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mercredi 10 décembre 2014

Se déresponsabiliser

J'ai récemment lu que le gouvernement conservateur souhaitait renforcer la loi contre la polygamie en bannissant tout bonnement les immigrants polygames. J'ai évidemment de nombreuses réserves sur la question. Outre le fait que, comme je vous l'ai déjà mentionné, je n'ai rien contre la polygamie comme tel (en autant qu'il s'agisse d'adultes lucides et consentants), je pense que mon objection à la déportation des polygames découle plus du fait que je sois conséquentialiste. Ce que j'honnis se trouve donc en amont. Et, cette attitude ayant menée à une mesure aussi radicale et stupide est malheureusement présente dans d'autres de nos débats de société.

Laissez-moi clarifier mon point. Le ministre de l'immigration aurait dit:
«L'intention du projet de loi est de mettre fin aux mariages précoces et forcés, de mettre fin à la polygamie, notamment dans le programme d'immigration. [...] De détecter [les polygames] et d'obliger ces gens à quitter le pays.»

Si je suis bien son raisonnement, le but ici c'est... Non, attendez, je ne veux pas aller trop vite non plus. Avant de continuer, j'aimerais rappeler ce que j'ai dit à propos de certains «vices» dans mes réfexions précédentes: Prohiber une pratique à laquelle les gens tiennent ne la fait pas disparaître mais la rendra clandestine ce qui accentuera généralement sa nuisance. On ne peut pas magiquement faire disparaître la polygamie, l'interdire aussi drastiquement ne fera donc que maintenir les unions polygames dans la clandestinité et empêchera donc les femmes d'homme polygame d'avoir des droits d'épouses, voire des droits tout court. Bon. Mais, mon point ici ce n'est même pas ça...

Ma consternation est surtout à propos de la sanction proposée: la déportation. Et c'est dans celle-ci que réside tout le non-sens des propos du ministre. Si, comme il le dit, son but est de «mettre fin aux mariages précoces et forcés», bref de protéger la femme, en quoi le fait de la renvoyer dans son pays d'origine – où polygamie, mariage arrangé et mariage d'enfants sont sans doute la norme – va-t-il améliorer sa situation? En quoi agit-on dans son intérêt? C'est là que je veux en venir.

Le même type d'argumentaire boiteux était avancé par certains adeptes de la Charte péquiste: On essayait de la défendre en attaquant le voile musulman et en soulignant à quel point ce vêtement est oppressant pour les femmes qui le portaient mais, la mesure proposée, c'est-à-dire leur congédiement de la fonction publique, ne les aidait nullement à s'émanciper de leurs croyances et ne faisait que rendre leur situation encore plus médiocre. Quel était réellement le but? Ça ressemble aussi un peu à ce que l'on fait par rapport aux droits des travailleurs. Qu'il y ait des lois pour protéger les employés ici, mais qu'il n'y en ait aucune pour empêcher une entreprise bafouant ces mêmes droits à l'étranger de vendre sa marchandise chez nous... Où est la cohérence?

C'est ça l'attitude que je dénonce ici. Cette tendance pseudo-altruiste qui consiste à prendre une personne dans le besoin et, plutôt que de l'aider à s'en sortir, à simplement l'expulser de notre zone de responsabilité, de façon à se déculpabiliser de son sort, quitte à ce que celui-ci empire. C'est vraiment égoïste. Nous le faisons trop souvent. Focalisons donc sur les conséquences pour la personne que l'on prétend vouloir aider, plutôt que de nous conforter qu'on est donc vertueux en déplaçant les problèmes là où on ne peut plus les voir. Car, ironiquement, en agissant volontairement d'une façon ayant pour but de nous déresponsabiliser, on démontre que l'on a suffisamment de pouvoir sur la situation pour en être responsable et, donc, qu'on ne peut pas vraiment s'en déresponsabiliser... C'était clair dans ma tête.

samedi 15 février 2014

Ma conception du couple

En ce temps de la St-Valentin, permettez-moi d'être quétaine et de vous parlez de ma conception du couple. À l'intérieur de ma philosophie, l'institution qu'est le couple se heurte à plusieurs obstacles. Par exemple, l'idée que l'individu puisse renoncer à une part de sa souveraineté sur sa vie et sur son propre corps, va directement à l'encontre de mon éthique. J'essaye donc ici de me donner une chance de croire au couple en réfléchissant à comment il pourrait être en phase avec mes valeurs.

Le couple n'a pas toujours été ce qu'il est. Il n'y a pas si longtemps, dans certaines cultures plus traditionalistes et plus collectivistes, les mariages étaient arrangées et servaient souvent à unir les familles. Aujourd'hui, le rite du mariage n'est qu'une façon plus formelle d'officialiser le fait que deux personnes sont en amour ensemble. Que l'on se marie ou pas, c'est généralement avec notre conjoint que l'on choisira de procréer et de fonder une famille. Ainsi, bien que déritualisé, le couple non marié demeure dans le même moule que le couple marié. Pour moi, le couple pourrait encore se permettre de se transformer encore un peu pour être davantage compatible avec les valeurs plus individualistes de notre époque.

À la base, je vois le couple comme une équipe. Les deux doivent sentir qu'ils se soutiennent, et doivent être capable de se confier en toute transparence l'un à l'autre, sans jamais se sentir obligés de jouer un personnage ou de se retenir d'être trop soi-même pour plaire. Ils doivent avoir des valeurs communes et être aussi compatibles sexuellement. Il est bien aussi d'avoir des projets communs, même si ce projet est quelque chose de très banal comme de fonder une famille.

Passer du temps avec l'autre doit être senti comme quelque chose d'agréable, pas comme une obligation pénible. La fidélité doit y être spontanée, pas comme une obéissance à un interdit, mais vraiment comme l'absence de désir d'aller voir ailleurs. Et si jamais ce désir se manifeste malgré tout après des années de vie commune, c'est normal et ça n'a rien de si terrible, en autant que l'amour demeure fidèle. Il faut simplement en parler à son ou sa partenaire et avoir son consentement. Personnellement, je ne me verrais pas interdire à quelqu'un que j'aime de faire ce qu'elle veut de son corps; je pourrais par contre lui exprimer que ça me ferait de la peine.

Je pense que c'est important de ne pas trop se fondre dans son couple et de conserver sa personnalité. Être trop fusionnel me semble malsain. Je crois aussi que les deux doivent avoir chacun leur espace personnel, donc même s'ils vivent ensemble, ils devraient avoir chacun un coin du logis sur lequel ils ont une totale souveraineté. Et, même si c'est important qu'ils aient des amis communs, je pense qu'ils doivent également aussi avoir leur cercle personnel chacun de leur côté; même si ça se limite à leur famille et leurs collègues.

La rupture est un aspect très important de ma conception du couple. Pour moi, c'est fondamental, dans un couple, d'avoir assez de respect pour soi-même et pour l'autre pour mettre fin à la relation si l'on pense qu'on n'y est plus heureux et qu'on ne pourra plus y être. Si on ne peut plus donner à l'autre l'amour qu'il mérite, on doit le respecter assez pour le laisser aller. Et aimer ce n'est pas suffisant pour rester en couple avec quelqu'un, il faut qu'on soit heureux ensemble. Évidemment, il ne faut pas rompre à la moindre embûche, mais il ne sert à rien de s'acharner non plus. Parfois les deux évoluent différemment et ne sont plus compatibles. Rien n'est éternel, ni le couple ni la vie, et ce n'est pas parce que quelque chose a une fin que cette chose a moins de valeur ou que c'est un échec. Au contraire, il faut chérir tous les souvenirs de bonheurs qu'on a eu dans une relation, même si elle s'est terminée, et penser à tout ce que ça nous a apporté dans notre cheminement personnel.

Je me demande parfois de quoi aurait l'air le monde si le couple n'existait pas. En ce moment, le couple est au fond une version édulcorée du mariage indivorçable d'autrefois. Je me dis que même si personne n'avait jamais entendu parler de cette institution, il se formerait tout de même spontanément des sortes de couples mais peut-être sans l'aspect engagement. Comme avec l'amitié, on n'aurait pas besoin de se dire qu'on est en couple ou qu'on rompt, ça serait progressif et ça viendrait tout seul. Le fait d'habiter avec la personne, de lui faire des enfants ou d'être sexuellement exclusifs, ne seraient pas des obligations qui iraient de soi mais ça serait libre aux partenaires d'établir eux-mêmes les balises et ce qu'ils veulent comme relation. Bref, ça m'apparaît plus sain. Donc plutôt que de partir du mariage et de l'élaguer de quelques attributs pour former notre conception du couple, je pense qu'on devrait plutôt partir de l'amitié et lui ajouter des attributs. Mais bon, ça c'est ma conception du couple.

jeudi 28 mars 2013

Abolir le statut marital

J'ai récemment été le célébrant à un mariage et, pour cette raison, j'ai encore réfléchis sur cette institution. Surtout que, dans l'actualité ces temps-ci, on reparle du mariage gay puisque la France et les États-Unis songent à faire ce que nous avons fait depuis un bon moment déjà. Bref, je me remets à me dire que l'on devrait remplacer notre concept de «mariage» par quelque chose de plus large que le vieux modèle religieux et, possiblement, à abolir l'état civil de type marié/célibataire/veuf/union libre qui me semble obsolète et non pertinente.

Une de mes amies vit avec les deux mêmes colocs depuis des années. À chaque fois qu'ils déménagent, ils déménagent toujours ensemble. Au lieu d'avoir chacun leurs choses et chacun leur tablette dans le frigo, ils partagent pratiquement tout. Ils se répartissent les tâches ménagères, font une seule épicerie pour les trois et mon amie fait à manger pour les deux autres. Bref, à mon avis on peut dire qu'ils constituent clairement un foyer, même s'ils sont plus de deux adultes et qu'ils ne sont pas amoureux les uns des autres. Même chose pour deux de mes grand-tantes, deux sœurs, qui étaient restée vieilles filles et qui cohabitaient. Lorsque l'une des deux est décédée, il me semblait logique que l'autre hérite de ses biens comme si elle eut été sa veuve, même si elles étaient sœurs et pas conjointes. Un autre cas analogue est celui de l'un de mes amis qui, bien qu'ayant presque trente ans, habite toujours chez sa mère. Leur relation n'est pas du tout la même que s'il était toujours enfant; lui et sa mère se partagent les dépenses comme pourrait le faire un couple. Donc pourquoi les membres de ce type de foyers ne mériteraient-ils pas les mêmes droits qu'un couple d'amoureux (hétéro ou homo)?

Dans ma réflexion précédente à propos du mariage, je vous proposais de remplacer l'union de fait (automatique) par trois types d'unions différentes – cohabitation, coparentalité et copropriété – qui seraient également «de fait» et donc ne nécessiteraient aucun contrat ou rite. Mais, tandis qu'être parents d'un même enfant ou copropriétaires d'un même bien est une relation impliquant tacitement des obligations mutuelles, la cohabitation à elle seule ne nous renseigne pas nécessairement sur le niveau d'engagement de deux personnes. Il est possible pour deux personnes d'être domiciliées à la même adresse pendant une longue période sans avoir pour autant d'engagement analogue à celui d'une relation conjugale. Conséquemment, il me semble nécessaire d'avoir une sorte de contrat, comme le mariage, pour définir plus clairement les droits et responsabilités de gens qui cohabitent.

Je propose donc que l'on conserve le mariage mais qu'on le renomme foyer et qu'on le redéfinisse pour que deux ou plusieurs adultes vivant ensemble puisse s'unir légalement et fiscalement en foyer quelle que soit leur relation intime. Ce pourrait être:
  • Un couple d'amoureux;
  • Un jeune adulte qui vit chez ses parents;
  • Une personne âgée qui habite chez son enfant;
  • Des amis qui vivent ensemble;
  • Des frères et/ou sœurs qui vivent ensemble;
  • Une unité polygame;

Il ne serait pas pertinent de mettre un nombre d'adultes maximum par foyer, simplement spécifier que les membres d'un même foyer doivent cohabiter et donc le nombre maximum d'adultes pour un même foyer est fixé par le nombre maximum qui peuvent crédiblement habiter à l'adresse où il est domicilié. En l'absence d'un tel contrat, le niveau d'engagement mutuel de deux cohabitants serait présumé le plus faible possible (deux colocs qui se parlent à peine). Le foyer ne servirait qu'à officialiser et expliciter un rapport de cohabitation; le lien de coparentalité et de copropriété serait distinct et nullement influencé par le fait de s'unir en foyer avec quelqu'un.

Parallèlement, comme je l'ai déjà mentionné, je retirerais toute reconnaissance légale aux mariages religieux. Ce ne serait plus que symbolique et l'on n'aurait donc pas à nous soucier que telle religion interdise le mariage gay ou que telle autre autorise le mariage polygame. Le mot «mariage» ne voudraient rien dire légalement, il appartiendrait aux individus de lui donner le sens qu'ils veulent. Cette institution continuerait donc bien évidemment d'exister mais, comme la religion, elle serait séparée de l'État.

Nous sommes dans des sociétés individualistes et c'est globalement une bonne chose puisque cela émancipe l'individu de toute oppression de la part du groupe. Mais, cela ne doit pas nous empêcher de reconnaître, de faciliter et de donner un statut légal à certaines formes de collaborations entre les individus; en autant que cela soit fait en respectant la liberté individuelle. Que le mariage conjugal en lui-même ait une valeur légale me semble être à la fois une formule trop rigide et une trop grande intrusion dans la vie privée. Le genre de rapport que j'entretiens avec les gens avec qui je partage mon logis ne concerne pas l'État. Ce qui le concerne c'est que nous constituons un foyer, pas que nous soyons amoureux.

dimanche 13 mai 2012

La polygamie

Beaucoup de cultures sont polygames, le plus souvent polygynes (un homme marié à plusieurs femmes). Pourtant, dans la plupart des États d'Occident, ce type d'union est illégal. Les pays occidentaux se sont donc heurtés à un choc culturel lorsqu'ils ont commencé à recevoir de l'immigration en provenance de pays où la polygamie est normale.

Personnellement, je n'ai rien contre la polygamie en tant que telle, dans la mesure où il s'agit d'adultes consentants. Tant qu'une pratique ne nuit à personne, il n'y a pas de raison qui justifierait sa prohibition. Si, par exemple, trois personnes étaient amoureuses les unes des autres, je ne verrais rien de mal à ce qu'elles vivent comme un couple mais à trois. Ce qui ne fait pas de mal n'est pas mal.

Les gens sont souvent choqués lorsque je dévoile mon opinion sur ce type d'union. Évidemment, je suis contre certaines choses que l'on retrouve souvent accompagnant la polygamie: la maltraitance des femmes, le mariage forcé, etc. Mais ces autres traits culturels ne me semblent pas indissociables de la polygamie ni forcément liés à celle-ci. L'Occident, il n'y a pas si longtemps, était très certainement sexistes envers les femmes bien qu'elle fusse on ne peut plus monogame. Les unités polygames de nos jours ne sont sexistes que parce qu'elles sont composées de gens très traditionalistes et que presque toutes les traditions sont sexistes. Mon avis est que si la polygamie était légalisée et acceptée, les unités polygames pourraient devenir éventuellement des entités tout aussi respectueuses des droits de chacun que le sont nos couples.

Par ailleurs, on prend pour acquis que la polygamie est toujours la conséquence d'un conservatisme étranger, alors que ce pourrait être une forme de progressisme local; une libéralité conjugale supérieure à celle à laquelle nous sommes habituée plutôt qu'une tradition sexiste. Par exemple, les couples sont souvent plus fragiles de nos jours et, pour cette raison, certains ont choisi d'être dans des couples moins engagés et plus «ouverts» (c'est-à-dire, tolérant les relations extraconjugales), ce qui ne les a malheureusement pas toujours prémunis contre la jalousie et la rupture lorsque l'un des deux abusait trop de ce privilège. Conséquemment, peut-être que la prochaine étape sera de tolérer les relations extraconjugales mais seulement avec certaines personnes spécifiques et, qu'éventuellement, ces amant(e)s toléré(e)s deviendront des conjoint(e)s secondaires.

Pour ce qui est du droit au mariage polygame, j'irais plutôt dans la direction inverse. Tant qu'à moi, on devrait remplacer les mariages (du point de vue légal) par des genres de contrats de cohabitation entre deux ou plusieurs adultes. Ce contrat ne servirait qu'à souligner que ces deux personnes (ou plus) collaborent et forment un foyer, leur assurant une protection dans l'éventualité où leur union serait dissoute. Il ne serait plus pertinent de nous demander la nature de leur rapport (amour, amitié, apparentement), cette union n'aurait qu'une fonction fiscale.

Si on me demande si je pense qu'une unité polygame devrait avoir le droit d'élever des enfants, je ne puis qu'y être positif. Ayant une formation en anthropologie, j'ai été accoutumé à l'idée que plusieurs cultures élèvent leurs enfants dans des familles de ce genre, et je ne vois rien de mal qui pourrait en surgir. Avant d'interdire aux polygames d'être parents, il faudrait démontrer hors de tout doute raisonnable que cela pourrait avoir des conséquences néfastes pour l'enfant. Le fardeau de la preuve me semble revenir à ceux qui seraient contre puisque, à moins que je ne me trompe, tout ce que l'on reproche à cette situation serait d'être différente de ce à quoi notre culture est habituée. Le fait d'être élevé par un homme et ses deux femmes n'a rien de si terrible. Ça ne peut pas être pire que le fait d'être élevé une fin de semaine sur deux par son père et sa blonde, l'autre fin de semaine par sa mère et son chum, et la semaine par des professeurs et des gardiennes.

mercredi 18 mai 2011

Statut du mariage

Il y a quelques années nous avons légalisé le mariage gay au Canada. À l'époque, le sujet semait beaucoup de controverse. Il y avait des gens qui tenaient à maintenir la «définition traditionnelle» du mariage, à cause de leurs croyances religieuses. J'avais alors eu une idée pour réconcilier l'opinion des intégristes et celle des progressistes. Je proposais de:
  1. Laisser le mot «mariage» aux religions et n'utiliser que le terme «union» pour les mariages civils;
  2. Retirer toute reconnaissance légale aux mariages religieux;
  3. Donner aux couples homosexuels et aux unités polygames le droit de s'unir civilement de la même façon que les couples hétérosexuels monogames;

Puisque c'est surtout le terme «mariage» qui était sacralisé par les ultracroyants, je me disais qu'en leur laissant, tout le monde serait content. Mais finalement, on a tout simplement légalisé le mariage gay et les religieux ont fini par se calmer. Toutefois, réfléchir sur le concept de mariage demeure d'actualité. En effet, si j'ai bien compris, depuis l'affaire d'Éric et Lola, il n'est plus nécessaire d'être marié (religieusement ou civilement) pour être légalement considéré comme un couple marié. Le simple fait de vivre en union de fait (c'est-à-dire, de cohabiter depuis un certain temps avec une personne avec qui l'on vit aussi une relation amoureuse) suffit pour acquérir ces droits.

Évidemment, cette situation est aberrante (particulièrement, dans la situation d'Éric et Lola… je ne comprends pourquoi l'ex-femme au foyer d'un millionnaire mériterait plus d'argent que l'ex-femme au foyer d'un commis de dépanneur; sa définition de tâche était la même). L'argument principal est qu'il serait discriminatoire envers les couples non mariés de ne pas leur accorder les mêmes droits qu'aux couples mariés… c'est un peu comme si l'on disait à une compagnie d'assurance qu'en ne dédommageant que ses clients, elle discrimine les gens qui n'ont pas de contrat d'assurance avec elle.

Mais ce que je réalise surtout c'est que le rite ou le contrat du mariage devient encore plus obsolète puisque c'est l'état de fait qui change l'état civil. Par ailleurs, je trouve aussi très ambiguë la démarcation entre une union de fait et deux colocataires qui sont juste amis. Comment fait-on pour prouver qu'ils vivent une relation amoureuse? Doit-on mesurer le taux d'affection qu'ils éprouvent l'un pour l'autre? Mais pourquoi serait-il pertinent de considérer quelque chose d'aussi intangible que l'amour dans une telle situation? Il me semble qu'un sentiment comme l'amour conjugal est d'une nature trop volatil pour servir de fondement à ce genre de contrat. À quoi sert au fond la reconnaissance légale du mariage? C'est surtout fiscal, on veut savoir si la personne doit s'autosuffire financièrement ou si elle collabore avec une autre personne. C'est donc seulement la collaboration entre individus qui devraient avoir un statut légal, et non pas l'amour.

Bref, suite à ça, j'ai une nouvelle proposition pour réformer le mariage. En fait, je ne fais que réitérer mon ancienne proposition mais je vais un peu plus loin. Je propose que la mariage ou l'union cesse d'exister légalement et qu'il soit substitué par trois types d'«alliances» différentes et indépendantes:
  1. Cohabitation (vivent ensemble),*
  2. Coparentalité (sont ensemble les tuteurs légaux d'un ou de plusieurs enfants),
  3. Copropriété (ont des propriétés communes),

Les droits du mariage seraient répartis dans ces trois sortes de contrat informel. Ainsi, deux personnes qui vivraient ensemble, qui auraient des enfants en commun et qui posséderaient des biens en commun seraient dans la même situation qu'un couple marié actuellement. Lorsqu'ils cesseraient de cohabiter, ils seraient comme un couple divorcé. La reconnaissance du lien de copropriété permettrait à un couple qui se sépare d'avoir recours au système judiciaire pour se répartir leurs biens s'ils ne parviennent pas à le faire par eux-mêmes sans conflit. Deux personnes partageant un lien de coparentalité (qui ne se romprait que lorsque les enfants deviendrait adultes ou décéderaient, ou si l'un des deux perds totalement la garde de l'enfant), sans partager de lien de cohabitation ou de copropriété, seraient légalement dans la même situation qu'un couple divorcé avec enfants en ce moment. Les tribunaux pourraient donc leur imposer la garde partagée ou une pension alimentaire.

Il me semble que réviser dans ce sens la nature légale du contrat de mariage présenterait de nombreux avantages. En plus d'être mieux adapté à la gestion des ruptures (ce qui, finalement, me semble être la seule fonction du mariage désormais), il posséderait la plasticité nécessaire pour répondre aux besoins de toute la diversité des ménages de nos jours. Qu'un foyer soit composé d'un couple hétérosexuel marié à l'église, d'un couple homosexuel marié civilement, d'une unité polygame ou de simples colocataires, la loi n'en aura rien à faire. Ce qui serait considéré serait uniquement ce qui est pertinent pour évaluer comment ils collaborent et comment la rupture de cette collaboration devrait être gérée.

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*C'est la cohabitation qui me semble être la forme la plus intime de collaboration, mais c'est également celle qui est le plus difficilement gérable. Comment, en effet, peut-on savoir si deux personnes qui cohabitent se partagent les tâches ou si elles font leurs choses indépendamment chacune de leur côté? Peut-être serait-il souhaitable de rendre obligatoire un «contrat de cohabitation» qui spécifierait à l'avance à quel niveau les deux personnes prévoit collaborer. On saurait, par exemple, lorsque l'un des deux ne travaille pas, si c'est parce qu'il est prévu qu'il se concentre sur les tâches ménagères.

samedi 21 février 2009

Le mariage

Je n'aime pas les mariages. Pour moi ce n'est qu'un rite de plus en plus vide de sens. J'ai l'impression que c'est comme de dire à quelqu'un : «Je te promets de passer le reste de ma vie avec toi, et ce même si je cesse de t'aimer un jour.» C'est une promesse qui ne me semble ni désirable ni réalisable. Personnellement, je vais rester avec ma conjointe tant que je serai bien avec elle et il m'est inutile de me marier pour confirmer ce fait.

Toutefois, je comprends que certaines gens soient attirés par le mariage et je respecte ça. C'est une façon de célébrer l'amour qui unit deux êtres mais aussi celui qui les unit à tous leurs proches conviés au mariage. Ou ce peut n'être qu'un prétexte pour faire un gros party. Bref, je comprends et j'accepte que des gens veuillent se marier. Mais ce qui m'agace un peu, c'est quand un couple d'athées veulent un mariage religieux juste pour que ce soit «plus traditionnel» ou parce que «c'est tellement beau une église».

Je pense que vous ne réalisez pas. L'église est une institution obscurantiste qui prône des valeurs archaïques et qui fait le mal partout dans le monde. Elle essaie d'empêcher que l'on enseigne l'évolution dans les écoles, elle culpabilise les gens d'avoir des désirs, elle s'oppose à l'avortement, elle est discriminatoire envers les femmes, les homosexuels et les autres religions, elle dit aux gens du Tiers-Monde de ne pas utiliser de contraception, elle paie la caution des prêtres inculpés pour pédophilie, elle fait son argent sur la crédulité des gens, etc.

Vous marier à l'église ne sera pas gratuit. L'argent que vous donnerez au clergé pourrait bien servir à empêcher un pédophile de faire de la prison. Si vous êtes conséquents avec vos valeurs, vous ne devez pas encourager une institution qui les bafoue ouvertement.

Mais si vous voulez absolument vous marriez, je me propose pour être l'officiant – disons, le simili-prêtre – et nous pourrons ensemble composer une cérémonie qui vous conviendra. Qui aura le charme et le cute du mariage religieux tout en ayant les valeurs du progressisme.