vendredi 17 avril 2009

Le relativisme culturel

En anthropologie – discipline dans laquelle j'ai fais mon bacc – le relativisme culturel constitue un pilier central. C'est donc également un pilier central de ma philosophie. Le relativisme culturel c'est reconnaître que l'on ne peut pas juger une pratique culturelle en utilisant des critères issus d'une autre culture. C'est-à-dire, que si l'on trouve une coutume «grotesque» ou «barbare», c'est qu'on la regarde de l'extérieur et hors de son contexte. On ne peut donc pas considérer ceux qui la pratiquent comme des «monstres» ou des «idiots».

L'opposé du relativisme culturel est l'ethnocentrisme. Il s'agit d'une attitude qui nous pousse à considérer la culture à laquelle on appartient comme étant «meilleure» ou «plus normale» que toutes les autres. C'est un biais naturel, une tendance que l'on a tous, mais on peut tenter d'en être plus conscient et ainsi ne pas la laisser nous influencer. Un truc, c'est de porter sur soi-même le regard que l'on porte sur autrui, en se demandant ce que l'on aurait pensé de nos propres coutumes si on les voyait aujourd'hui pour la première fois.

Quelques exemples de manque de relativisme:

  • Quand quelqu'un parle en mal de l'Islam ou du mouvement raëlien, je suis généralement d'accord avec ses affirmations… mais la personne devrait songer à la poutre qu'elle a dans l'œil avant de chercher la paille dans celui des autres. «Les Raëliens sont niaiseux, ils croient aux extraterrestres!» Si tu crois à l'immaculée conception ou à la résurrection, il me semble que tes croyances méritent autant, sinon plus, ce genre de qualificatif. «Le Coran est plein de propagande haineuse et de sexisme!» Si tu considères la Bible comme un livre vertueux, il me semble que tu es bien mal placé pour juger du Coran. On retrouve les mêmes messages de haine, de sexisme, de racisme et d'homophobie dans ces deux livres saints. Un athée pourrait réprouver une telle croyance, mais celui qui possède une autre croyance tout aussi malfaisante et irrationnelle ne me semble pas bien placé pour juger.
  • Quand quelqu'un dit «Les Chinois sont monstrueux car ils mangent des chiens et des chats!» je ne puis qu'être d'accord… mais la personne qui dit ça devrait peut-être se regarder le nombril avant de pointer l'autre du doigt. En Occident, les gens mangent des porcs – animal que l'on dit plus intelligent et affectueux que les chats ou les chiens. Un végétarien pourrait désapprouver une telle alimentation sans manquer de cohérence, mais celui qui mange des animaux doués de conscience, de sensations et d'intelligence, ne peut pas juger un autre qui le fait en prétextant qu'il s'attaque à des proies différentes des siennes.
  • Quand quelqu'un dit que «c'est con» de fumer la cigarette, je suis complètement avec lui… mais si cette personne est alcoolique ou accro au pot, il me semble qu'elle est mal placée pour parler. Seuls les gens qui ne consomment aucune drogue pourraient non-hypocritement dénigrer ces pratiques. Mais celui qui a une dépendance pathologique quelconque ne devrait pas avoir une mauvaise opinion de quelqu'un d'autre ayant une dépendance différente.

Une critique courante du relativisme culturel c'est qu'il nous imposerait de tolérer toute sorte de coutumes dangereuses ou liberticides, comme l'excision des jeunes filles. En fait ce qu'il faut comprendre, c'est qu'il y a une différence entre un relativisme culturel et un relativisme éthique ou un relativisme scientifique. Une croyance peut être plus vraie qu'une autre, une pratique peut être plus dommageable qu'un autre. De nos jours les gens tombent souvent dans un relativisme stérile empêchant de porter un regard critique sur une action et d'en mesurer l'éthique ou l'intelligence. Des phrases telles que «T'es qui toi pour juger?» ou «Il existe plusieurs sortes d'intelligence…» seront employées abusivement afin d'éviter que l'on ne puisse mesurer la justesse d'une pratique ou d'une opinion.

L'idée c'est plutôt qu'il ne faut pas considérer une pratique comme «anormale» simplement parce que l'on n'y est pas habituée, mais on peut quand même juger si elle cause plus de souffrance que de bonheur dans l'univers et donc mesurer son aspect éthique. Cela ne nous donnera par contre pas nécessairement d'indice sur la bienveillance de l'agent qui la pratique (il ne fait qu'exécuter une tradition sans la remettre en question), mais l'acte en lui-même peut être évalué éthiquement. De la même façon, si la croyance «le Soleil tourne autour de la Terre» est moins vraie que «la Terre tourne autour du Soleil» cela ne signifie pas que celui qui a la première croyance est forcément plus stupide que celui qui a la seconde. Je n'ai aucun mérite de savoir que la Terre tourne autour du Soleil, je n'ai pas fait d'observations astronomiques poussées pour en arriver à cette conclusion, je n'ai fait qu'écouter ceux que ma culture considère comme les spécialistes de cette question, comme le fait sans doute celui qui a la croyance inverse.

Je pense que de s'efforcer de «ne pas juger» ceux qui ont des pratiques moins éthiques ou des croyances moins vraies, est une étape nécessaire si l'on veut éventuellement les amener à ses libérer de ces traditions dépassées. En s'efforçant de comprendre l'importance sociale de ces coutumes, et en considérant ceux qui les ont comme des êtres bienveillants et intelligents, on pourra plus facilement développer un argumentaire contre ces traits culturels jugés indésirables.

2 commentaires:

  1. on peut estimer que quelqu'un fait quelque chose de con tout en étant conscient de notre égale capacité à faire le con.

    le but, là-dedans, c'est de savoir placer ses valeurs et agir conséquemment.

    c'est évident qu'un fumeur peut déclarer que c'est con de fumer! d'ailleurs les premiers défauts qu'on remarque chez autrui sont ceux qu'on connaît personnellement.

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  2. La tolérance est un terme qui nous vient de l'industrie et qui consacre la limite de l’écart admis entre les caractéristiques réelles d’une pièce ou d'un produit et les caractéristiques prévues.

    Si l'on s'en tient à l'intention de cette définition, ne pourrait-on pas oser l'affirmation que le relativisme éthique est au relativisme culturel ce qu'est justement "la limite de l'écart admis" ?

    Bonne question, mais il reste à définir les "caractéristiques prévues". Et cela rend , à son tour, le relativisme éthique dépendant du relativisme culturel. On se mord la queue. Tout cela pour dire que le relativisme culturel n'a, en réalité, pas besoin du relativisme éthique, et qu'il est avant tout l'adoption d'une attitude pragmatique qui s'oppose à un absolutisme culturel.

    Le relativisme culturel, c'est la tolérance culturelle, et puisque, pour chacun, la limite de l'écart admis est fonction des caractéristiques prévues dans son propre fondement culturel, cette limite est donc variable, et peux donc également impliquer l'intolérance culturelle.

    Peut-on émettre des "caractéristiques prévues" qui seraient universelles? Certainement, puisque nous appartenons tous à l'espèce humaine. Reste à définir ce qu'est un être humain et quels sont ses droits. C'est ce que la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme avait tenté d'établir.

    Personnellement, je pense que son article premier est suffisant, puisqu'il implique tous les autres et plus encore, car cet article consacre le "devoir" d'une relation saine et réciproque :

    "Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité".

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