mercredi 22 juillet 2009

La loi est dure, mais c'est la loi

Devrait-on toujours et en toutes circonstances obéir aveuglément aux lois telles qu'on nous les a prescrites? Est-ce que c'est mal de commettre un acte illégal? Si l'on s'en tient à une éthique utilitariste, il est possible que je désobéisse à la loi sans faire de mal à personne, peut-on alors dire que j'ai mal agis? Bien sûr que non. Toutefois, même si transgresser la loi, dans une situation ponctuelle, peut ne pas être mal, c'est éthiquement positif que cette loi existe et qu'il existe des sanctions pour sa transgression.

Par exemple, si je passe sur une lumière rouge, je transgresse évidemment la loi. Cependant, si je réussis à le faire sans causer la moindre souffrance (c'est-à-dire, sans que cela ne provoque un accident) je ne fais bien sûr rien de mal. On pourrait évidemment m'accuser d'accroître mes chances de faire un accident ou d'être négligent, mais supposons que j'ai vraiment fait attention, que je me suis assuré qu'il n'y avait aucun véhicule ni aucun piéton, et que j'ai simplement roulé alors que la lumière était rouge. Peut-on dire que j'ai fait quelque chose de mal, utilitaristement parlant? Non.

Mais si un policier me surprend dans cette situation. S'il m'arrête et m'inflige une amende, fait-il quelque chose de mal? Opprime-t-il inutilement ma liberté? Non. Il existe une pente glissante qui fait en sorte qu'il vaut mieux que notre loi soit «Défense de passer sur les lumières rouges» plutôt que «Défense de passer sur les lumières rouges… sauf si vous jugez personnellement que ce n'est pas dangereux». Que nos lois soient présentées comme des impératifs catégoriques réduit les risques de dérives inhérents au fait que le jugement de l'individu n'est pas toujours aussi fiable d'une personne à l'autre et d'une situation à l'autre. Je pense, personnellement, que l'on peut se risquer à déroger à ces lois dans des contextes où elles n'ont pas vraiment raison d'être, mais qu'il faut assumer la sanction dans l'éventualité où l'on se ferait pogner, puisque le fait de subir cette sanction est un moindre mal par rapport à ce que serait l'inexistence de cette loi.

Je clos cette réflexion par le dilemme éthique suivant : Supposons qu'un patient ait besoin d'une greffe d'organe pour survivre. On peut dire qu'il s'agit là d'un besoin vital. Conséquemment, si elle choisissait de tuer une autre personne dans le but de s'approprier l'un de ses organes pour prolonger sa propre existence, il s'agirait d'un cas d'égoïsme légitime au même titre que la prédation. Serait-ce une raison suffisante pour légaliser ce type de meurtre? Eh non. Car lorsque l'on réfléchit aux lois, notre évaluation éthique doit se situer au niveau de la règle et non de l'acte. Le législateur ne doit pas se demander «Les conséquences de cette action sont-elles néfastes?» mais «Les conséquences de la légalisation de cette action sont-elles néfastes?». Ainsi, si tuer pour survivre n'est pas contraire à l'éthique, il est éthiquement nécessaire pour un État d'avoir une loi empêchant qu'une personne innocente soit arbitrairement tuée, même si c'est pour le bénéfice d'une ou de plusieurs autres. Le climat de stress et d'insécurité qui s'en suivrait serait beaucoup trop néfaste pour le bonheur général.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire