ferai un billet long dans lequel je mettrais les détails de l’apparence et des fonctions que j’incluerais dans cette application. Mais j’y vois un énorme potentiel pour contrer le surendettement et le manque de littératie financière.

L'état de nature

C’est au philosophe Jean-Jacques Rousseau (1712—1778) que l’on doit le concept de contrat social. Grossièrement, son point de vue est que les humains choisissent de vivre en société en adhérant au contrat social, renonçant du coup à certaines libertés, mais bénéficiant d’une protection et de tous les avantages de collaborer. La situation antérieure, celle sans société, était nommée l’état de nature. Les philosophes spéculant beaucoup sur ce passé hypothétique, le voyant soit comme un monde d’innocence enfantine, soit comme une guerre de tous contre tous.

Je vous ai déjà exposé ma conception du contrat social. Un des points que j’ai amené c’est que, pour conserver sa légitimité, ce contrat social doit être volontairement signé par chaque nouveau membre de la société. Conséquemment, l’état de nature doit pouvoir continuer d’exister pour ceux qui choisirait de ne pas signer.

Imaginons certaines portions de territoire, dans le nord, que le gouvernement choisirait de ne pas aménager et où l’un pourrait partir s’installer pour vivre hors de la société, se soustraire du contrat social. L’on pourrait vivre en chasseur-cueilleur ou défricher un petit pan de terre et y faire de l’agriculture. Il n’y aurait là aucune loi mais on pourrait interdire à une personne ayant des antécédents judiciaires graves de s’y installer. On empêcherait les entreprises forestières ou minières de venir en exploiter les ressources. Ses occupants auraient le même statut légal que des touristes. On pourrait y intervenir, en cas de catastrophe par exemple, mais seulement à titre d’aide humanitaire, comme on le ferait envers un autre pays. Bref, si volontairement on créerait une sorte de sanctuaire dont on garantirait l’existence et la protection contre l’extérieur mais à l’intérieur duquel l’État n’exerce plus son influence, de sorte qu’il y ait réellement un choix dans l’idée de faire partie ou non de la société.

Mais en même temps, je me dis qu’on n’est pas obligé d’aller si loin non plus. Comme j’ai dit précédemment, si l’on instaure mon contrat social et que l’on procède à une déterritorialisation de l’État, l’on pourrait laisser les gens circuler et vivre quand même sur le territoire, même s’ils ont choisi de ne pas faire partie officiellement de la société. Il n’y a pas lieu d’expulser un individu non hostile. Je créerais donc un statut spécial, celui de commensal, pour désigner un non-membre qui résiderait tout de même sur le territoire desservi par la société.

La situation du commensal ne doit pas en être une d’ostracisation. Il doit pouvoir jouir de sa liberté, bénéficier d’une certaine protection. Le but est qu’il veuille éventuellement signer le contrat social mais pas qu’il y soit contraint, sinon tout ceci perd son sens. Il faut qu’il y ait des avantages positifs à officiellement faire partie de la société, plutôt que des sanctions à ne pas en faire partie. On ne le punit pas de ne pas vouloir participer, on le récompense s’il accepte de le faire. Les droits du commensal découlent aussi de la fonction altruiste de l’État. On accepte et l’on défend l’idée que certains individus n’ayant pas de pouvoir politique — les enfants, les animaux, les étrangers — ont tout de même des droits. Ce sont, plus souvent qu’autrement, des droits négatifs. C’est-à-dire qu’on ne peut le tuer, le blesser, le voler, etc. Également, on ne peut pas non plus le laisser mourir d’un accident par exemple. D’où la nécessité de le soigner s’il se présente à l’urgence…

Mais à quoi ça servirait alors de signer le contrat social? Pourquoi je paierais de l’impôt comme un imbécile si tous les services sont offerts gratuitement à tous ceux qui le demandent? Voici certains droits qui demeureraient le privilège des membres:

  • voter ou se présenter comme candidat à une élection,
  • signer un contrat (bail, contrat de travail, prêt bancaire, etc.) dont la valeur sera reconnue et défendue par la société (et, par extension, avoir toutes ses transactions couvertes par la protection du consommateur),
  • être propriétaire d’un bien répertorié (donc on exclut les vêtements que la personne porte, mais on inclut une maison, ou une voiture avec une immatriculation locale),
  • créer une institution (entreprise, religion, couple) dont l’identité fiscale distincte sera reconnue par la société,
  • utiliser les services de la plateforme en ligne de la société (qui comprend un module pour gérer son argent, faire ses impôts, un pour trouver du travail, pour se trouver un logement, pour vendre des produits en ligne, etc.),
  • bénéficier du prix membre (qui, parfois, est la gratuité) plutôt que du prix client (qui peut aussi impliquer un service réduit ou un accès au service moins prioritaire) pour l’utilisation des services offerts par la société,
  • recevoir de l’aide sociale ou d’autres subventions.


Bref, une personne pourrait travailler au noir pour une entreprise non enregistrée, avec de l’argent ne transitant pas par le système de monnaie numérique (sujet d’un futur billet), louer sans bail un appartement sans adresse, conduire une voiture immatriculée ailleurs… en d’autres termes, elle pourrait vivre intégralement dans la clandestinité, hors du système, sans que cela ne contrevienne à la loi. Ce serait tyrannique de l’obliger à faire partie du système. Sauf que si son employeur la congédie ou que son propriétaire l’expulse, elle n’aurait pas de recours puisqu’aucun des engagements qu’on a pris envers elle n’est enregistré et reconnu.

Ces non-membres ne seraient pas nécessairement «inexistants» pour la Société, certains pourraient être répertoriés et leurs activités être connues. On peut — comme on le ferait pour un animal sauvage ou un élément naturel — tenir compte de leur existence, monitorer leurs activités et intervenir coercitivement envers l’un d’entre eux s’il s’avère dangereux pour autrui.

Ultimement, le simple fait que le droit de vote s’acquiert via l’adhésion pourrait être en soi un incitatif suffisant à la signature du contrat social. À la fois parce que voter permet de manifester son mécontentement, mais aussi parce que les élus vont peut-être moins se soucier des intérêts des non-membres si ceux-ci ne leur donne aucun capital politique.

D'autoriser les gens à vivre en «état de nature» assure que la société doive constamment s’avérer utile pour l’individu. Il doit y avoir une plus-value au fait de signer le contrat social et d’enregistrer son entreprise. Par contre, pour ne pas que seuls les nécessiteux s’y joignent et que les prospères s’y soustraient, il faut aussi rapatrier tous les pouvoirs symboliques de ceux-ci — dont l’argent, les contrats et la propriété — afin qu’ils ne puissent pas ne prendre que les bons côtés. Autrement le système sera parasité. C’est donc légitime que l’adhésion vienne comme un package, avec ses bons et mauvais côté, la protection des contrats et le droit de vote en échange de payer ses impôts.

Déterritorialiser l'État

Un État se définit par la présence d’une population, d’un gouvernement et d’un territoire. Je vous ai entretenu précédemment de la nécessité pour une société démocratique de ne plus avoir recours au droit du sol ou du sang pour définir qui en est membre. Poussant ma pensée jusqu’au bout, c’est le concept même de territoire qui doit être abandonné par l’État… ce qui, par définition, n’en ferait plus un État. 

Un pays qui déciderait d’adopter mon paradigme politique commencerait par créer une société d’État, dont l’administrateur devrait être élu démocratiquement, et à laquelle il déléguerait l’ensemble de sa fonction «fournisseur de services». Cette Société serait divisée en différentes filiales, chacune affectée à un service spécifique, et elles-mêmes séparées en plusieurs succursales devant desservir un territoire spécifique.

L’État lui-même ne conserverait que les pouvoirs symboliques et s’occuperait des relations internationales, des douanes, des passeports et de l’armée. Il continuerait d’exister tant que le reste de la planète vivrait sous l’ancien paradigme, ayant principalement pour but de protéger nos membres contre les chefs des États-nations (évitant qu'ils ne nous voient comme une terra nullius à conquérir) en attendant une éventuelle transition globale vers un monde post-État et post-nation. L'individu n'aurait plus à interagir directement avec l'État, et passerait par la Société même pour ce qui est directement sous la juridiction de l'État. Par exemple, c'est à la Société qu'on ferait notre demande de passeport, qui l'acheminerait à l'État ensuite, et on ne paierait de cotisations (d'impôts) qu'à la Société, qui en utiliserait une petite partie pour financer l'État. Pour alléger les choses, certains postes dans l'État pourraient être automatiquement affectés à celui ou celle qui occupe un poste analogue dans la Société et inversement.

L’aspect identitaire, lui, serait relégué à la sphère informelle, comme la religion. Et, comme la religion, on en limiterait l’influence, tout en protégeant le droit des gens à l'exprimer et à la célébrer.

En somme, on aurait par exemple:

  • L’État québécois (ou, plutôt, l'État canadien dont sa province de Québec),
  • La nation québécoise (ethnie, identité commune, culture),
  • La Société québécoise (fournisseur de service),


Les trois instances se doteraient chacune de symboles, d’attributs, d’une terminologie et de fêtes distinctes, mais parents, pour qu’on les dissocie de plus en plus dans l’imaginaire. Par exemple, le fleurdelisé pourrait être le symbole de la province de Québec, le drapeau des Patriotes serait le symbole de la nation québécoise et un nouveau logo (sans doute en fleur-de-lys) serait inventé pour la Société québécoise. Être citoyen de l’État, être membre de la Société et faire partie de la nation seront trois choses pouvant se chevaucher mais pas systématiquement.

Donc, le concept de «territoire» appartient à l’État, à l’ancien paradigme. Notre société, dont le but est de fournir tous les services fondamentaux à ses membres, n’est plus assujettie à ce type de considération. Le territoire desservi par la Société est un concept différent du territoire possédé par l’État. Il en découle que:

  • Nous ne sommes pas tenu de desservir l’entièreté du territoire de l’État,
  • Nous pouvons desservir hors du territoire de l’État.


Si, donc, une importante communauté de membres réside dans une ville étrangère, il est plus pertinent d’y offrir les services sociétaux que dans un coin perdu de la toundra où personne ne vît. Un membre qui s’adonnerait à vivre dans une région mal ou non desservie — que ce soit parce qu’elle est sous-peuplée ou parce qu’elle est hors du territoire de l’État — pourra s’en plaindre à l’administration de la société. Par la suite, selon ce qui est le plus simple à accomplir, on pourra choisir soit d’implanter des points de service à proximité, soit d’aider cette personne à déménager à l’intérieur du territoire desservi. Ainsi, la relocalisation d’une communauté éloignée ou sur une terre sujette aux catastrophes naturelles se fait au nom du même principe que l’immigration. Pour installer les membres de façon à ce que l’on puisse plus aisément les servir.

Bien que le territoire en soi ne serait pas reconnu comme «appartenant» à la société, l’aménagement d’un espace public (rues, trottoirs, parcs, etc.) ferait quand même partie de sa juridiction et il pourra y avoir des conditions à utiliser cet espace public. Au nom de ce principe peuvent exister des lois sur l’affichage, un code de la route, un code du bâtiment, voire des lois sur la pudeur ou sur les mœurs. En fait, presque toutes les lois auxquelles nous pouvons penser ne seront plus que des conditions d’utilisation de l’espace public, sinon d'un autre service public. Le corollaire est que dans les zones non aménagées, comme au milieu de la toundra, ce type de loi ne s’applique plus. Donc je peux y poser une énorme pancarte en anglais au contenu trompeur, conduire sans permis et à pleine vitesse un véhicule sans immatriculation, avoir une arme à feu dans les mains et me promener tout nu, sans rien faire d’illégal. On distinguerait, dans l’espace public, un espace circulatoire (la rue, le trottoir) et un espace visuel (normalement, jusqu’à la façade des bâtiments, tout ce qui est à portée de vue quand on se trouve dans l’espace circulatoire), le second étant un endroit où l’on ne peut circuler mais qu’on a le droit de regarder et, donc, est soumis à des réglementations en ce sens (affichage, pudeur).

Bref, l’idée ici est surtout un changement de paradigme, une inversion de rapport entre le haut et le bas. On passe d’un mode où une élite politique possède la terre (voire possède la population) et y autorise certaines libertés, à une terre libre sur laquelle une instance appartenant à la population y offre ses services. Mais si les principes sont différents, dans les faits, la situation pratique ne change pas beaucoup. Elle ouvrirait cependant la porte à des changements futurs et limiterait les dérives tyranniques inhérentes au système actuel.

mardi 25 juin 2019

Du contrat social

Il y a quelque chose d’intrinsèquement tyrannique dans le fait d’imposer à un individu d’être le membre d’une société, le citoyen d’un pays et le sujet d’une monarchie, sans qu’il n’ait eu de mot à dire là-dessus. Quand je vois comment l’on fonctionne encore de nos jours, adoptant soit le droit du sol soit celui du sang, pour déterminer l’allégeance forcée d’un nouveau-né à un État, je ne peux m’empêcher de trouver ça parfaitement absurde. À mon sens, la seule manière légitime de définir si un individu appartient ou non à un groupe serait via son adhésion volontaire à celui-ci. D’où la nécessité d’adopter un contrat social. Et ici je parle d’un vrai contrat, pas une entente tacite entre les gouvernants et les gouvernés; il faut qu’il y ait réellement un document qu’un individu nouvellement adulte ou nouvellement arrivé devrait signer pour faire officiellement partie de la société.

Afin d’être légitime et pas une sorte de tyrannie volontaire, ce contrat devra être aussi parcimonieux que possible, ne pas interférer dans la vie des gens plus que nécessaire pour assurer le vivre-ensemble et le bien-être collectif. Ainsi, dans ce contrat, le nouveau membre s’engagerait à respecter les lois, et c’est pas mal ça. La société, en contrepartie, s’engagerait à s’assurer que les services essentiels lui soient accessibles et à protéger ses intérêts. Cette adhésion doit se faire avec, disons, un niveau minimal, voire inexistant, «d’allégeance». On peut avoir les valeurs que l’on veut, être anarchiste même, sans problème. Le patriotisme et le nationalisme sont des croyances légitimes, bien sûr, mais ni plus ni moins que des croyances religieuses et n’ont donc pas à être forcées ou encouragées. Tout ce qu’on demanderait, ce serait juste un engagement à respecter les intérêts d’autrui et à accomplir nos responsabilités de membre. On a aussi le droit de ne pas être d’accord avec l’intégralité du contrat, le droit de vouloir militer pour que son contenu soit modifié, mais l’on s’engage à ne pas avoir recours à des moyens violents pour arriver à cette fin. On ne demanderait pas de réciter un serment à une reine-papesse trônant outremer, d’entonner un hymne militaro-religieux à la nation, ou de mémoriser les dates exactes de traités coloniaux d’il y a deux siècles, il n’y aurait qu’un simple contrat à signer.

D’oublier le droit du sol ou du sang, et de passer d’une autorité tyrannique à un groupe d’intérêts auquel on adhère volontairement, a des répercussions idéologiques et pratiques, et requiert une certaine refonte terminologique des attributs de l’État (dont le mot «État» lui-même). Par exemple, le gouvernement ne serait plus un gouvernement mais une administration, on abandonne le concept de citoyen et l’on parle plutôt de membre, nous n’avons plus un territoire nationale mais un territoire desservi (j’y reviendrai dans un prochain billet), les lois deviennent des «conditions d’utilisation» (ça aussi, on en reparlera), et on abandonne à la fois le statut de nation et celui d’État pour se contenter du titre plus neutre de «société». Du même coup, on s’affranchit des traditions, laissant aux gens la liberté de croire ou de ne pas croire, de pratiquer ou de ne pas pratiquer les différentes coutumes historiquement présentes parmi les membres ou sur le territoire desservi. La société devient avant tout un fournisseur de services plutôt qu'une identité collective. Ce qui ne l'empêcherait pas de se désigner une langue commune dans laquelle elle offre ses services, ni de se faire mécène de l'art et de la culture de ses membres mais sans parti-pris, plus pour préserver et vitaliser la diversité artistique et le patrimoine culturel de l'humanité, que par attachement envers un agencement spécifique de coutumes.

Évidemment, cette position possède ses propres difficultés. Elle requiert que l’on se pose certaines questions, dont:

  • Que fait-on lorsqu’un individu qui est né sur le territoire desservi et dont les parents sont membres refuse d’adhérer au contrat social?
  • Que fait-on quand un individu qui ne réside pas sur le territoire desservi et qui n’a aucune parenté avec un membre demande d’adhérer au contrat social?
  • Que fait-on si un individu est jugé inapte à signer un contrat?


Pour le dernier point, je pense principalement aux enfants. Ici, comme ils ne peuvent consentir à un contrat, ils ne peuvent non plus être «citoyen» au même titre que les adultes. Ça semble drastique de refuser l’adhésion aux enfants, mais au fond la différence avec maintenant est surtout terminologique. Les mineurs n’ont déjà pas le droit de voter, donc même si on choisit de leur conférer malgré tout l’appellation de citoyen, ils n’en sont pas au même titre que leurs parents. Ici, on choisira plutôt de distinguer un membre (qui peut voter) d’un pupille (qui ne le peut pas). Le pupille peut soit être sous la tutel d’un ou de plusieurs membres (ses parents) ou directement de l’administration (un orphelin). Il bénéficie de tous les services mais avec certaines limites (vote, alcool, etc.). En adhérant au contrat social, ses parents ont reconnu les droits de l'enfant et ont donc accepté l'idée que la société peut intervenir et le leur en retirer la garde en cas de mauvais traitement ou d'incompétence parentale. Lorsqu’il est présumé avoir acquis les compétences requises (lorsqu’il atteint l’âge majeur), il peut postuler pour devenir pleinement membre (s’il n’a pas encore l’âge majeure, il peut demander à suivre une évaluation individuelle de ses compétences pour obtenir sa majorité avant dix-huit ans).

Mais comment juger si un postulant désirant signer le contrat social et devenir membre de la société «mérite» ou non de le faire? Si on abandonne les droits du sol et du sang pour les remplacer par l’adhésion volontaire, la conséquence est qu’un mineur atteignant la majorité et un immigrant passeraient tous deux par le même processus. Comme l’enfant, l’immigrant serait d’abord un pupille (pouvant avoir comme tuteur la personne qui le parraine). Et comme l’immigrant, le natif atteignant l’âge adulte doit postuler pour être membre, on analyse ensuite sa situation, puis on le convoque pour le «rituel» de signature du contrat social. Donc, au nom de quel principe n’importe quel natif serait automatiquement accepté mais qu’un qu’étranger aurait des chances d’être refusé? De la façon dont je vois ça, chaque demande d'adhésion doit mettre d’un côté de la balance les intérêts du postulant et de l’autre les intérêts des déjà-membres, puis évaluer à quel point cette nouvelle adhésion affecterait positivement ou négativement ceux-ci, versus l’impact d'un refus. On peut ainsi hiérarchiser les demandes (je détaillerai dans un futur billet) et prioriser les natifs puisqu’ils n’ont pas d’autres États pour s’occuper d’eux et qu’on aime mieux qu’ils fassent partie du système plutôt que de les voir vivre ici mais dans la clandestinité.

Et si un étranger décide de ne pas immigrer, de continuer de résider dans un pays lointain, mais qu’il demande quand même à être membre pour bénéficier de nos services? Puisque l’on ne reconnaît plus le droit du sol, serait-ce légitime? Oui. Mais on considère aussi comme facteur d’acceptation ou de refus la capacité de la société et de ce nouveau membre à remplir leurs obligations mutuelles l’un envers l’autre. Ainsi, de résider et de travailler hors du territoire desservi, pourrait à la fois représenter un obstacle pour l’État de nous offrir ses services, mais aussi de lui permettre de s’assurer que nous-mêmes remplissions bien nos obligations (tels que de payer nos impôts). Par contre, nos services qui sont offerts en ligne sont accessibles partout, et nos services physiquement localisés peuvent desservir en partie les régions frontalières (certains sont offerts aux non-membres mais avec un «prix client», comme l'hydroélectricité par exemple). L’on pourra donc se mettre à accepter des membres dans les régions frontalières ou dans une éventuelle diaspora de membres au travers du monde. Il sera alors pertinent d’installer des points de services en dehors du pays dans les communautés où l’on retrouverait préalablement une forte concentration de membres ou d'usagers non membres, puis d’y accepter de nouveaux membres. Bref, un expansionnisme pourrait naître de la volonté des populations locales de faire partie de notre société. Toutefois, des contraintes diplomatiques avec les autres pays pourraient nous bloquer si ceux-ci nous perçoivent comme une nation étrangère qui les envahi. On ne veut pas déclencher de guerre. Mais puisqu'on ne se définit plus comme un État ou une nation, nous ne sommes pas en compétition avec les États-nations en terme d’allégeance. L'un pourrait donc à la fois être un citoyen américain et un membre québécois sans que cela ne soit contradictoire. Les autres pays pourraient nous percevoir comme une simple entreprise, une coop, plutôt qu'une entité de même nature qu'eux.

Et que fait-on quand on a un individu qui serait citoyen selon les droits du sol et du sang, mais qui choisit de ne pas l’être en vertu de notre nouveau principe de l’adhésion volontaire? Des mesures coercitives telles que la déportation, la non-reconnaissance de ses droits fondamentaux ou la prohibition de toute interaction économique avec lui auraient des conséquences si négatives sur sa vie que cela reviendrait pratiquement au même que de le forcer à signer le contrat, enlevant à celui-ci tout son sens. Et de l’autre côté, on ne veut pas non plus que l’individu en question ne fasse que profiter des bénéfices que lui procure le fait de vivre sur le territoire sans s’acquitter des obligations inhérentes à son adhésion à la société. Donc, il faut créer un statut social particulier pour ces gens que j’appelle des «commensaux», ceux qui vivraient parmi la société en choisissant de ne pas en être officiellement membres. De la façon dont je vois ça, la Terre appartient à tout le monde et l’abandon du droit du sol au profit de l’adhésion volontaire implique aussi forcément de déterritorisaliser la société. Celle-ci n’a pas nécessairement la légitimité d’expulser un individu non hostile du territoire desservi. Je discute plus amplement du statut des résidents non membres dans ma réflexion sur l'état de nature. En gros, tout ce qui relève des droits fondamentaux s’applique à tout le monde, tandis que certains services pourraient être les privilèges des membres ou être offert à un prix plus avantageux pour les membres que pour les «clients». Mais il est impératif de reconnaître et d’autoriser la possibilité pour un résident de ne pas signer le contrat social, sans le persécuter en retour, afin que de faire partie de la société demeure un choix libre. En attendant, nous sommes une tyrannie.

dimanche 2 août 2015

Travailler c'est trop dur

La Finlande a récemment annoncé qu'elle instaurerait un revenu universel pour tous ses citoyens, afin de remplacer l'aide sociale et l'ensemble des programmes sociaux. Pour moi, cette idée présente de nombreux aspects positifs et je suis très enthousiaste de voir comment elle sera mis en œuvre. J'ai déjà exprimé depuis longtemps mon opinion sur ce sujet et proposé une idée similaire mais avec quelques bémols; ce n'est donc pas de ça dont je voulais vous parler aujourd'hui. En fait, c'est qu'il y a quelque chose dans l'argumentaire des détracteurs de cette idée qui a attiré mon attention. Un argument qui ressemble à:
«Mais qu'arrivera-t-il pour les emplois peu qualifiés et les tâches ingrates? Plus personne ne voudra les occuper s'ils ne sont plus obligés de travailler pour avoir un revenu, à moins qu'on augmente drastiquement leur salaire et qu'on améliore leurs conditions de travail, ce qui entraînera des coûts pour les entreprises.»

J'ai, personnellement, beaucoup de difficulté à voir ça comme un argument contre le revenu universel. En fait, c'est horrible quand on y pense. Celui qui utilise cet argument reconnaît que certains emplois sont pénibles au point que la seule façon d'avoir des gens pour les occuper est de nous doter d'une classe sociale de pauvres désespérés? D'asservir une caste de démunis à des tâches ingrates avec des salaires de crève-faim et des horaires pas possible ne leur apparaît pas du tout comme quelque chose de problématique? Il me semble que ce n'est pas très loin de l'esclavage.

Je pense qu'il est justement nécessaire que les moins nantis ne soient plus désespérés afin que la transaction employeur/employé devienne un deal équitable, avec un salaire proportionnel aux tâches demandées et des conditions de travail décentes. Si l'on a inventé le salaire minimum, c'est justement pour éviter que des gens trop désespérés ne viennent faire baisser trop bas les salaires et aussi parce que l'on reconnaît qu'il faut un minimum de revenu pour vivre. D'ailleurs, une telle mesure permettrait d'abolir la loi sur le salaire minimum – puisque l'on sera assuré que tout le monde reçoit assez d'argent – tout en, paradoxalement, augmentant les salaires – puisque plus personne n'acceptera d'être mal payé.

J'aimerais que l'on réfléchisse aussi davantage à ce que c'est, dans une société, d'avoir des «tâches ingrates» qui doivent bien être faite par quelqu'un, et à la façon dont on traite les gens qui se dévouent aux dites tâches. Ce n'est pas qu'une question de salaire, je pense. Il me semble que l'on pourrait minimiser les inconvénients pour eux de d'autres façons également, en leur donnant de bons horraires de travail et en limitant à 32 plutôt qu'à 40 leur nombre d'heures par semaine, afin qu'ils puissent s'épanouir dans leur vie personnelle au lieu d'avoir à consacrer tout leur temps d'éveil à leur emploi aliénant. D'ailleurs, j'y reviendrais, mais ça c'est quelque chose qui, je pense, devrait être repensé pour tous les emplois. Mais bref, en attendant que les machines ne puissent s'occuper de toutes ces tâches ingrates donnons au moins à ceux qui les occupent des salaires décents.

dimanche 19 avril 2015

Investir dans le peuple

Notre politique de libéralisme économique implique que nous ayons une certaine foi envers les entreprises. En fournissant des emplois à la population, et en produisant un bien ou un service, elles contribuent à faire de nous un État prospère. Pour cette raison, nous leur donnons toute sorte d'avantage fiscaux et même des subventions. Nous agissons de même envers certains projets artistiques ou scientifiques. Nous subventionnons car nous savons que leurs fruits seront bénéfiques pour la population.

Je comprends l'idée et j'approuve globalement mais, il y a quand même quelque chose de curieux là-dedans. Ça relève un peu de la pensée magique. On donne de l'argent aux entreprises en espérant que cela aura des retombés positives sur l'économie et qu'elles partageront volontairement leur prospérité avec le peuple... D'accord, mais ne serait-il pas plus logique de faire comme le ferait un mécène privé, c'est-à-dire d'acheter des parts dans le projet plutôt que de juste donner de l'argent gratuitement?

C'est pour ça que je m'étais dit que l'on devrait collectivement se doter d'un programme de mécénat qui permettrait réellement de créer de la prospérité et qui ne reposerait pas que sur la gratitude et la bonne volonté de ses bénéficiaires. Par exemple:

  • Quand on financerait les recherches d'une équipe de scientifiques, l'État posséderait une partie du brevet de la technologie ou du médicament découvert.
  • Plutôt que de donner des subventions à une entreprise, l'État achèterait des parts dans l'entreprise. 
  • Quand on financerait une production artistique, l'État posséderait une partie des droits d'auteur. 
  • Quand on financerait la scolarité d'un étudiant dans un domaine où l'on a besoin d'employés et où les salaires sont élevés (par exemple, en médecine), l'État exigerait un «stage» de dix ans (pouvant être converti en «amende») pour contraindre le diplômé à travailler ici, avant de lui remettre réellement son diplôme.


Ainsi, supposons que je décide de me lancer en affaire, de fabriquer un nouveau médicament ou de produire un film. Si je demande l'aide de l'État, je recevrai quand même une sorte de subvention mais, la condition sera que je devrai rendre une partie de cet argent à l'État si je «réussis». Donc, si mon projet connaît un succès financier modeste ou nul, l'État choisirait de renoncer à sa part de profit pour me la laisser mais, dans l'éventualité ou le truc rapporterait gros, l'État se ferait ainsi de l'argent... dont il se servirait pour réinvestir dans d'autres projets du genre.

Ensuite, il s'agira de diviser les choses en deux catégories de projets, soit les «rentables» (un film commercial par exemple) et les «audacieux» (un film d'auteur). Les premiers ayant pour principale fonction de générer de l'argent qui pourra servir à financer les seconds qui, eux, ont une sorte de valeur intrinsèque. Le but n'est donc pas mercantile, on récolte de l'argent mais c'est pour mieux favoriser l'audace et la diversité dans les projets entrepreneuriaux, artistiques ou scientifiques chez la population. On pourrait, donc, recevoir un financement soit parce que notre idée a des chances de rapporter gros, soit simplement parce qu'elle est originale et contribuerait à notre richesse culturelle. 

Une autre conséquence positive sera que, si je suis quelqu'un de déjà bien nanti, plutôt que de quémander l'aide de l'État, détournant ainsi des sommes qui pourraient aller à des artistes ou des entrepreneurs moins bien nés, je vais me contenter d'y investir ma fortune personnelle pour éviter d'avoir à partager mes gains avec l'État, ce qui laissera plus d'argent pour ceux qui en ont réellement besoin.

Voilà. C'est ça qu'est mon idée. Mais... je dois avouer que c'est encore un de ces billets où je parle à travers mon chapeau... J'ai aucune idée vraiment de comment ça fonctionne en ce moment, c'est peut-être déjà comme ça.

dimanche 26 janvier 2014

Privatiser la poste

Beaucoup s'insurgent contre la manœuvre du Parti Conservateur de réduire les effectifs de Poste Canada et de cesser la livraison de courrier à domicile. J'en profite donc pour souligner une différence qui existe entre les opinions de la plupart des gauchistes et ma position personnelle; que j'appelle une «gauche lucide». Ça consiste à emprunter de petits éléments à des méthodes de ce qui est appelé «la droite économique» mais toujours en respectant et en ayant pour fin les idéaux de la gauche. Dans ce genre de cas, l'opinion de la gauche traditionnelle semble être que de couper des emplois est toujours une mauvaise chose, celle de la droite économique étant qu'il faut couper ce qui n'est pas rentable indépendamment des conséquences sur l'individu. Mon opinion est entre les deux, je ne veux pas garder des emplois à tout prix, ni faire des économies à tout prix. Mais, pour cette situation bien précise, je suis personnellement d'accord avec l'idée de progressivement abandonner Poste Canada.

Je pense que de nationaliser un service n'a de sens que lorsque celui-ci est essentiel ou lorsqu'il ne peut finir qu'en monopole. Donc, évidemment, à l'époque de la création de Poste Canada, c'était pertinent que ce soit un service public. La poste était alors le seul moyen de communication. Aujourd'hui, c'est différent. On communique beaucoup plus par internet et par téléphone que par la poste. Il y a deux ans, lorsque la poste était en grève, je ne pense pas que personne ait manqué quelque chose.

À l'inverse, je me disais que l'on devrait éventuellement nationaliser les services de téléphonie (filaire et sans fil) et de fournisseur d'internet. C'est beaucoup plus essentiel que la poste, tout le monde l'utilise tous les jours, et on sait que les prix de ces services au Canada sont ridiculement élevés par rapport aux États-Unis ou à l'Europe. En plus, beaucoup de régions moins urbanisées se plaignent de ne pas avoir d'internet haute vitesse ou de ne pas avoir de signal de téléphone sans fil. Mettre ces services sous la juridiction d'une société d'État me semblerait logique et bénéfique. Abandonner la poste au profit de moyens de communication plus modernes m'apparaît la chose à faire.

Évidemment, le service de poste et de livraison de colis à domicile ne disparaîtrait pas, il passerait simplement au privé. Les compagnies de livraisons prendraient progressivement le relais sur Poste Canada. Bien sûr, il faut y aller par étape, ne pas couper ce service d'un coup, à mesure que le peuple s'habituera à fonctionner par internet plutôt que par courrier papier. Donc, il faut aussi tenir compte du fait que les générations les plus âgées sont moins habituées à payer leurs factures en ligne par exemple. Moi je réduirais progressivement le nombre de jours de livraisons par semaine, à mesure que diminue la demande, jusqu'à ce que plus personne (autre que les publicités) n'utilisent ce service.

Les arguments pro-Poste que j'entends me semblent souvent boiteux. Par exemple, on dit que ce service est important parce que, pour certaines personnes âgées, le facteur est la seule personne qui leur rend visite. Ah oui? Bon, dans ce cas on coupe la Poste et on finance à la place un service de visites à domicile pour personnes âgées (et on peut même engager les facteurs licenciés pour faire ça). On nous dit également que plein de publisacs et autres junkmail risquent de joncher le sol tout autour des casiers postaux. Oui? Bon dans ce cas on passe une loi pour interdire de poster de la publicité (qui pollue trop de toute façon). Personnellement, je ne vois pas trop l'intérêt de faire construire des casiers postaux; ils ne pourront pas rivaliser avec les transporteurs privés.

Évidemment que c'est triste d'enlever leur gagne-pain à des gens qui font du bon travail juste parce que leur emploi tombe dans l'obsolescence, mais faire faire à des gens un travail devenu inutile juste parce qu'on présume qu'ils ne savent rien faire d'autre ne m'apparaît pas beaucoup moins triste.

----
Note: Il va de soi que, en tant que société, ça demeure de notre devoir d'avoir des programmes de solidarité sociale et de placement d'emploi, pour que les gens qui ont perdu leur job pour ce genre de raison ne soient pas jetés à la rue. Ça ce serait indéfendable.

vendredi 27 décembre 2013

Les œuvres de charité

Des statistiques nous rappellent souvent que les Québécois manquent de philanthropie, au sens anglophone du terme. En effet, on va moins avoir tendance à verser spontanément une partie de nos revenus à des œuvres de charité, contrairement aux anglophones pour qui c'est un devoir moral. La raison est culturelle. Pour nous, il va de soi que c'est à l'État (ou au clergé) de redistribuer les richesses, tandis que dans les cultures de tradition protestante, c'est à l'individu d'être charitable envers les moins nantis ou de financer des institutions qui lui tiennent à cœur, comme les université par exemple.

Je pense personnellement que de financer ces causes par l'État est une meilleure solution, mais il y a des aspects du principe des donations à qui je reconnais une certaine valeur. Si les gens peuvent choisir à quelle cause va leur argent, on peut dire que c'est plus démocratique et que ce sont davantage celles qui préoccupent le peuple qui sont financées. Par contre, il y a le désavantage que les causes les plus populaires ne sont pas toujours nécessairement celles qui ont le plus besoin d'argent. Certaines causes moins à la mode ou ayant moins de visibilité médiatique peuvent donc en pâtir. Également, si l'on ne «force» par le peuple à donner, il y a des chances pour que le peuple se montre égoïste et qu'aucune cause n'amasse la somme dont elle a besoin. Autre désavantage, c'est que les organismes privés à but non lucratif doivent quand même se financer et sont donc obligés de conserver une partie des dons pour leurs dépenses. En plus, j'ai l'impression que la rivalité entre organismes nuit à la bonne répartition des sommes, en générant une guerre de publicités par exemple.

Alors voici ma proposition : on crée une société d'État – disons qu'on l'appelle Charité-Québec ou Québec-dons – pour recevoir tous les dons et les répartir selon les besoins réels. Tous ses employés et dépenses seraient payés par l'État, afin que chaque dollars reçu par les donateurs aillent directement dans les causes. Afin de permettre malgré tout une certaine liberté aux donateurs, il serait possible de choisir à quelle catégorie de causes l'argent irait. Par exemple:

  • la médecine,
  • la recherche scientifique (non médicale),
  • l'aide internationale,
  • la pauvreté et l'itinérance,
  • la violence conjugale,
  • l'éducation postsecondaire (autre que médecine),
  • une crise spécifique liée à une tragédie récente,
  • etc.


Toute cause ayant pour objectif d'amasser une somme supérieure à un certain seuil serait tenue de passer par cette société d'État pour recevoir ses dons. Elle demanderait d'avoir d'abord un financement pour sa campagne publicitaire et ses dépenses de base (financé par les impôts) puis recevrait des dons, parmi la somme reçu pour cette catégorie de cause, en proportion de ses besoins par rapport aux autres causes de la même catégorie. Idéalement, il faudrait limité la bureaucratie et permettre aux causes d'être directement réglées par cette société d'État. Aux sommes reçus en dons, l'État pourrait évidemment rajouter d'autres subventions lorsque c'est nécessaire.

Une personne pourrait quand même se faire porteparole d'une cause plus spécifique, mais les dons iraient à l'ensemble des causes de la même catégorie et seraient répartis au sein de la cause selon les besoins. Les défenseurs d'une cause pourraient par contre essayer d'obtenir une dissociation de leur catégorie (pour devenir une nouvelle catégorie distincte), un reclassement ou une double catégorisation s'ils ont des arguments convaincants à présenter.

Mon point ici est juste de démontrer que ce n'est pas nécessairement les Québécois qui ne sont pas corrects de ne pas faire assez de dons. On se fit sur nos élus pour s'occuper des causes sociales, financer les écoles et les hôpitaux, parce que l'on croit que c'est tout à fait possible pour eux de le faire et que c'est précisément dans leur mandat. Et je pense avoir démontré ici que ça serait bénéfique si l'État s'en chargeait davantage (à condition d'être plus transparent dans ses dépenses). Donc ce n'est pas tant l'individu qui devrait changer ses habitudes (bien que, ça serait sympathique de donner plus) que notre système de donations qui devrait être repensé.

dimanche 13 octobre 2013

Critique de la Charte péquiste

Apparemment que les gens ne sont pas aussi nombreux que je l'aurais crû à être contre notre nouvelle charte des valeurs chrétiennes québécoises. Je me suis dis que ça valait la peine d'expliquer clairement ma position à ce propos. En gros, je n'ai rien contre l'idée de créer une charte de cette sorte, c'est la façon dont cela a été fait qui m'irrite viscéralement. Sommairement, mon objection se résume en quatre points:
  • Elle ne règle aucunement les problèmes pour lesquelles elle a été créée;
  • Elle crée des problèmes qui n'existaient pas du tout avant sa création;
  • Elle est ethnocentrique;
  • Elle attise l'intégrisme au lieu de le neutraliser.

La raison pour laquelle le désir de créer une telle charte existait, c'était pour baliser les demandes d'accommodements religieux. Évidemment, ce problème à la base était une pure construction des médias et des politiciens. On a pris quelques anecdotes sans importance et on en a fait d'énormes scandales en utilisant l'insécurité identitaire. Cette tactique a particulièrement été efficace chez les gens qui, dans leur quotidien, n'ont jamais à fréquenter les gens de minorités religieuses, et donc qui sont plus enclins à se référer à l'image que leur envoient les médias pour se faire une idée là-dessus. Mais maintenant que ce problème fabriqué existe, il importe de le régler. Et il est vrai que d'adopter une posture claire sur le sujet permettrait de désembuer le flou qui entoure ces questions.

J'ai déjà exprimée mon opinion sur les «accommodements raisonnables». Pour moi, la religiosité d'une coutume n'a pas à être considérée, ni pour l'autoriser ni pour l'interdire. Ce qu'on doit mettre dans la balance c'est l'importance que ça a pour l'individu qui la pratique (peu importe que ce soit une tradition religieuse, culturelle, familiale ou personnelle) versus la nuisance potentielle que cette activité pourrait représenter pour autrui. Point. Je vous ai déjà aussi présenté un plan de charte des valeurs communes dans lequel je suggérais de simplement énoncer une série de valeurs (liberté, égalité, solidarité, relativisme culturel, art, science, environnement) accompagné d'une définition de notre conception de ces valeurs, et des incidences que cela aurait sur notre interprétation des lois. Une sorte de substitut de constitution ou de religion officielle mais en plus soft. Mais, finalement, j'ai été déçu de voir que la nouvelle charte ne ressemblait à rien de tout ça et n'était rien d'autre qu'un nouveau code vestimentaire pour la fonction publique, avec quelques ajouts ambigus dans la charte des droits et libertés.

D'ailleurs, je ne suis pas certains qu'ils ont vraiment réfléchis à fond à cet ajout. Le principe d'égalité homme/femme n'est pas partout en vigueur dans notre société et il pourrait en découler des incidences imprévues. Par exemple, les situations de sexisme léger envers les hommes tel que de leur refuser l'accès à un gym ou de leur charger un prix d'entrée dans un bar ou sur un site de rencontre auquel les femmes peuvent accéder gratuitement, vont directement à l'encontre de cette charte. Même chose si une piscine publique autorise les hommes à montrer leurs mamelons mais l'interdit aux femmes. D'ailleurs, comme elles sont employées de l'État, les sauveteurs femmes des piscines municipales auront-elles le droit de se voiler les seins, ou devront-elles les montrer comme leurs collègues masculins? Moi ça fait mon affaire qu'on abolisse tout sexisme, mais je ne sais pas si c'était prévu et si le peuple est prêt pour ça. Par ailleurs, pour moi d'introduire l'idée d'égalité des sexes n'a rien de nouveau et est tout aussi nébuleux. Concrètement, qu'est-ce que ça veut dire?

L'autre problème de cette charte c'est qu'elle crée une situation conflictuelle nouvelle plutôt que d'en régler une autre. À ce que je sache, personne ne s'était plaint que des fonctionnaires quelconques portent un foulard sur leurs cheveux. Ce n'était pas un enjeu à régler. Maintenant c'en est un. Des tensions élevées entre les partisans et les opposants de cette charte sont apparues. Même si c'est «pour le principe» qu'on voudrait que tous les employés de l'État soient vêtus de façon «religieusement neutre», le gouvernement devrait avoir la sagesse de ne pas focaliser sur les principes mais de se concentrer sur les conséquences. Dans la pratique, ces fonctionnaires voilées ou enturbannés ne causaient aucun mal, alors de nous mettre à dos une partie de la population juste pour une raison d'uniformité vestimentaire, ce n'est pas l'alternative la plus raisonnable. Par ailleurs, au Québec, on a nationalisé plusieurs choses (et, si on est intelligents, on va continuer de le faire) mais, ces fonctions n'en sont pas devenus pour autant des postes de «représentants de l'État». Un employé - qu'il soit au public ou au privé - ne demeure qu'un employé. Le commis de la SAQ et le commis du dépanneur ont des rôles analogues pour le citoyen. Même chose pour l'employé de la compagnie d'électricité par rapport à celui de la compagnie du câble. Pourquoi l'État interdirait au premier de porter un turban, mais interdirait à l'employeur du second de l'empêcher de porter un turban?

En plus, la principale conséquence sera probablement que beaucoup de femmes voilées vont choisir de rester à la maison plutôt que de travailler, se refermant encore plus sur leur famille et ayant donc moins de chance de quitter la religion. Est-ce vraiment un bon plan? Par ailleurs, si ce qu'on leur reproche vraiment c'est d'avoir des croyances intégristes, en quoi le fait de retirer leur voile ou de cesser de travailler les rendra moins intégristes dans leur croyance? À moins que ce que l'on souhaite secrètement c'est qu'elles quittent le pays? Ce qu'il faut comprendre c'est que le voile n'est que le symptôme d'un mal qu'on appelle l'obscurantisme. Interdire aux intégristes de se voiler, c'est comme interdire aux enrhumés d'éternuer. Ce à quoi l'on doit s'attaquer c'est la croyance elle-même, pas la pratique qui en découle (sauf lorsqu'elle est elle-même directement préjudiciable). Et on ne peut malheureusement pas interdire à quelqu'un de croire quelque chose. C'est par l'éducation qu'on lutte contre l'obscurantisme, pas par la coercition. Au contraire, ça lui donne du capital de martyre ce qui lui permet de se répandre davantage. Mais je suis d'accord pour interdire ces signes religieux pour les gens dans une situation d'autorité, de pouvoir ou d'influence; de façon à limiter la propagation de l'obscurantisme.

Finalement, ce que je reproche surtout à cette charte est son ethnocentrisme à peine dissimulé. Au sein des partisans de la laïcité existe une faction qui simule son désir de laïcité mais qui, dans les faits, prône le christianisme; cette charte s'inscrit dans ce courant. On utilise l'argument de vouloir une neutralité religieuse pour faire reculer les religions étrangères, mais on donne au christianisme toute sorte de passe-droits aussi illégitimes qu'arbitraires. Qu'on nous propose sérieusement et sans sourciller une charte sur la laïcité qui autorise la présence d'un crucifix au-dessus du trône du président de l'assemblée nationale. Sérieusement!? Qui autorise les conseils municipaux à réciter une prière avant chacune de leurs rencontres. Vraiment? Qui ne dit mot sur le financement des écoles religieuses et l'exemption d'impôts des clergés. Ce n'est pas important? Et de définir les signes ostentatoires d'une façon qui, comme par hasard, permet aux chrétiens de continuer de porter leurs croix autour du cou (sauf si elle est trop grosse… comme si ça existait de cette taille là) et qui interdit tous les symboles des autres religions. C'est même pas subtil. Le message c'est «Au Québec, on est catholique!» En tant qu'athée, ça me dégoûte.

J'ajouterais en terminant que je n'ai pas non plus aimé la campagne publicitaire autour de cette charte. Des slogans comme «On y croit!» ou «C'est sacré!» ne m'apparaissent pas correspondre tout à fait avec le principe de laïcité qui est, justement, une non-ingérence de l'État dans le domaine de la croyance ou du sacré.

Heureusement, Québec Solidaire a proposé une nouvelle charte qui ne présente pas ces problèmes. Mais bon, je sais déjà comment elle sera reçue. Mais bref, abolissons les écoles religieuses (point sur lequel la charte péquiste ne dit mot) et donnons aux générations suivantes une éducation laïque avec de belles valeurs. Enseignons-leur la pensée critique et, dans les cours de culture religieuse, renseignons-les sur les origines sociohistoriques des pratiques religieuses pour qu'ils aient une meilleure perspective là-dessus. Je suis sûr qu'on luttera ainsi beaucoup plus efficacement contre l'intégrisme.

samedi 5 octobre 2013

L'ego de l'État

Je suis en train de réfléchir à ce dont aurait l'air un État construit selon mon paradigme philosophique. La question est complexe puisqu'il en va à la fois de sa forme mais aussi de sa légitimité. Par ailleurs, plusieurs composantes de nos États vont directement à l'encontre de principes de base de mon paradigme, comme l'entretient d'une identité nationale par exemple.

Ma réflexion n'est pas encore aboutie, mais j'ai déjà quelques idées de base. Principalement, que l'État n'a de légitimité que s'il est pensé comme un contrat social. Ça m'a amené à prendre conscience que certains des rôles de l'État ont une finalité égoïste et d'autres une altruiste. C'est-à-dire que si les «signataires du contrat social» constituent, finalement, l'ego de l'État, toutes les lois favorisants leurs intérêts ont une fonction purement égoïste, et toutes celles qui les forcent à respecter les intérêts de ceux qui ne font pas partie du contrat social sont de l'altruisme. Conséquemment, il y a une distinction entre les individus qui «font partie de l'État» et ceux qui ne sont que «protégés par l'État».

D'abord je vais définir plus clairement l'ego de l'État. Il s'agit en fait de tous ceux qui ont un pouvoir politique au sein de l'État (c'est-à-dire, les électeurs). Au départ, ce sont les signataires du contrat social; les fondateurs du pays. Comme les fondateurs d'une entreprise, ils ont créé l'État afin que celui-ci ait une utilité pour eux-mêmes et, pour cette raison, il y a une certaine légitimité à ce que l'État s'occupe d'eux avant de s'occuper des membres d'un autre État. Mais, on peut ajouter de nouveaux membres à l'État. Si une entreprise ajoute à ses fondateurs de nouveaux membres à son ego en utilisant le critère de la propriété, qu'en est-il d'un État? Outre ses fondateurs (surtout s'ils sont morts…), qui d'autres l'État devrait-il inclure dans son ego? En suivant strictement mon paradigme, un État devra assimiler (c'est-à-dire, accorder citoyenneté et droit de vote) tout individu ayant le potentiel et le désir de faire partie de l'État, en autant que cette intégration soit moins nuisible pour les membres actuels que s'abstenir de le faire ne le serait pour le candidat. Bref, cela exclut toute possibilité de discrimination arbitraire – par exemple, de ne pas accorder le droit de vote aux femmes – et nous oblige à accepter autant de nouveaux citoyens que possible.

Mais l'ego de l'État n'est pas la somme des citoyens, ni leur moyenne. C'est tous les citoyens, chacun individuellement. Cette perspective a certaines conséquences. Principalement, il est nécessaire d'instaurer l'égalité sociale entre les citoyens, puisqu'ils sont tous l'État. Une autre conséquence c'est qu'on ne peut pas sacrifier un individu pour le bien du plus grand nombre puisque ses intérêts personnels comptent autant que ceux de n'importe qui d'autre. Aussi, plusieurs situations où l'égoïsme serait légitime selon l'éthique doivent demeurer illégales. Par exemple, si j'ai besoin d'un nouveau foie, tuer une personne innocente pour l'acquérir serait tout aussi légitime éthiquement que si je suis un loup qui tue une proie pour se nourrir. Mais, puisque l'État ne peut prendre partie comme ça entre deux membres de son ego, il se doit de prohiber la prédation entre citoyens. C'est-à-dire que, non seulement il ne peut prendre parti dans un dilemme mettant en concurrence les intérêts vitaux de deux membres, mais il interdit aussi à ses membres de provoquer une situation engendrant un pareil dilemme.

Ceux que je définis comme faisant partie de l'autrui de l'État sont ceux qui n'ont ou ne peuvent avoir de pouvoir dans l'État mais à qui ce dernier donne tout de même des droits. L'existence de cet «autrui» découle d'un désir pour les membres de l'État de ne pas s'attribuer des privilèges sans fondement ou de constituer une clique tyrannique imposant illégitimement sa volonté et son pouvoir. Les membres de l'ego constatent qu'il existe des êtres ne pouvant pas être intégrés à leur cercle mais qui possèdent tout de même certains attributs communs avec eux. Il serait donc arbitraire de leur part de ne pas leur accorder les droits qu'ils se donnent à eux-mêmes au nom de ces mêmes attributs.

Comme pour l'ego, on se doit d'inclure dans l'autrui tous les individus ayant le potentiel pour, sans avoir de critère d'exclusion arbitraire. Ainsi, tous les êtres sensibles de l'Univers font partie de l'autrui d'un État respectant mon paradigme. Concrètement, ça inclut les enfants, les personnes atteintes de déficience mentale, les étrangers (se trouvant ici ou ailleurs) et les animaux (sauvages ou de compagnie). L'État se doit donc de manifester son altruisme envers toutes ces catégories d'êtres.

Soit. Mais à l'instar de l'individu, l'État n'a pas les moyens d'être équitablement altruiste envers absolument tout ce qui existe. Ainsi, suivant la même logique que j'ai expliquée dans mes réflexions sur l'altruisme et sur l'égoïsme, l'État peut utiliser des critères égoïstes pour choisir comment il va répartir son altruisme. Si j'ai le choix entre sauver la vie d'un de mes proches et celle d'un inconnu, il est légitime que je sauve mon proche. Si l'État a le choix entre sauver la vie de l'enfant d'un citoyen et celle d'un étranger vivant à l'étranger, il est légitime qu'il priorise l'enfant. Donc, au sein de l'autrui de l'État, il est permis de hiérarchiser les choses en suivant le critère de la proximité d'avec l'ego de l'État, en autant que cela soit fait en respectant le principe voulant que l'égoïsme n'est légitime que s'il s'agit d'un intérêt supérieur ou si cela est nécessaire au bonheur minimal de l'ego. Bref, les proches des citoyens (nos enfants, nos parents à l'étranger qui attendent d'immigrer ici, nos handicapés mentaux et nos animaux de compagnie) ont un statut privilégié par rapport aux membres de l'autrui qui nous sont inconnus (les gens des autres pays et les animaux sauvages). Je me disais même que l'on pourrait créer une catégorie légale – une sorte de «semi-citoyenneté» qu'on pourrait désigner comme «les protégés» ou «les pupilles» de l'État – qu'on accorderait aux proches des citoyens qui ne peuvent devenir citoyens électeurs.

D'accord. Mais si on divise l'autrui en deux sous-catégories (proches versus inconnus) cela ne veut pas du tout dire de n'accorder aucune considération à la seconde. Au contraire, l'État se doit d'étendre son altruisme aussi loin que possible. Les missions de paix et l'aide humanitaire à l'étranger, par exemple, sont une mesure concrète découlant de cet altruisme désintéressé, de même que beaucoup de lois environnementales. Nos caprices et ceux de nos proches ne devraient jamais passer avant les intérêts vitaux d'autrui.

Un de mes buts ici était de déterritorialiser le concept d'État et de supprimer toute considérations spécistes. Il est contraire à mon paradigme d'accorder moins de droits à un individu juste parce qu'il se trouve de l'autre côté d'une frontière géographique ou biologique. En revanche, le critère de la proximité d'avec l'ego de l'État, que j'utilise ici, m'apparaît beaucoup moins arbitraire. Par ailleurs je n'abolis pas totalement le territoire. Si un étranger inconnu est blessé sur le territoire de l'État, on va davantage le prendre en charge que s'il se blesse à l'étranger simplement parce que, dans le second cas, on va prendre pour acquis qu'un autre État s'en occupera.

jeudi 19 septembre 2013

Uniformes et codes vestimentaires

La nouvelle charte des valeurs communes du Québec que nous attendions tous n'aura été finalement qu'un nouveau code vestimentaire pour la fonction publique. Déception. J'aimais mieux la mienne. Je ne suis personnellement pas d'accord avec les exigences de cette nouvelle charte mais, je constate en y réfléchissant que mon point de divergence remonte bien plus en amont et se situe par rapport au concept même de code vestimentaire. Je profite donc de l'occasion pour vous faire part de mon opinion à ce propos.

Aimant profondément la liberté et la diversité, je suis intuitivement repoussé par l'idée que tous les individus d'une organisation quelconque soient vêtus de la même façon ou en suivant une même norme rigide. Toutefois, je comprends tout de même l'utilité de ce genre de contraintes dans certaines situations. Je vois trois motifs pour lesquels on impose un code vestimentaire:
  • On veut contrôler l'image de l'organisation face à l'extérieur;
  • On veut contrôler l'hygiène et la sécurité;
  • On veut contrôler les mœurs au sein de l'organisation;

Ainsi, si les deux premiers motifs sont défendables, le troisième me semble une contrainte abusive ayant un but malsain. Je comprends tout à fait, par exemple, qu'un restaurent chic exige de ses serveurs qu'ils soient habillés chics; pour que ceux-ci soient en phase avec l'image de marque de l'entreprise. Je comprends aussi qu'on exige des travailleurs de la construction qu'ils portent un casque et des bottes à cap d'acier sur un chantier pour des raisons de sécurité. Mais pourquoi, par exemple, un employé de bureau qui ne fait affaire avec des clients que par téléphone ou par courriel, devrait-il porter une cravate tous les jours?

Même dans les contextes où les employés font affaire avec le client, je trouve que l'on a tendance à exagérer le pouvoir qu'on laisse à l'entreprise sur la tenue de ses employés. Quand je vais dans un McDo (très très rarement, vu qu'il n'y pas grand-chose de végétarien), et que je vois le tee-shirt de couleur vive avec la casquette assortie que l'on fait porter à ceux qui sont en bas de l'échelle, versus la chemise et la cravate que portent les plus gradés, je ne peux pas m'empêcher de me dire que les uniformes hideux des gens hiérarchiquement inférieurs servent à les humilier et les casser afin qu'ils demeurent à leurs places. Tout cela découle d'une culture d'entreprise qui ne devrait pas être encouragée, totalement à l'opposé de ma conception qui voit l'emploi comme un simple échange d'argent contre un travail.

Voici donc une suggestion de quelques principes qui devraient être inclus dans les normes du travail afin de limiter le pouvoir d'uniformisation vestimentaire de l'employeur sur l'employé:
  • Sauf pour des raisons d'hygiène ou de sécurité, il est interdit d'imposer un code vestimentaire à un employé qui n'a pas, dans l'exercice de sa fonction, à interagir visuellement avec le publique ou à représenter l'entreprise devant une instance externe;
  • L'employeur ne peut pas faire payer l'employé pour son uniforme et doit lui allouer un budget pour ses vêtements s'il y a un code vestimentaire;
  • Pour tout emploi dont le salaire est inférieur au seuil de faible revenu, il est interdit d'imposer une pièce de vêtement supplémentaire à que ce qui est nécessaire pour que l'employé puisse être reconnu comme tel par le client (par exemple, un tee-shirt ou une veste est suffisant, pas besoin de légiférer sur les pantalons et les chaussures). Si l'employé se situe en permanence à une caisse, derrière un comptoir, ou à tout endroit où son statut d'employé est évident, il peut refuser d'arborer une telle pièce de vêtement.
  • Pour tout emploi dont le salaire est inférieur au seuil de faible revenu, l'employeur ne peut exiger de l'employé qu'il retire un symbole (croix, carré rouge ou autre) seulement s'il s'agit du logo d'une entreprise rivale.
  • Pour un emploi au service à la clientèle, l'employeur peut prohiber le port d'un vêtement qui cache le visage ou réduit sa visibilité, par exemple une casquette, un masque ou un voile intégral.
  • Il est strictement interdit d'imposer un code vestimentaire différent selon le sexe ou l'âge de l'employé, ou tout autre facteur de discrimination arbitraire, incluant la présence de tatouages visibles. On ne peut pas non plus interdire un vêtement traditionnellement réservé à un sexe si l'on autorise un vêtement traditionnellement réservé à l'autre sexe couvrant une portion de peau équivalente.
  • Un uniforme doit toujours comporter un choix d'au moins deux pièces de vêtements pour chaque partie du corps. Par exemple, une chemise à manches longues et une chemise à manches courtes.
  • Le segment du corps délimité par le haut et le bas du sternum, ainsi que celui descendant des hanches jusqu'au haut des genoux, sont des parties que l'employé peut être contraint de cacher par l'employeur (même s'il ne travaille pas avec le public) et que ce dernier ne peut lui contraindre à montrer (je vous rappelle ma réflexion sur la pudeur).

Bon d'accord, c'est juste quelques idées que je lance comme ça pour donner des exemples. Mais, en gros, je pense qu'il faudrait accorder plus de liberté à l'employé pour ses vêtements, surtout pour les jobs mal payées donc pour lesquelles le critère de devoir être chic ne peut être invoqué. Et, je trouve vraiment que c'est ridicule de vouloir contrôler comment s'habille quelqu'un dans ton entreprise si tes clients ne le verront même pas. Voilà. Ici, j'ai parlé des uniformes en utilisant le vocabulaire des entreprises, mais je mettrais des principes analogues pour les uniformes dans une école ou une fédération sportive.

D'accord, mais là vous vous dites: «Oui mais, les employés de l'État eux autres? Si on veut être un État laïc, me semble que c'est logique de leur interdire des signes religieux!»

Pour moi, les employés de l'État devraient, au contraire, bénéficier de la plus grande permissivité possible dans leur code vestimentaire. Afin, justement, d'illustrer perceptiblement à quel point la liberté et la diversité font parties de nos valeurs communes. Et pour ce qui est du cas plus spécifique des signes religieux ostentatoires, je me range à la seule opinion sensée que j'ai entendue sur le sujet ces derniers jours: seuls les fonctions impliquant une position d'autorité sur le citoyen devraient exiger le retrait de ce genre de symboles. En fait, j'aurais formulé ça un peu différemment, j'aurais dit «toute personne en position de pouvoir, d'influence ou d'autorité» et, plutôt que de parler du port de signe religieux, j'aurais dit «manifestant publiquement une trop forte ferveur religieuse» pour ratisser plus large en incluant aussi les paroles et les actions, pas seulement les vêtement. Je considère les enseignants du primaire comme figure d'autorité mais pas ceux du secondaire (puisque l'élève y a plusieurs enseignants au lieu d'un seul toute l'année) ou des niveaux supérieurs (puisque ce n'est plus de l'autorité). Je n'inclus pas non plus les employés de garderie vu que les enfants y sont de toute façon trop jeunes pour réellement y apprendre une religion.

Je ne suis pas non plus d'accord avec le gouvernement pour définir ce qu'est un signe ostensible. Pour moi, une croix quelle que soit sa grosseur est un symbole religieux – tout comme un logo de Nike en demeure un même s'il est petit. Tandis qu'un foulard ou un turban pourrait n'être qu'un vêtement comme une tuque ou un chapeau melon. C'est donc seulement dans les cas où le poste exige un uniforme strict (policier, juge, militaire) avec lequel la pièce de vêtement en question est incompatible que je les interdirais. Je peux présumer toutes sortes de choses mais, dans les faits, je ne sais pas si la femme qui est devant moi se cache les cheveux parce qu'elle se croit inférieure aux hommes, parce qu'elle est fière d'afficher sa foi et sa culture ou simplement parce qu'elle a raté sa teinture.

dimanche 14 juillet 2013

Charte des valeurs communes

Apparemment que le gouvernement du Québec a encore repoussé l'échéance du début de son projet de créer une «charte des valeurs québécoises» pour encadrer, entre autres, les demandes d'accommodements religieux. Cela m'a donc poussé à me demander quels devraient être les valeurs communes d'un État? Ou, disons, les vertus qui meuvent ses interventions et ses non-interventions? Au Québec, il me semble y avoir un énorme flou à ce niveau. C'est comme si on ne savait pas trop dans quelle direction on allait ni comment s'y rendre.

En ce qui me concerne, je donnerais personnellement à la charte des valeurs communes un mandat plus large que d'être une simple ligne directrice pour réguler les demandes d'accommodements. J'en ferais une sorte de substitut de religion officielle et d'identité commune. Ce pourrait même être le fondement de notre constitution. Être ce devant quoi on plaide allégeance lors d'un procès ou en recevant notre citoyenneté. Elles seraient enseignées dans les écoles primaires lors des cours d'éthique qui remplacent les cours de catéchèse. Bref, elles auraient un rôle analogue à une idéologie religieuse ou nationaliste mais n'en seraient pas une puisqu'elles permettraient l'existence d'une beaucoup plus vaste diversité d'opinions.

Avant d'énumérer les valeurs communes, je commencerais par déclarer en préambule que le bonheur est le souverain bien, au service duquel seront nos valeurs communes. Ainsi, l'on quitterait le paradigme capitaliste pour adopter l'utilitarisme. Tout ne se mesurerait plus en profit mais en amélioration de la qualité de vie. Voici donc ce que je propose comme valeurs communes:

Égalité: Dans ma réflexion sur le concept d'égalité, je souligne que ce mot a plusieurs définitions mais que la seule qui ait du sens est l'égalité de considération des intérêts. C'est-à-dire, le désir pour une société d'abolir la discrimination arbitraire sous toutes ses formes, actuelles ou potentielles. C'est donc au nom de cette valeur que l'on se doit de lutter contre le sexisme, le racisme et l'homophobie. Certaines mesures visant à accroître l'égalité des chances dans la vie d'une personne, comme le fait de fournir aux personnes handicapées des moyens de paliers à leur handicap, ou le fait d'avoir l'école obligatoire gratuite pour tous, découle de notre quête d'égalité.

Liberté: Je définis la liberté comme étant l'absence d'obstacle entre un désir et son assouvissement. Combinée à l'égalité, elle place elle-même ses limites puisque la liberté de l'un devient la limite à celle d'autrui. Si l'on a réellement pour objectif de maximiser la liberté, l'État ne devrait intervenir par coercition dans les activités volontaires d'un individu totalement conscient des conséquences, que lorsqu'elles interfèrent avec les droits d'autrui. Aussi, toute contrainte de la loi devrait toujours faire augmenter le bilan de liberté d'un individu, en imposant une contrainte moindre que ce qu'imposerait l'absence de cette loi. La démocratie est le rejeton de l'égalité et de la liberté, puisque si le peuple est libre et que tous sont égaux, il n'y a pas de classe dirigeante, seulement des élus au service du peuple.

Solidarité: Avoir cette valeur fait en sorte que l'on reconnaît aux individus des droits qui ne dépendent ni de leur participation à la collectivité, ni de leur capacité à prendre ces droits par la force. C'est au nom de ce principe que l'on donne des droits aux chômeurs, aux personnes dites invalides, aux touristes, aux enfants, aux déficients intellectuels et aux animaux. C'est aussi cette valeur qui exige de l'État qu'il se soucie de ce qui se passe ailleurs que sur son territoire. Cela nous oblige à accepter de recevoir comme citoyen autant de personnes que nous le pouvons parmi les demandeurs ayant tout ce qu'il faut pour. Cela force également notre armée à s'investir dans des missions humanitaire à l'étranger, tant qu'elle en a les capacités et que les conséquences sont plus désirables que celles de sa non-intervention.

Relativisme culturel: J'aurais pu prendre la laïcité comme valeur commune, mais je pense que celle-ci est en fait une subdivision du relativisme culturel (qu'on pourrait aussi simplement appeler «ouverture» ou «multiculturalisme»). Celui-ci nous impose de séparer l'État pas seulement de la religion, mais de la tradition. De laisser aux citoyens non seulement la liberté de conscience, mais aussi celle de pratiquer et de perpétuer leur culture, dans la mesure où cela se fait dans le respect des cultures des autres et des autres valeurs communes. Cela veut dire être à l'écoute des demandes d'accommodements et nous impose de ne rien rejeter qui ne contrevienne pas aux valeurs communes. Cette valeur requiert également que l'État prenne des mesures pour préserver sa diversité culturelle et s'y adapter. Le seul «bémol» que j'ajouterais serait qu'il est important d'avoir une langue commune même si, personnellement, je ne vois pas ça comme une attente à ce principe, tant que cela est pensé comme un droit pour le citoyen et non comme un devoir.

Science: J'aurais pu aussi la nommer «connaissance» ou «raison». Dans un premier temps, je pense que l'État devrait reconnaître que la science a été historiquement et est encore aujourd'hui un moteur de progrès qui a permis d'améliorer la qualité de vie des citoyens. Conséquemment, il convient de subventionner la recherche même lorsqu'elle n'a pas d'autre utilité que d'accroître notre compréhension du monde. C'est au nom de la «science» au sens large que l'on se doit d'avoir un système d'éducation publique, pour libérer le peuple de l'ignorance et la superstition, et lui donner un minimum de bagage intellectuel et de connaissances générales, afin que les individus puissent faire leurs choix de vie de façon autonome et éclairée. D'avoir la science comme valeur commune nous permet également de lutter activement contre les formes plus extrêmes d'obscurantisme comme le créationnisme, les pseudomédecines, l'intégrisme religieux et la propagande haineuse.
Art: L'État doit considérer l'art et la vie culturelle comme étant un bien désirable en soi. C'est pourquoi l'on donne des subventions aux artistes, mais aussi que l'on se soucie de la beauté de notre urbanisme et de notre architecture. Que l'on s'assure d'avoir en place des médias permettant de diffuser les productions culturelles. C'est au nom de cette valeur que l'on préserve notre patrimoine et que l'on offre des bourses à ceux qui étudient dans les arts. Combiné au relativisme culturel et à la liberté, la valeur art nous impose la liberté d'expression, faisant en sorte qu'un artiste sera financé indépendamment de la «qualité» ou de la «moralité» de ses œuvres.

Environnement: La conscience écologique est également une valeur importante. Cela fait en sorte que la pérennité des écosystèmes et de la biodiversité sont importants en soi sans que l'on ait à leur trouver une fonction pratique ou économique. Combinée à notre valeur science, cette valeur nous incite à écouter davantage les scientifiques plutôt que les économistes lorsqu'il est question de l'avenir de la planète. Également, la valeur environnement implique que les ressources naturelles du territoire de l'État appartiennent au peuple et que toute entreprise qui les exploite se doit de lui verser des redevances.

Ce ne sont pas tant les valeurs qui sont actuellement unanimes au Québec, mais plus celles que je désirerais qui le soient. Non seulement on aurait un guide pour savoir quelles demandes d'accommodements sont légitimes (seuls les traits culturels qui s'opposent aux valeurs communes sont indésirables, pour le reste on maximise la diversité), mais cela s'appliquerait pour à peu près tous les projets de société. Si ces valeurs communes étaient clairement affichées comme étant celles de l'État québécois, le fondamentalisme religieux, l'ultranationalisme et l'ultracapitalisme deviendraient tacitement des ennemis de notre société. On pourrait donc lutter plus ouvertement contre les grandes religions et les grosses firmes multinationales lorsqu'elles agissent contre les intérêts du peuple.

Afin de rendre plus attrayante et moins «froide» l'adhésion aux valeurs communes du Québec, on pourrait créer une terminologie, une iconographie et une série de slogans ou de maximes autour de ces valeurs communes pour en faire, non pas une religion ou une idéologie, mais simplement quelque chose de positif et d'inspirant. On pourrait même construire des monuments publics représentant allégoriquement l'union de nos sept valeurs communes autour d'une autre sculpture allégorique symbolisant le bonheur du peuple. J'ai même pensé à un logo (j'ai dû changer les noms de certaines valeurs pour que ça entre):

Imaginez-la plus belle que ça. On pourrait en sculpter un bas-relief en bois (avec sept essences d'ici) qu'on accrocherait au mur de l'assemblée nationale, àa la place du crucifix, pour montrer que ce sont ces valeurs et non les valeurs chrétiennes qui doivent servir de ligne directrice aux élus.

Je répète qu'il ne s'agirait pas d'une idéologie, puisque cela autoriserait et encouragerait la diversité d'opinions, de croyances et de pratiques. Ces valeurs ne feraient que baliser le tout, pour savoir quelles sont les dérives extrémistes que l'on ne tolérerait pas.

N.B. – Je rappelle que je n'ai aucun pouvoir. Donc que je n'en vois pas un paniquer à l'idée que j'impose à tous un «culte des sept valeurs communes». Tout ceci n'est qu'un exercice réflexif.

samedi 25 mai 2013

Statut des religions

Je relisais une de mes réflexions sur la laïcité, et je me rendais compte que je n'y avais pas exprimé assez clairement et explicitement ce que je prônais comme statut légal pour les organisations religieuses. Actuellement, elles bénéficient d'un statut particulier leur conférant, entre autres privilèges, une exemption d'impôts et même des subventions; ce qui va directement à l'encontre du principe de séparation de l'Église et de l'État.

Personnellement, il m'apparaît que la seule façon d'être cohérent avec nos valeurs communes (laïcité, égalité) tout en autorisant l'existence des clergés (un accommodement nécessaire tant qu'il y aura des pratiquants), serait d'offrir le choix suivant à toute organisation religieuse:
  • Soit elle s'enregistre légalement comme personne morale, au même titre que les entreprises, et a tous les droits et devoirs qui en découlent;
  • Soit elle perd toute existence légale ou fiscale et n'est donc, aux yeux de l'État, rien de plus que la somme des individus qui la composent;

Ça risquerait d'être un dilemme intéressant pour les clergés. En effet, ceux qui décideraient d'accepter le nouveau statut «d'entreprise fournissant un service de spiritualité» devraient apporter des changements drastiques dans leur organisation. Tous les clercs seraient légalement les employés de leur clergé, et en acquérraient donc les droits. Un exemple simple de ce qui serait problématique: le statut des femmes. Une église qui refuserait d'engager une personne comme curé uniquement parce qu'elle est une femme, violerait directement le principe d'égalité que l'on impose à toutes les entreprises. Pour cette raison, il est fort à parier que les clergés de tous les cultes opteraient en majorité pour l'autre option: n'avoir aucune existence légale.

Les organisations religieuses qui choisiraient de ne pas s'enregistrer légalement ne seraient considérées que comme une somme d'individus sans connexion. Chaque clerc déclarerait son revenu comme travailleur autonome. Tous les lieux de culte seraient légalement propriété d'une ou de plusieurs personnes physiques. Même chose pour les comptes en banque des institutions religieuses. Les conditions de travail, d'embauche, de congédiement et de retraite des prêtres ne seraient d'aucune façon garanties par l'État; il faudrait se fier à la bonne volonté du clergé. Si jamais un prêtre serait expulsé de son clergé, il n'aurait pas droit à l'assurance-emploi; ce serait comme un travailleur autonome qui n'a plus de travail.

Ça semble un peu drastique, mais c'est la seule façon de concilier l'existence d'une entité qui maintient des pratiques allant aussi ouvertement à l'encontre des valeurs élémentaires de notre État. Et en même temps, ça serait comme un incitatif pour les institutions religieuses afin de les pousser à moderniser certaines de leurs façons de faire. Par ailleurs, il y aurait aussi des avantages pour celles qui choisiraient de ne pas s'enregistrer. Exemple, quand un clerc est accusé de propagande haineuse ou de pédophilie, ce serait lui en tant qu'individu qui serait poursuivit tandis que le reste de l'organisation, puisqu'elle n'existerait pas, n'en serait pas éclaboussée.

Évidemment, je trouve personnellement qu'il est aberrant que l'on tolère de nos jours des pratiques comme le fait de refuser d'engager une femme comme prêtre. Mais, on ne peut pas non plus forcer les choses, surtout au sein d'une institution qui tire sa légitimité de la tradition et de son infaillibilité. Ma proposition ici me semble un compromis raisonnable. Comme je disais, tant qu'il y aura des pratiquants, il va nous falloir s'accommoder de l'existence des organisations religieuses. Mais j'attends avec impatience le jour où chacun aura ses croyances personnelles, sans avoir d'allégeance envers un clergé.

mercredi 24 avril 2013

Le temps des impôts

Je déteste le temps des impôts, mais je réalise que je ne suis pas le seul. Pour beaucoup d'entre nous, ça semble une tâche complexe et ardue que de remplir ce rapport, de trouver tous les papiers, de calculer ce à quoi on a droit et que l'on doit. La plupart des gens préfèrent payer quelqu'un pour faire leurs impôts à leur place.

Je trouve juste que c'est un peu absurde qu'une tâche que l'État exige de tout le monde ne soit pas accessible à tout le monde. Je me disais que le service de «faire faire son rapport d'impôts» devrait être assuré par l'État. Imaginons qu'au lieu d'imprimer un T4 et de le donner à son employé pour qu'il le joigne à son rapport d'impôts, l'employeur donnait cette information directement au gouvernement. Même chose pour l'université ou pour une œuvre de charité donnant droit à une exemption d'impôts; toutes ces instances transmettraient au gouvernement toutes les informations qui lui permettrait de faire notre rapport d'impôt à notre place, puis de nous l'envoyer pour que l'on puisse le compléter ou le corriger avant de lui retourner, Il me semble que ça serait plus simple, non?

Et, tant qu'à ça, j'aimerais recevoir une facture détaillé pour qu'on m'explicite clairement dans quoi sont investi chacun des sous que je donne à l'impôt. Juste pour que je sache, par exemple, que tel pourcentage est pour la santé, tel autre pour les routes.

Fin de cet état d'âme exprimant ma haine du temps des impôts.

jeudi 28 mars 2013

Abolir le statut marital

J'ai récemment été le célébrant à un mariage et, pour cette raison, j'ai encore réfléchis sur cette institution. Surtout que, dans l'actualité ces temps-ci, on reparle du mariage gay puisque la France et les États-Unis songent à faire ce que nous avons fait depuis un bon moment déjà. Bref, je me remets à me dire que l'on devrait remplacer notre concept de «mariage» par quelque chose de plus large que le vieux modèle religieux et, possiblement, à abolir l'état civil de type marié/célibataire/veuf/union libre qui me semble obsolète et non pertinente.

Une de mes amies vit avec les deux mêmes colocs depuis des années. À chaque fois qu'ils déménagent, ils déménagent toujours ensemble. Au lieu d'avoir chacun leurs choses et chacun leur tablette dans le frigo, ils partagent pratiquement tout. Ils se répartissent les tâches ménagères, font une seule épicerie pour les trois et mon amie fait à manger pour les deux autres. Bref, à mon avis on peut dire qu'ils constituent clairement un foyer, même s'ils sont plus de deux adultes et qu'ils ne sont pas amoureux les uns des autres. Même chose pour deux de mes grand-tantes, deux sœurs, qui étaient restée vieilles filles et qui cohabitaient. Lorsque l'une des deux est décédée, il me semblait logique que l'autre hérite de ses biens comme si elle eut été sa veuve, même si elles étaient sœurs et pas conjointes. Un autre cas analogue est celui de l'un de mes amis qui, bien qu'ayant presque trente ans, habite toujours chez sa mère. Leur relation n'est pas du tout la même que s'il était toujours enfant; lui et sa mère se partagent les dépenses comme pourrait le faire un couple. Donc pourquoi les membres de ce type de foyers ne mériteraient-ils pas les mêmes droits qu'un couple d'amoureux (hétéro ou homo)?

Dans ma réflexion précédente à propos du mariage, je vous proposais de remplacer l'union de fait (automatique) par trois types d'unions différentes – cohabitation, coparentalité et copropriété – qui seraient également «de fait» et donc ne nécessiteraient aucun contrat ou rite. Mais, tandis qu'être parents d'un même enfant ou copropriétaires d'un même bien est une relation impliquant tacitement des obligations mutuelles, la cohabitation à elle seule ne nous renseigne pas nécessairement sur le niveau d'engagement de deux personnes. Il est possible pour deux personnes d'être domiciliées à la même adresse pendant une longue période sans avoir pour autant d'engagement analogue à celui d'une relation conjugale. Conséquemment, il me semble nécessaire d'avoir une sorte de contrat, comme le mariage, pour définir plus clairement les droits et responsabilités de gens qui cohabitent.

Je propose donc que l'on conserve le mariage mais qu'on le renomme foyer et qu'on le redéfinisse pour que deux ou plusieurs adultes vivant ensemble puisse s'unir légalement et fiscalement en foyer quelle que soit leur relation intime. Ce pourrait être:
  • Un couple d'amoureux;
  • Un jeune adulte qui vit chez ses parents;
  • Une personne âgée qui habite chez son enfant;
  • Des amis qui vivent ensemble;
  • Des frères et/ou sœurs qui vivent ensemble;
  • Une unité polygame;

Il ne serait pas pertinent de mettre un nombre d'adultes maximum par foyer, simplement spécifier que les membres d'un même foyer doivent cohabiter et donc le nombre maximum d'adultes pour un même foyer est fixé par le nombre maximum qui peuvent crédiblement habiter à l'adresse où il est domicilié. En l'absence d'un tel contrat, le niveau d'engagement mutuel de deux cohabitants serait présumé le plus faible possible (deux colocs qui se parlent à peine). Le foyer ne servirait qu'à officialiser et expliciter un rapport de cohabitation; le lien de coparentalité et de copropriété serait distinct et nullement influencé par le fait de s'unir en foyer avec quelqu'un.

Parallèlement, comme je l'ai déjà mentionné, je retirerais toute reconnaissance légale aux mariages religieux. Ce ne serait plus que symbolique et l'on n'aurait donc pas à nous soucier que telle religion interdise le mariage gay ou que telle autre autorise le mariage polygame. Le mot «mariage» ne voudraient rien dire légalement, il appartiendrait aux individus de lui donner le sens qu'ils veulent. Cette institution continuerait donc bien évidemment d'exister mais, comme la religion, elle serait séparée de l'État.

Nous sommes dans des sociétés individualistes et c'est globalement une bonne chose puisque cela émancipe l'individu de toute oppression de la part du groupe. Mais, cela ne doit pas nous empêcher de reconnaître, de faciliter et de donner un statut légal à certaines formes de collaborations entre les individus; en autant que cela soit fait en respectant la liberté individuelle. Que le mariage conjugal en lui-même ait une valeur légale me semble être à la fois une formule trop rigide et une trop grande intrusion dans la vie privée. Le genre de rapport que j'entretiens avec les gens avec qui je partage mon logis ne concerne pas l'État. Ce qui le concerne c'est que nous constituons un foyer, pas que nous soyons amoureux.

dimanche 10 février 2013

Fêtes et jours fériés

Les jours fériés sont accordés par l'État mais correspondent souvent à des fêtes religieuses. Cela va à l'encontre de notre idéal de laïcité. Par ailleurs, même les fériés non religieux posent le problème d'intervenir dans la tradition, ce à quoi je me suis opposé précédemment. Mais la religiosité des fériés est d'autant plus problématique puisque les fêtes religieuses ne sont pas les mêmes jours pour tout le monde. Et, si l'on accordait à tous les croyants des jours fériés pour leurs religions, en ne leur donnant pas de fériés pour les fêtes d'autres religions que la leur, ce serait injuste puisque certaines religions ont plus de fêtes que d'autres et que les athées n'en ont pas. Mais le point demeure que les travailleurs doivent avoir droit à un certains nombres de congés, et d'avoir des dates spécifiques dans l'année qui sont importantes pour eux.

La solution la plus simple serait de simplement accorder à tout citoyen un nombre fixe de jours fériés qu'il pourrait utiliser quand il veut dans l'année, en autant d'en aviser son employeur deux semaines à l'avance. Il n'y aurait donc plus de dates fixes pour les jours fériés, chacun les prendrait à sa convenance. Que ce soit pour célébrer une très ancienne fête sacrée ou l'anniversaire de son enfant; ça serait selon ce qui est important pour l'individu.

Mais je me demandais tout de même: devrait-il y avoir des fêtes communes à tous les citoyens et dont les festivités seraient soulignées et financées par l'État? En général, je n'aime pas trop l'idée de forcer les citoyens de se retrouver sous une bannière commune ou à l'intérieur d'une identité collective qu'ils n'ont pas choisie, mais je vois tout de même certains avantages à des fêtes communes. Cela peut nous donner un prétexte pour se retrouver avec nos proches, et les moyens de l'État peuvent permettre de financer des festivités de plus grandes envergures. Également, il me semble que c'est plus facile à gérer pour les employeurs et la société si les gens prennent leurs congés dans la même période. On va être plus tolérant, comme client, envers le manque de service dans un commerce si l'on sait que beaucoup d'employés sont en vacances.

Je propose donc d'instaurer quatre périodes de fêtes communes dans l'année. Ce serait des périodes de dix jours, situées dans les alentours des solstices et équinoxes, et lors desquelles chacun aurait droit à deux jours de congés payés qui ne compteraient pas dans leurs réserves personnelles de jours fériés. Je suggère de les nommer de façon laïque:
  • la période de la fête nationale (du 23 juin au 2 juillet),
  • le temps des fêtes (du 24 décembre au 2 janvier),
  • la rentrée (du 23 septembre au 2 octobre),
  • la relâche (du 24 mars au 2 avril).*

Ce serait l'employeur qui fixerait les jours exacts dans la période mais ça doit être un jour que l'employé travaillerait normalement. Ça remplacerait: Noël, le jour de l'an, vendredi saint, lundi de Pâques, la St-Jean, le jour de la Confédération, la fête du travail et l'action de grâce. Peut-être qu'il serait pertinent de mettre des dates spécifiques, à l'intérieur de ces périodes, lors desquelles certains types de commerces seraient tenus de fermer leurs portes. À ces huit fériés semi-fixes s'ajouteraient deux fériés flottants que le citoyen pourrait prendre n'importe quand dans l'année.

L'État financerait les célébrations pour la fête nationale. Il décorerait ses bureaux pour le temps des fêtes mais, seulement avec des ornements folkloriques (sapins, guirlandes, etc.) et pas des religieux (crèches, anges, etc.). Il n'y aurait pas de célébrations à proprement parler pour la rentrée et la relâche, mais le fait d'avoir des congés en même temps inciterait les gens à se rapprocher et à faire des soupers de famille.

Je trouve intéressant de dissocier ainsi l'État du religieux, tout en permettant et en facilitant l'accès à des congés payés pour les fêtes traditionnelles. La majorité des habitants du Québec, même s'ils ne sont plus vraiment croyants, se réunissent en famille lors de ces dates.

---
*Évidemment, ici je me suis conten de placer ces périodes dans le calendrier grégorien. Mais, de mon point de vue, il serait encore plus avantageux de complètement réformer le calendrier. Ainsi, si j'instaurais mon calendrier sans faire le moindre accommodement avec la tradition, des fériés à date fixe seraient placés aux journées intercalaires (cinq par année) mais, on aurait davantage de fins de semaine par an (soixante au lieu de cinquante-deux) puisque les semaines ne dureraient que six jours.