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vendredi 24 mai 2019

Les croyances sexuelles

La vision traditionnelle des sexes est mises à mal de nos jours. Nous commençons à accepter l’idée que le genre est quelque chose de socialement construit, à le percevoir comme une catégorie plus fluide, moins binaire, et à accepter que l’un puisse se sentir d’un genre différent que celui que la société lui a assigné à sa naissance. C’est très bien. Mais comme toute idée nouvelle, cela apporte des débats parfois conflictuels avec les gens qui ne sont pas prêts à accepter ce nouveau paradigme et lui préfère le traditionnel «binarisme».

En fait, la divergence n’est pas non plus qu’entre la vieille mentalité et une nouvelle conception des choses parfaitement unifiée; même parmi ces idées nouvelles il y en a qui entrent en contradiction les unes avec les autres. Par exemple, l’un peut croire que l’identité sexuelle est quelque chose de bien ancrée dans la biologie, qu’un cerveau mâle est physiquement différent d’un cerveau femelle, mais accepter l’existence des transgenres en se disant qu’une mutation quelconque peut mettre parfois un cerveau femelle dans un corps mâle. À l’inverse, l’un pourrait voir les identités de genre comme une simple construction sociale, quelque chose qui est dans notre tête, et s’opposer à la reconnaissance des transgenres en lui préférant l’abolition des genres.

Bref, il y a des oppositions sur plusieurs axes:

  • les genres sont innés et biologiques ou socialement construits?
  • les genres sont étanches ou fluides?
  • les genres sont deux ou plusieurs?
  • peut-on être d’un genre différent de celui qu’on nous a assignés à la naissance ou pas?
  • notre sentiment d’autoidentification à un genre est-il quelque chose de viscéral et d’inaltérable ou peut-il être modifié?


Devant, donc, la potentielle diversité d’opinions en face de laquelle ces débats nous amènent, je me dis que, en tant que société, l’on devrait adopter une posture analogue à celle que l’on a – ou que l’on devrait avoir – avec la religion. C’est-à-dire, une position de neutralité. Être «laïc» sur la question et laisser les gens avoir l’opinion qu’ils veulent sur la question des genres. Ainsi, si l’un croit que je suis une femme mais que moi je crois que je suis un homme, l’on devrait être capable de coexister en dépit de cette divergence de croyance, de la même façon qu’on le fait lorsque moi je crois vénérer le bon culte mais que mon voisin croit que je suis damné.

Soit. Mais le concept de neutralité de l’État semble souvent être mal compris. Pour beaucoup de gens, c’est favoriser systématiquement le statu quo et empêcher l’expression des idées nouvelles. Ainsi, pour certains, il est laïc d’avoir un crucifix à l’Assemblée nationale mais ce ne serait plus neutre que de l’enlever. Ça semble absurde – et ça l’est! – mais ces gens sont mûs par une conception dualiste du monde (la même tendance qui les pousse à croire à la binarité des genres), dans laquelle ils forment un NOUS et le reste sont un EUX homogène. Ainsi, il y a pour eux la religion (la leur, la vraie) et l’antireligion (qui comprend toutes les autres religions ainsi que l’athéisme). Ainsi un recul de la religion est forcément une avancée de l’antireligion et inversement. Dans cette optique, le statu quo représente forcément la neutralité puisque tout changement, d’un côté comme de l’autre, est perçu comme favorable à la progression de ce côté. Mais la réalité, c’est qu’il y a plusieurs religions et plusieurs postures antireligieuses ou areligieuses, et que la réelle expression de la neutralité serait d’autoriser toute cette diversité de position, tout en évitant d’embarquer l’État dans ces débats, ce qui implique forcément de cesser de reconnaître tacitement la religion traditionnelle locale comme plus importante en lui donnant des passe-droit sur ce principe de neutralité.

Bref, faisons la même chose pour la question des identités de genre. Cessons de faire de la conception traditionnelle «binariste» la «religion officielle» et soyons «laïcs» sur cette question. C’est-à-dire, faisons en sorte que tout le monde soit libre de croire ce qu’il veut par rapport aux identités de genre, et n’intervenons que pour défendre les gens contre la discrimination ou les oppressions pouvant découler de ces croyances. On n’officialiserait donc pas nécessairement la non-binarité mais on cesserait de reconnaître le binarisme comme la croyance officielle. Ainsi, de même que les catholiques continuent d’avoir le droit de croire en leur religion, même si on a laïcisé les institutions, les binaristes doivent accepter que l’État se retire de cette juridiction et que, par conséquent, les pratiques et les lois qui découlaient directement de leur croyance soient invalidés.

Dans la pratique ça implique que les identités de genre – comme les identités religieuses – ne fassent plus partie de notre identité légale. Et que chacun puisse choisir le titre de civilité (monsieur, madame, autre) et le genre grammatical qu’il veut qu’on utilise avec lui. Ça semble aller directement à l’encontre de la binarité et de la fixité des genres, mais c’est tout simplement un retrait stratégique de l’État de trancher sur des questions qui ne sont pas de sa juridiction. L’individu exprime comment il s’identifie, l’État catalogue cette donnée pour ce qu’elle est: une autoidentification. La question philosophique de savoir ce que l’individu est «réellement» ne l’intéresse pas, on veut juste savoir si on écrit «monsieur» ou autre chose dans les messages qu’on lui adresse.

Ça veut aussi dire, donc, de lutter contre la transphobie, le sexisme ou tout autre discrimination basée sur l’identité de genre ou l’expression de genre. Encore une fois, cela ne veut pas dire que l’on reconnaît le genre comme quelque chose qui existe ni que l’on a une opinion officielle sur le fait qu’une personne trans est, ou non, du genre qu’elle dit être. On peut lutter contre le racisme sans croire à l’existence des races, et contre l’islamophobie sans croire à la révélation du Coran. En fait, comme j’ai déjà dit, plutôt que d’ajouter constamment des amendements à la loi contre la discrimination à chaque fois que les gens en inventent une nouvelle sorte, on devrait juste interdire de discriminer arbitrairement les gens.

Ça peut sembler difficile, autant pour les fervents adeptes du binarisme que pour ceux qui s’y opposent, de lâcher-prise sur l’idée que, non, vous ne réussirez pas à convaincre tout le monde de ce qui vous apparaît clairement comme un fait. Mais, quand on y pense, on agit de même avec la religion. On accepte l’idée que la majorité des gens croit à un mensonge (même pour les croyants, les autres croyances sont des mensonges) et on vit bien avec ça. Je peux pas croire qu’on peut pas faire de même avec nos points de vue sur les genres.

vendredi 23 juin 2017

Le fardeau de l’homme blanc

Petite histoire:
Un jeune roi vivait dans un château. Il avait de beaux vêtements, mangeaient de somptueux repas, dormait dans un immense lit, et des dizaines de serviteurs étaient à sa disposition. Mais il était malheureux. Il aurait aimé devenir troubadour, partir en voyage et chanter des chansons dans toutes les auberges du monde. Il aurait voulu pouvoir se marier par amour plutôt que d’épouser la princesse du royaume voisin. Souvent, il enviait les paysans, se disant qu’ils étaient chanceux de pouvoir faire ce qu’ils voulaient de leur vie. Ils trouvaient aussi ses vêtements royaux trop chauds, et aurait voulu se promener torse nu comme les paysans. 


Dans cette histoire, on a quand même un peu de difficultés à avoir pitié du roi. On comprend que c’est plate et que ses revendications sont légitimes, il devrait pouvoir avoir le métier qu’il veut et ne pas être marié de force à une inconnue, mais ça reste quand même un roi. Les paysans troqueraient volontier leur vie miséreuse pour sa condition. Ce que je voulais montrer ici c’est qu’il y a toujours des désavantages à être privilégié. Un système d’oppression n’est pas toujours tout rose pour ceux qui se retrouvent en haut, même s’ils sont indubitablement en meilleur posture que les opprimés.

Le principal désavantage d’être dans la classe des dominants c’est que vos pairs et vous ne formerez pas un groupe solidaire, uni dans leur empire du mal, qui opprime collectivement les inférieurs mais en partage les bénéfices entre eux de façon juste et égalitaire. Oh non. Tant que les inférieurs restent à leur place, les dominants sont perpétuellement dans une compétition féroce et malsaine pour savoir qui est le plus dominant, le mâle alpha, le roi des rois, chacun luttant au détriment de tous les autres pour s’élever au sein de cette infâme hiérarchie. Et, les critères pour établir le rang de chacun seront généralement basées sur qui répond le mieux aux attributs qui définissent le groupe. Quel homme est le plus viril? Quel riche a le plus d’argent? Quel noble a le plus de sang bleu?

Et cet état de fait aura aussi un impact sur la façon dont seront traités les groupes opprimés par la classe dirigeante. Selon le contexte et l’époque, on encouragera soit de se montrer impitoyable envers les opprimés – et le contraire serait alors qualifié de faiblesse, de sensiblerie ou d’être soi-même secrètement un membre de ce groupe – soit, à l’inverse, d’être bon envers ces misérables inférieurs, d’être supérieur mais sans se montrer tyrannique, par exemple la galanterie pour les hommes et la philanthropie pour les riches. Mais dans les deux cas, ce sera toujours pour affermir sa position et jamais pour être plus égalitaire. Car cette course à la chefferie se fait toujours au détriment des classes inférieurs.

Ainsi, si l’on s’attend à ce qu’un riche donne à la charité, il doit faire cela en ayant les moyens de continuer de mener sa vie d’opulences et d’excès. De donner aux pauvres n’est qu’une façon de plus d’étaler sa richesse; on ne respectera pas un riche qui a une voiture modeste ou qui ne peut aller au golf parce qu’il a trop dépensé dans les œuvres de charité. Même chose pour la virilité, même si c’est un peu plus subtil. On tolérera d’un homme hétérosexuel qu’il assume des aspects de lui qui sont traditionnellement associés à l’homosexualité ou à la féminité, mais seulement sous le motif qu’il est «tellement confiant d’être hétéro» ou qu’il a un tel succès avec les femmes, qu’il peut se le permettre.

Dans certains contexte, les dominants vont dénoncer les écarts de leurs pairs afin de s’élever au-dessus d’eux, mais dans d’autres, lorsqu’ils sentent que ces comportements compromettent le statut de leur caste en général, ils vont plutôt forcer ces déviants à revenir dans le droit chemin ou les condamner à mort pour abomination. En fait, si l'on se réjouit lorsque nos pairs échouent cette course à la dominance, on sera très agressif envers ceux qui semblent juste ne pas vouloir y participer. Ça survient surtout si c’est un groupe dans lequel on naît. Ces gens qui, par leur seule existence, floutent la frontière entre l’élite et les inférieurs, ou relativisent l'importance de cette course au prestige, trahissent leurs pairs et remettent en cause la légitimité de leur pouvoir, doivent être éliminés. Ainsi, les dominants doivent bien souvent se surveiller.

Souvent aussi, leur état de créature sacrée les empêchera de s'adonner à certaines activités indignes de leur condition ou qui seraient vues comme une profanation d'eux-mêmes. Ainsi, si l'on hésite pas à euthanasier un vieil animal souffrant lorsqu'on ne peut plus le sauver, en arguant très justement que c'est la chose humaine à faire, on ne laissera pas un humain dans la même situation s'en aller dans la dignité; il devra endurer une lente agonie au nom du caractère sacré de la vie humaine.

Autre inconvénient : au niveau historique. On dit souvent que l’histoire est écrite par les vainqueurs. Ainsi, les groupes historiquement opprimés sont sous-représentés parmi les personnalités historiques connues, c’est un fait. Le palmarès des plus grands êtres humains de l’Histoire est un boysclub très sélect et très pâle. Mais, quand on y pense, ce n’est pas juste avantageux. De nos jours, on est plus sensible à l’oppression et à son histoire, et on raconte le passé en conséquence. Ainsi, d’être un homme blanc hétéro cisgenre anglophone c’est être, historiquement, dans l’équipe des méchants. C’est d’être un méchant par essence. Ce n’est pas une image positive, agréable, à laquelle être associé. Ce n’est pas une belle expérience que de grandir en se faisant faire sentir coupable d’être né.

Dans le même ordre d’idées, je trouve dommage que le mot «féministe» soit positif et «masculiniste» négatif. Que ce dernier se soit associé à une lutte pour restaurer les privilèges masculins et vaincre un matriarcat imaginaire. J’aurais aimé que les deux mots signifient la même chose mais sous une perspective différente. Que le masculinisme ait pour but d’abolir le patriarcat afin que les hommes cessent de vivre sous le fardeau de tout ce qu’on exige de ceux qui sont nés dans le groupe dominant.

Car ce que ces masculinistes n’ont pas compris, c’est la même chose que ce qui échappe aussi au roi de mon histoire. Les désavantages dont ils sont victimes ne sont pas le fruit d’un système qui est bâti contre eux, mais d’un système qui est construit pour eux. Ces inconvénients ne sont que le revers naturel des privilèges dont ils bénéficient malgré eux. Ils ne sont pas le fruit du féminisme mais du patriarcat. La meilleure façon de s’en émanciper est donc de s’allier à la cause pour l’égalité et la déconstruction des catégories. On cessera d’exiger des hommes qu’ils soient «hommes» lorsque ce ne sera plus perçu comme un défaut que d’être une femme, et encore plus lorsque ce ne sera plus important d’être homme ou femme.

Alors, oui, dans un contexte où l’on dénonce de plus en plus les injustices que subissent les groupes opprimés, ce peut être frustrant de sentir que l’on minimise l’importance des désagréments qu’il y a à faire partie du groupe des dominants, mais c’est un faux dilemme puisque les deux découlent du même système.

lundi 12 janvier 2015

Des incroyants qui s'ignorent

Suite à la tuerie au Charlie Hebdo, nous avons tous été choqués et troublés de voir que la liberté d'expression pouvait être ainsi attaquée par la violence et le meurtre, encore de nos jours, dans un pays occidental. Les commentaires sur l'événement ont rapidement saturé le web en allant dans toutes les directions. Outre les extrémistes de la droite qui se sont rapidement affairé à récupérer l'événement pour laisser sortir leur xénophobie, la plupart des gens ont plutôt manifesté leur solidarité face aux victimes en affichant le label «Je suis Charlie».

L'élément dont je voudrais discuté ici concerne l'opposition entre deux genres de discours spécifiques qui ont suivi l'événement dans les médias sociaux. Deux opinions en apparence contradictoire que j'ai vu diffusé par mes amis facebook ou sur des blogues que je suis. Il s'agit de:

  • A. Il ne faut pas faire d'amalgame. Les actions perpétrées ici ont été commises par des individus isolés et extrémistes. La majorité des musulmans n'a rien à voir avec de tels actes de violence.
  • B. L'islam est une idéologie violente par nature. Il suffit d'ouvrir le Coran pour constater à quel point certains passages incitent explicitement à la haine et à la violence envers les pécheurs, les païens et les blasphémateurs. Il est absurde de se leurrer en disant que la religion n'a rien à voir là-dedans.


Ces deux positions semblent antagonistes. Et pourtant, j'adhère pleinement aux deux. En fait, ce qu'il faut comprendre c'est que les musulmans modérés sont comme les chrétiens modérés ou tous les croyants modérés: ce sont des incroyants qui s'ignorent. Lisez les passages sanglants du Coran à un musulman peu pratiquant et il réagira de la même manière qu'un catholique moyen face à l'Ancien Testament: il sera choqué et s'en dissociera, ou essaiera tant bien que mal de trouver une façon tordue de réinterpréter ce passage de façon à le faire concorder avec ses propres valeurs et sa propre conception de Dieu.

En fait, comme je le disais auparavant, les gens continuent de s'identifier à leur religion natale plus par attachement à une identité commune, et par loyauté envers leur communauté d'origine, que par foi. Les modérés ne croient pas vraiment à la religion à laquelle ils disent croire. Ils ont une spiritualité personnelle, très librement inspirée de celle de leurs ancêtres, mais leurs valeurs progressistes et modernes n'ont rien à voir avec celles que l'on retrouve dans la Bible et le Coran. On peut dire qu'ils sont tout prêt de l'incroyance, à un pas de sortir de la religion. Ils ne sont simplement pas encore prêt à faire ce pas là et, comme ils ont de toute façon de bonnes valeurs malgré tout, je pense qu'il faut respecter ça. Les laisser s'émanciper eux-mêmes et à leur rythme de l'étiquette religieux dont ils se revendiquent mais qu'ils ont totalement vidé de son sens.

Bref, les attentats en question ont bel et bien été commis par des individus religieux au nom de leur religion, selon une interprétation tout à fait juste et cohérente des saintes écritures (c'est le second des dix commandements qui ordonne de ne pas représenter le divin et de tuer ceux qui le font*). Mais cela ne veut aucunement dire que les autres individus prétendant être de la même religion que ces dits individus adhèrent réellement et fervemment aux croyances religieuses de ces individus puisque croyances religieuses et appartenance religieuse sont deux choses.

Pour terminer, je voudrais juste revenir sur un autre élément de la campagne «Je suis Charlie». Quelque chose avec quoi je n'ai pas été à l'aise. Je n'ai rien contre le fait qu'un journal satirique publie des caricatures pour rire de la religion; au contraire! Mais que l'on se mette soudainement à diffuser à plus grande échelle (via les médias sociaux mais certains réclament aussi que tous les journaux fassent de même) lesdites caricatures par solidarité envers les dessinateurs assassinés... moyen. Je comprends que l'on veut montrer aux Talibans et autres fous de Dieu que l'on n'a pas peur d'eux, mais il y a des gens – les croyants modérés dont je parlais tantôt – qui pourraient en être offensés. Dans un journal satirique c'est ok, au pire ils ont juste à ne pas le lire! Mais sur tous les médias sociaux, ça peut devenir insultant. Donc c'est pas pour bâillonner la liberté d'expression ou parce qu'on n'a peur des extrémistes, mais peut-être qu'on devrait desfois essayer de ne pas insulter ou faire de la peine à toute une communauté juste parce qu'on est fâché contre une poignée d'entre eux. C'est pas fin.

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* Deutéronome 5:8

dimanche 13 octobre 2013

Critique de la Charte péquiste

Apparemment que les gens ne sont pas aussi nombreux que je l'aurais crû à être contre notre nouvelle charte des valeurs chrétiennes québécoises. Je me suis dis que ça valait la peine d'expliquer clairement ma position à ce propos. En gros, je n'ai rien contre l'idée de créer une charte de cette sorte, c'est la façon dont cela a été fait qui m'irrite viscéralement. Sommairement, mon objection se résume en quatre points:
  • Elle ne règle aucunement les problèmes pour lesquelles elle a été créée;
  • Elle crée des problèmes qui n'existaient pas du tout avant sa création;
  • Elle est ethnocentrique;
  • Elle attise l'intégrisme au lieu de le neutraliser.

La raison pour laquelle le désir de créer une telle charte existait, c'était pour baliser les demandes d'accommodements religieux. Évidemment, ce problème à la base était une pure construction des médias et des politiciens. On a pris quelques anecdotes sans importance et on en a fait d'énormes scandales en utilisant l'insécurité identitaire. Cette tactique a particulièrement été efficace chez les gens qui, dans leur quotidien, n'ont jamais à fréquenter les gens de minorités religieuses, et donc qui sont plus enclins à se référer à l'image que leur envoient les médias pour se faire une idée là-dessus. Mais maintenant que ce problème fabriqué existe, il importe de le régler. Et il est vrai que d'adopter une posture claire sur le sujet permettrait de désembuer le flou qui entoure ces questions.

J'ai déjà exprimée mon opinion sur les «accommodements raisonnables». Pour moi, la religiosité d'une coutume n'a pas à être considérée, ni pour l'autoriser ni pour l'interdire. Ce qu'on doit mettre dans la balance c'est l'importance que ça a pour l'individu qui la pratique (peu importe que ce soit une tradition religieuse, culturelle, familiale ou personnelle) versus la nuisance potentielle que cette activité pourrait représenter pour autrui. Point. Je vous ai déjà aussi présenté un plan de charte des valeurs communes dans lequel je suggérais de simplement énoncer une série de valeurs (liberté, égalité, solidarité, relativisme culturel, art, science, environnement) accompagné d'une définition de notre conception de ces valeurs, et des incidences que cela aurait sur notre interprétation des lois. Une sorte de substitut de constitution ou de religion officielle mais en plus soft. Mais, finalement, j'ai été déçu de voir que la nouvelle charte ne ressemblait à rien de tout ça et n'était rien d'autre qu'un nouveau code vestimentaire pour la fonction publique, avec quelques ajouts ambigus dans la charte des droits et libertés.

D'ailleurs, je ne suis pas certains qu'ils ont vraiment réfléchis à fond à cet ajout. Le principe d'égalité homme/femme n'est pas partout en vigueur dans notre société et il pourrait en découler des incidences imprévues. Par exemple, les situations de sexisme léger envers les hommes tel que de leur refuser l'accès à un gym ou de leur charger un prix d'entrée dans un bar ou sur un site de rencontre auquel les femmes peuvent accéder gratuitement, vont directement à l'encontre de cette charte. Même chose si une piscine publique autorise les hommes à montrer leurs mamelons mais l'interdit aux femmes. D'ailleurs, comme elles sont employées de l'État, les sauveteurs femmes des piscines municipales auront-elles le droit de se voiler les seins, ou devront-elles les montrer comme leurs collègues masculins? Moi ça fait mon affaire qu'on abolisse tout sexisme, mais je ne sais pas si c'était prévu et si le peuple est prêt pour ça. Par ailleurs, pour moi d'introduire l'idée d'égalité des sexes n'a rien de nouveau et est tout aussi nébuleux. Concrètement, qu'est-ce que ça veut dire?

L'autre problème de cette charte c'est qu'elle crée une situation conflictuelle nouvelle plutôt que d'en régler une autre. À ce que je sache, personne ne s'était plaint que des fonctionnaires quelconques portent un foulard sur leurs cheveux. Ce n'était pas un enjeu à régler. Maintenant c'en est un. Des tensions élevées entre les partisans et les opposants de cette charte sont apparues. Même si c'est «pour le principe» qu'on voudrait que tous les employés de l'État soient vêtus de façon «religieusement neutre», le gouvernement devrait avoir la sagesse de ne pas focaliser sur les principes mais de se concentrer sur les conséquences. Dans la pratique, ces fonctionnaires voilées ou enturbannés ne causaient aucun mal, alors de nous mettre à dos une partie de la population juste pour une raison d'uniformité vestimentaire, ce n'est pas l'alternative la plus raisonnable. Par ailleurs, au Québec, on a nationalisé plusieurs choses (et, si on est intelligents, on va continuer de le faire) mais, ces fonctions n'en sont pas devenus pour autant des postes de «représentants de l'État». Un employé - qu'il soit au public ou au privé - ne demeure qu'un employé. Le commis de la SAQ et le commis du dépanneur ont des rôles analogues pour le citoyen. Même chose pour l'employé de la compagnie d'électricité par rapport à celui de la compagnie du câble. Pourquoi l'État interdirait au premier de porter un turban, mais interdirait à l'employeur du second de l'empêcher de porter un turban?

En plus, la principale conséquence sera probablement que beaucoup de femmes voilées vont choisir de rester à la maison plutôt que de travailler, se refermant encore plus sur leur famille et ayant donc moins de chance de quitter la religion. Est-ce vraiment un bon plan? Par ailleurs, si ce qu'on leur reproche vraiment c'est d'avoir des croyances intégristes, en quoi le fait de retirer leur voile ou de cesser de travailler les rendra moins intégristes dans leur croyance? À moins que ce que l'on souhaite secrètement c'est qu'elles quittent le pays? Ce qu'il faut comprendre c'est que le voile n'est que le symptôme d'un mal qu'on appelle l'obscurantisme. Interdire aux intégristes de se voiler, c'est comme interdire aux enrhumés d'éternuer. Ce à quoi l'on doit s'attaquer c'est la croyance elle-même, pas la pratique qui en découle (sauf lorsqu'elle est elle-même directement préjudiciable). Et on ne peut malheureusement pas interdire à quelqu'un de croire quelque chose. C'est par l'éducation qu'on lutte contre l'obscurantisme, pas par la coercition. Au contraire, ça lui donne du capital de martyre ce qui lui permet de se répandre davantage. Mais je suis d'accord pour interdire ces signes religieux pour les gens dans une situation d'autorité, de pouvoir ou d'influence; de façon à limiter la propagation de l'obscurantisme.

Finalement, ce que je reproche surtout à cette charte est son ethnocentrisme à peine dissimulé. Au sein des partisans de la laïcité existe une faction qui simule son désir de laïcité mais qui, dans les faits, prône le christianisme; cette charte s'inscrit dans ce courant. On utilise l'argument de vouloir une neutralité religieuse pour faire reculer les religions étrangères, mais on donne au christianisme toute sorte de passe-droits aussi illégitimes qu'arbitraires. Qu'on nous propose sérieusement et sans sourciller une charte sur la laïcité qui autorise la présence d'un crucifix au-dessus du trône du président de l'assemblée nationale. Sérieusement!? Qui autorise les conseils municipaux à réciter une prière avant chacune de leurs rencontres. Vraiment? Qui ne dit mot sur le financement des écoles religieuses et l'exemption d'impôts des clergés. Ce n'est pas important? Et de définir les signes ostentatoires d'une façon qui, comme par hasard, permet aux chrétiens de continuer de porter leurs croix autour du cou (sauf si elle est trop grosse… comme si ça existait de cette taille là) et qui interdit tous les symboles des autres religions. C'est même pas subtil. Le message c'est «Au Québec, on est catholique!» En tant qu'athée, ça me dégoûte.

J'ajouterais en terminant que je n'ai pas non plus aimé la campagne publicitaire autour de cette charte. Des slogans comme «On y croit!» ou «C'est sacré!» ne m'apparaissent pas correspondre tout à fait avec le principe de laïcité qui est, justement, une non-ingérence de l'État dans le domaine de la croyance ou du sacré.

Heureusement, Québec Solidaire a proposé une nouvelle charte qui ne présente pas ces problèmes. Mais bon, je sais déjà comment elle sera reçue. Mais bref, abolissons les écoles religieuses (point sur lequel la charte péquiste ne dit mot) et donnons aux générations suivantes une éducation laïque avec de belles valeurs. Enseignons-leur la pensée critique et, dans les cours de culture religieuse, renseignons-les sur les origines sociohistoriques des pratiques religieuses pour qu'ils aient une meilleure perspective là-dessus. Je suis sûr qu'on luttera ainsi beaucoup plus efficacement contre l'intégrisme.

jeudi 7 février 2013

Modifier son corps

La technologie moderne nous permet de modifier nos corps: teindre nos cheveux, se faire tatouer ou percer, se faire enlever des rides, liposucé ou même changer de sexe. Personnellement, je trouve qu'il y a quelque chose de merveilleux dans le fait que l'on puisse avoir plus de pouvoirs sur notre apparence physique. Que l'on puisse choisir ce qu'on est, en quelque sorte. C'est comme le triomphe de la personne sur la nature, de la volonté sur le hasard, de la raison sur l'irrationnel, de l'intelligence sur la contingence, etc. Certains disent que l'on devrait demeurer «naturels». Moi, je ne crois pas en «la nature» autrement que comme une allégorie.

Ainsi, j'aime bien voir un tatouage sur une personne. C'est comme si elle avait fait de son corps (un produit de la nature) une œuvre d'art (un produit de l'esprit). Par contre, en ce qui me concerne, il y a peu de chance que je me fasse tatouer un jour. Non que je sois contre l'idée, mais il faudrait que je trouve une idée de tatouage qui soit non seulement significativement pour moi en ce moment, mais qui le demeurerait également toute ma vie. Donc, puisqu'un tatouage c'est permanent, m'en faire faire un serait comme de croire en l'inaltérabilité de ma personnalité. Comme si mon être actuel était «parfait» et ne pouvait plus évoluer autrement. Si les tatouages étaient plus faciles à enlever, je m'en ferais sans doute faire de temps en temps. Mais en ce moment, ça serait comme une atteinte à la liberté de mon «moi» futur.

Je trouve que c'est abusif, voire discriminatoire, lorsqu'un employeur force les membres de son personnel à cacher leurs tatouages, à retirer leurs perçages et à ne pas se teindre les cheveux d'une couleur atypique. C'est contraire à l'idéal de liberté que je prône. Personnellement, j'aime bien voir ce genre de diversité dans le physique des gens d'un commerce. Ça fait contraste avec leurs uniformes identiques et souvent moches. Accepter la diversité que les gens choisissent d'avoir est l'extension logique de l'acceptation de la diversité ethnique et des orientations sexuelles. Autrement, c'est comme si le raisonnement sous-jacent était qu'être différent est un défaut, donc que c'est pardonnable uniquement lorsque ce n'est pas par choix.

En ce qui concerne les modifications du corps visant à dissimuler les signes du vieillissement, c'est un peu différent. C'est vouloir éviter ce que l'on perçoit comme une détérioration de l'apparence. Même chose pour toute autre chirurgie esthétique; une liposuccion ou des implants mammaires par exemple. On veut tout simplement augmenter notre beauté. C'est la même chose pour le fait de se maquiller. J'y vois aussi quelque chose de positif, en ce sens que l'on peut «améliorer» notre apparence plutôt que de nous contenter de ce que la nature nous a donné. Le problème c'est quand on fait cela à cause d'une pression sociale. Ça serait mieux si tout le monde pouvait être à l'aise avec son corps sans s'altérer ainsi. D'autant plus que plus les gens auront recours à ce genre de transformation, et plus les standards de beauté vont les exiger.

Je trouve aussi formidable que l'on puisse désormais changer de sexe si l'on estime ne pas être né avec le bon. C'est un sentiment que j'ai de la difficulté à cerner, puisque je ne me sens pas particulièrement homme ni femme, mais je suis content que ceux qui ont un tel mal-être avec leur sexe biologique puisse faire ce choix. En fait, l'existence de cette possibilité fait en sorte que notre sexe devient un choix pour nous tous, puisqu'en choisissant de ne pas changer de sexe on confirme que l'on choisit d'être de notre sexe. On est donc libre d'être un homme ou une femme. Mais là aussi, je me demande parfois si ce ne sont pas des pressions sociales qui poussent une personne à être mal à l'aise avec son sexe biologique. Si l'on avait réellement déconstruit les genres, peut-être y aurait-il moins de gens désirant changer de sexe? J'imagine que ça dépend de si c'est son sexe social qu'elle refuse ou son anatomie génitale.

Parfois je m'imagine un futur de science-fiction dans lequel les humains pourront ajouter à leurs corps des organes artificiels. Là aussi, je trouve cette perspective positive, que ce soit pour remplacer une partie du corps endommagée, ou simplement pour le plaisir d'avoir de meilleurs yeux ou des bras de robots. Bien sûr, cela pose pour certains le problème de «un humain à ce point modifié est-il encore un humain?» mais cette question est invalide dans mon paradigme

Par rapport aux modifications corporelles en générales, je pense que l'on devrait viser un accroissement de la liberté. La liberté, c'est lorsque l'on a le pouvoir d'assouvir nos désirs. On augmente sa liberté soit en augmentant son pouvoir, soit en réduisant ses désirs. Ainsi, pour augmenter la liberté des individus sur leurs corps, il faudrait à la fois:
  • Permettre aux individus de modifier leurs corps comme bon leur semble sans qu'ils ne soient discriminés pour ça, et en améliorant de plus en plus la technologie qui permet ça;
  • Neutraliser autant que possible les causes psychologiques et sociales qui poussent les individus à vouloir modifier leurs corps;

mercredi 19 décembre 2012

Je ne suis pas catholique

Une des choses que je déteste, dans la vie, c'est de me faire dire que je suis catholique simplement parce que je suis baptisé, ou me faire dire que je suis chrétien uniquement parce que je suis Occidental. Dans le même ordre d'idée, j'ai lu quelque part récemment l'oxymore «juif athée» pour parler d'un athée issu d'une famille juive. Comme si notre religion faisait partie de nous à notre naissance et que l'on ne pouvait plus s'en défaire.

Je n'aime pas non plus quand on me dit que même si je ne crois pas à Dieu, j'ai quand même sûrement «des valeurs chrétiennes». Non, je n'en ai pas, puisque je suis pour l'égalité des sexes, l'avortement, la contraception et le mariage gay. Et je ne considère pas que d'aimer son prochain soit «une valeur chrétienne» puisque c'est universel à tous les systèmes de valeurs et donc pas proprement chrétien. En fait ça s'appelle l'altruisme donc c'est pas mal la base. Ce n'est pas avoir des valeurs chrétiennes, c'est avoir des valeurs tout court.

Je conclus en vous rappelant quelques définitions:
  • Un chrétien est quelqu'un qui croit que Jésus est revenu d'entre les morts;
  • Un catholique est un chrétien qui croit que le Pape est le porteparole de Dieu sur Terre.

Alors non seulement je ne suis pas catholique, mais souvent la personne qui me dit catholique, comme elle, ne l'est pas non plus…

jeudi 20 septembre 2012

Identifier son sexe

Apparemment qu'aux États-Unis, il est fait mention de la «race» d'un individu dans le recensement et sur ses cartes d'identités. Il semblerait qu'ici la police continue d'utiliser ce genre de catégories ethniques. Dans certains autres pays, on mentionne même la religion du citoyen sur ses cartes d'identité. Ici, ça ne passerait pas. On considère que ce sont des informations qui ont trop de chances d'engendrer de la discrimination arbitraire. Par ailleurs, il ne s'agit pas vraiment de traits observables permettant réellement de mieux identifier une personne. On ne peut pas savoir la religion d'un individu rien qu'en le regardant; à moins qu'il ne porte un signe religieux ostentatoire ou qu'il soit en train de s'adonner à un rituel quelconque. Ses croyances sont dans sa tête. On ne peut pas non plus vraiment savoir sa race d'un seul regard. Tous les individus présentant un mélange de traits considérés comme de plusieurs races, ou qui ne sont pas physiquement représentatifs de la race dans laquelle on les classe, sont difficilement associables à une catégorie raciale aussi tranchée que Black/Caucasian/Asian/Native. Ainsi, sur mon permis de conduire, les données me décrivant physiquement sont: sexe, taille et yeux.

Donc, ce que je m'apprête à vous proposer ici, c'est que l'on retire également la mention «sexe» de nos cartes d'identité. Oui c'est un peu drastique. Habituellement on me prend pour un féministe modéré, mais ici on voit bien que je suis en fait un antisexiste extrémiste. Je pense que l'on devrait supprimer l'identification sexuelle parce que:
  • Certaines personnes ne sont membres d'aucun sexe (asexuées ou hermaphrodites),
  • Certaines personnes ont changé de sexe au cours de leur vie, ou s'habillent de façon à avoir l'allure d'un membre du sexe opposé à leur sexe biologique,
  • Certaines personnes ne sont pas physiquement représentatives de leur sexe (une femme très masculine par exemple),
  • Certaines personnes ne se sentent pas clairement comme membre de l'un ou l'autre des deux sexes,
  • Et, surtout, pour montrer que l'on n'accorde pas plus de reconnaissance légale au sexe qu'à la soi-disant race, qu'à l'orientation sexuelle ou qu'à la religion.

En fait, quand on y pense, le sexe d'une personne n'est pas vraiment un trait observable non plus; pas plus que la race ou la religion. Généralement, nous sommes vêtus. Nos caractères sexuels primaires sont donc recouverts. Ce que l'on montre, ce sont des caractères sexuels secondaires qui sont fortement corrélés avec le sexe mais qui n'en sont que des indices et non des preuves. Par ailleurs, comme je l'ai déjà dit, il y existe des nuances entre les sexes, même au niveau des caractères primaires. Le descriptif d'une personne sur une carte devrait n'utiliser que des données objectives et observables, et non le classer dans une catégorie sociale quelconque.

À l'inverse la mention «yeux» sur mon permis de conduire est une donnée anthropométrique tout à fait objective. Il s'agit de la couleur de mes yeux, et non de leur origine ou de leur genre. Donc, si au lieu de «race», on avait mis «peau» et qu'il s'agissait seulement de décrire son pigment (au sein d'un éventail chromatique plus large et plus réaliste que Noir/Blanc/Jaune/Rouge), il n'y aurait rien eu de raciste là-dedans de mon point de vue. Ç'aurait été un trait observable. Une vraie donnée anthropométrique ne servant qu'à mieux identifier l'individu.

De la même façon, au lieu de «sexe», on pourrait mettre «voix» et dire si la personne est soprano, baryton, ténor ou autre. C'est un trait associé au sexe mais qui est observable. À cela on pourrait, par mesure de courtoisie, ajouter la mention «titre» et y indiquer si la personne préfère se faire appeler Monsieur ou Madame; quel que soit son sexe biologique. On pourrait ajouter un plus vaste choix de titres - disons Mademoiselle, Docteur, Maître, Monseigneur, Sire, etc. - mais, personnellement, je n'en rajouterais qu'un troisième, de genre neutre, par exemple «mon ami(e)», pour ceux qui préféreraient ne avoir une appellation sans genre spécifique.

Ça a l'air insignifiant tout ça, mais c'est uniquement pour être plus cohérent avec un paradigme antisexiste et antiraciste.

mercredi 28 juillet 2010

Notre histoire

Je trouve personnellement que l'histoire du Québec est particulièrement plate. Mais là-dessus on ne peut pas faire grand-chose, alors ce n'est pas de ça dont je vais vous parler. Je réfléchissais plutôt à la façon dont on nous raconte l'Histoire. Certains détails plus spécifiques m'ont particulièrement agacés dans les cours d'Histoire que j'ai eu au secondaire (c'était dans les années '90 donc ça a peut-être changé depuis…). Voici donc quelques unes de mes objections:

  • Personnellement, j'abolirais l'usage du «nous» dans les cours d'Histoire. Un pronom à la première personne doit normalement inclure la personne qui parle. L'utiliser pour parler d'un groupe de gens qui sont morts il y a des siècles m'apparaît comme une impropriété. On devrait dire «eux», ils sont extérieurs au groupe sujet. Le professeur ne devrait pouvoir dire «Les Anglais nous ont battu sur les plaines d'Abraham.» si ni lui ni ses élèves ne se trouvaient sur les plaines en 1759. L'usage du «nous» en histoire ne sert que l'idéologie en nous faisant passer des inconnus d'une autre époque pour des gens proches de nous.
  • Ensuite, je trouve que l'on devrait éviter de désigner les premiers colons français comme étant «nos ancêtres». C'est accorder une trop grande importance au «lien du sang» et c'est être complètement déconnectée de la réalité moderne puisque la moitié de la classe n'aura pas d'ancêtre au Québec à cette époque. Moi-même mon patronyme est d'origine irlandaise et n'est arrivé ici qu'en 1840. Si l'on remplaçait ce rapport de filiation par un rapport de succession, l'Histoire m'apparaît plus inclusive et plus réaliste. Qu'importe si les colons français étaient nos ancêtres ou non, ils étaient indubitablement nos prédécesseurs. Cela nous permettrait également de faire remonter cette «lignée» jusqu'à ses origines autochtones, et de ne pas nous contenter d'y inclure les apports français mais aussi ceux de toutes les autres cultures ayant immigrées dans notre province depuis. Que j'aie des origines françaises, autochtones ou issues d'une vague de migrations très récente, si je vis au Québec les colons français sont indéniablement mes prédécesseurs.
  • Une autre objection, c'est que je trouve que l'on tente trop de démoniser les Anglais et les Iroquois. C'est une conséquence de l'usage du «nous»… Si «nous» sommes les Français de l'époque, alors les Anglais de l'époque sont «nos» ennemis. Pourtant, nombreux sont ceux parmi nous qui ont des ancêtres autant chez les colons anglais que chez les colons français. Et, il serait ridicule de nier les apports importants et positifs de la culture anglo-saxonne au sein du Québec historique et moderne.
  • Finalement, je pense que, dans les cours d'Histoire, on devrait désigner les nations autochtones par leurs endonymes plutôt que d'utiliser les grotesques sobriquets que leur donnaient les Européens ou les autres peuples autochtones. Par exemple, on devrait utiliser le terme «Wendat» plutôt que «Huron» et «Innu» plutôt que «Montagnais».

Bref, je trouve que les cours d'histoire que j'ai reçu au secondaire étaient trop teinté d'interférences nationalistes, voire séparatistes, et j'ai trouvé ça déplacé. Je ne puis qu'espérer que l'Histoire soit enseignée différemment dans les écoles secondaires de nos jours.

lundi 5 juillet 2010

Le culte de la nation

En cette période de fêtes nationales (Québec, Canada, États-Unis, France), il m'apparaît opportun de vous faire par de mon opinion à propos du nationalisme et du concept même de nation. J'avais déjà brièvement effleuré le sujet sur ce blogue, lors de mes réflexions sur l'identité. Mais, certains aspects du nationalisme que j'avais laissés en suspend méritaient d'être approfondis davantage.

D'abord, je tiens à spécifier que pour moi, la nation n'a pas d'existence empirique. C'est un concept abstrait inventé par certains gouvernements. Un sentiment identitaire collectif associé à une série de traits culturels particuliers qui, dans les faits, ne sont que des contingences n'ayant rien de bien spéciales.

Fondamentalement, le mythe de l'État-nation n'est qu'une fiction de plus servant à asseoir la légitimité du pouvoir de l'État sur la base du fait que ses citoyens partageraient soi-disant les mêmes valeurs et la même culture. C'est un mythe qui s'autoconcrétise par le fait que ceux qui y croient vont tâcher de se conformer au stéréotype de leur nation et de marginaliser ou d'exclure ceux qui refuseront de se laisser aller à cette tendance homogénéisante.

La vacuité de la nation n'est pas ce qu'elle a de plus aberrant, c'est plutôt l'arbitraire des traits culturels qu'elle choisit pour se définir. Comme la religion, ces traits pourront être des croyances ou des valeurs précises qui seront érigées en dogmes. Et parlant de religion, la nation se donnera souvent un culte officiel – de façon explicite ou non – et tous deux, nation et religion, se légitimeront mutuellement, tel un roi se faisant couronner par un pape. La langue sera souvent aussi un trait culturel élu par le nationalisme. Cela est compréhensible vu qu'une identité collective se construits plus difficilement sans outil de communication commun. Des nationalistes un peu plus racistes utiliseront également le critère de l'ascendance commune. Les publicités vont souvent tenter d'utiliser ce sentiment nationaliste pour servir leurs intérêts, en nous faisant croire, par exemple, qu'un «vrai Québécois» doit boire telle sorte de bière. Bref, au final, on se retrouve avec toutes sortes de petites contingences culturelles ou généalogiques dont la somme constituera le credo de notre nationalisme.

Personnellement, depuis le non-événement des accommodements raisonnables et depuis que j'ai assisté à une séance de la Commission Bouchard-Taylor, j'ai décidé de me dissocier «identitairement» du Québécois. De toute façon, comme je n'aime ni le hockey, ni le jambon, comme je ne suis pas catholique et comme je ne partage pas les «valeurs communes» requises, je ne suis pas un Québécois. C'est tout de même surprenant à quel point les membres d'un groupe semblent ressentir viscéralement le besoin de s'autostéréotyper pour se définir collectivement lorsqu'ils croient que leur identité commune est en péril. Au point que même des gens qui y sont depuis toujours ne se sentent soudainement plus inclus. En voulant définir d'une manière moins floue notre identité collective, on ne peut qu'en retrancher certaines de ses parties.

Quand on y pense, le nationalisme utilise notre népotisme intuitif pour qu'on l'étende à un groupe majoritairement composé de parfaits inconnus. En nous faisant voir que nos concitoyens sont «comme nous», on a l'illusion de les connaître ou de faire partie de la même famille. Ça permet de créer l'illusion d'unité et de cohésion dans un groupe d'individus qui ne se connaissent pas et qui sont foncièrement différents les uns des autres. Sérieusement, combien de gens je connais au Québec? Disons que je connais trois cents personnes, sur le huit millions de Québécois. Ça fait quoi? 0,0004%? Donc 99,9996% de la population me sont totalement inconnus et on veut me faire croire que ce sont «mes frères» simplement parce qu'ils aiment le hockey et mangent de la tourtière? Non mais, prenez-moi pas pour un cave quand même…

De mon point de vue, il m'apparaît complètement futile d'utiliser ce genre de raisonnements pour instaurer un sentiment d'appartenance commun au sein d'un État. Lorsque l'État choisira finalement de se dissocier de toute tradition – à l'instar de ce qu'il fit avec les religions – peut-être sortirons-nous enfin des débats puérils et vide de sens comme celui sur le port du voile. Je vois davantage le gouvernement comme une entreprise avec qui j'ai des transactions qu'une famille à laquelle j'appartiens, mais cela ne m'empêche pas d'être un très bon citoyen. Et, je ne tire personnellement aucune fierté du fait d'être né quelque part.

lundi 8 mars 2010

Mon antisexisme

En ce jour de la femme, il m'apparaît de circonstances de vous faire part de mon opinion à propos du sexisme. Personnellement, je préfère me dire «antisexiste» plutôt que «féministe»* car le terme me semble plus approprié pour décrire ce que je prône à ce niveau. En effet, mon but n'est pas uniquement d'améliorer la condition des femmes en particulier (féminisme sonne pro-femmes), mais de supprimer toute forme de discrimination sexiste quelle qu'en soit la direction. Je me dissocie donc complètement de ce que j'appelle le pseudoféminisme qui sert plus souvent à justifier l'ethnocentrisme ou la haine du mâle qu'à supprimer la discrimination sexuelle.

Comme je l'ai déjà mentionné précédemment, il y a des situations dans lesquelles c'est l'homme (mâle) qui est discriminé pour son sexe, même si celles-ci sont souvent plus anodines que la discrimination dont les femmes sont victimes et surtout dont elles ont été victimes par le passé. Il y a également des situations dans lesquelles on pourrait dire que ce sont les deux sexes qui sont discriminés. Par exemple, si un employeur engage une femme plutôt qu'un homme simplement parce qu'il prévoit lui faire des avances sexuelles, on peut dire que la femme est discriminée d'être considérée comme un objet et que l'homme l'est également de perdre toute chance d'être embauché pour cette raison. Même chose pour les bars qui accordent des privilèges à leur clientèle féminine pour l'attirer afin qu'elle attire la clientèle masculine: on peut à la fois leur reprocher d'instrumentaliser les femmes et de pénaliser les hommes.

Mon antisexisme se résume en trois objectifs:
  1. Supprimer la discrimination sexuelle envers les femmes;
  2. Supprimer la discrimination sexuelle envers les hommes;
  3. Supprimer le concept de «sexe» en tant que catégorie sociale;

Si mes deux premiers buts sont faciles à saisir, le troisième demeure un peu nébuleux pour certains car c'est une forme de ségrégation qui est profondément ancrée dans notre culture et dans nos systèmes de représentation. Je ne nie pas qu'il existe des différences générales entre les hommes et les femmes, mon point est qu'il est fallacieux et illégitime que de discriminer un individu particulier sur la base de la moyenne de son groupe. Évidemment les sexes ne sont pas, contrairement aux races, que des catégories arbitraires. Ce sont des groupes construits sur des réalités anatomiques. Ce qui est arbitraire c'est d'associer ces traits anatomiques à des contingences socioculturelles ou des droits différents.

Je trouve que l'on a trop tendance à diviser les sexes. On devrait traiter les individus pour ce qu'ils sont sans considérer leur appartenance à une catégorie telle que le sexe. Ce qui est néfaste c'est de cultiver ainsi une identité collective pour chaque sexe. Cela va à la fois induire un préjuger sur un individu en fonction de son sexe, et nuire à la liberté de la personne d'exprimer son individualité en la conditionnant à se conformer à l'image stéréotypée de son sexe.

Pour clarifier mon propos, voici quelques exemples de situations où je considère qu'il y a une arbitraire ségrégation sexuelle:
  • Qu'un magasine puisse se dire «féminin» simplement parce qu'il parle de mode, de potins de stars et de recettes de cuisine m'apparaît un flagrant vestige de machisme. Et même, un machisme de la part des femmes envers les femmes. Ce ne sont pas toutes les femmes qui trippent sur ces choses-là et il pourrait y avoir des hommes qui les apprécient.
  • Même chose pour les vêtements. Je pense qu'il ne devrait y avoir de vêtements se disant «féminins» que ceux qui sont adaptés anatomiquement au corps de la femme. Tandis que ceux qui ne sont que socialement perçus comme féminins devraient être considérés comme des vêtements «mixtes mais surtout portés par des femmes». Si, par exemple, un homme se présente dans un lieu public ou à son travail vêtu d'habits dits féminins (robe, maquillage, talons hauts, etc.), il devrait être interdit de l'y en expulser et ce, aussi chic que soit le lieu et aussi explicitement féminine que soit sa tenue. Il ne devrait, dans aucune situation, y avoir un code vestimentaire distinct selon le sexe. Donc si les hommes peuvent se promener torse nu à la piscine, les femmes devraient pouvoir aussi.
  • Les toilettes publiques sont séparées en deux: une pour les hommes et une pour les femmes. Jadis, dans les États-unis post-esclavagistes, les Noirs et les Blancs avaient des toilettes publiques distinctes. Je vais vous paraître ridicule, mais pour moi cette division sexuelle des toilettes représente une ségrégation sexuelle sous-jacente. La seule différence entre ces deux salles de toilettes c'est la présence d'urinoirs dans celle des hommes (mais, tant qu'à moi, on devrait abolir ça aussi; je sais pas qui trippe à ce qu'on le regarde pisser…). Il n'y a donc aucune raison d'en avoir des différentes. Le pire c'est quand il n'y a qu'une toilette par salle mais qu'il y en a quand même une par sexe. Cela sous-entend qu'il n'est pas seulement répugnant d'aller aux toilettes avec des hommes, le simple fait qu'un homme ait pu utiliser une toilette avant soi est répugnant. Je trouve que ce n'est pas le genre de mentalité que l'on devrait encourager.

Ces situations, et le fait qu'elles nous paraissent anodines, démontrent à quel point cette ségrégation est intégrée dans nos mœurs. Si le sexe de l'individu est devenu si important dans son identité, c'est peut-être parce que notre langue est conçue de telle façon que l'on peut difficilement désigner une personne sans révéler son sexe. On va plus souvent dire «Ce gars-là» que «Cette personne-là». Et même si l'on essayait de désigner la personne par un autre de ces attributs, sa profession ou son origine par exemple, son sexe sera trahi par le genre grammatical que l'on emploiera. Pourtant, notre sexe ne devrait pas être si important dans notre identité. Il me semble que si j'étais une femme, je pourrais quand même être la même personne que je suis présentement; seuls quelques détails différeraient.

Bref, je suis conscient que ce que je dis ici semblera extrémiste pour certains et absurdes pour d'autres, mais ce que je vise c'est une totale «négation» du sexe en tant que catégorie sociale. Évidemment, nous ne sommes pas rendus là en tant que société. Mais j'ose espérer qu'un jour, une fête telle que le jour de la femme** ne soit, aux yeux des gens, qu'une ancienne coutume sexiste.

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* Tout comme je préfère me dire «antispéciste» plutôt que «animaliste». Je n'aime pas non plus les termes «végétarien» et «humaniste», qui pourtant me désignent aussi tout autant.

** Si au moins ça avait un nom comme «le jour de la lutte contre le sexisme», ce serait correct. Mais là, non seulement ça crée une asymétrie sexuelle (puisqu'il n'y a pas de jour de l'homme), mais ça réduit la femme à sa seule lutte pour l'égalité. Et surtout, l'usage du singulier pour parler d'un groupe («LA femme») c'est quelque chose que l'on devrait éviter comme la peste: Ça nie la diversité de l'ensemble considéré, et ne peut nous qu'être une pente glissante vers des stéréotypes homogénéisant.

lundi 25 janvier 2010

Désinstitutionnaliser la spiritualité

Je trouve que, de nos jours, les institutions fournissant des services de spiritualité - les religions - sont de plus en plus déconnectés de la réalité de leurs ouailles. Leur légitimité étant basée sur l'authenticité de leurs saintes écritures, elles sont par nature condamnées à l'immobilisme. Mon opinion est que l'on devrait davantage désinstitutionnaliser la spiritualité. Je ne comprends pas pourquoi ceux que l'on appelle «croyants modérés» ou «non-pratiquants» continuent de se revendiquer comme membre d'une religion, alors que leurs croyances ont évoluées bien loin d'où stagnent celles de leur clergé.

Réfléchissons d'abord au concept même de «religion». Qu'est-ce qu'une religion? Il m'apparaît que l'on peut disséquer ce concept en six aspects distincts:

Les trois premiers aspects constituent ce que j'appelle la fonction spirituelle de la religion (ce qu'on pourrait tout simplement appeler «spiritualité» ou «philosophie») tandis que les trois derniers forment la fonction sociale.

Pour ce qui est de la conception de ce qui est vrai, les croyants modérés conservent toujours quelques éléments religieux dans leur conception du monde – évidemment, sinon ce ne seraient pas des croyants. Mais, même s'ils continuent de croire en l'existence d'un démiurge surnaturel et, parfois, en l'authenticité des miracles qu'un certains prêcheurs auraient exécutés il y a deux milles ans, leur conception de ce qui est vrai est souvent beaucoup plus proche du modèle proposé par la science que de celui que l'on pourrait déduire d'une lecture littérale de leur livre sacré. Par exemple, les modérés ne croient pas en la création du monde telle que décrite par la Genèse, mais adhèrent plutôt en la théorie de l'évolution et celle de la formation de la Terre par accrétion de poussières cosmiques il y a environ 4,5 milliards d'années. La science a presque totalement pris la place de la mythologie monothéiste. À cela s'ajoute une multitude de mythes païens ou nouvelâgeux qui se sont, eux aussi, taillé une place importante dans la cosmologie du peuple. Bref, il y a dissonance entre la vérité selon le peuple et la vérité selon les saintes écritures.

Pour ce qui est la conception de ce qui est bien, là non plus les modérés ne s'en remettent pas à leurs livres sacrés ni aux diktats de leur clergé pour définir ce qui est bien selon eux. En effet, les catholiques modérés sont généralement en désaccord avec les paroles du Pape à propos de l'usage du condom ou de la place des femmes dans la société. Ils ne sont pas non plus d'accord avec la morale prescrite par la Bible (notamment, sur la prohibition de l'homosexualité ou l'usage de la peine de mort pour des crimes anodins tels que ne pas honorer ses parents). Bref, les valeurs morales des modérés ne sont pas liées à celle de leur religion.

Le clergé n'est pas non plus très important pour les modérés. En effet, très peu d'entre eux continuent à fréquenter les lieux de cultes (sauf peut-être pour de rares événements, comme les baptêmes, les mariages et les funérailles) et la plupart ne considèrent pas que les prêtres et les autres membres du clergé soient plus proches de Dieu que n'importe qui d'autres. Du moins, ils ne considèrent pas que les paroles d'un prêtre soient «inspirés par le Saint Esprit» ni que son pouvoir ne soit légitimé par Dieu.

Il ne demeure donc que l'identité et la communauté. Pour une raison obscure, il semble que les modérés, bien qu'ils ne croient ni en la mythologie, ni aux valeurs morales et ni en la légitimité divine du clergé de leur religion, continuent de s'identifier comme membre de cette religion. Cela m'apparaît quelque peu étrange, voire paradoxal. Par exemple, un catholique, par définition, est quelqu'un qui croit que le Pape est le porte-parole de Dieu sur Terre. C'est ce qui distingue le catholicisme des autres branches du christianisme (en plus de la croyance que l'hostie se transforme vraiment en viande de Christ lors de la communion). Quelqu'un qui ne croit pas à ça peut se dire chrétien mais pas catholique. Pourtant, la plupart des modérés du Québec se disent catholiques tout en niant les dogmes fondamentaux de l'Église catholique.

J'ai l'impression que c'est surtout par tradition et pour répondre à un désir xénophobe de se dissocier le plus possible de l'étranger en magnifiant ce qui nous en distingue que les modérés continuent de s'identifier à une religion à laquelle ils ne s'identifient plus. C'est devenu davantage une identité qu'un système de croyances. Pourtant, une religion se compare mieux à une opinion qu'à une patrie; on peut donc en changer ou s'abstenir d'en avoir. Bref, il ne manque qu'une petite prise de conscience de la part des modérés pour que les grandes religions perdent officiellement la majorité de leurs adeptes (qu'elles ont, dans les faits, déjà perdus) au Québec et dans la plupart des pays progressistes.

Cette réflexion m'a amené à m'interroger sur la possibilité d'introduire une sorte de «religion laïque» qui utiliserait la science pour définir le vrai, des valeurs contemporaines et des raisonnements philosophiques pour définir le bien et qui baserait la légitimité de son clergé sur la démocratie, la formation ou l'expérience. Ou alors, encore plus basique que ça, une simple «identité collective» basée sur la «foi» en la science à laquelle on pourrait s'identifier.

Également, pour les modérés et les athées, je me disais qu'il faudrait davantage d'entreprises pour offrir des services de mariage laïcs, de funérailles laïques et de «baptêmes» laïcs. Il faudrait que ces rites puissent se fonder sur la spiritualité/philosophie personnelle des gens qui les pratiquent plutôt que sur celle du clergé qui les organisent. Il me semble que c'est le seul usage qu'ont encore les religions chez les gens instruits et que si elles n'en avaient plus l'oligopole, il serait possible de procéder à ces rites de passage sans avoir recours à une institution obscurantiste s'opposant à nos valeurs. Ça permettrait aux modérés de briser définitivement les liens d'avec leur religion natale pour passer du statut de «croyant modéré non pratiquant» à «j'ai ma propre philosophie».

vendredi 16 octobre 2009

L'équipe des gentils

Dans les histoires fictives, principalement dans le style fantastique, il y a souvent une dichotomie simpliste entre le bien et le mal. On a les gentils d'un côté et leurs adversaires sont les méchants.* Ce genre d'éthiques non-utilitaristes me semble trop dominer notre littérature et notre cinéma. Je reproche plusieurs choses à cette vision manichéenne du bien et du mal.

D'abord, on s'attarde trop à la «valeur» de l'agent (éthique «vertualiste») plutôt qu'à ses actions (éthiques déontologiques) ou aux conséquences de ses actions (éthiques conséquentialistes telles que l'utilitarisme que je défends ici). Dans la triade sujet/action/objet, il me semble que l'éthique doit rechercher avant tout des conséquences positives pour l'objet (celui qui subit l'action); en considérant bien sûr qu'il y a des objets collatéraux, que le sujet est également objet, que son pouvoir se limite à l'action et non à l'objet lui-même, etc. Mais bref, les éthiques de la vertu, telle que celle-ci, me semble trop centrée sur l'agent au point qu'elles m'apparaissent égoïstes : le but n'est plus d'éviter de causer de la souffrance mais d'éviter de se souiller soi-même.

Autre reproche, c'est que le bien et le mal deviennent pratiquement comme des patries ou des attributs intrinsèques à l'être. Si je suis un démon, un soldat nazi, ou disciple de Voldemort, je suis un méchant par nature. Tandis que si je suis du côté des gentils, je demeure un gentil quoique je fasse. Ça rejoint un peu ce que je disais précédemment à propos de notre tendance à diaboliser les criminels, comme si on essayait de se convaincre qu'ils n'avaient pas la même nature que nous. Et ça me rappelle ce que m'avaient répondu deux fondamentalistes chrétiens différents (un pentecôtiste et une baptiste) lorsque je leur avais demandé : «Qui mérite le plus d'entrer au Paradis entre un athée qui serait juste et charitable envers tous et un tueur en série qui vénère Jésus-Christ?» Les deux répondants (d'accord, mon échantillon est petit...) avaient été catégoriques sur le fait que le croyant allait au Paradis quelque soit ses actes (puisque Dieu lui pardonne) tandis que l'athée allait systématiquement en Enfer (puisque nier l'existence de Dieu est le pire de tous les crimes). Le but n'est ni d'éviter de faire souffrir, ni de faire son devoir, mais d'être dans la bonne équipe!

La conséquence de tout ça, d'après mon impression, c'est que lorsque l'on se croit être dans «le camp des gentils», on devient davantage enclin à commettre les gestes les plus abominables, surtout envers ceux que l’on croit être dans «le camp des méchants». Tout le mal que l'on peut faire au méchant, il le mérite, puisqu'il est méchant. Tout le plaisir que l'on peut obtenir à ses dépens, on le mérite puisque l'on est gentil. Ainsi, les pires atrocités ont souvent été commises au nom des meilleurs idéaux.

Diffuser une éthique de cette sorte est peut-être utile au sein d'un corps militaire – si l'on veut que nos soldats tuent leurs adversaires sans remords – mais me semble dommageable dans une société civile. C'est encourager l'intolérance envers la différence et ça nous empêche de remettre en question la valeur de nos actes.

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*Parfois les histoires fantastiques adopte une variante à peine plus complexe que je trouve pourtant très intéressante: Ils divisent les méchants en deux factions rivales, l'une prônant l'ordre et l'autre prônant le chaos. Alors que le bien et le mal sont des patries auxquelles les personnages ne choisissent pas d'appartenir, les méchants choisissent entre l'ordre et le chaos. Le pattern général, c'est d'abord un équilibre initial entre le bien et le mal qui sont en conflit depuis toujours, ensuite une petite faction du mal devient le chaos et se retourne contre le reste des méchants. Les chaotiques prennent la place des méchants ordonnés ou alors ces derniers s'allient avec les gentils pour rétablir l'ordre initial en ouvrant la porte vers une paix relative entre les deux peuples.

lundi 27 juillet 2009

Nos identités

Je vous ai déjà parlé plusieurs fois de l'aspect néfaste des identités collectives dans mes réflexions sur le pronom nous, sur le verbe être, sur l'avortement, le sexisme, le spécisme, la souveraineté du Québec, le nationalisme, l'Histoire, la laïcité culturelle, l'effet de halo et les posthumains. Le point était que l'identité collective pouvait à la fois induire un préjuger sur un individu en fonction de son appartenance supposé à un groupe donné, et, parallèlement nuire à la liberté de la personne d'exprimer son individualité en la conditionnant à se conformer à l'image stéréotypée de son groupe. Donc, je pense que la plupart conviendront avec moi que se définir ainsi «collectivement» n'est pas souhaitable.

Je dirais même plus : je pense que même nos identités individuelles nous sont souvent néfastes. De la même façon qu'avec nos identités collectives, on finit par s'attacher à une image de nous-mêmes et à faire des efforts pour la maintenir. À chaque fois que l'on se demande «Cela me ressemble-t-il?» avant de prendre une décision, on fait passer notre désir d'être conforme à l'image que l'on a de nous-mêmes – ou à celle que les autres ont de nous-mêmes, ou à celle que l'on voudrait projeter – avant d'autres considérations qui devraient être plus importantes. On devrait davantage se focaliser sur nos désirs réels sans nous demander si ça fitte avec notre personnalité. L'identité devient souvent un frein à notre progression personnelle.

dimanche 26 avril 2009

La sécession du Québec

Je suis en faveur du fait que la province de Québec se sépare éventuellement de la fédération canadienne pour devenir un État politiquement souverain. Je ne suis toutefois pas du tout nationaliste; ni envers le Québec, ni envers le Canada.

Je pense que le gouvernement est un outil au service du peuple. Donc s'il ne nous sert pas bien, on est en droit de le congédier. Comme on change de banque ou d'épicerie quand on considère qu'on y a du mauvais service. Le gouvernement fédéral nous coûte cher et nous apporte peu. Transférer ses rares juridictions vers le provincial et congédier le fédéral serait donc avantageux. Nous ne serions plus obligés de financer des postes sans fonction comme les gouverneures générales (retraités ou en poste), les lieutenants gouverneurs et les sénateurs.

Sera-t-on souverain pour autant? Non. Le Québec sera souverain. L'individu demeurera assujetti à un État mais ce sera un gouvernement plus léger (donc moins coûteux) servant une population moins grande et moins dispersée. Donc je pense qu'il est à l'avantage de tous les habitants du Québec (sauf peut-être les fonctionnaires fédéraux, les sénateurs, etc.) de voter pour la séparation.

Sur le plan international, ce serait également quelque chose de bénéfique pour l'individu. Comme chaque pays n'a qu'une voix, diviser le Canada en deux donnerait une voix de plus dans les domaines où les citoyens canadiens sont actuellement d'accord (environnement, pacifisme, etc.) et permettrait d'être plus représentatif de la volonté du peuple dans les domaines où le Québec n'est pas d'accord avec la voix officielle du Canada.

En plus, la sécession serait la naissance d'un nouveau pays à l'époque moderne. Donc finit les lois passéistes. On pourra se doter d'une constitution reflétant les valeurs modernes (égalité des individus, liberté sexuelle, etc.). Et les traités contraignants ou abusifs que le Canada a contractés par le passé ne s'appliqueraient plus ici.

La volonté un peu trop conservatrice et obscurantiste de l'ouest canadien ne sera plus imposée au Québec. L'ancienne province deviendra donc une nation plus progressiste. Bien sûr, on peut déplorer le fait que le Canada sans le Québec ne deviennent trop dominer par les Conservateurs, mais je pense qu'au contraire, le fait d'avoir un pays progressiste à proximité (le Québec) permettra au Canada (sans Québec) de constater que les idées modernes fonctionnent bien.

Les arguments nationalistes et émotifs, qu'ils soient séparatistes (nationalisme québécois) ou fédéralistes (nationalisme canadien) n'ont aucune valeur rationnelle et tout être doué de raison ne devrait pas leur accorder la moindre attention. Vous allez rester qui vous êtes si on se sépare et les Rocheuses ne changeront pas de place. Par ailleurs les arguments tels que «nous avons une culture distincte» ne me séduisent pas non plus. Pour moi, un État peut très bien être multiculturel, ce peut même être une richesse pour lui. Le problème c'est lorsque cette hétérogénéité culturelle cause une divergence d'opinions politiques. Que les citoyens n'aient pas tous la même langue, la même religion ou les mêmes repas traditionnels, on s'en fout. Mais si une région est majoritairement de gauche et une autre majoritairement de droite, il y a un problème.

On peut être attaché à son pays (c'est-à-dire, à la terre où l'on a vécu… donc moins de 0,001% du Québec sauf si t'as déménagé souvent) mais sentir que notre identité dépend de notre assujettissement à un gouvernement particulier, c'est du conservatisme et une dépendance psychologique malsaine (comme une femme battue qui se laisse faire par amour pour son conjoint).

jeudi 23 avril 2009

La laïcité culturelle

Le principe de laïcité – séparation de l'État et de la religion – est présent dans la plupart des pays occidentaux. Il permet aux citoyens de pratiquer la religion de leur choix sans subir de persécution.

Le concept de «religion» est caractéristique de la culture occidentale. On y fait donc une distinction entre un trait culturel religieux et un trait culturel laïque. Cette dichotomie ne m'apparaît pas comme allant de soi. Comment évalue-t-on la religiosité d'un trait culturel? Croire en l'astrologie ou que le treize porte malheur, est-ce religieux?

Selon moi, le principe de laïcité ne devrait pas se contenter de séparer religion et État, mais bien de séparer tradition et État; c'est ce qu'on appelle le multiculturalisme. Éventuellement, ce sera la prochaine étape. Dans un monde postnationaliste, les gouvernements ne seront plus que des institutions au service du peuple (au même titre que les banques et les épiceries), et n'utiliseront plus de «sentiment commun d'appartenance» ou de traits culturels communs pour se définir.

La «crise» des accommodements raisonnables et la tentative de définir une «identité québécoise» me semblent symptomatiques d'une trop grande ingérence du gouvernement dans la sphère culturelle. Un Québécois est quelqu'un qui vit sur le territoire du Québec et donc qui participe à la société québécoise. Qu'il porte une burka ou qu'il regarde le hockey ne devrait pas être préoccupant pour le gouvernement.

Le propre de l'Homme à l'ère posthumaine

Dans beaucoup de traité de bioéthique, on se pose des questions sur « la nature humaine » ou la définition de l'humain. On accorde à cela une importance capitale dans tout débat de bioéthique. Lorsqu'ils tournent les yeux vers l'horizon du futur, les scientifiques anticipent au-delà l'existence d'êtres encore inexistants tels que des humains transgéniques, des robots à intelligence humaine, des cyborgs (mi-humains mi-robots), des mutants ou d'autres créatures posthumaines. Ils se questionnent donc à savoir si ce sont des humains ou non.

Les gens sont souvent intuitivement réticents à l'idée que l'on modifie sciemment le génome de l'humanité, même si c'est pour éradiquer des maladies génétiques ou améliorer le fonctionnement de l'organisme. Cette sacralisation découle de notre représentation d'une identité collective de l'humanité. À mes yeux, se demander «Un humain que l'on modifierait génétiquement serait-il encore un humain?» est du même niveau de futilité et de vacuité que de se demander si un Québécois qui se convertirait à l'islam demeurerait Québécois. Comme je l'ai déjà mentionné dans ma réflexion sur l'identité, se définir (collectivement ou individuellement) sur la base de telles critères constituent un frein inutile à notre progression. Cette aversion envers ce qui n'est «pas naturel» n'a aucune légitimité scientifique.

L'autre source de dédain envers les posthumains découle d'une certaine conception de l'éthique. J'en ai parlé dans ma réflexion sur l'avortement ainsi que dans celle sur le spécisme. La plupart des gens font de l'appartenance à l'espèce humaine le pilier du droit à la vie et à la dignité. Pourtant, l'humanité n'est qu'une espèce qui se définit, comme toutes les espèces, sur la base du critère de l'interfécondité. Une éthique ayant un pilier un peu moins arbitraire que notre «statut d'humain» (par exemple, l'éthique utilitariste) qui considérerait les individus selon leurs attributs individuels et non selon le groupe dans lequel on les classe serait moins discriminatoire et ne nécessiterait plus de tordre constamment la définition de l'humain - et des facultés soi-disant propres à l'humain - pour accommoder nos idéologies.

Cet humain transgénique n'est plus un humain? Pis après! Peut-il ressentir la douleur? Est-il conscient d'exister? Peut-il communiquer avec nous? Voilà des questions plus pertinentes pour évaluer le statut juridique d'un être et la considération qu'on doit éthiquement lui témoigner.

dimanche 29 mars 2009

Nous est un autre

Le mot nous – ou son équivalent on – est un pronom personnel désignant normalement la première personne du pluriel. Ça devrait donc vouloir dire «moi et toi», «moi et eux» ou «moi, toi et eux». Mais je constate beaucoup d'usage du nous qui exclue souvent le moi et même le toi; et je ne parle pas du nous impersonnel. En plus, le nous comprend parfois un nombre de personnes tellement élevé qu'il me semble absurde de l'utiliser.

La raison de cette aberration est que l'individu va s'associer à une catégorie ou à une identité collective dont il parlera au nous. Il s'en suivra que lorsqu'il utilisera un verbe dont le sujet serait un nombre pluriel de membres de son groupe mis en interaction avec des non-membres, il fera usage du «nous» même si le «eux» aurait été logiquement plus approprié. C'est le nous identitaire. Par exemple, il pourra dire «Nous, les Québécois…» même si ce groupe est majoritairement composé de gens qui lui sont totalement inconnus. Il pourra également dire «On a gagné la game de hockey hier!» au lieu de dire «L'équipe sportive pour laquelle je prends a gagné!» C'est intéressant comme usage, car ni lui ni son interlocuteur ne se trouvait sur la glace, et il emploie quand même le nous.

En plus de s'étendre trop loin, la frontière du nous sera parfois tracée d'une façon purement contingente et arbitraire, tout en étant floue et changeante. Par exemple, en disant «Nous, les Québécois…», une personne parlera tantôt des francophones résidants au Québec, tantôt de ceux ayant une ascendance française, tantôt de ces derniers en incluant les «immigrants intégrés» et tantôt de tous les habitants de la province sans distinction aucune. Tout cela, dans un même discours en sautant aléatoirement d'une définition à l'autre.

Il y a également le nous historique. Dans un cours d'histoire du secondaire, il est possible d'entendre l'enseignant dire : «Les Anglais nous ont battu sur les plaines d'Abraham.» Le «nous» devrait désigner normalement le professeur et ses élèves. Il est toutefois évident qu'aucun d'entre eux ne se trouvaient sur les plaines en 1759. C'est donc un nous identitaire qui s'étend dans la dimension temps.

Personnellement, j'essaie d'éviter tous ces abus de nous. Si ce pronom donne l'illusion d'être inclusif, il sert plus souvent qu'autrement à se distinguer d'un eux et donc d'exclure. Il m'apparaît être une source de discrimination arbitraire et de biais cognitif. J'ai trop souvent entendu des «Nous, les Québécois…» et des «Nous autres, les gars...» auxquels je ne m'identifiaient pas et ça m'agace quand quelqu'un prétend parler en mon nom sans me consulter. Utilisons donc ce pronom avec parcimonie et sagesse.

dimanche 1 mars 2009

Être ou ne pas être?

Selon l'hypothèse Sapir-Whorf, des contingences linguistiques peuvent parfois affecter notre conception du monde. Le verbe être sert normalement à indiquer un état temporaire ou un attribut intrinsèque. Toutefois, nous l'employons souvent pour désigner nos opinions, nos croyances, nos habitudes ou nos origines. Faisons l'exercice de supprimer ce genre d'usage du verbe être :

Il est Québécois / Il vit au Québec
Il est de gauche / Il vote pour la gauche
Il est athée / Il ne croit pas à Dieu
Il est végétarien / Il mange végétarien
Il est étudiant / Il étudie
Il est libraire / Il travaille comme libraire
Il est hétérosexuel / Il aime les femmes
Il est Blanc / Il a la peau beige rosé
Il est jeune / Il a vingt-cinq ans
Il est beau / Je le trouve beau
Il est ~iste / Il prône le ~isme

Cet usage du verbe être constitue une pente vers l'illusion que ce genre de caractéristiques nous définit en tant qu'individu. Conséquemment, en plus d'amplifier l'importance relative de ces détails, nous sommes portés à les maintenir tels qu'ils sont pour préserver l'intégrité de notre identité. Cela peut constituer un frein à notre évolution personnelle et nous pousse à générer de nouvelles catégories arbitraires pour classer les gens (ce qui est une pente vers la discrimination). Mais bon, la langue est ainsi conçue. Il faut simplement éviter d'être biaisé par cet usage.