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mercredi 11 juin 2014

Détruire les machines

À l'époque de la Révolution industrielle exista un mouvement que l'on appela «luddisme». Certains artisans mécontents d'avoir perdu leur gagne-pain au profit de machines, s'étaient mis à vandaliser et à détruire lesdites machines dans le vain espoir de ramener les choses comme avant. Je trouve intéressant de réfléchir à cette situation, parce que le phénomène n'a jamais cessé de se produire: la progression technologique contribue forcément à faire sombrer des jobs dans l'obsolescence. Que ce soit des emplois d'ouvriers ou de bureaucrates, beaucoup de fonctions sont susceptibles d'être un jour exécutées par des machines ou des logiciels plutôt que par des humains. Le dilemme éthique qui découle logiquement de ce constat c'est:
Devrait-on limiter le développement de certaines technologies si leur émergence a pour conséquence de créer du chômage en faisant disparaître des emplois?

Quand on y pense, il est évident que le bonheur des gens devrait passer avant le progrès. Lui-même n'est pas un but en soi, mais un outil dont l'unique finalité est d'améliorer la qualité de vie des gens. Par conséquent, il serait totalement paradoxal de condamner des salariés à la misère au nom du culte du progrès. En plus, puisque, jusqu'à maintenant, ces emplois étaient occupés par des humains et que tout allait bien ainsi, a-t-on vraiment besoin de les remplacer par des machines? Non. Donc… on devrait cesser dès maintenant toute avancée technologique susceptible de causer des pertes d'emplois? Eh non. Les choses ne sont pas si simples.

J'aimerais d'abord que l'on se rappelle quels types d'emplois ont cessé d'exister à cause des machines, de l'informatique et même des outils plus anciens. Quand on y pense, les tâches que la technologie peut faire à notre place ou qu'elle nous permet d'accomplir plus efficacement étaient toute plutôt pénibles voire aliénantes. Ce n'est pas parce qu'ils aimaient leur travail que les gens étaient contre son abolition, c'est parce que c'était leur gagne-pain. Si les facteurs de Poste Canada sont fâchés qu'on supprime leur job, ce n'est pas parce que mettre des enveloppes dans des boîtes aux lettres est leur passion dans la vie, c'est parce que c'était une job stable et payante qu'ils savaient faire. Même chose pour les tisserands du mouvement luddite. Et plus on remonte loin dans le passé, plus on se rend compte que les emplois et les tâches qui n'existent plus à cause du progrès techniques étaient désagréables. Réduire un humain à l'exécution d'une tâche monotone et répétitive c'est brimer son potentiel et l'empêcher de s'accomplir comme il le devrait.

Petit exercice pour savoir si un emploi est gratifiant pour lui-même, et pas seulement pour son salaire ou pour son utilité, demandez-vous la question suivante:
Si j'héritais d'une fortune telle que je ne n'aurais plus besoin de travailler jusqu'à la fin de mes jours. Et, si l'emploi que j'ai en ce moment ne servait plus à personne et qu'on ne me paierait plus pour, est-ce que je continuerais de le faire juste pour le plaisir? 

Par exemple, si je suis concierge, est-ce que je nettoierais un bâtiment désaffecté où personne ne va et qu'on s'apprête à démolir, rien que pour le plaisir? Évidemment, ma question ici est divisible en deux questions distinctes. Si nous demander si nous ferions cet emploi bénévolement ne sert qu'à savoir si on aime notre job, il est évident que peu d'entre-nous continuerait de travailler si le fruit de notre travail ne bénéficierait à personne d'autre, même si on aime ce que l'on fait. Mais c'est justement là qu'est mon point. À partir du moment où la technologie est disponible – ou, du moment qu'il serait aisé de la développer – ne pas l'utiliser pour préserver un emploi revient au même que d'avoir un emploi totalement inutile. C'est comme si on nous payait à rien faire par charité, parce qu'on n'est incapable de faire autre chose. On ne peut pas être contre le progrès juste pour garder des jobs obsolètes; le sens même du travail c'est d'être utile.

Je voudrais aussi souligner que lorsque l'on choisit sa carrière, on sait qu'il y a toujours certains risquent pour que notre emploi cesse un jour d'exister. Parfois ce risque est minime, parfois il est énorme, c'est selon notre domaine. Certains emplois risquent de disparaître à cause du progrès technologique, oui, mais il y a d'autres raisons possibles, de nouvelles lois environnementales par exemple, ou une diminution de la demande. Dans tous les cas, en choisissant de faire telle job plutôt que telle autre, on sait à quoi s'attendre à ce niveau, on accepte le risque et on fait le pari que notre emploi continuera d'exister au moins pour la durée de temps qu'on prévoit l'occuper. Conséquemment, si notre poste vient à disparaître, ce n'est pas une aberration, c'est quelque chose qu'on aurait pu anticiper et à quoi l'on aurait dû être préparé; à la fois en tant qu'individu, mais aussi au niveau de la société.

D'accord. Alors… les gens dont l'emploi devient désuet ne méritent pas mieux que de se retrouver sans revenu et à la rue? Mais non! Je dis juste que le problème n'est pas le progrès technologique comme tel. C'est en fait notre politique du travail. Si un patron congédie ses employés parce qu'il a acheté une machine qui fait leur job plus efficacement, il s'enrichie et crée de la misère. Mais imaginons qu'au lieu de ça, ce soit les employés qui s'étaient cotisés pour acheter cette même machine. Ils auraient alors pu continuer de recevoir leur paye de leur patron (qui aurait été satisfait lui aussi grâce à l'augmentation de leur productivité) et n'auraient plus eu à travailler, à part pour veiller à l'entretien de ladite machine. Ainsi, pour paraphraser Marx, la solution serait que les prolétaires deviennent propriétaires de leurs moyens de production… ou que les employés deviennent copropriétaires des entreprises qui les emploient. Par exemple si, au lieu de faire augmenter notre salaire, notre ancienneté nous donnait des parts dans l'entreprise. Ça serait moins dur de perdre son salaire si on recevait des dividendes. Également, en tant que société, il faut nous assurer d'avoir des programmes de solidarité sociale mais aussi d'aide à la recherche d'emploi, de financement des études (pour se lancer dans un nouveau domaine si le nôtre disparaît) et de formation continue (pour ne jamais être dépassé par le progrès de notre domaine) afin que perdre son emploi ne soit pas une condamnation à mort mais une opportunité.

Voilà. Donc… où cela va-t-il s'arrêter? Quand le progrès de la technologie va-t-il cesser de nous enlever du travail? Va-t-on finir comme dans le film Wall-E, où les humains ne sont plus que des fainéants oisifs et inutiles qui se font entretenir par les robots? J'en doute fortement. Comme j'ai dit, les emplois et les tâches que l'on a fait disparaître sont ceux qui ne procuraient pas de sentiment d'accomplissement pour eux-mêmes; c'est-à-dire pour lesquels c'est le salaire ou l'utilité que l'on visait. Ainsi, les humains vont toujours continuer de vouloir s'accomplir. Ultimement, ce qui va rester et que les machines ne pourront pas faire à notre place (sauf peut-être dans un futur vraiment lointain de type science-fiction) et que l'on va continuer de faire par pur plaisir, ce sera des postes de chercheurs, d'artistes (au sens large, tout ce qui est créatif), de penseurs et peut-être d'enseignants. Bref, quand on n'aura plus besoin de personne pour ramasser les vidanges, tout le monde va pouvoir faire ce qu'il voulait faire quand il était enfant.

jeudi 7 février 2013

Modifier son corps

La technologie moderne nous permet de modifier nos corps: teindre nos cheveux, se faire tatouer ou percer, se faire enlever des rides, liposucé ou même changer de sexe. Personnellement, je trouve qu'il y a quelque chose de merveilleux dans le fait que l'on puisse avoir plus de pouvoirs sur notre apparence physique. Que l'on puisse choisir ce qu'on est, en quelque sorte. C'est comme le triomphe de la personne sur la nature, de la volonté sur le hasard, de la raison sur l'irrationnel, de l'intelligence sur la contingence, etc. Certains disent que l'on devrait demeurer «naturels». Moi, je ne crois pas en «la nature» autrement que comme une allégorie.

Ainsi, j'aime bien voir un tatouage sur une personne. C'est comme si elle avait fait de son corps (un produit de la nature) une œuvre d'art (un produit de l'esprit). Par contre, en ce qui me concerne, il y a peu de chance que je me fasse tatouer un jour. Non que je sois contre l'idée, mais il faudrait que je trouve une idée de tatouage qui soit non seulement significativement pour moi en ce moment, mais qui le demeurerait également toute ma vie. Donc, puisqu'un tatouage c'est permanent, m'en faire faire un serait comme de croire en l'inaltérabilité de ma personnalité. Comme si mon être actuel était «parfait» et ne pouvait plus évoluer autrement. Si les tatouages étaient plus faciles à enlever, je m'en ferais sans doute faire de temps en temps. Mais en ce moment, ça serait comme une atteinte à la liberté de mon «moi» futur.

Je trouve que c'est abusif, voire discriminatoire, lorsqu'un employeur force les membres de son personnel à cacher leurs tatouages, à retirer leurs perçages et à ne pas se teindre les cheveux d'une couleur atypique. C'est contraire à l'idéal de liberté que je prône. Personnellement, j'aime bien voir ce genre de diversité dans le physique des gens d'un commerce. Ça fait contraste avec leurs uniformes identiques et souvent moches. Accepter la diversité que les gens choisissent d'avoir est l'extension logique de l'acceptation de la diversité ethnique et des orientations sexuelles. Autrement, c'est comme si le raisonnement sous-jacent était qu'être différent est un défaut, donc que c'est pardonnable uniquement lorsque ce n'est pas par choix.

En ce qui concerne les modifications du corps visant à dissimuler les signes du vieillissement, c'est un peu différent. C'est vouloir éviter ce que l'on perçoit comme une détérioration de l'apparence. Même chose pour toute autre chirurgie esthétique; une liposuccion ou des implants mammaires par exemple. On veut tout simplement augmenter notre beauté. C'est la même chose pour le fait de se maquiller. J'y vois aussi quelque chose de positif, en ce sens que l'on peut «améliorer» notre apparence plutôt que de nous contenter de ce que la nature nous a donné. Le problème c'est quand on fait cela à cause d'une pression sociale. Ça serait mieux si tout le monde pouvait être à l'aise avec son corps sans s'altérer ainsi. D'autant plus que plus les gens auront recours à ce genre de transformation, et plus les standards de beauté vont les exiger.

Je trouve aussi formidable que l'on puisse désormais changer de sexe si l'on estime ne pas être né avec le bon. C'est un sentiment que j'ai de la difficulté à cerner, puisque je ne me sens pas particulièrement homme ni femme, mais je suis content que ceux qui ont un tel mal-être avec leur sexe biologique puisse faire ce choix. En fait, l'existence de cette possibilité fait en sorte que notre sexe devient un choix pour nous tous, puisqu'en choisissant de ne pas changer de sexe on confirme que l'on choisit d'être de notre sexe. On est donc libre d'être un homme ou une femme. Mais là aussi, je me demande parfois si ce ne sont pas des pressions sociales qui poussent une personne à être mal à l'aise avec son sexe biologique. Si l'on avait réellement déconstruit les genres, peut-être y aurait-il moins de gens désirant changer de sexe? J'imagine que ça dépend de si c'est son sexe social qu'elle refuse ou son anatomie génitale.

Parfois je m'imagine un futur de science-fiction dans lequel les humains pourront ajouter à leurs corps des organes artificiels. Là aussi, je trouve cette perspective positive, que ce soit pour remplacer une partie du corps endommagée, ou simplement pour le plaisir d'avoir de meilleurs yeux ou des bras de robots. Bien sûr, cela pose pour certains le problème de «un humain à ce point modifié est-il encore un humain?» mais cette question est invalide dans mon paradigme

Par rapport aux modifications corporelles en générales, je pense que l'on devrait viser un accroissement de la liberté. La liberté, c'est lorsque l'on a le pouvoir d'assouvir nos désirs. On augmente sa liberté soit en augmentant son pouvoir, soit en réduisant ses désirs. Ainsi, pour augmenter la liberté des individus sur leurs corps, il faudrait à la fois:
  • Permettre aux individus de modifier leurs corps comme bon leur semble sans qu'ils ne soient discriminés pour ça, et en améliorant de plus en plus la technologie qui permet ça;
  • Neutraliser autant que possible les causes psychologiques et sociales qui poussent les individus à vouloir modifier leurs corps;

jeudi 22 novembre 2012

Un arbre à viande

Éventuellement, la technologie nous permettra de fabriquer de la viande, non plus en élevant des animaux entiers, mais simplement en cultivant des cellules animales pour donner naissance uniquement aux parties que l'on mange. Comme du clonage mais partiel. On clonerait des steaks, des croquettes et du jambon sans qu'aucune vache, poule ou cochon n'ait besoin de venir au monde.

Vu que je suis végétarien, on me demande parfois si je mangerais de la viande qui aurait été produite de cette façon. La réponse est oui. Je n'aurais aucune objection éthique à consommer de la viande produite ainsi. Mon boycott de la viande est dû au fait que sa production implique la souffrance et la mort d'êtres sensibles capables de bonheur et de souffrance et désirant vivre. Créer de la viande déjà viande, sans passer par l'intermédiaire pourvu de sensations, fait tomber complètement cette objection. Je considérerais un animal transgénique acéphale de la même façon qu'une plante.

Je vois également d'autres avantages. Dans une perspective environnementale, ça me semble également bénéfique. L'élevage est une industrie extrêmement polluante. Les déjections surabondantes de nos animaux souillent l'environnement. Le défrichage de forêts pour en faire des pâturages menace les espèces qui y vivent. Nous passer d'élevage et produire la viande en laboratoire réduirait notre empreinte écologique.

Même d'un point de vue économique ça finirait par être rentable. Pour l'instant, ça serait sans doute très coûteux, mais lorsque la technologie sera assez avancée pour que l'équipement requis soit abordable, ça va devenir plus avantageux. Un animal consomme plus de nutriments qu'il n'en produit; non seulement parce qu'une bonne partie de son corps n'est pas consommée, mais aussi parce qu'il faut le nourrir jusqu'à l'âge de sa maturité. Une culture de cellules animales ne présentera plus ce problème. Par ailleurs, tous les coûts reliés au logement, aux déplacements, aux soins et à l'abattage des animaux ne seront plus présents. On y voit donc là une convergence entre les intérêts du producteur de viande, du consommateur de viande et du végétarien éthique.

J'ajouterais que la technologie utilisée pour cloner de la viande sera également utile en médecine. Que l'on clone un foie humain pour une greffe d'organe ou que l'on clone un foie de veau pour le souper du dimanche, c'est la même technologie qui est à l'œuvre… sauf bien sûr que le foie de veau n'a pas besoin d'être fonctionnel. Ainsi, investir dans cette science pourrait se faire sans que l'objectif ultime ne soit la fabrication de viande; ce ne serait qu'un bénéfice indirect.

Cela me fait penser à un constat que j'ai fait, une sorte de tendance. Il semble que plus la science et la technologie progressent, plus notre nuisance (création de souffrance et destruction de l'environnement) augmente. Mais, passé un certain seuil, la tendance s'inverse brusquement et le progrès devient bénéfique. Comme si celui-ci nous donnait le pouvoir d'abord puis la sagesse ensuite.

Bref, ça serait bien que la viande soit produite comme ça. Peut-être même qu'on pourrait créer des végétaux transgéniques dont les fruits seraient faits de chair animale? En attendant l'apparition des arbres à viande, je vais demeurer végétarien.

lundi 7 décembre 2009

Confluence entre science et éthique

La science et l'éthique sont deux choses distinctes. L'une et l'autre répondant respectivement aux questions «Qu'est-ce que le vrai?» et «Qu'est-ce que le bien?», deux des questions canoniques de la philosophie. Malgré tout, peut-on utiliser une méthodologie semblable pour trouver des réponses à ses deux questions? Sur ce blogue, je vous parle principalement du scepticisme scientifique et de l'éthique utilitariste. Pour moi les deux sont interreliés en une même vision du monde. Ils découlent d'une même attitude face à ses deux questions : terre-à-terre, esprit critique, principe de parcimonie, etc. Essayons de démontrer la filiation de ces deux volets de mon blogue.

Disons que j'essaie de me demander ce qu'est le bien en supprimant ce qui est nié par la science. Par exemple, disons que je prends une éthique théologique voulant qu'un péché soit une faute envers autrui, envers soi-même ou envers Dieu. Il m'apparaîtra alors que je puis supprimer de mes considérations les soi-disant fautes envers Dieu (son existence étant indémontrable, le fait qu'il puisse réprouver certaines de mes actions l'est encore plus). Si l'on adopte une attitude scientifique, on ne peut plus dire que telle action est mal simplement parce que Moïse en aurait reçu l'interdiction divine sur le mont Sinaï ou parce que ça ferait pleurer le p'tit Jésus. Bref, toute éthique basée sur des révélations ou sur une conception surnaturaliste du monde entre nécessairement en contradiction avec la science.

Qu'en est-il des autres éthiques qui sont purement philosophique sans référence au surnaturel? Si l'on utilise une éthique qui prend pour pilier un concept abstrait* on doit prouver que cette abstraction existe «scientifiquement» et qu'il y a une raison logique d'en faire la base de notre éthique. Par exemple, dire que le but de l'éthique serait de nous aider à rester «pur» serait antiscientifique puisqu'il n'y a pas de différence tangible entre le corps d'un homme chaste et celui d'un assassin violeur. Même chose pour n'importe quelle autre de ces variables; que ce soit le devoir, la vertu, l'ordre ou un autre concept du même genre. Ce sont des abstractions, des fictions. Le bonheur et la souffrance, par contre, existent empiriquement. Grâce à la science, on peut donc élaguer notre éthique de toute considération arbitraire pour s'en tenir à la règle d'or : «Considérons les intérêts des autres tel que nous voudrions qu'ils considèrent les nôtres.»

La science contribue également à l'éthique en nous donnant plus de savoir et de pouvoir. Dans les temps passés, on considérait généralement la femme, l'esclave et l'étranger comme ayant moins de droits que l'homme libre natif. C'est grâce à la science que l'on a pu montrer l'infondé de ce genre de discrimination, mais cela n'aurait pas suffit à l'abolir. Si l'on a pu libérer les esclaves et les serfs, c'est parce que l'on dispose maintenant de la machinerie pour suppléer à leur travail sans rémunération. Si l'on a permis aux femmes d'accéder au marché du travail, c'est parce que l'on a maintenant les outils pour accomplir plus rapidement les tâches ménagères et la préparation des repas. Bref, il faut non seulement que l'on sache que cette discrimination est sans fondement, mais il faut également que l'on ait une alternative nous permettant de l'éviter. Ces deux préalables sont comblés par la progression de la science. La prochaine étape sera l'élimination du spécisme, puisque l'on sait maintenant que les bêtes souffrent comme nous (grâce à la biologie et à l'éthologie) et que l'on peut de plus en plus nous passer d'elles tant pour nous habiller que pour nous nourrir ou pour l'expérimentation scientifique.

Finalement, la science nous permet également de voir à plus long terme donc d'anticiper que nos gestes présents auront un impact sur le bonheur et la souffrance dans le futur. Je pense à notre conscience environnementale par exemple. C'est grâce à la science que l'on sait maintenant que les activités humaines ont un impact sur les écosystèmes et le climat.

Bref, le scepticisme scientifique tel que je le conçois va de pair avec l'éthique utilitariste que je prône. Pour moi l'un ne va pas sans l'autre.

––

*telle que la souillure et la pureté, le devoir ou la vertu, la loi et l'ordre, la valeur, la hiérarchie, le sacrifice, l'honneur, la justice, le mérite, les principes, la propriété, la dignité, des catégories, la vengeance, le respect de la tradition ou celui de l'ordre naturel des choses.

mardi 27 octobre 2009

Le rasoir d'Occam

Guillaume d'Occam (1285-1347) fut un philosophe britannique qui apporta à la méthode scientifique le principe de parcimonie qu'il formula des deux manières suivantes :
Pluralitas non est ponenda sine necessitate
(les multiples ne doivent pas être utilisés sans nécessité)

Entia non sunt multiplicanda praeter necessitatem
(les entités ne doivent pas être multipliées par delà ce qui est nécessaire)

On appelle ce principe «le rasoir d'Occam» car il «rase» les éléments excédentaires dans une théorie. Aujourd'hui, nous connaissons davantage le principe de parcimonie sous cette forme:
«La plus simple des explications est souvent la meilleure.»

Il est nécessaire, je pense, de résoudre l'ambiguïté à propos du sens des termes «simple» et «meilleure» La «plus simple» ne veut pas dire la plus simpliste ou la plus réductionniste. C'est simplement celle qui implique de présumer l'existence du moins grand nombre d'entités; la moins spéculative. Et «la meilleure» ne veut pas dire «la plus vraie» mais «celle qui a raisonnablement le plus de chances d'être vraie parmi les hypothèses connues». Si, par exemple, on a les deux hypothèses suivantes :
  • A- Mes clés ne sont pas où je les ai laissées. Je dois me tromper, j'ai dû les déposer ailleurs par mégarde.
  • B- Mes clés ne sont pas où je les ai laissées. Sans doute que les objets ont une volonté propre et ont la faculté de se déplacer.
L'alternative «A» est incontestablement la plus simple et la plus probable. Mais dans cet autre dilemme :
  • A- Toutes les formes de vie sont apparues spontanément par l'action d'un créateur surnaturel.
  • B- Des formes de vie extrêmement simples apparurent lorsque des composés chimiques se sont assemblés dans la soupe primordiale. Puis, sous l'action conjuguée des mutations aléatoires et de la sélection naturelle, la vie évolua en engendra des êtres plus complexes et variés.
L'alternative «A» est «plus simple» mais pas au sens où on l'entend dans l'expression du rasoir d'Occam. C'est celle qui comporte le moins de phénomènes mais qui transgresse le plus les «lois» du modèle de la réalité que l'on peut établir à partir des données observées. C'est la même chose si l'on revient à l'exemple précédent avec les clés. Même si je suis totalement certain d'avoir laissé mes clés à cet endroit, l'hypothèse que je me trompe demeure plus plausible que celle qui veut que les clés aient une volonté propre et se soient déplacée toutes seules. Car, l'existence de ma faillibilité est un fait avéré tandis que celle de «l'âme des objets» va à l'encontre de tout ce que l'on sait à propos des objets inanimés.

Aussi, plus on accumule de données et moins la meilleure explication est simple. Par exemple, si au départ il est «plus simple» de croire que le Soleil tourne autour de la Terre plutôt que l'inverse (puisque l'on ne sent pas la Terre bouger et que l'on voit le Soleil traverser le ciel dans la journée), ça devient plus compliqué d'expliquer le mouvement des étoiles et la rétrogradation des planètes sans changer de paradigme en faveur de l'héliocentrisme. Ainsi, si l'on tient compte de toutes les observations astronomiques, l'héliocentrisme devient «plus simple» que le géocentrisme.

Également, toute hypothèse qui fait intervenir l'existence du surnaturelle est nécessairement «moins simples» qu'une qui s'en tient à la réalité telle que la science la décrit. Généralement, l'entité surnaturelle proposée comportera plus d'attributs que nécessaire pour combler notre hypothèse; ce n'est donc pas parcimonieux. Ce qui me donne une nouvelle occasion de citer à nouveau cette phrase du philosophe David Hume (1711-1776) :
«nul témoignage ne suffit à établir un miracle, à moins que (...) sa fausseté en fut plus miraculeuse que le fait qu'il tente d'établir»

S'il est possible de trouver, à l'intérieur de l'univers connu, une ou plusieurs causes probables à un phénomène, il n'y a rien qui justifie de rechercher une explication à l'extérieur de notre modèle du monde. Et si l'on ne peut trouver de cause rationnelle pour un phénomène, dire «je ne sais pas» demeure l'alternative la plus sage.

Par ailleurs, quand on associe arbitrairement un phénomène sans explication (objet disparu ou retrouvé à un endroit inhabituel, lumières étranges dans le ciel, guérison soudaine d'une maladie incurable, coïncidence anodine, etc.) à une explication sans phénomène (Dieu, les esprits, les extraterrestres, etc.) c'est souvent moins pour expliquer l'un que pour justifier notre croyance préexistante en l'autre. Cela va à contresens de la démarche scientifique. C'est partir des conclusions pour aller vers les faits, plutôt que d'établir ses conclusions à partir des faits.

J'aimerais clore cette réflexion en reformulant le principe de parcimonie :
«L'explication qui outrepasse le moins la somme des données observées, est celle qui a le plus de chance d'être vraie parmi l'ensemble des explications proposées.»


mercredi 22 juillet 2009

Le péché originel

L'économiste Thomas Malthus (1766-1834) a constaté que les besoins en ressources d'une population croissaient davantage que les ressources elles-mêmes. La population et les ressources doivent être en équilibre. Comme il naît plus d'individus que ce que les ressources peuvent supporter, une quantité d'individus devra mourir pour rétablir l'équilibre. C'est en lisant cette conclusion de Malthus que le célèbre naturaliste Charles Darwin (1809-1882) échafauda sa théorie de l'évolution. Chez les autres espèces, des mécanismes régulateurs de population, tels que la prédation, apparaissent souvent pour contrôler l'équilibre démographique. L'équation est donc balancée :

Population = Ressources

L'humain vivait autrefois, comme toutes les espèces, soumis à cette impitoyable loi de la nature. C'est ainsi que nous étions au Paléolithique, dans cet équilibre primordial, en parfaite symbiose avec l'écosystème, mais au prix de bien des morts et des souffrances pour nous. C'est alors que survint un changement, la Révolution agricole qui marqua la fin du Paléolithique et le début du Néolithique. Avec l'invention de l'agriculture, on pouvait produire plus de ressources. Contrôler cette moitié de l'équation. Mais, comme on ne contrôlait pas l'autre moitié, la population, celle-ci croissait démesurément, jusqu'à ce qu'il manque de ressources à nouveau, nous forçant à produire encore plus de ressources. J'ai tracé un réseau de concept pour expliquer rapidement les différentes variables qui interviennent dans le processus :



À partir du moment où tous les territoires de la Terre furent occupés par l'humain, il n'avait plus d'autre alternative que d'accroître ses moyens techniques pour extraire et produire plus de ressources. C'est ce bris d'équilibre du Néolithique – on pourrait dire, ce «péché originel» – qui a déclenché une réaction en chaîne provoquant tout le progrès technologique mais aussi la division du travail et la stratification sociale, en plus des guerres, du développement du commerce et de l'émergence des États. Pour avoir plus de ressources afin de nourrir notre population qui ne cessait de croître, nous devions étendre notre territoire, maximiser notre usage des ressources disponibles et développer de nouvelles technologies permettant de produire davantage de ressources. Ce qui causait originellement notre évolution biologique causait désormais notre évolution technologique. Mais, sans avoir à payer de tributs en vies humaines.

Le problème anticipé par Malthus c'est que cette croissance ne pourrait pas durer éternellement. Tôt ou tard, on ne pourrait plus nourrir tout le monde. Le système allait nécessairement s'effondrer causant famine et pénuries. Malthus proposa donc une politique de contrôle démographique et la suppression de l'aide aux nécessiteux… afin qu'ils ne survivent pas. Bien sûr, tout cela n'était pas très éthique. Mais je pense que nous disposons, de nos jours, des moyens de contrer l'amplification de ce déséquilibre. En effet, nous avons inventé des moyens de contrôler l'autre moitié de l'équation initiale – la population –, il s'agit de la contraception, de la médecine et de l'hygiène. Grâce aux contraceptifs qui sont devenus facilement accessibles depuis la révolution sexuelle, nous pouvons engendrer un enfant seulement lorsqu'on le désir. Tout enfant qui vient au monde (dans les pays industrialisé) est nécessairement issu d'un choix; même si c'est une grossesse accidentelle, ses parents ont choisi de ne pas l'avorter. L'enfant vient donc au monde, le plus souvent, seulement lorsqu'il a des parents qui désirent qu'il vive et qui ont les moyens de le faire vivre. La médecine et les mesures d'hygiène réduisent quand à elles le taux de mortalité infantile. Conséquemment, on n'est plus obligé de faire une tonne d'enfants pour s'assurer qu'il y en ait au moins un ou deux qui atteignent l'âge adulte, chaque enfant engendré a de bonne chance de vivre jusqu'à sa pleine maturité.

Je pense donc que lorsque les technologies médicales et contraceptives se seront répandues sur toute la Terre, la boucle sera bouclée, l'équation redeviendra équilibrée et la crainte de Malthus ne sera plus fondée. Nous sommes partis d'une situation d'équilibre primordiale incontrôlée, nous avons vécu une situation transitoire de déséquilibre qui dura 12 000 ans, puis nous aboutiront ultimement dans un état d'équilibre contrôlé, où la démographie demeurera stable sans pour autant que cela n'implique mort et souffrance. Une fois rendu à ce stade, notre principal problème sera de déconstruire toutes les contingences culturelles nuisibles qui se sont accumulées dans nos traditions entre la Révolution agricole du Néolithique et la Révolution sexuelle des années soixante.

dimanche 24 mai 2009

Sagesse est incertitude

Le philosophe Socrate (470-399 av. notre ère) disait qu'il était le plus sage non parce que les autres étaient plus ignorants que lui, mais parce que lui n'ignorait pas sa propre ignorance.

Étant le simple fruit de l'évolution et non l'œuvre d'un être transcendantal, notre cerveau n'a pas nécessairement le potentiel de comprendre l'univers dans sa totalité. Il serait même surprenant qu'il le puisse. Si le cerveau du chien ne peut apprendre la biologie moléculaire ou la plomberie, il y a certainement des choses qui seront à jamais hors de portée du cerveau humain. Nous ne pouvons bien sûr pas savoir quand nous serons rendu aux limites de notre science, mais il est clair que même si beaucoup de questions trouveront peut-être leur réponse un jour, il y en a beaucoup qui demeureront sans réponse... soit parce que nous n'aurons pas le temps d'y répondre avant notre extinction, soit parce que nous ne sommes pas suffisamment équipés cérébralement pour comprendre cette réponse.

Comme je vous le disais dans ma réflexion sur le réel, je pense que la Vérité - avec un grand «V» - n'est qu'un idéal inatteignable et que notre conception du monde n'est rien de plus qu'un système de représentations. En ce sens on peut dire que je suis sceptique ou agnostique*. Mais je pense tout de même que certaines façons de nous représenter le monde se rapprochent davantage que d'autres du monde tel qu'il est vraiment; je prône donc davantage le scepticisme scientifique que le scepticisme philosophique. La vérité empirique a beau être asymptotique, on peut essayer de s'en rapprocher autant que possible.

La méthode scientifique est sans doute le meilleur outil dont dispose l'humain pour se représenter la réalité de la manière la plus conforme possible à ce qu'elle est vraiment. Elle nous permet d'établir des prédictions sur les conséquences de nos actes et de ce qui nous entoure. C'est, à mon sens, le seul niveau de réalité qu'il est désirable d'atteindre.

Lorsqu'une personne prétend avoir vécu une histoire incroyable (enlèvement par des extraterrestres, conversation avec Dieu, projection astrale, etc.), la question n'est pas «Est-ce vrai?» mais plutôt «Est-ce scientifiquement vérifié?» Ce qui est contredit ou qui ne peut être affirmé par l'expérimentation scientifique n'est pas nécessairement «faux» mais ne peut tout simplement pas s'incorporer à notre modèle de la réalité. On peut laisser ces croyances ou ces événements anecdotiques «en suspends» en espérant avoir un jour une confirmation officielle de leur véracité ou de leur fausseté, mais il est toutefois plus sage de ne pas cumuler ainsi trop de «pollution intellectuelle» et de rejeter les hypothèses non-démontrées.

Pour ma part, de même que mon niveau de croyance le plus élevé ne demeure que «théorique» (je pourrais me réveiller demain matin dans un autre corps et constater que toute ma vie n'était qu'un rêve… mais, en attendant, je «fais comme si» j'étais dans la réalité), mon plus haut niveau d'incroyance est, disons, agnostique ou sceptique (peut-être qu'en mourant je vais rencontrer St Pierre qui me fera faire une visite guidé du Paradis avec des petits bébés anges tout-nus qui jouent de la harpe et Descartes qui joue à la pétanque avec Jimi Hendrix… mais, en attendant, je «fais comme si» ça n'arriverait pas).

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* Le terme «agnosticisme» réfère généralement, dans le langage courant, à l'idée selon laquelle on ne peut se prononcer sur l'existence de Dieu (et souvent, implicitement, qu'il a donc une chance sur deux d'exister). Pour ma part, j'estime que le concept de Dieu, tout comme le géocentrisme et le farfadet, ne dispose pas des preuves nécessaires pour entrer dans le modèle scientifique de l'univers. Il est donc à mon plus haut niveau d'incroyance.

lundi 18 mai 2009

J'aurais pu être prêtre…

Je me dis souvent que, si j'avais vécu au Moyen-Âge en Europe, je serais certainement devenu prêtre ou moine. Ç'aurait été la seule façon pour moi d'échapper aux travaux manuels et de faire usage de mon intellect. D'ailleurs, des fonctions telles que celle de confesseur (version primitive du psychologue) ou simplement de faire un sermon aux foules, m'auraient beaucoup plût. Évidemment, il y aurait eu des inconvénients (le vœu de célibat c'est pas si pire, mais le vœu de chasteté…) mais il aurait sans doute été faisable de déroger discrètement à ces règles arbitraires sans qu'on ne me pogne.

Il ne faut pas oublier qu'à l'époque – que ce soit chez les chrétiens, les juifs ou les musulmans –, pratiquement tous les intellectuels appartenaient aux ordres religieux. La théologie, la métaphysique et la connaissance des écritures sacrées étaient des disciplines au même titre que la médecine et l'astronomie. À un moment donné, face au dédain des grandes religions envers la nouveauté et la remise en question des idées reçues, les sociétés ont du se séculariser pour poursuivre leur progrès scientifique. Les savants devinrent donc des laïcs très souvent persécutés par le clergé, mais leurs apports a toujours fini par être reconnu par les ecclésiastes, habituellement longtemps après avoir acquis l'approbation populaire.

Je me dis que les choses auraient pu être différentes. Aurait-il été possible, pour une religion moins dogmatique et plus scientifique, d'occuper la niche sociologique du christianisme dans l'Empire Romain ou de l'islam dans l'Empire Ottoman? Imaginons le clergé comme une institution qui rechercherait sincèrement la vérité. Remplaçons les confesseurs par des psys et les prêcheurs par des vulgarisateurs scientifiques. Transposons notre émerveillement face au miracle de la transsubstantions par un émerveillement devant les réalités scientifiques. Bref, imaginons que l'institution qu'est le clergé ait été, depuis le début, axée sur des bases progressistes et humbles permettant l'évolution constante de notre rapport au monde et à nous-mêmes, à la lumières des nouvelles données, sans demeurer fixée éternellement sur les bases d'écritures obsolètes. Dans cette uchronie, de quoi aurait l'air la religion aujourd'hui?

Je me dis que science et religion serait alors totalement imbriquée; leur schisme n'ayant jamais eu lieu d'être. La science ferait partie de l'institution religieuse et les deux parties tireraient bénéfice de cette symbiose. L'apport de la science aurait influencé les autres sphères du religieux, tels que l'éthique, de sorte que les tabous et les interdits arbitraires seraient probablement disparus. Les valeurs comme l'égalité sociale et l'environnement auraient certainement préoccupées le clergé autant qu'elles préoccupent les philosophes et les scientifiques dans notre réalité. Bref, si la science avait été notre religion, je pense que j'aurais pu être prêtre…


dimanche 29 mars 2009

Mon scientisme

On utilise souvent de façon péjorative l'expression «scientisme»; c'est souvent employé par les obscurantistes religieux pour désigner quelqu'un qui, selon eux «croit trop» à la science (ou pas assez à leur foi). Personnellement, je suis fier de me déclarer scientiste, car la conception du monde à laquelle j'adhère est celle de la science et elle seule. Je pense que la méthode scientifique est le meilleur outil dont dispose l'humanité pour accroître sa compréhension d'elle-même et celle de son environnement. Bien sûr, la science peut se tromper, mais elle n'est garante d'aucune certitude* et, sans m'apparaître irréfutable, l'est d'autant moins que toute autre source de connaissances.

On pourrait résumer le crédo de ma «foi en la science» en quatre points :

  • Toute donnée obtenue sur la base d'une intuition ou d'une «révélation» est considérée comme moins fiable qu'une vérité scientifique.
  • On doit garder un esprit critique même face à ce que l'on prend pour acquis et être ouvert à de nouvelles données ou à de nouveaux raisonnements.
  • Notre quête de sens ne doit pas interférer avec notre quête de vérité. Pour cela, on doit apprendre à donner à notre vie un sens ne faisant pas entrave au progrès de la science, ainsi qu'à nous émerveiller devant les faits scientifiques comme nous le faisons devant les mythes.
  • Ce que l'on doit essayer d'atteindre n'est pas une asymptotique vérité «absolue» mais simplement une vérité scientifique. C'est-à-dire, un modèle de représentation de la réalité nous permettant d'établir des prédictions.

J'apporterai cependant un bémol à mon adhésion au scientisme. La seule chose que je mettrais «au-dessus de la science» serait l'éthique. Car je ne pense pas qu'acquérir de nouvelles connaissances puissent se faire à tout prix, le coût éthique est à considérer. Toutefois, l'éthique à laquelle j'adhère est un utilitarisme qui tente d'être aussi «scientifique» que possible. Autant la science nous permet de trouver de nouveaux moyens d'agir éthiquement, elle nous permet également de mieux définir notre éthique à la lumière des nouvelles connaissances qu'elle apporte. Comme la médecine est une science appliquée qui recherche des moyens de guérir un patient, l'éthique est peut-être une forme de science appliquée ayant pour but d'accroître le bonheur dans l'univers.

Pour conclure, si l'on dit qu'une religion a un volet «conception du monde», un volet «morale» et un volet «appartenance à un groupe», eh bien on pourrait alors dire que ma «religion» personnelle a la science comme conception du monde et l'utilitarisme comme morale… et tant pis pour le troisième volet.

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* Les plus sûres des faits scientifiques (héliocentrisme, sélection naturelle, etc.) sont appelés «théories» alors que les moindres détails théologiques des religions (immaculée conception, transsubstantiation, etc.) sont des dogmes. C'est dire comme la science n'est pas dogmatique et prône sa propre remise en question perpétuelle.

samedi 7 février 2009

Pourquoi pas le Chaos?

Si l'univers n'a pas été créé comme une horloge par un démiurge omnipotent, pourquoi tout semble-t-il fonctionner de manière si « ordonnée »? Ce genre d'illusion mène au déisme ou au théisme, mais quand on prend la peine d'y réfléchir, on se rend compte qu'il ne peut en être autrement.

Imaginez que l'on mette dans un même milieu plusieurs entités qui ne sont pas totalement inertes. La conséquence sera qu'elles vont nécessairement se mettre à agir les unes sur les autres. Certaines vont en détruites, d'autres proliférerons. Donc si des objets actifs coexistent de façon durable c'est qu'ils ont adoptés des relations utiles pour chacun d'entre eux. Donc, de deux choses l'une, soit les entités de notre expérience seront toutes détruites après un certains laps de temps, soit certaines d'entre elles auront survécues en « collaborant », chacune adoptera un rôle utile pour l'ensemble d'entre elles. Cette normatisation des rapports entre plusieurs objets constitue l'émergence d'un système. Pour perdurer, le système devra maintenir son équilibre interne – son homéostasie – et pour cela devra entrer en relation avec son environnement car, selon le second principe de la thermodynamique, un système fermé va nécessairement cumuler du déséquilibre interne – de l'entropie – jusqu'à ce qu'il s'effondre et disparaisse.

Dans chaque système, les composants qui ne fonctionnent pas en harmonie avec les autres constituent un potentiel de destruction. Elles vont nécessairement finir par disparaître, mais certaines ne le feront qu'après avoir causé plusieurs dégâts pouvant mener jusqu'à la disparition du système auquel elles appartiennent (comme un cancer dans un organisme ou comme l'humanité dans l'écosystème). La conséquence directe c'est que les systèmes qui perdurent sont nécessairement équilibrés (c'est la sélection naturelle). La conséquence indirecte c'est une complexification continue des systèmes vers le développement de mécanismes systémiques d'autorégulation de l'équilibre (notre système immunitaire en est un bon exemple). La conscience (faculté de ressentir son environnement et d'en avoir une appréciation), la volonté (faculté de désirer des choses et de diriger le mouvement du système en ce sens) et la raison (faculté du système de se comprendre lui-même et de comprendre ce qui l'entoure) sont des mécanismes très poussé d'autorégulation de l'homéostasie.

Lorsque l'on détruit une chose, rien n'est annihilé, on ne fait que briser un système en séparant ses parties. La réaction en chaîne qui s'en suivra sera un bris des systèmes supérieurs (desquels cette chose faisait partie) et inférieurs (qui faisaient parties de cette chose). Un système qui ne peut plus trouver ce dont il a besoin pour fonctionner va se disloquer. Ce démantèlement aura un impact sur chacune de ses parties qui – étant des systèmes en soi – devront se réorganiser pour trouver leur équilibre autrement ou éclateront à leur tour. Inversement, le système duquel ce système détruit faisait partie perdra l'une de ses parties et devra donc également retrouver son équilibre autrement.

Voilà. Nul besoin de dieu. L'univers a, en soi, une inclination à l'équilibre et à l'ordre.

vendredi 30 janvier 2009

La science est merveilleuse

Pourquoi la science a-t-elle la réputation d'être «froide, ennuyeuse et vide de sens»? Personnellement, je la trouve merveilleuse.

Quand je regarde autour de moi toutes les merveilles de la technologie : Nous pouvons construire des bâtiments plus hauts que les montagnes. Nous déplacer de par le monde plus vite que le plus rapide des chevaux. Communiquer instantanément avec n'importe lequel de nos congénères, où qu'il soit sur Terre. Nous avons la lumière la nuit, la chaleur l'hiver. Nous pouvons voler plus haut que n'importe quel oiseaux tout comme descendre plus profondément dans l'océan que n'importe quel poisson des abysses. Nous vivons plus vieux que tous les animaux sur Terre (exception faite, peut-être, de certains spécimens de tortues) et les maladies qui décimaient nos ancêtres sont désormais bénignes. Tous ces «miracles» dépassent ceux que les anciens attribuaient aux dieux.

Et quand je contemple l'univers à travers l'œil éclairé de la science, mon émerveillement est suscité davantage. La théorie de l'évolution et le Big-Bang m'apparaissent de loin plus élégantes que tous les mythes cosmogoniques. La danse des planètes autour du soleil est plus gracieuse que celle du géocentrisme. Les toutes-puissantes forces aveugles qui régissent l'univers sont plus grandioses que les grotesques divinités anthropomorphes des vieux panthéons. L'univers tel que modélisé par la science est de loin plus complexe et merveilleux que tout ce que nos ancêtres ont pu s'imaginer. Leurs théories primitives qui prêtaient des caractères humains à toutes choses et qui ne voyaient rien derrière l'horizon ont l'air de contes pour enfants à côté des nôtres qui appréhendent l'univers dans sa grandeur par-delà l'échelle des galaxies et qui scrutent la matière dans son essence profonde jusqu'aux confins de l'atome.

J'ai l'impression que certaines gens ne sont émerveillés que par ce qu'ils ne comprennent pas. Aussitôt qu'ils comprennent les causes optiques de l'arc-en-ciel ou les causes neurologiques de l'amour, ils ont l'impression que «la magie s'envole». Pourtant, ce n'est pas parce qu'une chose est explicable scientifiquement qu'elle ne peut pas être merveilleuse en même temps. Mon hypothèse est que l'émerveillement face à une chose découle de la complexité perçue de cette chose, et que le fait de ne pas comprendre son fonctionnement nous laisse croire que la chose en question est très complexe. Or, la science nous permet de révéler la réelle complexité des choses. Elles ne devraient donc nous en paraître que plus merveilleuses. D'autant plus que le degré de complexité des réalités scientifiques est souvent supérieur à ce que l'on aurait pu s'imaginer.

Apprenons à cultiver un sentiment d'émerveillement face à l'élégante cohérence et l'incroyable complexité de la réalité telle que nous la dévoile la science. Elle le mérite davantage que tous les mythes.

mercredi 21 janvier 2009

L'évolution

Cette année, cela fait 200 ans que le naturaliste Charles Darwin (1809-1882) est né et 150 ans que son oeuvre maîtresse, L'Origine des espèces, a été publiée. En cet honneur, je vais vous faire part ici d'une vulgarisation personnelle de sa théorie. Pas seulement en cet honneur, en fait, car la prise de conscience de ce fait scientifique est l'un des piliers de ma philosophie. À cause de l'obscurantisme religieux, certains persistent à demeurer créationnistes, mais même les gens acceptant la réalité de l'évolution ne la saisissent pas toujours entièrement et conservent certaines croyances ne tenant pas compte de ce fait. Je vais tâcher, au mieux de mes capacités, de vous vulgariser la théorie moderne de l'évolution.

L'évolution est le résultat de deux phénomènes antagonistes : la diversification et la sélection. Les mutations aléatoires qui surviennent parfois lors de la méiose causent un accroissement de la diversité. L'individu mutant naîtra avec une différence – pouvant être très voyante ou imperceptible – par rapport à ses congénères. La plupart du temps ces mutations sont bénignes, souvent elles sont nuisibles mais quelques fois elles sont utiles. Parallèlement, les contraintes imposées par le milieu de vie feront en sorte que certains individus d'une population auront plus de facilité à survivre et à se reproduire que d'autres. Par exemple, les pinsons ayant le bec un peu plus gros que leurs frères pourront picorer des grains plus gros inaccessibles aux autres. C'est la sélection naturelle. Les traits (issus des mutations) sont «sélectionnés» par des pressions (issus de l'environnement) ce qui engendre la transformation progressive de la population.

Lorsque deux populations d'une même espèce se retrouvent séparées l'une de l'autre par une barrière géographique, elles ne pourront plus s'échanger du matériel génétique. Elles vont donc cumuler leurs propres mutations chacune de leur côté. Si leur environnement est différent, la sélection naturelle choisira des mutations différentes dans chaque population, les faisant évoluer différemment. Si la situation persiste, à un moment donné les deux populations auront cumulés tant de différences qu'elles ne seront plus compatibles génétiquement. Elles auront perdu leur fécondité réciproque. C'est la spéciation. Une espèce en devient deux. Une fois que ce point est franchi, les deux populations devenus deux espèces ne pourront plus jamais s'échanger leurs gènes, ce qui fait qu'elles vont continuer à diverger l'une de l'autre même si la barrière géographique qui les séparait disparaît.

Il faut comprendre que dans tout ça il n'y a pas de bien ou de mal, de supérieurs ou d'inférieurs, de forts ou de faibles. Cette théorie scientifique n'a pas pour but de nous donner un repère moral, de justifier une quelconque pratique ou de donner un sens à nos vies. Elle fait juste expliquer comment les espèces se sont divisées et transformées.

L'évolution n'est pas unilinéaire. L'humain n'est pas «l'espèce la plus évoluée» (expression totalement vide de sens…) ni le but de la Vie ou de l'univers. Le parcours de la vie est multilinéaire, formant un arbre semblable à un arbre généalogique. C'est sans doute justement parce qu'elle nous faisait perdre notre statut de «roi de la Création» que cette théorie a eu de la difficulté à percer. C'est pour la même raison que le géocentrisme a eu de la difficulté à laisser sa place. L'humilité est une rare vertu. Aujourd'hui, seuls quelques extrémistes religieux nient encore la réalité de l'évolution.