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mercredi 24 avril 2013

Les régimes pseudoscientifiques

Comme vous le savez, je suis végétarien. Plusieurs raisons peuvent être invoquées pour promouvoir le végétarisme. Il y a des raisons éthiques et des raisons environnementales. Mais une catégorie de justifications que j'aime moins, sont celles qui prônent le végétarisme pour des raisons de santé. En fait, j'aime moins cet argument parce qu'il se rapproche trop du sophisme utilisé par les promoteurs de régimes pseudoscientifiques. En effet, il y en a toutes sortes que l'on nous propose de nos jours, et presque tous semblent fonctionner et être effectivement bons pour la santé, qu'ils soient végétariens ou basés sur notre groupe sanguin. La raison est simple:
  • L'alimentation occidentale standard est mauvaise pour la santé;
  • Donc, tout ce qui en diffère ne peut qu'être meilleur pour la santé.

Ainsi, peu importe sur quelles absurdités ésotériques on base notre alimentation, si c'est un régime un tant soi peu plus équilibré que notre fastfood quotidien, alors oui on va très certainement remarquer une amélioration dans notre santé et l'on aura l'impression que les prémisses sur lesquelles reposent notre choix alimentaires sont fondées. Supposons, par exemple, que je décide de suivre le régime du groupe sanguin. Je vais suivre celui qu'on me propose pour mon groupe sanguin et, puisqu'il est plus sain que mon alimentation habituelle, ce régime va fonctionner. Mais si j'avais décidé de suivre le régime d'un autre groupe sanguin que le mien, j'aurais vue la même amélioration.

Bref, oui l'alimentation végétarienne est meilleure pour la santé que l'alimentation occidentale standard, mais il est tout à fait possible d'avoir une alimentation équilibrée qui contient de la viande, ou de manger mal tout en étant végétarien. Mon point de vue à moi, c'est plutôt que puisqu'il est possible d'avoir une alimentation saine en se passant de viande, alors la souffrance et la mort, inhérentes à la production de viande, ne peuvent se justifier sous le prétexte de la nécessité.

dimanche 8 novembre 2009

Pro-végétarisme mais non-végétarien

J'observe que de plus en plus de gens sont favorables aux idées sous-jacentes à la pratique du végétarisme, telle que l'éthique envers les animaux, et qu'ils incluent de plus en plus dans leur alimentation des aliments «typiquement végétariens», tel que le tofu, sans pour autant adopter eux-mêmes le végétarisme.

Par commodité, appelons «semi-végétarisme» cette position intermédiaire entre le végétarisme strict et celle qui domine dans l'air du temps (viande à tous les repas). Il y a donc de plus en plus de gens qui adhèrent au semi-végétarisme. Certains ne font que manger moins de viande alors que d'autres la suppriment presque totalement de leur alimentation sauf lorsqu'ils sont reçus à souper ou qu'ils mangent dans un restaurant qui n'aurait que peu de plats végétariens au menu. Les semi-végétariens et les végétariens ont tous deux en commun qu'ils tentent de «végétariser» leur alimentation le plus possibles, c'est-à-dire qu'ils vont sciemment et significativement réduire leur consommation de viande pour des raisons éthiques. La seule différence, au fond, c'est que le végétarien strict la réduit un peu plus.

En tant que végétarien, je ne puis qu'être heureux de cette évolution des mœurs. Mon boycott des produits animaux ayant pour but de réduire la demande (afin de réduire le nombre de bêtes dans les élevages intensifs, afin de réduire le taux de souffrance dans l'univers), il m'importe beaucoup plus de savoir que ces idées font leur chemin et que la demande en viande diminue, que de m'assurer qu'aucune chair morte ne touche ma langue. Je suis un utilitariste, ce qui me préoccupe c'est avant tout de réduire la souffrance dans l'univers. C'est pourquoi mieux vaut que dix personnes adoptent le semi-végétarisme plutôt qu'une seule ne devienne végétarienne à temps plein; les premiers réduisant davantage la demande que le second.

Je pense que les idées sur lesquelles se fonde le végétarisme éthique sont, pour la plupart, bien ancrées dans l'esprit des gens. Par exemple, la plupart des gens conviendront que les bêtes peuvent subir de la douleur, qu'elles sont capables de ressentir le bonheur et la souffrance comme nous, et qu'elles éprouvent certaines émotions. Ils s'opposeront à la maltraitance des animaux et parfois même à leur mise à mort.* Dans ce contexte, le semi-végétarisme a de la facilité à percer, et davantage que le végétarisme strict. Il s'harmonise avec les valeurs des gens sans pour autant leur faire franchir la ligne qui leur donnerait l'impression d'avoir un tabou alimentaire et d'être marginaux, et il ne se cogne pas au dogme que «tuer pour la viande c'est toujours correct!».

Comme maintes choses dans notre univers en continuum, la frontière symbolique qui sépare les gens végétariens de ceux qui ne le sont pas biaisent notre perception. Prenez les trois personnages suivants :
  • Pierre a un régime strictement végétarien.
  • Jean mange deux repas de viande par jour.
  • Jacques mange deux repas de viande par semaine.
On se rend compte que même si Jacques n'est pas végétarien, son alimentation est plus proche de celle de Pierre (végétarisme) que de celle de Jean (carnivore). C'est pourquoi je considère que ce que j'appelle le semi-végétarisme est plus proche du végétarisme que de l'alimentation occidentale standard. J'ai focalisé ici sur la quantité de viande ingérée, mais le continuum entre végétarisme et viande se présente aussi sur deux autres axes: la variété des viandes consommées et, surtout, la perception de l'animal. Peut-être que Pierre et Jacques croient tous les deux que les animaux sont capables de souffrir et méritent des droits tandis que Jean les perçoit comme des automates créés par Dieu pour le nourrir. Peut-être que Jacques n'a aucune difficulté à manger des viandes «ordinaires» comme du steak haché ou des poitrines de poulet, mais qu'il a la même répulsion qu'un végétarien face à de la viande chevaline ou de la cervelle de veau.

Ce que je déplore toujours, c'est que même si le végétarisme strict est vu par plusieurs comme un idéal éthique qu'ils ne sauraient atteindre, il continue d'être perçu par la majorité comme un extrémisme irrationnel. Alors que dans les faits, il n'est que l'aboutissement logique du raisonnement qui nous a mené au semi-végétarisme.

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*Sauf que ces mêmes actes bénéficieront d'une absolution inconditionnelle lorsque l'animal est tué pour nous nourrir ou lorsqu'il est maltraité pour que la viande coûte moins cher. C'est deux poids deux mesures

vendredi 17 avril 2009

La simili-viande

Je vous ai déjà confessé mon végétarisme et je vous en ai donné les fondements éthiques. En vertu de ce choix alimentaire, il m'arrive fréquemment de consommer une catégorie d'aliments que l'on nomme «fausses viandes» ou «simili-viandes». Ce n'est pas du tofu. Ce sont des produits imitant les charcuteries traditionnelles mais n'étant composé que d'ingrédients végétaux comme du blé et du soya. La plupart de ces produits sont fabriqués par la compagnie Yves' Veggie, vous pouvez les voir sur leur site ainsi que connaître leur valeur nutritive. Souvent, ils sont nutritionnellement mieux cotés que leurs équivalents animaux.

Cette gamme de produits est très pratique. Par exemple, si je suis invité à un barbecue, je n'ai qu'à apporter mon paquet de saucisses «veggie dog» pour pouvoir maintenir mes choix alimentaires sans pour autant subir l'exclusion sociale (même si je vais inévitablement être victime de moqueries et de commentaires désobilgeants). Ou, simplement, si je manque d'imagination pour composer des plats végétariens, je puis faire une recette traditionnelle familiale en substituant le steak haché par du «faux bœuf haché».

J'entends souvent la même objection par rapport à ces produits. Elle me fait rire intérieurement tant elle me semble insensée quand on y pense comme il faut, même si elle a l'air logique si on l'écoute distraitement. Ça va comme suit :
« Moi je mangerais jamais ça de la fausse viande… Tant qu'à manger du faux aussi bin manger du vrai! »

On appelle ça de la fausse viande parce que ce n'est pas de la viande mais que ça a pour but d'occuper la même niche gastronomique. Ça sert à remplacer la vraie viande comme ingrédient dans les recettes. Cela ne rend pas ce produit «faux» pour autant. Il existe réellement! Et sa valeur nutritionnelle aussi. Ce n'est qu'un nom. Si l'on décidait d'appeler le chocolat du simili-caca, je ne pense pas que personne ne se mettrait à se délecter d'excréments en me disant «Tant qu'à manger de la marde, autant en manger de la vraie!»

+++ la portion qui suit est un ajout du 20 novembre 2009 +++

J'entends également parfois un autre commentaire à propos de la fausse viande. En plus de ceux qui me disent qui ne comprennent pas pourquoi je mange de la fausse viande plutôt que de la vraie, il y a ceux qui me disent :
«Si tu manges de la fausse viande c'est que, en quelque part, tu reconnais que la viande c'est bien.»

J'ai essayé de donner une version synthétique de cet argument mais, en gros, l'idée c'est que consommer de la fausse viande confirme qu'il faut manger de la viande, ou que la viande goûte bon, ou qu'on ne peut s'en passer, ou qu'elle est supérieure aux mets végétariens, etc. C'est un argument que l'on peut entendre autant de la part de non-végétariens que de végétariens ne mangeant pas de simili-viande.

Dans la perspective d'une éthique utilitariste, ce type d'argument n'a aucun sens (j'ai moi-même de la difficulté à en saisir le sens tant il me semble creux...). À moins de considérer que ce qu'il y a de non-éthique dans la consommation de viande c'est le fait de prendre plaisir à goûter le fruit de la souffrance animale (ce qui se défend moyennement...) et qu'en goûtant une imitation de ce produit on se souille autant qu'en goûtant l'original (ce qui m'apparaît indéfendable). Personnellement, c'est la souffrance elle-même que je considère indésirable et c'est le fait de créer une demande pour causer cette souffrance que je considère répréhensible.

Donc la consommation de simili-viande ne vient d'aucune façon affaiblir, ni même attaquer, les fondements de mon végétarisme. Le «mal» ne réside pas dans la viande mais dans la souffrance. Si l'on produisait en laboratoire de la vraie viande à partir de culture de cellules animales, je n'aurais aucune objection éthique à en consommer.