dimanche 19 avril 2015

L'égalité c'est la liberté

Lorsque je fais part à autrui du fait que l'égalité est pour moi une valeur cardinale, je me heurte parfois à une certaine opposition. Une riposte que je pourrais paraphraser en:
Les inégalités sont la conséquences naturelles et inévitables de la liberté dont nous bénéficions. À moins de vouloir vivre dans un État totalitaire, nous n'avons pas le choix d'accepter qu'il y ait des riches et des pauvres.

Cette position est bien évidement héritée de la Guerre Froide, où le monde était polarisé entre le pseudo-communisme des Soviétiques et le pseudo-capitalisme des États-Unis*. Je vais tenter de vous prouver que cet antagonisme est sans fondement. En fait, je vais non seulement essayer de démontrer que liberté et égalité ne sont pas des opposées, mais qu'elles sont, au contraire, indissociables l'une de l'autre.

Tout mon argument ne sera finalement qu'une explication de l'adage: «La liberté de l'un s'arrête où commence celle de l'autre». En fait, il faut aussi comprendre ce que signifie être libres et être égaux

Prenons notre situation, où existent des inégalités. Celles-ci ne sont-elles pas indubitablement des obstacles à la liberté de ceux qui commencent en bas de l'échelle sociale? Comment peut-on dire sérieusement à une personne née dans la misère qu'elle est «libre» alors qu'elle est constamment frustrée dans ses désirs par tant d'embûches, comme autant de clôtures invisibles qui l'emprisonnent dans sa situation médiocre?

Imaginons maintenant une situation analogue à celle de l'Union Soviétique, c'est-à-dire un État totalitaire mais dans lequel tous les individus sont sensément égaux. Comment prétendre de bonne foi qu'il y a égalité alors que la forte autorité centrale, qui se charge de la redistribution des richesses, est elle-même, de par ce pouvoir qu'elle se donne, supérieure au reste des citoyens? Si les membres du gouvernement vivent dans l'opulence tandis que toute la population est dans la misère, c'est pas mal ce que j'appelle une inégalité.

Si les individus sont égaux, c'est qu'ils disposent tous du même niveau de liberté, c'est-à-dire du niveau maximum de pouvoir qu'un individu peut revendiquer sans porter préjudice à autrui. Donc, comme j'ai dit au début «La liberté de l'un s'arrête où commence celle de l'autre». C'est pourquoi, pour moi, soit on maximise à la fois la liberté et l'égalité, en allant dans cette direction, soit on est une société séparée entre les privilégiés d'un côté – ceux qui ont plus de liberté – et les opprimés de l'autre.

Et, en passant, je ne suis pas nécessairement pour un revenu identique pour tous. Je suis d'accord pour que ceux qui se donnent plus pour la communauté en retirent plus. Mais, pour moi, les plus pauvres doivent vivre dans la simplicité, pas dans la précarité. Et les plus riches doivent n'avoir que l'abondance, pas l'opulence. De doser cette «inégalité méritoire»** pour qu'elle demeure à l'intérieur de balises plus sensées, pour qu'elle se limite à ce qui relève du luxe et pour éviter qu'elle ne s'étende sur les générations suivantes, me semble une nécessité.

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 * Quiconque à lu Marx sait bien que l'Union Soviétique n'était pas réellement communiste. De la même façon, une lecture rapide de l'oeuvre d'Adam Smith suffit pour nous rendre compte que nous ne sommes pas vraiment capitalistes. Dans les deux cas, il s'agit simplement d'une situation où – comme souvent dans l'Histoire – une élite privilégiée justifie son statut par l'adoption d'une doctrine factice alors que, dans les faits, l'autorité a été acquise originellement par coercition et est transmise de façon népotiste. Mais bon, ce sera le sujet d'un autre billet.

 ** Je reparlerai également de ce point ultérieurement. Parce que, pour moi, ce n'est pas nécessairement une inégalité que d'avoir des salaires inégaux... ce peut-être simplement bénéficier du fruit de son travail. C'est juste que notre système va vraiment beaucoup trop loin dans sa conception de ce qu'un individu peut s'approprier comme sien et revendiquer comme paye.

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