J'ai des réserves par rapport à cette conception des choses. En fait j'ai deux principales objections:
- c'est généralement faux;
- ce ne sont pas nécessairement des vertus.
Les enfants sont souvent méchants. Ils vont persécuter ceux qui sont différents d'eux. Vont arracher les ailes des mouches. Ils seront égoïstes. Leur «éthique» se limite bien souvent à essayer d'éviter d'être punis. La société ne fait pas que les corrompre, elle leur apprend à penser à autre chose qu'à eux-mêmes. À considérer autrui et pas seulement le plaisir personnel.
Par ailleurs, la candeur et l'émerveillement des enfants leur viennent simplement de leur ignorance et de leur inexpérience. Tout pour eux est nouveau. C'est facile de s'émerveiller face à la nouveauté, ce qui est dur c'est de s'émerveiller devant ce que l'on connaît déjà. C'est plus ça que l'on devrait essayer de cultiver, une capacité à l'émerveillement basée sur la connaissance et la compréhension de la complexité des choses, plutôt que fondée sur une totale ignorance.
Leur «foi» leur vient également de leur manque de connaissances. Étant nouveau dans ce monde, ils s"en remettent à ceux qu'ils croient avoir une meilleure expertise sur la vie, c'est-à-dire les adultes. Mais leur foi est loin d'être aveugle et ils demanderont souvent des preuves ou davantage d'explications avant de croire sur parole tout ce qu'on leur dit. Chaque réponse sera suivie d'un nouveau «Pourquoi?» jusqu'à ce que l'adulte se bute à sa propre ignorance. D'ailleurs, comme je l'ai déjà dit, la foi n'est pas une qualité. C'est un mot inventé par les prêcheurs obscurantistes pour faire passer la crédulité pour une vertu.
Le fait que les enfants ne soient généralement pas encore intéressés par le sexe est sans doute une autre raison pour laquelle on idolâtre leur innocence. Il faut cependant pour cela considérer le sexe comme quelque chose de sale et le désir comme une faiblesse ou une tare. Depuis la révolution sexuelle, cet aspect du culte de l'enfance a clairement perdu de son importance, mais il persiste tout de même un peu, comme une survivance culturelle.
Bref, quand le curé au baptême disait «Soyons comme des enfants!», je ne pouvais qu'être en désaccord. J'aurais plutôt prêché l'inverse: «Cessons d'être des enfants!» car c'est plutôt là qu'est le problème. En tant qu'adultes, nous avons conservé quelques uns des vices de l'enfance comme l'égoïsme, la crédulité et la difficulté à maîtriser ses émotions. L'adulte a pour vertus la raison, le sens des responsabilités, la maturité, l'expérience et l'altruisme. Soyons comme des adultes.