mercredi 19 décembre 2012

Je ne suis pas catholique

Une des choses que je déteste, dans la vie, c'est de me faire dire que je suis catholique simplement parce que je suis baptisé, ou me faire dire que je suis chrétien uniquement parce que je suis Occidental. Dans le même ordre d'idée, j'ai lu quelque part récemment l'oxymore «juif athée» pour parler d'un athée issu d'une famille juive. Comme si notre religion faisait partie de nous à notre naissance et que l'on ne pouvait plus s'en défaire.

Je n'aime pas non plus quand on me dit que même si je ne crois pas à Dieu, j'ai quand même sûrement «des valeurs chrétiennes». Non, je n'en ai pas, puisque je suis pour l'égalité des sexes, l'avortement, la contraception et le mariage gay. Et je ne considère pas que d'aimer son prochain soit «une valeur chrétienne» puisque c'est universel à tous les systèmes de valeurs et donc pas proprement chrétien. En fait ça s'appelle l'altruisme donc c'est pas mal la base. Ce n'est pas avoir des valeurs chrétiennes, c'est avoir des valeurs tout court.

Je conclus en vous rappelant quelques définitions:
  • Un chrétien est quelqu'un qui croit que Jésus est revenu d'entre les morts;
  • Un catholique est un chrétien qui croit que le Pape est le porteparole de Dieu sur Terre.

Alors non seulement je ne suis pas catholique, mais souvent la personne qui me dit catholique, comme elle, ne l'est pas non plus…

jeudi 13 décembre 2012

Les droits des bestioles

Je suis en train de réfléchir à ce dont aurait l'air une charte des droits de l'animal. Ma réflexion n'est pas encore aboutie à ce sujet, mais certaines choses me semblent déjà évidentes. D'abord qu'elle devra faire des compromis entre ses idéaux éthiques et sa faisabilité. Entre autres, l'une des évidences qui me frappe à ce propos est que cette charte ne pourra pas protéger de la même façon tous les membres du règne animal. En fait, la majorité des espèces de cet ensemble ne peuvent réalistement être inclus dans l'objet d'une telle charte. Un chat et un moustique devraient-ils être protégés de la même façon? Une vache et une sangsue? Un gorille et une huître?

Pour cette raison, je la nommerais «charte des droits de la bête», plutôt que «des droits de l'animal». Le mot «bête» serait défini dans un préambule de façon à ce que l'on sache quels animaux sont l'objet de cette charte, et tous les membres du règne animal qui ne sont ni des bêtes ni des personnes seraient appelés «bestioles». Je ne fixerai pas ici l'emplacement exact de cette frontière bête/bestiole mais il faudrait que cela concilie la faisabilité et la logique. Les bêtes pourraient être seulement les mammifères et les oiseaux, ou alors on pourrait ratisser plus large et inclure tous les chordés ainsi que les céphalopodes.

Pourquoi exclure les bestioles de la protection de la loi? D'abord pour des raisons pratiques, il y a tant d'êtres invertébrés dans notre environnement qu'il serait impossible de ne pas leur nuire et, souvent, d'être conscient qu'on leur nuît. Il n'y a qu'à penser aux acariens qui coexistent avec nous mais que l'on tue par milliers à chaque fois que l'on fait le ménage. Ensuite, parce que les bestioles pourvus d'un système nerveux en ont un qui diffère considérablement du nôtre. Plutôt que d'avoir un cerveau, ils ont souvent plusieurs ganglions cérébroïdes. À l'inverse, si je compare le cerveau d'un homme à celui d'un chat, d'un rat ou d'un porc, j'y verrai exactement les mêmes structures. Il est donc un peu plus «métaphysique» de se demander si la mouche souffre comme nous; de la même façon qu'il le serait de se poser la question par rapport à une intelligence artificielle imitant la nôtre ou face à un visiteur extraterrestre. Mais présumer que les porcs puissent souffrir est aussi terre-à-terre que de présumer que les autres humains peuvent souffrir comme moi.

Je trouve d'ailleurs parfaitement fallacieux lorsque quelqu'un utilise cette distinction bête/bestiole que je fais pour tenter de trouver une faille dans mon éthique. Si l'on trace un arbre phylogénétique, on constatera qu'un porc, par exemple, est plus proche de nous qu'un moustique et qu'il est aussi loin du moustique que nous le sommes:


Considérer le porc comme le moustique est aussi absurde qu'il l'était à l'époque du racisme de traiter un Noir comme un porc. Deux humains de deux origines différentes sont plus proches entre eux que des porcs et en sont tous deux exactement aussi éloignés. Le racisme comme le spécisme utilise la logique réductrice du nous/eux et l'applique de façon à considérer tous les «eux» indistinctement et comme s'ils étaient tous aussi éloignés du «nous». La réalité est plus complexe que ça. Donc même si on demeurait prisonniers d'un paradigme éthique fonctionnant par catégories, on pourrait reconnaître que la catégorie commune aux humains et aux bêtes est distinctes de celle qu'ils partagent avec les bestioles, par conséquent que les bêtes sont plus proches des humains que des bestioles.

Mais, personnellement, ce ne sont pas les catégories classificatoires qui m'importe que les attributs individuels qu'elles représentent. Si tous les peuples humains ont le même potentiel d'intelligence (puisque leurs cerveaux sont identiques), tous les mammifères ont le même potentiel de souffrance (puisqu'ils partagent les structures cérébrales qui en sont responsables). Traiter une bête comme une bestiole c'est comme traiter une personne comme une bête.

Soit. Mais traiter une bestiole comme un comme un objet...? Ce n'est pas ce que je préconise mais je ne pense pas que de légiférer sur les droits individuels des bestioles soient pertinents pour l'instant. Mais on peut leur donner des droits collectifs indirects via nos lois protégeant l'environnement par exemple. Ainsi, si écraser une abeille ne serait pas un crime, exterminer toute une population d'abeilles dans un environnement où elles sont responsables de la pollinisation, en serait un. Tuer un membre d'une espèce de bestiole en voie d'extinction serait également répréhensible. C'est sûr que, pour suivre mon éthique personnelle, j'évite de tuer une bestiole lorsque je peux faire autrement. Par exemple, je vais mettre dehors une araignée qui s'est introduite chez moi au lieu de l'écraser, mais je ne pense pas qu'il faudrait condamner pour meurtre celui qui aurait choisi de l'écraser.

dimanche 2 décembre 2012

Abolir la pauvreté

Dans une de mes réflexions précédentes, je vous ai entretenu de mon opinion sur la solidarité sociale. Je la relisais et je me disais que je devrais exposer plus clairement et de façon plus détaillées l'idée que j'y avais exprimée.

Voici donc ce que je propose pour, en quelque sorte, abolir la pauvreté:
  • L'État émet une carte de crédit, disons la carte Solidarité-Québec.
  • Tous les citoyens sont libres d'avoir ou non cette carte de crédit, quel que soit leur revenu.
  • Cette carte n'est utilisable que dans les commerces où l'on retrouve des biens nécessaires pour combler les besoins fondamentaux du citoyen et de sa famille (épicerie, pharmacie, magasins à rayons).
  • Ce mode de paiement est automatiquement désactivé à la caisse du commerçant si la facture comporte ne serait-ce qu'un produit qui n'est pas couvert par la carte Solidarité-Québec (c'est-à-dire, autre que de la nourriture, des vêtements et des produits d'hygiène). Le citoyen doit alors diviser sa commande en deux factures afin d'utiliser un autre mode de paiement pour ses achats non essentiels (alcool, cigarettes, boissons gazeuses, etc.).
  • Il est impossible de retirer de l'argent comptant à partir de cette carte ou de faire un transfert vers un autre de ses comptes. Une personne peut toutefois faire un virement de crédit (ponctuel ou régulier) vers la carte Solidarité-Québec d'un membre de son foyer. Ainsi, l'un peut faire l'épicerie pour toute sa famille.
  • La limite de crédit de la carte est équivalente au montant que l'on estime nécessaire pour les besoins du citoyen pendant deux semaines, sans tenir compte de son salaire mais en considérant le nombre de personnes qu'il a à sa charge et ses besoins particuliers.
  • Un lundi sur deux, l'État se rembourse à lui-même, à la place du détenteur de la carte, le montant qu'il a utilisé.
  • À la fin de l'année fiscale, le citoyen reçoit un genre de T4 qui lui indique combien d'argent l'État a remboursé à sa place sur cette carte de crédit. Il devra donc tenir compte de ce revenu lorsqu'il paiera ses impôts. S'il n'a pas de personne à charge ou de besoin particulier, le citoyen n'a pas à rembourser cette somme lorsqu'il n'a pas d'autre revenu, doit la rembourser intégralement avec ses impôts si son revenu est moyen ou élevé, et n'en rembourse qu'un pourcentage proportionnel à son salaire lorsque son revenu est faible.
  • Toute autre subvention de l'État (bien-être social, assurance-emploi, pension d'invalidité, pensions de retraite, bourse d'étude, etc.) tient compte de l'existence de la carte Solidarité-Québec et est donc réduite de la partie qui servait à payer les besoins fondamentaux de l'individu. Il en va de même pour une subvention qu'un citoyen doit verser à un autre (par exemple, une pension alimentaire).
  • Lorsqu'un mineur à la charge d'une personne inscrite à la carte Solidarité-Québec, atteint la majorité, il est immédiatement inscrit lui-aussi mais sa carte est par défaut configurée pour effectuer un virement automatiquement de tout son crédit sur le compte de son ancien tuteur. Il pourra modifier cela par la suite lorsqu'il quittera le domicile familial.

À cela on ajouterait également une autre mesure distincte pour financer le logement du citoyen. C'est-à-dire que:
  • Le bail devient un contrat entre trois parties: le propriétaire, le locataire et l'État.
  • Le gouvernement s'engage à verser mensuellement au propriétaire une partie du coût du loyer à la place du locataire. Si le logement choisi s'avère moins cher que le montant auquel le locataire a droit, l'État lui paye intégralement mais ne lui donne pas la différence.
  • Ce montant est fixé en fonction d'une estimation des besoins du locataire sans considérer son salaire mais en considérant les personnes qu'il a à sa charge. Dans l'éventualité où une personne doit absolument habiter une ville ou un quartier où les loyers sont plus chers, on pourra lui autoriser un montant plus élevé mais seulement si elle emménage effectivement dans ce secteur. Même principe pour tout autre besoin particulier du locataire. Par exemple, s'il est en chaise roulante il a droit à plus d'argent pour avoir un logement adapté mais seulement si le logement choisi est effectivement adapté.
  • On aura fait parvenir au futur locataire un document qu'il aura donné à son futur propriétaire lors de la signature du bail et qui lui dit à combien il a droit. Le propriétaire fera ensuite parvenir une copie du bail au gouvernement et recevra ainsi une somme d'argent de sa part.
  • Tout citoyen qu'il soit pauvre ou riche a le droit de choisir d'avoir recours à cet aide de l'État ou non. Toutefois, à la fin de l'année fiscale, il recevra un document lui indiquant quel montant le gouvernement a payé en loyers à sa place et, selon son revenu, le citoyen devra rembourser un pourcentage de cette somme avec ses impôts (100% s'il est de revenu moyen ou élevé, 0% s'il n'a pas de revenu).
  • Le propriétaire du logement est tenu d'assurer le coût du chauffage (de toute façon le locataire ne peut pas faire grand chose si son bloc est mal isolé) et de l'inclure dans le loyer
  • Toute autre subvention de l'État tient compte de l'existence de cet aide au logement et est donc réduite de la partie qui servait à payer le loyer de l'individu.
  • Les gens qui sont propriétaires de leur habitat pourrait avoir recours à une aide semblable pour payer leur hypothèque: l'État paierait une partie du montant mensuel directement à la banque.

J'ai exprimé précédemment pourquoi je pense qu'une telle mesure serait nécessaire. Cela nous permettrait d'augmenter les moyens des personnes recevant de l'assistance financière de l'État, tout en évitant à la fois les abus de quelques paresseux (qui se verront contraints de travailler s'ils veulent se payer autre chose que le strict nécessaire) et tout en rassurant les contribuables qui ont en tête ce préjugé du BS paresseux et qui sont pour cette raison peu enclin à accepter que l'on augmente leurs moyens. Tout le monde y gagne. Même principe pour le loyer. Je pense qu'il serait préférable que l'État paye le loyer directement au propriétaire plutôt que de donner de l'argent au locataire parce que les gens moins nantis sont sans doute parfois victimes de discrimination de la part de propriétaires qui ont peur qu'ils ne leur payent pas leur loyer. Grâce à mon idée, le propriétaire est assuré d'avoir au moins une partie de l'argent qui lui est dû, de sorte qu'il sera plus enclin à accepter comme locataire une personne ayant un revenu faible ou étant sans emploi.

J'exagère évidemment quand je dis que je prévois ainsi abolir la pauvreté, n'empêche que la condition des plus démunis en serait nettement améliorée. Malheureusement, les gens de gauche comme les gens de droite s'opposeront à un tel projet de société. Les seconds sont, de toute façon, en désaccord avec toute mesure sociale tandis que les premiers verront celle-ci comme une atteinte à la liberté des démunis d'utiliser l'argent de l'État comme bon leur semble, et comme une façon d'entretenir les stéréotypes sur eux. Je trouve toujours dommage de faire passer les idéologies et les symboles avant les conséquences réelles. Dommage de sacrifier la qualité de vie des plus démunis pour nous sentir, paradoxalement, comme une société guidée par de meilleurs idéaux.

La marchandisation de l'éducation

J'entends souvent, ces temps-ci, les étudiants revendiquer qu'ils s'opposent à la «marchandisation» de l'éducation. J'ai un peu de difficulté à cerner cette expression et ce qu'elle dénonce exactement. Si un enseignant exige qu'on le paye pour faire son travail, est-il en train de «marchandiser» l'éducation? Il me semble que oui. Fait-il quelque chose de mal? Je dirais que non. Ça me semble donc une expression qui dénonce quelque chose au niveau symbolique mais qui n'est pas assez explicite dans la pratique. Même chose pendant la grève étudiante du printemps dernier: J'avais de la difficulté à saisir les revendications exactes des étudiants. Est-ce seulement une opposition contre cette hausse drastique des frais de scolarité? Accepterait-on une hausse plus modérée? Veut-on geler les frais de scolarité pour toujours? Veut-on les réduire? Veut-on les abolir? De quelle façon et sous quelles conditions? J'ai donc récemment approfondi la réflexion que j'avais commencée dans mon billet sur la gratuité scolaire.

Je pense qu'il importe d'abord de définir plus clairement ce que l'on entend par «l'éducation». On devrait distinguer:
  • connaissances fondamentales (savoir lire, compter, etc.),
  • connaissances générales (savoir superficiel d'une vaste diversité de domaines sans nécessairement avoir d'applications pratiques),
  • connaissances érudites (savoir approfondi et très spécialisé n'ayant pas non plus nécessairement d'utilité pratique),
  • connaissances pratiques (compétences permettant généralement de pratiquer une profession),

Ces différents types de connaissances ont des raisons différentes de devoir être préservées et transmises, mais aussi de devoir être accessibles. Elles ont des rôles distincts pour l'individu et pour la société. Ce n'est pas au nom des mêmes principes qu'elles pourraient revendiquer de n'être pas «marchandisées»:
  • C'est un droit inaliénable de l'individu que de recevoir les connaissances fondamentales.
  • C'est une nécessité pour toute société démocratique que sa population ait un minimum de connaissances générales afin que ses choix soient éclairés.
  • Au nom du patrimoine intellectuel de l'humanité, il importe que soient pérennes les connaissances érudites, au moins en étant connues de quelques personnes.
  • Afin que chacun puisse faire carrière dans la discipline de son choix sans être contraint par une discrimination arbitraire envers la classe de revenus de ses parents, il importe que soient accessibles les connaissances pratiques.

Ainsi, je suis évident d'accord avec le fait que l'école jusqu'à l'âge de seize ans, puisqu'elle nous transmet les connaissances fondamentales, doit être obligatoire et gratuite pour tous au même titre que l'assurance-maladie. Pour les connaissances générales et les compétences, sans que ce ne soit aussi nécessaire, c'est également des types de connaissances que je ne «marchandiserais» pas. Leur accessibilité nous est bénéfique en tant que société à la fois au nom du principe d'égalité mais aussi parce que nous désirons avoir une population minimalement instruite et lucide.

Donc c'est surtout au niveau de ce que j'appelle les «connaissances érudites» que j'ai de la difficulté à être d'accord avec ceux qui s'opposent à la marchandisation de l'éducation. Je ne vois tout simplement pas ce qu'il y a de mal à vendre à quelqu'un le service de lui enseigner des connaissances théoriques avancées dans un domaine sans applications pratiques. Ça ne m'apparaît pas comme un droit fondamental de l'individu que d'avoir accès à ces connaissances-là et encore moins de se les faire enseigner dans une université. Évidemment, si on a les moyens en tant que peuple, je trouve que ça serait un très beau projet de société mais, ça demeurerait un privilège et non un droit. Il me semble qu'il y a des choses plus fondamentales qui mériteraient encore plus d'être gratuites. Je pense que la nourriture, le logement et l'électricité devraient passer avant le post-doctorat en études classiques dans la liste de ce que l'État devrait financer.

dimanche 25 novembre 2012

Les droits du fœtus

Récemment, les Conservateurs ont tenté de rouvrir le débat sur l'avortement en créant un comité pour discuter du statut légal du fœtus. L'idée d'un tel comité ne me dérange pas en soi, ce qui me dérange c'est qu'il soit composé de conservateurs. Un des problèmes, je pense, dans ce débat est la définition du concept d'«humain» que l'on ne dissocie pas suffisamment, voire pas du tout, de celui de «personne». L'autre problème sont les droits que l'on considère inhérents à cette catégorie.

J'ai brièvement abordé la question des droits des embryons et fœtus dans ma réflexion sur l'avortement. J'y disais qu'avant un certain stade de la grossesse, il était absurde de donner à l'embryon plus de droits qu'à une plante. S'il n'a pas encore de système nerveux actif, il ne s'agit pas d'un être et il est par conséquent absurde et anthropomorphiste de lui accorder des droits. J'ajoutais toutefois un bémol en disant que, puisqu'à la veille de l'accouchement, l'enfant n'est pas bien différent de ce qu'il sera au lendemain de sa naissance, il était arbitraire d'y placer là une limite bien tranchée lors de laquelle il passe spontanément du statut d'objet à celui de personne. On tolère qu'une personne en tue une autre seulement si c'est un cas de légitime défense ou si c'est un soldat qui tue un soldat ennemi à la guerre. Or le fœtus n'est pas une personne, ni un objet. Ce serait plutôt comme une sorte de bestiole ou de bête primitive mais qui aurait le potentiel de se transformer en personne. Donc, quels droits devrait avoir un fœtus à partir de la date limite légale pour l'avortement – ce que l'on pourrait appeler l'individuation – et la naissance?

En fait, à ce stade, je donnerais au fœtus un statut juridique qui lui serait propre. Quelque chose qui le distinguerait du simple objet mais qui ne lui conférerait pas pour autant le statut de personne, même s'il est indubitablement humain (comme l'est un cadavre ou un humain en état de mort cérébral). Je me dis donc qu'avant ce point de la grossesse, la porteuse devrait être libre d'avorter sans avoir à rendre de compte, tandis qu'après elle devrait donner une raison et que plus la grossesse est avancée, plus la raison devrait être grave. Ce qu'il faudrait établir c'est une énumération des différents conflits d'intérêts pouvant survenir entre un fœtus et sa porteuse, puis dans quelle situation les intérêts de cette dernière l'autoriseraient à avorter aussi tardivement.

Imaginons qu'un problème médical grave survienne durant la grossesse et nous force à choisir entre la vie de la mère et celle du fœtus. Dans ce genre de situation, la grande majorité d'entre nous ferait passer la vie de la mère avant celle de son futur enfant. Mais plus les risques de complications médicales pour la mère seront faibles, moins il est bien vu qu'elle avorte. Prenons une situation différente. Imaginons que le fœtus se fasse diagnostiquer une maladie faisant en sorte qu'il n'aura jamais d'autonomie, disons un lourd handicap physique ou mental. Accepterions-nous un avortement tardif? Considérant le fardeau que cela risque d'apporter aux parents pour toute leur vie, je considère que ce serait éthiquement correct de les laisser avorter. Mais, la question est beaucoup moins tranchée. Finalement, si la porteuse veut avorter tardivement parce qu'elle n'est plus sûre en fin de compte de vouloir être mère, on le lui refuse généralement.

Tout cela est déjà pas mal comme ça, mais je ne pense pas que le fœtus n'ait pour autant de statut légal spécifique. Le fœtus n'est pas vraiment considéré comme un être pourvu de droits. Dans notre conception des choses, on ne fait pas vraiment de gradation entre une personne et un objet. Pourtant, la démarcation n'est pas si nette, tout est en continuum. Ainsi, il m'apparaît important de créer des catégories juridiques intermédiaires* pour être en cohérence avec la réalité.

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 * De la même façon, il m'apparaît pertinent et nécessaire de créer une catégorie juridique pour l'animal.

jeudi 22 novembre 2012

Un arbre à viande

Éventuellement, la technologie nous permettra de fabriquer de la viande, non plus en élevant des animaux entiers, mais simplement en cultivant des cellules animales pour donner naissance uniquement aux parties que l'on mange. Comme du clonage mais partiel. On clonerait des steaks, des croquettes et du jambon sans qu'aucune vache, poule ou cochon n'ait besoin de venir au monde.

Vu que je suis végétarien, on me demande parfois si je mangerais de la viande qui aurait été produite de cette façon. La réponse est oui. Je n'aurais aucune objection éthique à consommer de la viande produite ainsi. Mon boycott de la viande est dû au fait que sa production implique la souffrance et la mort d'êtres sensibles capables de bonheur et de souffrance et désirant vivre. Créer de la viande déjà viande, sans passer par l'intermédiaire pourvu de sensations, fait tomber complètement cette objection. Je considérerais un animal transgénique acéphale de la même façon qu'une plante.

Je vois également d'autres avantages. Dans une perspective environnementale, ça me semble également bénéfique. L'élevage est une industrie extrêmement polluante. Les déjections surabondantes de nos animaux souillent l'environnement. Le défrichage de forêts pour en faire des pâturages menace les espèces qui y vivent. Nous passer d'élevage et produire la viande en laboratoire réduirait notre empreinte écologique.

Même d'un point de vue économique ça finirait par être rentable. Pour l'instant, ça serait sans doute très coûteux, mais lorsque la technologie sera assez avancée pour que l'équipement requis soit abordable, ça va devenir plus avantageux. Un animal consomme plus de nutriments qu'il n'en produit; non seulement parce qu'une bonne partie de son corps n'est pas consommée, mais aussi parce qu'il faut le nourrir jusqu'à l'âge de sa maturité. Une culture de cellules animales ne présentera plus ce problème. Par ailleurs, tous les coûts reliés au logement, aux déplacements, aux soins et à l'abattage des animaux ne seront plus présents. On y voit donc là une convergence entre les intérêts du producteur de viande, du consommateur de viande et du végétarien éthique.

J'ajouterais que la technologie utilisée pour cloner de la viande sera également utile en médecine. Que l'on clone un foie humain pour une greffe d'organe ou que l'on clone un foie de veau pour le souper du dimanche, c'est la même technologie qui est à l'œuvre… sauf bien sûr que le foie de veau n'a pas besoin d'être fonctionnel. Ainsi, investir dans cette science pourrait se faire sans que l'objectif ultime ne soit la fabrication de viande; ce ne serait qu'un bénéfice indirect.

Cela me fait penser à un constat que j'ai fait, une sorte de tendance. Il semble que plus la science et la technologie progressent, plus notre nuisance (création de souffrance et destruction de l'environnement) augmente. Mais, passé un certain seuil, la tendance s'inverse brusquement et le progrès devient bénéfique. Comme si celui-ci nous donnait le pouvoir d'abord puis la sagesse ensuite.

Bref, ça serait bien que la viande soit produite comme ça. Peut-être même qu'on pourrait créer des végétaux transgéniques dont les fruits seraient faits de chair animale? En attendant l'apparition des arbres à viande, je vais demeurer végétarien.

dimanche 18 novembre 2012

Quoi faire des pédophiles?

Je ne pense pas avoir réellement besoin de vous convaincre qu'il n'est pas correct pour un adulte d'abuser sexuellement d'un enfant. Mais je tiens à spécifier pourquoi, à l'intérieur de mon paradigme éthique, c'est répréhensible. En fait, dans la situation où un enfant est forcé par un adulte de commettre des actes sexuels – que ce soit par la coercition ou par l'influence de son autorité – c'est un geste assez facile à qualifier de non éthique: c'est faire souffrir autrui en lui faisant faire quelque chose qu'il ne désire pas. Mais si l'adulte réussit à convaincre l'enfant que c'est correct? Et si ce dernier ne comprend tout simplement pas ce qu'est la sexualité et qu'il n'y voit rien de perturbant? Cela demeure contraire à l'éthique puisque l'enfant sera affecté par cette expérience lorsqu'il sera plus vieux, à l'âge où il commencerait normalement à s'intéresser au sexe. Bref, comme j'expliquais dans ma réflexion sur les droits de l'enfant, on ne doit pas uniquement considérer les intérêts de l'enfant lui-même, mais aussi ceux de l'individu qu'il deviendra en grandissant.

Une fois que l'on a pris conscience de ce qu'il y a de répréhensible dans la pédophilie, on peut établir des degrés de gravité au sein de ce comportement. Par exemple, on pourrait distinguer celui qui viole un enfant de celui qui vit avec lui une relation de type «couple» dans laquelle l'enfant semble «consentir». On peut également distinguer le fait d'être attiré par les adolescents hypersexualisés du fait de l'être par des enfants prépubères. Dans ces deux situations, les deux alternatives sont graves mais l'une est encore pire que l'autre. Mais la principale nuance que l'on devrait souligner, c'est la distinction entre la tendance et l'acte. Définit-on le pédophile comme étant celui qui est attiré par des enfants ou celui qui a des rapports sexuels avec des enfants?*

Cette distinction me semble majeure pour établir l'attitude que l'on doit adopter, en tant que société, envers ce phénomène dommageable qu'est la pédophilie. S'il est facile de reconnaître comme des criminels les gens qui commettent des actes pédophiles, il est bien moins évident de savoir comment juger une personne qui n'a que la tendance. On ne peut pas l'accuser de crime par la pensée. Et si le fait d'être attiré par les enfants étaient finalement une orientation sexuelle qu'on ne choisit pas d'avoir? Mon premier réflexe serait d'envoyer ces gens en thérapie pour les amener à avoir une vie sexuelle saine et non préjudiciable à autrui. Mais une telle thérapie est-elle possible ou est-ce aussi vain et ridicule que lorsque des religieux prétendent «guérir» les homosexuels? Dans l'éventualité où la pédophilie est une situation psychologique incurable et impossible à prévenir, quoi faire des pédophiles? Devrait-on avoir un registre des gens aux tendances pédophiles? Devrait-il être rendu public? Devrait-on les enfermer préventivement?

Je réfléchissais aussi à la pornographie pédophile. Je n'ai aucune misère à voir ce qu'il y a de mal dans le fait de produire des films dans lesquels on voit des enfants commettre des actes sexuels. Consommer ce genre de film est également mal puisque c'est encourager les producteurs à en faire davantage. Se satisfaire sexuellement en regardant des photos d'enfants nus mais ne faisant rien de sexuel est également répréhensible mais à un degré bien moindre. L'enfant ne souffre pas d'abus sexuel, mais c'est son droit à l'intimité qui est bafoué. Finalement, regarder ou produire un film d'animation réaliste mettant en scène du sexe pédophile mais, évidemment, simulé sans qu'aucun enfant ne soit impliqué dans la production… je n'ai rien de rationnel pour m'opposer à cela.

Ainsi, je me suis demandé si le fait de consommer de la pornographie infantile contribuait à cultiver les pulsions pédophiles ou si, au contraire, cela permettait de les canaliser d'une manière moins dommageable? Dans cette seconde éventualité, n'apparaît-il pas une solution qui nous permettrait de réduire ce fléau? Je me dis que l'on pourrait offrir aux gens à tendance pédophile de s'inscrire volontairement dans un registre totalement confidentiel** qui leur donnerait accès à du matériel pornographique simulant la pédophilie (disons, en animation 3D ou en dessins animés), mais leur interdirait l'accès à certains emplois impliquant d'être trop souvent seuls avec des enfants ou d'avoir une autorité sur eux. Ne serait-ce pas une bonne façon de prévenir les abus sexuels d'enfants? En fait, ma réflexion ici est analogue à celles que je me suis faites à propos de la drogue et de la prostitution, c'est-à-dire que si l'on ne peut pas enrayer la demande pour un phénomène sociale néfaste, on doit tolérer un moindre mal (dans ce cas-ci, la pornographie infantile simulée) plutôt que de nous y opposer totalement et sans aucune flexibilité, car cela n'a pour effet que de rendre le phénomène pire mais clandestin.

J'ai longuement hésité avant de publier cette réflexion. La pédophilie est un thème sur lequel il est difficile de réfléchir en demeurant posé et rationnel. Nous sommes enclins à haïr viscéralement ceux qui s'en prennent à nos enfants ou qui représentent un danger potentiel pour eux. De plus, j'ai l'impression qu'exprimer sa haine des pédophiles est très encouragé socialement et est également une façon pour l'individu de prouver aux autres qu'il n'est lui-même pas pédophile. Bref, il n'est pas très bien vu d'adopter la position selon laquelle le pédophile, tant qu'il ne passe pas aux actes, doit être considéré davantage comme «une personne victime d'une maladie psychologique incurable qu'elle n'est pas responsable d'avoir» plutôt que comme un monstre.

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* Je pense même qu'il serait nécessaire d'instaurer une modification terminologique pour distinguer le «pédophile non pratiquant» de celui qui passe aux actes.

** S'il serait public, il serait très risqués qu'une ancienne victime de pédophile ne choisisse de faire sa propre justice. En fait, même s'il demeurerait confidentiel, il y aurait un risque non négligeable pour que l'un de ceux qui y a accès ne décide de commettre un crime haineux envers les pédophiles recensés.

dimanche 11 novembre 2012

Le culte de l'enfance

Je suis allé à un baptême récemment. Un des points qui m'a marqué dans le discours du prêtre, c'est d'à quel point l'enfant et l'enfance sont idéalisés dans la culture occidentale. On les voit comme symbole de pureté, d'innocence. L'enfant est celui qui n'a pas encore été «corrompu» par la société et qui n'est pas encore attiré par le péché de la chair. L'enfant a la foi aveugle en ce qu'on lui dit; il croit à Dieu, aux anges mais aussi au Père Noël ou à tout ce que les adultes désireront lui faire croire. Les enfants s'émerveillent des choses de la vie, tandis que les adultes sont cyniques et blasés.

J'ai des réserves par rapport à cette conception des choses. En fait j'ai deux principales objections:
  • c'est généralement faux;
  • ce ne sont pas nécessairement des vertus.

Les enfants sont souvent méchants. Ils vont persécuter ceux qui sont différents d'eux. Vont arracher les ailes des mouches. Ils seront égoïstes. Leur «éthique» se limite bien souvent à essayer d'éviter d'être punis. La société ne fait pas que les corrompre, elle leur apprend à penser à autre chose qu'à eux-mêmes. À considérer autrui et pas seulement le plaisir personnel.

Par ailleurs, la candeur et l'émerveillement des enfants leur viennent simplement de leur ignorance et de leur inexpérience. Tout pour eux est nouveau. C'est facile de s'émerveiller face à la nouveauté, ce qui est dur c'est de s'émerveiller devant ce que l'on connaît déjà. C'est plus ça que l'on devrait essayer de cultiver, une capacité à l'émerveillement basée sur la connaissance et la compréhension de la complexité des choses, plutôt que fondée sur une totale ignorance.

Leur «foi» leur vient également de leur manque de connaissances. Étant nouveau dans ce monde, ils s"en remettent à ceux qu'ils croient avoir une meilleure expertise sur la vie, c'est-à-dire les adultes. Mais leur foi est loin d'être aveugle et ils demanderont souvent des preuves ou davantage d'explications avant de croire sur parole tout ce qu'on leur dit. Chaque réponse sera suivie d'un nouveau «Pourquoi?» jusqu'à ce que l'adulte se bute à sa propre ignorance. D'ailleurs, comme je l'ai déjà dit, la foi n'est pas une qualité. C'est un mot inventé par les prêcheurs obscurantistes pour faire passer la crédulité pour une vertu.

Le fait que les enfants ne soient généralement pas encore intéressés par le sexe est sans doute une autre raison pour laquelle on idolâtre leur innocence. Il faut cependant pour cela considérer le sexe comme quelque chose de sale et le désir comme une faiblesse ou une tare. Depuis la révolution sexuelle, cet aspect du culte de l'enfance a clairement perdu de son importance, mais il persiste tout de même un peu, comme une survivance culturelle.

Bref, quand le curé au baptême disait «Soyons comme des enfants!», je ne pouvais qu'être en désaccord. J'aurais plutôt prêché l'inverse: «Cessons d'être des enfants!» car c'est plutôt là qu'est le problème. En tant qu'adultes, nous avons conservé quelques uns des vices de l'enfance comme l'égoïsme, la crédulité et la difficulté à maîtriser ses émotions. L'adulte a pour vertus la raison, le sens des responsabilités, la maturité, l'expérience et l'altruisme. Soyons comme des adultes.

jeudi 8 novembre 2012

Changer l'heure

Nous venons de quitter l'heure avancée et de redevenir à nouveau à l'heure normale. Je veux juste exprimer à quel point je trouve cette tradition absurde. Que l'on s'impose collectivement de perturber notre rythme de vie quotidien à ce point, je ne vois vraiment pas ce que ça a de positif. Certains arguent que c'est pour faire des économies d'énergie en profitant plus longtemps de la lumière du jour les soirs d'été… Je trouve en fait que je me sens plus à l'aise avec l'heure avancée qu'avec l'heure normale. Donc au pire on a juste à rester toute l'année à cette heure-là, ou à s'habituer à ce que l'horloge affiche 13h au lieu de midi lorsque l'on mange. Mais je ne vois pas en quoi c'est pertinent d'avoir une heure différente selon la saison. Ce genre de coutume grotesque et nuisible devrait être abolie.

Fin de cet état d'âme exprimant ma haine du changement d'heure.

dimanche 21 octobre 2012

Intervenir dans les actes d'autrui (carte conceptuelle)

Je vous ai déjà présenté précédemment mon éthique en carte conceptuelle. Comme je trouve cette façon de faire très visuellement agréable et très éclairante pour expliquer un raisonnement, j'ai décidé de récidiver et de faire un autre réseau de concepts pour illustrer la réflexion que je me faisais dans mon billet intitulé Du mal et du mauvais.


La case écrite en petits caractères difficiles à lire dit: «La frustration de sa liberté lui causerait-il une souffrance supérieure à celle des conséquences non anticipées de son action?»

Je continue de réfléchir à la possibilité de créer une immense carte conceptuelle unificatrice de l'ensemble de ma pensée. C'est un projet futur.

La parité des sexes

Certains féministes prônent la parité des sexes dans certains domaines. C'est-à-dire que, pour eux, on devrait activement prendre des mesures pour qu'on y trouve exactement autant d'hommes que de femmes. Par exemple, certains partis politiques veulent qu'il y ait autant d'hommes que de femmes parmi les ministres. D'autres fois, il s'agit simplement de prendre des mesures pour attirer les membres de l'autre sexe ou faciliter leur embauche dans une discipline majoritairement dominée par un sexe. Évidemment, tout cela va directement à l'encontre de mon antisexisme, puisque ça reconnaît l'existence des sexes. C'est une mesure qui se situe dans un autre paradigme que le mien. Néanmoins, certains arguent que de faire de la discrimination positive est une phase nécessaire dans la lutte contre la discrimination, et que nous pourrons donc éventuellement abandonner ce genre de pratiques mais uniquement lorsque les mentalités auront changées. Faisons donc l'exercice d'y réfléchir.

Je pense qu'avant de viser la parité dans un domaine quelconque, il faudrait nous poser deux questions:
  • Pourquoi y a-t-il significativement plus de membres d'un sexe que de l'autre dans ce domaine?
  • Pourquoi serait-il nécessaire qu'il y ait autant d'hommes que de femmes dans ce domaine?

Ces deux questions me semblent fondamentales. La première nous permettra de savoir quelles seront les mesures légitimes pour briser cette prédominance d'un sexe. Si, par exemple, on constate qu'il y a moins de femmes dans tel domaine parce que les employeurs les discriminent, on pourra envisager la discrimination positive comme étant un moindre mal. Si, par contre, il y a tout simplement significativement moins de femmes parmi les postulants, exiger un quota de femmes devient une discrimination non légitime. Prenons la situation suivante:

Un employeur a dix postes à combler. Parmi les postulants qu'il a passé en entrevue, il y en a eu vingt qui se sont démarqués et qui semblent tous également valables. Sur ces vingt, quinze sont des hommes et cinq sont des femmes. Le programme d'accès à l'égalité de son entreprise lui impose de prendre, pour les dix postes à combler, cinq hommes et cinq femmes.

Si on réfléchit un peu à cette situation, on se rend compte qu'il y a discrimination. Parmi les vingt postulants de valeur égale, les femmes sont assurées d'être embauchées tandis que les hommes n'ont qu'une chance sur trois. Ainsi, la variable «sexe» va à elle seule tripler les chances d'embauche de l'individu. Si la faible présence féminine dans un domaine est due au fait que les femmes y sont moins intéressées, la solution serait tout simplement de faire la promotion de celui-ci auprès des femmes. Les discriminer positivement à l'embauche serait une injustice, comme en témoigne la mise en situation précédente.

Souvent, ce sont les traditions qui font qu'une personne va se sentir moins à l'aise d'aller dans une discipline majoritairement dominée par l'autre sexe. Parfois, aussi, c'est que c'est un domaine qui exige de hautes études et que les femmes seront en général plus enclines à s'occuper de leurs enfants plutôt que de faire un doctorat. Dans ce genre de cas, il y a de l'éducation à faire afin que chacun puisse prendre conscience qu'il peut faire ce qu'il veut quelque soit son sexe. Toutefois, on doit respecter la liberté des gens. Si une femme veut aller dans une discipline qui est traditionnellement féminine, c'est son choix. On ne doit pas forcer les choses et cela prendra peut-être plus d'une génération avant que l'on atteigne une relative parité.

Dans d'autres cas, ce peut être parce que les exigences de l'emploi sont des traits fortement corrélés avec le sexe de la personne. Par exemple, dans une entreprise de déménageurs de pianos, quelle approche devrait avoir l'employeur? Engager autant d'hommes que de femmes (quitte à avoir des critères de sélection et des définitions de tâches différents pour chaque sexe mais en les payant le même prix)? Refuser systématiquement toute les femmes sans même les évaluer? Non. L'employeur de l'entreprise de déménageurs de pianos devrait engager les individus pour leurs compétences personnelles et non pour celles de la moyenne de leur sexe. Oui, il aura alors probablement beaucoup plus d'hommes que de femmes qui auront les compétences requises. Peut-être même n'aura-t-il que des hommes parmi ses employés. Mais ce ne sera pas parce qu'il discrimine les femmes. Entre un homme gringalet et une femme très bâtie, il choisira la femme. Bref, mon point de vue est qu'un employeur ne devrait tout simplement pas considérer le sexe du postulant mais se fier uniquement à ses compétences, même lorsque celles-ci sont fortement corrélées avec son sexe.

Maintenant, par rapport à la deuxième question que j'ai soulevé au début, c'est-à-dire «Pourquoi serait-il nécessaire qu'il y ait autant d'hommes que de femmes dans ce domaine?» Je pense que c'est également nécessaire de se la poser. Deux réponses contraires sont possibles:
  • Parce que les hommes et les femmes sont fondamentalement semblables conséquemment l'absence de parité est forcément le symptôme du sexisme;
  • Parce que les hommes et les femmes sont fondamentalement différents et que cette discipline a besoin de leurs deux approches complémentaires;

Ma réponse à moi serait plus proche de la première. C'est pourquoi je ne vois pas la parité comme nécessaire dans les domaines où elle est due à des choix personnels et libres, à des compétences directement corrélées avec le sexe (la force physique de l'homme) ou au seul hasard. Mais le féminisme de la culture dominante, qui a une approche plus «séparés mais égaux», va généralement opter pour la deuxième réponse. C'est pourquoi certains partis politiques vont s'efforcer d'avoir la parité au sein de leurs troupes. Ce n'est pas pour que les hommes et les femmes aient les mêmes chances en politique, c'est pour que leurs politiciens représentent équitablement les intérêts des deux sexes. Pour ma part, je dirais que je ne suis pas forcément mieux représenté par quelqu'un simplement parce qu'il est du même sexe que moi. Ses opinions politiques m'importent davantage que son anatomie génitale.

mercredi 3 octobre 2012

Réussir sa vie

Dans mes réflexions sur l'éthique, je vous ai déjà exprimé que pour moi le bonheur était le seul but logique et désirable en lui-même. J'ai énuméré, entre autres dans mon billet sur les éthiques non utilitaristes, qu'il y avait certaines abstractions qui venaient éclipser le bonheur dans l'éthique de certaines personnes. J'aimerais ici expliciter davantage sur l'une de ces «fausses idoles», celle qu'on appelle «la réussite».

En fait, ça a plus ou moins de lien avec l'éthique, puisque la réussite est un concept qui interfère plus dans la relation qu'a l'individu avec lui-même, que dans celles qu'il aura avec autrui. Certaines personnes voient la vie comme une sorte de jeu avec des règlements précis et la possibilité de gagner ou de perdre la partie. En fait «jeu» n'est sans doute pas le terme approprié puisque ces gens trouvent cela très sérieux. Pour eux, il y a certaines choses que l'on doit faire, nous avons des devoirs à accomplir. Pas des devoirs envers une ou plusieurs personnes, des devoirs envers rien, des impératifs catégoriques. Ils découlent souvent de la morale judéochrétienne, voire d'une éthique kantienne ou aristotélicienne, bien que celui qui les suit n'a pas nécessairement cela en tête. Il ne fait que faire ce qu'on lui a dit qu'il fallait faire, sans se poser plus de questions.

Voici quelques exemples, mais ça peut varier selon les classes sociales et les régions:
  • Se trouver une job stable et payante;
  • Se mettre en couple et le rester;
  • Faire des enfants;
  • Posséder une maison et/ou un véhicule;
  • Monter dans la hiérarchie de son entreprise ou accumuler de l'ancienneté;
  • Faire de hautes études et avoir de bonnes notes;
  • Faire le plus d'argent possible;
  • Acheter des choses qui coûtent cher.

Cette conception du monde peut être dommageable pour la personne qui y adhère puisque tout «recul» par rapport à l'un de ces objectifs préétablis sera perçu comme une «défaite». Par exemple, si une personne met fin à sa relation de couple, elle verra cela comme une défaite plutôt que d'accepter que les couples ont, comme les personnes, une durée de vie limitée. Également, tout état prolongé de «stagnation» par rapport à l'un de ces buts fixes sera considéré comme une perte de temps et, par conséquent, comme un échec aussi; une perte d'avance dans la course. Ces croyances sont malsaines, non seulement à cause de la souffrance qu'elles peuvent causées avec ce sentiment de défaite, mais aussi parce qu'elles empêchent l'individu d'aiguiller sa vie dans la direction qui lui permettra réellement d'atteindre le bonheur.

Je ne suis pas en train de dire qu'aucun de ces objectifs de vie ne peuvent nous rendre heureux. Au contraire, c'est une façon comme une autre de donner un sens à sa vie. Mon point c'est plutôt que l'individu devrait se demander si ces standards imposés par la société sont les objectifs qu'il veut personnellement pour sa vie. Fondamentalement, le seul objectif de vie désirable est le bonheur. Être heureux et rendre ceux qu'on aime heureux est tout ce qui compte vraiment. Ça sonne quétaine et psycho-pop, mais c'est quand même ça. La vie n'est pas un jeu avec des règlements, on ne peut pas perdre la partie, tout ce qu'on l'on risque c'est d'être malheureux.

jeudi 20 septembre 2012

Lucidité et liberté

Sur ce blogue, à quelques reprises, j'ai déjà affirmé quelque chose qui ressemble à:

La lucidité est un préalable nécessaire pour qu'on laisse un individu disposer de lui-même.

J'aimerais revenir là-dessus et modifier quelque peu mes propos. J'ai, en effet, commis une erreur. Je me suis écarté des principes de base de mon éthique utilitariste. Le bonheur étant l'unique vraie vertu, le seul étalon permettant de donner et de mesurer la valeur des autres vertus. Ici, mon amour de la connaissance, de la science et de la vérité m'a fait dévier de ce principe simple. En fait, je n'en ai dévié que peu. Mon raisonnement était:

La lucidité permet d'anticiper les conséquences de nos actions. Nous pouvons ainsi prendre des décisions qui nous permettront d'accéder au bonheur et/ou de ne pas nuire à autrui. Celui qui n'est pas lucide ne désire pas réellement les conséquences de ses actes puisqu'il ne les anticipe pas. Par conséquent, la liberté des individus non lucides doit être limitée afin de les empêcher de se nuire à eux-mêmes (d'une façon qu'ils n'ont pas désirée) ou de nuire à autrui.

Or, ce raisonnement ne tenait pas compte d'un fait tout simple. Certains individus, même s'ils ne sont pas suffisamment lucides pour avoir une compréhension réelle des conséquences de ce qu'ils font, vont tout de même, lorsqu'on les laisse faire, agir de façon positive pour leur bonheur sans nuire illégitimement à celui d'autrui. Faute d'un terme plus approprié, je parlerai d'autonomie pour désigner cette capacité qu'a l'individu d'agir dans son propre intérêt, de satisfaire ses propres besoins, que cela soit fait rationnellement (on parlerait alors de lucidité) ou intuitivement.

L'exemple le plus évident est celui d'un animal lorsqu'il vit dans son milieu naturel. Sans avoir nécessairement une compréhension éclairée de la situation ou une idée très limpide des conséquences, les bêtes sauvages agissent en suivant leurs inclinations qui ont elles-mêmes été rodées par la sélection naturelle pour les aiguiller vers la satisfaction des conditions nécessaires à leur bonheur. Conséquemment, lorsque l'on n'intervient pas dans les activités d'une bête, et que cette dernière vit dans l'habitat pour lequel elle est adaptée, elle agira intuitivement d'une façon qu'un observateur extérieur pourrait croire logique.

On pourrait adopter le même raisonnement face à un individu très croyant. Sans les traiter de bêtes, les religieux partagent avec elles le fait d'avoir une conception du monde erronée ou incomplète. Dans certains cas, leurs comportements traditionnels ont été, comme les instincts des bêtes, forgés par la sélection naturelle de sorte qu'ils ont une fonction utile, inconnue de ceux qui les pratiquent. Mais ce n'est pas exactement ça le lien que je voulais faire avec l'animal puisque, plus souvent qu'autrement, ces pratiques religieuses se sont répandues hors de leur contexte d'origine et ont perdu tout usage terre-à-terre. Je pensais plutôt à, par exemple, un croyant qui serait altruiste parce qu'il croit que le créateur de l'univers le récompensera après sa mort, on ne peut pas dire qu'il s'agit là d'un choix lucide et éclairé. Toutefois si, dans l'ensemble, sa vie telle qu'elle est, avec ses croyances, lui permet d'accéder au bonheur sans qu'il ne représente lui-même une nuisance pour le bonheur d'autrui, il n'y a pas lieu d'intervenir et de le sortir de son illusion, surtout s'il ne le désire pas.

Même chose avec les enfants. Dans mes réflexions précédentes à ce propos, j'ai sous-entendu que c'était au nom de leur carence en lucidité qu'il fallait prendre les décisions à leur place mais j'ai nuancé en disant «seulement si c'est pour leur bien et seulement dans les situations où ils manquent effectivement de lucidité». J'aurais été plus juste et plus concis en disant que c'était dans les situations où ils manquent d'autonomie – tel que définie ci-dessus, c'est-à-dire de capacité à agir en allant vers le bonheur – et pas nécessairement de lucidité, qu'il fallait intervenir et réduire la liberté des enfants. Également, je rappelle que la situation de l'enfant est particulière due au fait que sa non-lucidité, et donc sa non-autonomie, sont provisoires. Par conséquent les entraves que l'on impose souvent à sa liberté d'enfant visent à maximiser sa liberté d'adulte.

Identifier son sexe

Apparemment qu'aux États-Unis, il est fait mention de la «race» d'un individu dans le recensement et sur ses cartes d'identités. Il semblerait qu'ici la police continue d'utiliser ce genre de catégories ethniques. Dans certains autres pays, on mentionne même la religion du citoyen sur ses cartes d'identité. Ici, ça ne passerait pas. On considère que ce sont des informations qui ont trop de chances d'engendrer de la discrimination arbitraire. Par ailleurs, il ne s'agit pas vraiment de traits observables permettant réellement de mieux identifier une personne. On ne peut pas savoir la religion d'un individu rien qu'en le regardant; à moins qu'il ne porte un signe religieux ostentatoire ou qu'il soit en train de s'adonner à un rituel quelconque. Ses croyances sont dans sa tête. On ne peut pas non plus vraiment savoir sa race d'un seul regard. Tous les individus présentant un mélange de traits considérés comme de plusieurs races, ou qui ne sont pas physiquement représentatifs de la race dans laquelle on les classe, sont difficilement associables à une catégorie raciale aussi tranchée que Black/Caucasian/Asian/Native. Ainsi, sur mon permis de conduire, les données me décrivant physiquement sont: sexe, taille et yeux.

Donc, ce que je m'apprête à vous proposer ici, c'est que l'on retire également la mention «sexe» de nos cartes d'identité. Oui c'est un peu drastique. Habituellement on me prend pour un féministe modéré, mais ici on voit bien que je suis en fait un antisexiste extrémiste. Je pense que l'on devrait supprimer l'identification sexuelle parce que:
  • Certaines personnes ne sont membres d'aucun sexe (asexuées ou hermaphrodites),
  • Certaines personnes ont changé de sexe au cours de leur vie, ou s'habillent de façon à avoir l'allure d'un membre du sexe opposé à leur sexe biologique,
  • Certaines personnes ne sont pas physiquement représentatives de leur sexe (une femme très masculine par exemple),
  • Certaines personnes ne se sentent pas clairement comme membre de l'un ou l'autre des deux sexes,
  • Et, surtout, pour montrer que l'on n'accorde pas plus de reconnaissance légale au sexe qu'à la soi-disant race, qu'à l'orientation sexuelle ou qu'à la religion.

En fait, quand on y pense, le sexe d'une personne n'est pas vraiment un trait observable non plus; pas plus que la race ou la religion. Généralement, nous sommes vêtus. Nos caractères sexuels primaires sont donc recouverts. Ce que l'on montre, ce sont des caractères sexuels secondaires qui sont fortement corrélés avec le sexe mais qui n'en sont que des indices et non des preuves. Par ailleurs, comme je l'ai déjà dit, il y existe des nuances entre les sexes, même au niveau des caractères primaires. Le descriptif d'une personne sur une carte devrait n'utiliser que des données objectives et observables, et non le classer dans une catégorie sociale quelconque.

À l'inverse la mention «yeux» sur mon permis de conduire est une donnée anthropométrique tout à fait objective. Il s'agit de la couleur de mes yeux, et non de leur origine ou de leur genre. Donc, si au lieu de «race», on avait mis «peau» et qu'il s'agissait seulement de décrire son pigment (au sein d'un éventail chromatique plus large et plus réaliste que Noir/Blanc/Jaune/Rouge), il n'y aurait rien eu de raciste là-dedans de mon point de vue. Ç'aurait été un trait observable. Une vraie donnée anthropométrique ne servant qu'à mieux identifier l'individu.

De la même façon, au lieu de «sexe», on pourrait mettre «voix» et dire si la personne est soprano, baryton, ténor ou autre. C'est un trait associé au sexe mais qui est observable. À cela on pourrait, par mesure de courtoisie, ajouter la mention «titre» et y indiquer si la personne préfère se faire appeler Monsieur ou Madame; quel que soit son sexe biologique. On pourrait ajouter un plus vaste choix de titres - disons Mademoiselle, Docteur, Maître, Monseigneur, Sire, etc. - mais, personnellement, je n'en rajouterais qu'un troisième, de genre neutre, par exemple «mon ami(e)», pour ceux qui préféreraient ne avoir une appellation sans genre spécifique.

Ça a l'air insignifiant tout ça, mais c'est uniquement pour être plus cohérent avec un paradigme antisexiste et antiraciste.

samedi 8 septembre 2012

Éthique de la chasse

Beaucoup de gens trouvent que la chasse est une activité barbare, mais cela ne les empêche pas d'être de grands consommateurs de viande. Parfois cette incohérence vient du fait qu'ils considèrent différemment les animaux chassés des animaux d'élevage. Probablement parce que les Bambi et les bébés phoques sont plus cute que les porcs ou les vaches. En fait, pour l'animal, la chasse est une activité beaucoup moins pire que l'élevage intensif. Si on compare les deux selon la perspective de la proie:
  • L'animal chassé peut passer sa vie en liberté, dans son habitat naturel, et sa mort est souvent moins douloureuse.
  • La chasse est une compétition beaucoup plus «loyale», puisque l'animal a des chances de s'enfuir. L'humain n'est alors qu'un prédateur parmi d'autres. Certains individus réussissent à ne jamais mourir de prédation, ce n'est donc pas tout le troupeau qui est génocidé comme avec les abattoirs.
  • La proximité entre le chasseur et sa proie facilite la formation d'un lien d'empathie qui fait en sorte que le consommateur de viande va davantage respecter l'animal, lui éviter de souffrir, ne pas trop en tuer, ne pas gaspiller la viande, etc.
  • Dans certaines situations, ce peut être presque nécessaire dans les cas où l'on a déjà exterminé les populations de prédateurs qui servaient à réguler les populations de proies. Évidemment, stériliser des animaux serait moins pire que de les tuer. Réintroduire les espèces prédatrices pourraient également être une alternative. Mais chasser revient alors au même pour la proie que de subir la prédation de n'importe quelle autre espèce.

Évidemment, cela dépend aussi de l'éthique personnelle du chasseur. Certains tirent sur tout ce qui bouge même ce qui ne se mange pas, tandis que d'autres ne prennent que ce dont ils ont besoin pour se nourrir. Certains peuvent prendre plaisir à faire souffrir leur proie, tandis que d'autres essayent de leur offrir une mort propre et rapide.

Personnellement, je me dis qu'une façon de rendre la production de viande plus éthique serait de remplacer les élevages et les abattoirs par des pourvoiries et des chasseurs. Ce pourrait même être des genres de réserves fauniques plutôt que des pourvoiries. On y autoriserait la chasse uniquement lorsque les scientifiques y auront remarqué une surpopulation. Le nombre de bêtes que l'on pourrait tuer serait limité de façon à ce que la population se renouvelle d'elle-même. Les chasseurs devraient payer pour avoir le droit de tuer, mais pourrait par la suite se rentabiliser en vendant leurs proies à la pourvoirie qui les revendraient dans les épiceries. On ne détruirait plus l'environnement pour nourrir notre bétail, au contraire, on préserverait l'environnement afin qu'elle nous donne de la viande. Nous ferions partie de l'écosystème. Mais il est évident que, si l'on faisait ça, la viande deviendrait un produit beaucoup plus rare, cher, que l'on ne consommerait qu'occasionnellement. Pour que cette idée soit réaliste, considérant nos habitudes alimentaires actuelles, il faudrait soit améliorer la simili-viande pour qu'elle ressemble plus à la vraie, soit développer une technologie pour fabriquer de la vraie viande à partir de cultures de cellules animales. Bref, cette idée n'est actuellement pas très réaliste.

On me demande parfois si je mangerais de la viande issue de la chasse ou d'un élevage plus éthique. Ou, si je réintégrerais la viande à mon alimentation dans l'éventualité où une nouvelle législation rendrait tous les élevages plus éthiques. Qu'est-ce que je ferais si l'on mettait en pratique l'idée que j'ai émise ci-haut? Ou, plus simplement, si l'on m'offrait un plat de viande issu de la chasse? Abandonnerai-je mon végétarisme? En fait, pour moi, tuer un animal ne doit pas être pris à la légère, ça devrait demeurer un acte de nécessité et non un loisir ou un désir gastronomique. Je suis devenu végétarien à cause des conditions actuelles de l'élevage. Ce faisant, j'ai brisé ma «dépendance» à la viande. Désormais, manger de la viande n'est plus du tout un besoin pour moi. Si les élevages avaient été plus éthiques, je ne serais probablement jamais devenu végétarien, mais maintenant que je le suis, je n'ai pas vraiment de raison de recommencer à manger de la viande. Mais probablement que, dans un monde où l'élevage deviendrait plus éthique ou serait remplacé par la chasse, j'en mangerais lors de rares occasions; si je suis reçu à souper par exemple. Autrement, je ne réintégrerai la viande à mon alimentation régulière que lorsqu'elle poussera dans les arbres ou s'il en va de ma survie.

jeudi 26 juillet 2012

Pour une démocratie éclairée

Il y a un désavantage évident à être une démocratie. Demander son opinion à la masse n'est pas un gage de faire le meilleur choix possible avec les conséquences les plus désirables pour tout le monde. Au contraire, on constatera qu'une population ne choisit pas nécessairement l'option la plus avantageuse pour elle-même. En fait, quelque soit la question abordée, une foule comportera logiquement moins de spécialistes que de profanes, moins d'instruits que d'ignorants et moins de génies que de sots. C'est ce qu'on pourrait appeler le «côté sombre» de la démocratie.

Ma proposition est la suivante: Avant de laisser un citoyen voter, on devrait lui faire passer un petit examen afin de s'assurer qu'il comprenne la situation sur laquelle il s'apprête à faire un choix. S'il ne connaît pas les principaux partis ou s'il ne sait même pas qui est le premier ministre actuellement, je ne vois pas en quoi le laisser voter est utile. Si l'on ne laisse pas quelqu'un conduire sans permis ou pratiquer la médecine sans diplôme, je ne vois pas pourquoi on le laisse voter comme ça. Avant d'accorder une responsabilité importante à une personne, il est nécessaire qu'elle démontre ses compétences. Mon but est que notre démocratie devienne une démocratie éclairée, c'est-à-dire où le peuple voterait de façon responsable en étant pleinement conscient des conséquences de ses choix.

Voici comment je vois ça:

L'électeur potentiel se présente au bureau de scrutin de son comté. Une fois dans l'isoloir, il y trouve un ordinateur dont l'écran affiche un message de bienvenu s'adressant à lui par son nom complet. Après avoir appuyé sur une touche, il peut consulter brièvement un tableau de révision qui lui rappelle tous les points qu'il doit savoir par cœur pour être en mesure de voter. Une semaine plus tôt, il a déjà reçu par la poste un tableau semblable afin de pouvoir l'étudier d'avance. Donc après avoir révisé ce tableau, lorsqu'il se sent prêt, l'électeur peut entamer l'examen. Il constate alors que celui-ci est d'une extrême facilité. Des questions claires et des choix de réponses qui ne sont pas ambigus. En plus, l'examen est pratiquement un calque du tableau de révision que l'électeur vient d'étudier. Une fois complété, l'examen est corrigé instantanément par l'ordinateur. L'électeur a ensuite accès à la correction de ce dernier (qu'il ait réussit l'examen ou non) afin de pouvoir apprendre de ses erreurs et afin de s'assurer que sa note est juste. En cas d'échec, il peut cliquer sur la touche «recommencer» pour tenter de passer l'examen à nouveau, autant de fois que nécessaire pour réussir.

Ce serait seulement en cas d'abandon que le citoyen ne pourrait pas voter. Pourquoi laisser l'individu réessayer jusqu'à ce qu'il réussisse? Après tout, lorsque l'on était à l'école, on n'avait qu'une chance de réussir nos examens. Mais le but ici est différent de celui de l'école. On ne veut pas qu'une personne maîtrise parfaitement une connaissance au point de la conserver toute sa vie. Le but ici est que l'électeur ait ce savoir au moment où il vote. S'il oublie tout deux minutes plus tard, cela importe peu. L'important est que l'électeur ait les connaissances requises pour faire un choix éclairé, au moment où il a fait ce choix.

Évidemment, la majorité des gens seraient très réticents fassent à une telle proposition. Ils craignent que l'examen ne soit pas corrigé de façon impartiale. Personnellement, je trouve que l'on fait tous déjà un acte de foi incroyable envers ceux qui comptent les bulletins de vote. Ma proposition ne requiert pas vraiment plus de confiance en l'impartialité de certains.

Pour certains, la démocratie doit, par définition, faire voter tout le monde. Toutefois, même en ce moment ce n'est pas tout le monde qui a le droit de vote. On ne l'accorde pas aux mineurs ni même aux gens qui viennent tout juste d'emménager ici. Seuls les citoyens majeurs ont le droit de voter. Dans plusieurs pays, pour être citoyen, il faut y avoir séjourné pendant une certaine période de temps ou encore avoir passé avec succès un examen sur l'histoire et l'actualité du pays. Pourquoi? Probablement, entre autres, pour que les nouveaux citoyens soient des électeurs compétents. Ma base ici est la même, sauf que je ne prends pas pour acquis que le fait d'être né ici et d'être majeur va automatiquement conférer à l'individu les connaissances suffisantes pour être un électeur compétent.

D'autres adversaires de cette idée diront simplement: «Plus personne n'ira voter s'ils sont obligés de passer un examen.» Il est sans doute vrai que quelques individus seraient dissuadés d'aller voter car ils trouveraient trop long et trop pénible le fait de passer un examen. Ceux qui se rendraient aux urnes seraient probablement ceux qui tiennent vraiment à voter car ils ont à cœur l'avenir de leur pays. Ceux qui habituellement votent n'importe quoi, ne se donneraient peut-être même pas la peine d'aller passer l'examen, et ce même s'il est très court et d'une facilité ridicule. Bref, le résultat du vote serait une décision éclairée, prise par les gens qui tiennent à l'avenir de leur pays et qui sont près à faire les efforts nécessaires pour y participer activement.

Mais je ne nourris pas trop d'espoir quand à la réalisation d'un tel projet. Les gens ont une conception de la démocratie un peu différente de la mienne. Le droit de vote est sacré pour eux. Ils tolèrent que le gouvernement agisse à l'encontre de la volonté du peuple, à condition qu'il soit réélu tous les quatre ans avec 30% des votes. Ce qui me désole, c'est lorsque les gens votent au hasard ou en suivant leur intuition ou la tradition familiale. Ultimement, c'est celui qui a investi le plus d'argent dans sa campagne électorale qui prend le pouvoir. Poser le plus de pancartes devient plus important que d'avoir un programme utile et réalisable. Ce n'est pas ça que j'appelle donner le pouvoir au peuple.

Catégories d'entités dans mon éthique

Je vous ai déjà entretenu de ce que l'on appelle «l'échelle de la vie» et de l'influence de cette conception obsolète dans l'éthique de la plupart des gens. On classait autrefois toute chose dans cette hiérarchie unilinéaire et l'on considérait que le Bien était de faire passer les intérêts de ceux qui sont en haut avant les besoins de ceux qui sont en bas.

J'ai choisi de m'inspirer un peu de ce modèle dépassé pour concevoir ma propre échelle. Bien sûr, sa signification et sa forme sont bien différentes. Voici donc mon «échelle» de considérations éthiques:


 J'ai précédemment présenté ma définition d'un être et ce qui le distingue de l'objet. En gros, l'être peut avoir des désirs personnels, tandis que l'objet non. Les formes intermédiaires entre l'être et l'objet sont les systèmes complexes n'ayant pas de conscience propre, dont les machines et les plantes, mais aussi des systèmes composés eux-mêmes d'êtres conscients. Ainsi, les objets et les systèmes inconscients, puisqu'ils n'ont ni désirs personnels ni finalité naturelle, ne doivent être considérés par l'éthique que pour servir les intérêts des êtres – dont ceux qui le composent ou dont ils font partie – tel que je le mentionnais dans ma réflexion sur les droits des objets. L'être et tout ce qui est en aval dans ce réseau de concepts a des désirs, des intérêts propres, et gagne donc le droit à la considération éthique de ces dits intérêts. Notez que la dichotomie vivant/inerte n'apparaît pas dans ce schéma, puisque j'estime qu'il peut y avoir des objets qui sont vivants (les végétaux) et des êtres qui ne le sont pas (disons, une hypothétique intelligence informatique du futur).

Ensuite, je distingue plusieurs catégories d'êtres. J'élaborerai ultérieurement à ce propos, mais il importe de prendre conscience qu'en dehors de la catégorie «personnes» je sépare la bête de la bestiole. C'est un peu dans l'optique d'éventuellement écrire une charte des droits de la bête. Je considère que certains membres du règne animal (que j'appelle les bêtes, c'est-à-dire les vertébrés mais aussi certains céphalopodes) nous ressemblent plus, neurologiquement parlant, et qu'il est par conséquent plus légitime et nécessaire de leur accorder une considération éthique qu'au reste du règne animal (que j'appelle les bestioles, c'est-à-dire les invertébrés). La personne, quand à elle, mérite certains droits de plus que la bête, surtout parce qu'il serait impossible ou absurde de les accorder à cette dernière; le droit à la dignité par exemple, mais aussi le droit de vote ou le droit à l'éducation. En contre partie, elle a elle-même des obligations éthiques qu'on ne peut imposer aux animaux irrationnels.

Je parle de personne plutôt que d'humain car je considère qu'un humain peut ne pas être une personne (un embryon, un cadavre ou un corps vivant en état de mort cérébral, par exemple), qu'une personne non-humaine pourrait exister (un extraterrestre, un robot, un elfe?) et, surtout, que les droits qui nous sont spécifiques devraient découler de notre statut de personne et non de notre statut d'humain. Au sein de la catégorie «personnes» j'établis une distinction entre une personne lucide et une qui ne l'est pas. La première étant celle qui est capable d'anticiper les conséquences de ses actions et, ainsi, de faire des choix éclairés, tandis que la seconde ne le peut pas (par exemple, quelqu'un ayant une déficience intellectuelle). Selon mon éthique, les lucides doivent limiter les libertés des non-lucides et prendre des décisions à leur place, mais seulement dans la mesure où cela est fait pour leur propre bien, et seulement dans les domaines où la personne manque effectivement de lucidité (même les bêtes possèdent un certain niveau de lucidité pour certaines décisions). Je note également que certains non-lucides ne le sont que provisoirement (les enfants, mais aussi une personne sous l'influence de la drogue ou de la dépression par exemple). Pour une telle personne, il importe que lorsque l'on prend une décision à sa place, on ne tienne pas uniquement compte des intérêts de celle qu'elle est maintenant, mais aussi de ceux de la personne qu'elle sera une fois sa lucidité acquise ou retrouvée.

Voilà. Évidemment, le présent billet est très sommaire. Je ne suis pas rentré dans les détails de chacun des points car ceux-ci sont ou seront développés dans d'autres billets. Mon but ici était surtout de présenter ce réseau de concepts qui résume assez bien les relations entre, disons, les différentes catégories d'objets moraux de mon éthique.

Prisonnière de sa liberté

Il existe des fortes similitudes mais aussi des profondes divergences entre mon antisexisme et le féminisme de la culture dominante. Entre autres, comme je l'ai déjà dit, j'ai l'impression que le féminisme commun semble ne pas se préoccuper du tout du sort des mâles. Mais également, je trouve que, dans certains cas, c'est la conception même de la femme qu'ont certains féministes qui semble ne pas être la même que la mienne. Pour éclaircir ce point, voici différentes mises en situations. Imaginons que l'on a:
  • Une femme qui choisit volontairement de ne pas avoir de carrière et de rester à la maison pour s'occuper de ses enfants et des tâches ménagères, tandis que son conjoint pourvoie aux besoins financiers de la famille,
  • Une femme qui choisit volontairement de porter le voile,
  • Une femme qui choisit volontairement de se prostituer,
  • Une femme qui choisit volontairement de se marier à un homme ayant plusieurs autres épouses,

Quelle attitude serait vraiment féministe face à chacune de ces situations? Comment devrait-on considérer une femme qui ferait l'un de ces choix? J'entends parfois quelques prétendus féministes qui, non contents de désapprouver le choix de ces femmes, vont jusqu'à dire que dans certains cas on devrait les leur interdire. Dans ce genre de situation, le discours des «ultraféministes» me semble en réalité antiféministe, puisqu'il considère la femme comme une sorte d'enfant, trop stupide pour faire ses propres choix de vie, et qu'il faudrait donc décider pour elle, «pour son bien». Au nom de la liberté des femmes on voudrait enlever aux femmes certaines libertés puisqu'on considère que les femmes qui font ces choix sont forcément contraintes, manipulées ou stupides.

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles on voudrait interdire certaines activités aux femmes mais toutes partent du même postulat: «Aucune femme sensée ne ferait ce choix» Dans certains cas, il s'agit d'activités issues d'une autre culture (port du voile, polygamie, excision, etc.). On prend pour acquis que les désirs et les aspirations d'une femme occidentale moyenne sont identiques à ceux des femmes de toutes les cultures. C'est une forme d'ethnocentrisme (que l'on pourrait appeler «ethnomorphisme» puisqu'il s'agit d'attribuer à une personne d'une autre culture des traits propres à quelqu'un de sa culture) que de refuser de reconnaître que certains de nos désirs ont été implantés en nous par notre culture et ne sont donc pas nécessairement partagés par tous les humains.

Si l'on répugne à ce qu'une femme se comporte comme une ménagère traditionnelle, c'est davantage parce que l'on a l'impression qu'elle «recule» et parce que l'on a une mauvaise estime des tâches traditionnellement féminines. La problématique d'avant le féminisme, outre le fait que la femme était considérée comme inférieure à l'homme et que les sexes étaient cantonnés à des rôles qu'ils ne pouvaient choisir, était aussi que les rôles de la femme étaient considérés comme inférieurs à ceux de l'homme. Or, si le féminisme s'est attaqué aux deux premiers aspects du problème, il semble avoir maintenu et même utilisé le troisième. Puisque la femme est l'égale de l'homme, elle devait s'émanciper de ces rôles inférieurs auxquels on la confinait. Je trouve que la dévalorisation des tâches traditionnellement féminines est quelque chose contre quoi le féminisme aurait dû se battre, et non quelque chose qu'il devrait prôner.

J'ai déjà défini la liberté comme étant «la capacité d'agir selon nos désirs» indépendamment de ce qui détermine lesdits désirs. C'est possible qu'un conditionnement culturel ou une manipulation psychologique soit responsable d'un choix que fait l'individu, mais notre rôle ne devrait alors pas être de choisir à la place de l'individu. Simplement de l'informer à propos des alternatives, afin qu'il puisse s'émanciper de la tradition. Si une personne persiste à faire un choix de vie qui nous semble aberrant, même après qu'on l'ait éduquée à ce propos, alors on doit présumer que son choix est éclairé et que c'est vraiment ça qu'elle veut faire.

L'antisexisme que je prône veut avant tout la non-considération du sexe d'une personne lorsqu'on lui accorde des droits. Je prône la suppression du sexe en tant que catégorie sociale; la déconstruction des genres. La personne doit pouvoir être libre de faire ses choix sans qu'on lui interdise au nom de son sexe. Après tant d'années de progressisme, on a finit par accepter qu'une femme puisse choisir de faire une activité traditionnellement masculine... acceptons maintenant qu'une femme puisse choisir de faire une activité traditionnellement féminine.

lundi 16 juillet 2012

Les extraterrestres humanoïdes

Dans les histoires de science-fiction et dans les récits soi-disant authentiques de rencontres du troisième type, on nous représente très souvent les extraterrestres comme des êtres à notre image. Des humanoïdes ayant deux bras, des jambes, deux yeux, une tête. Je trouve, personnellement, que cela manque un peu d'imagination. C'est d'ailleurs la principale raison qui fait que j'ai bien de la misère à croire aux histoires d'enlèvements par des extraterrestres. Rien que sur Terre, on retrouve des millions de créatures qui sont parfois tellement différentes de nous et qui, pourtant, partage avec nous un ancêtre commun. Il n'y a qu'à penser à la faune abyssale ou même aux plantes. Alors, un être venu d'un autre monde, qui ne partagerait par conséquent pas d'ancêtre commun avec nous, n'a aucune chance de nous ressembler.*

On pourrait arguer qu'il s'agit simplement d'une convergence évolutive. Par exemple, le pinson, la libellule, la chauve-souris et le ptérodactyle peuvent voler. Il n'est donc pas surprenant qu'ils aient tous des organes adaptés à cette fonction (les ailes) et que ceux-ci se ressemblent même s'ils sont apparus séparément. Les visiteurs extraterrestres auraient donc pu simplement évoluer comme l'humain, ce qui est nécessaire pour qu'ils aient pu développer la technologie leur permettant de se rendre jusqu'à nous.

Mais notre organisation anatomique est-elle vraiment la seule qui puisse supporter une intelligence capable d'engendrer une technologie avancée? En fait, tout ce qu'une autre espèce aurait besoin pour développer une technologie d'un degré similaire à la nôtre, ce sont les organes nécessaires pour:
  •  réfléchir,
  • communiquer,
  • manipuler son environnement.

Or, au sein du règne animal, on retrouve tout plein de façon différente d'accomplir ces tâches. Contrairement à ce qu'on pense, les grands singes (dont l'humain) ne sont pas les seuls «génies» dans la nature. Par exemple, les éléphants sont des animaux très intelligents sauf qu'ils sont quadrupèdes et manipulent leur environnement à l'aide de leur long nez au lieu des membres antérieurs. Les pieuvres aussi sont très intelligentes, et pourtant plus différentes de nous qu'un E.T. hollywoodien. Même chose pour certains oiseaux ou même pour certaines espèces de dinosaures. Même si aucune de ces espèces n'accote l'humain dans le niveau de développement de ces facultés, dans un futur lointain un hypothétique être intelligent pourrait émerger du descendant de n'importe quelle espèce qui est présentement à un degré rudimentaire dans ces trois facultés. Cela en ferait donc une personne mais n'ayant aucune ressemblance avec l'humain mais qui, pourtant, partage un ancêtre commun avec lui. Alors, une personne ne partageant aucun ancêtre commun avec nous devrait nous être encore plus différente.

Personnellement, si je rencontrais réellement un extraterrestre humanoïde – ou plutôt un être qui corresponde plus ou moins à l'image folklorique de l'extraterrestre – je ne croirai pas nécessairement qu'il s'agit d'un extraterrestre. Un être aussi semblable à l'humain nous est forcément très proche phylogénétiquement parlant. Donc, si vraiment j'avais devant moi ce genre de petit bonhomme gris, je me dirai qu'il s'agit d'une espèce proche de la nôtre, un hominidé inconnu. Un intraterrestre descendant d'une bande d'homo sapiens qui s'est perdue dans les cavernes il y a douze milles ans? Un voyageur temporel venu du futur à une époque où notre espèce a évoluée de cette manière? Ou, plus simplement, le rejeton d'un humain moyen mais qui serait porteur d'une curieuse mutation? Bien des hypothèses passent avant celle de l'extraterrestre.

Je n'écarte toutefois pas complètement la possibilité qu'il puisse exister des extraterrestres intelligents quelque part dans l'univers. En fait je suis agnostique sur cette question. Nous n'avons selon moi pas les données nécessaires pour y répondre puisque nous ne connaissons pas assez les autres planètes pour savoir si nous sommes la norme ou l'exception. Comme je le disait précédemment, j'ai même tendance à penser que nous n'aurons jamais la réponse à la question «Sommes-nous seuls dans l'Univers?» puisque les distances dans l'espace sont tellement grandes.

Bref, si j'ai de la difficulté à trouver crédibles les histoires d'extraterrestres (qu'elles se prétendent fictives ou réelles), c'est à cause de tout ça. C'est dommage que ceux qui les inventent soient anthropocentristes au point de ne pouvoir concevoir que quoique ce soit d'intelligent puisse exister à moins d'être à ce point semblable à l'humain.

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* Certains poussent encore plus loin l'absurdité en affirmant que les extraterrestres et les humains peuvent s'accoupler entre eux et engendrer des hybrides. C'est impossible puisque même si les extraterrestres avaient évolués pour nous ressembler, ils seraient complètement différents de nous génétiquement. J'aurais donc plus de chance de me reproduire avec un chimpanzé, une truite ou n'importe quel animal terrien qu'avec un extraterrestre.

mardi 10 juillet 2012

Les animaux abandonnés

Je suis en train de réfléchir à ce dont pourrait avoir l'air une charte des droits des animaux, mais ma réflexion à ce propos n'est pas encore suffisamment aboutie. Je peux toutefois vous dire qu'elle implique de créer une nouvelle catégorie juridique, intermédiaire entre l'enfant et le mobilier. Mais il y a déjà certaines mesures que l'on devrait prendre pour aller dans cette direction et qui n'implique, légalement, que de légers changements. Je vais donc vous faire part immédiatement de mesures minimales qui devraient être prises pour améliorer le sort des animaux de compagnie.

Je viens de déménager et j'avais perdu mon chat qui s'était enfui dans mon ancien quartier. Ça m'a pris une semaine pour la retrouver. J'ai donc eu à l'esprit pendant cette semaine les refuges pour animaux et j'ai pensé au fait qu'il y a tellement d'animaux abandonnés en cette période de déménagements, et au fait que les animaux dans les refuges ne sont pas nécessairement bien traités, surtout lorsqu'ils sont très nombreux, et qu'ils sont parfois tués.

Il y a deux petites choses que le gouvernement pourrait faire et qui réduirait énormément cet immense fardeau qui revient aux refuges pour animaux à chaque 1er juillet:
  • Interdire aux propriétaires de logements d'interdire à leurs locataires d'avoir des animaux de compagnie.*
  • Financer la stérilisation des animaux de compagnie.

C'est tellement simple et ça n'implique aucun changement dans le statut juridique de l'animal. La plupart des animaux dans les refuges viennent soit de personnes qui déménagent dans un nouveau logement dont le propriétaire leur refuse de garder leur animal, soit sont les rejetons d'un animal de compagnie qu'on a négligé de stériliser. Si les vétérinaires offraient gratuitement la stérilisation (c'est-à-dire, que le gouvernement la paierait à la place du propriétaire de l'animal), ça serait tout de même rentable considérant que les refuges sont, à ma connaissance, souvent financés par l'État. Et interdire d'interdire d'avoir un animal dans son logement serait quelque chose de gratuit et d'énormément positif pour le sort des animaux. La conséquence serait que les refuges auraient beaucoup moins d'animaux. Ils pourraient donc leur offrir de meilleures conditions de vie et se permettre de les garder plus longtemps.

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*Un propriétaire de logements pourrait toutefois obliger ses locataires à faire stériliser leurs animaux de compagnies.

dimanche 3 juin 2012

Le principe anthropique

Deux Témoins de Jéhovah (fort sympathiques) sont venus frapper à ma porte ce matin. La dernière fois qu'ils étaient venus, je leur avais dis de revenir lorsqu'ils auraient une preuve de l'existence de Dieu. Ainsi, le premier argument qu'ils présentèrent aujourd'hui (que je connaissais déjà) est celui-ci:

La Terre est parfaite pour la vie, un peu différente et la vie serait impossible. Si sa masse, son champ magnétique, sa distance du soleil ou la composition chimique de son atmosphère seraient différentes, nous n'existerions pas. De même, si les lois de la physiques étaient légèrement différentes, nous ne pourrions exister non plus.

On appelle ce raisonnement le principe anthropique. C'est-à-dire le principe selon lequel toutes les variables de l'univers semblent avoir été programmées pour que nous apparaissions un jour. Pour les croyants, cela est la preuve que (leur) Dieu existe. Puisque c'est le genre de raisonnement qu'ont beaucoup de croyants, je vais vous faire part de la réponse que j'ai donné à ces missionnaires. J'ai utilisés deux contre-arguments.

D'abord il y a, dans notre galaxie, un nombre incroyable de planètes et il y a dans l'univers un nombre incroyable de galaxies. Conséquemment, il est statistiquement probable qu'une planète parmi cette infinité (la nôtre) soit telle que la vie puisse y exister. Mettons que chaque planète doit brasser un dé pour savoir quelle sera la valeur de chacune de ces variables, il se peut que l'une de ces planètes obtiennent le résultat qui est le nôtre, et c'est forcément sur cette planète que l'on se trouve puisque l'on n'aurait pas pu naître ailleurs qu'ici.

Ensuite, on sait que la vie existe (même si le sens de ce mot demeure ambigu). Conséquemment, il est logique que les conditions nécessaires à son existence existent aussi. Il s'agit d'une fausse coïncidence; c'est-à-dire un simple rapport de cause à effet qui feint d'être une coïncidence. Si les variables étaient trop différentes de ce qu'elles sont, la vie n'existerait pas. Mais si elles étaient légèrement différentes, peut-être la vie existerait-elle mais serait-elle aussi légèrement différente. Puisque la vie existe telle que nous la connaissons, alors les variables qui autorisent son existence et font qu'elle est ce qu'elle est, sont telles qu'elles sont.

J'ai trouvé intéressante la réaction des Témoins de Jéhovah à mon argument. Avant que je ne leur présente, ils disaient «Et même en sachant que les conditions de la Terre sont justes parfaites pour que la vie existe, vous ne pensez pas que Dieu existe?» alors qu'après, ils n'avaient manifestement plus rien à répondre sur ce point et sont passé semi-subtilement à un autre argument pro-Dieu (tout aussi faible que celui-ci). J'ai vraiment eu l'impression d'approcher de les convaincre que Dieu n'existe pas.

vendredi 18 mai 2012

Démocratie et transparence

On parle souvent du gouvernement ces jours-ci, et on le compare à une dictature alors que ce dernier se prétend une démocratie. Ma conception de la démocratie diffère sous plusieurs aspects de celle qui domine dans l'air du temps. L'une de ces divergences concernent la transparence. On semble en effet s'être habitué à ce que le gouvernement agisse presque en secret. Qu'il offre des contrats à des compagnies sans nous présenter la facture détaillée par exemple.

Pour moi, dans une démocratie, le pouvoir revient au peuple. Ainsi, si nous faisions une analogie avec une entreprise, le gouvernement serait l'employé et le peuple serait son patron. La population devrait être au-dessus du chef d'État dans l'organigramme. Donc serait-il sensé pour un patron d'autoriser son employé à faire des dépenses sur le compte de l'entreprise sans même regarder ces factures? Il est donc difficilement justifiable que le gouvernement cache des choses au peuple.

En fait, la seule situation où il serait légitime que le gouvernement garde pour lui des renseignements en les cachant au peuple, serait si ces informations pourraient tomber entre de mauvaises mains. Donc, dans un contexte où le patron préférerait que son employé lui cache des choses s'il estime que c'est un moindre mal. Par exemple, si on est en guerre, on ne diffuse pas nos stratégies militaires sur toutes les ondes, autrement nos ennemis les verraient aussi. Pour revenir à l'analogie du patron et de l'employé : c'est comme si toutes les conversations entre le patron et l'employé étaient interceptées par une compagnie rivale et que le patron le savait. Il recommanderait alors à son employé de garder certaines informations pour lui et de prendre lui-même les décisions les concernant, en autant qu'il le fasse en faisant ce qu'il croit que la patron aurait choisi de faire ou ce qui est le mieux pour l'entreprise.

Mais dans tout autre contexte, tout devrait être fait avec la plus grande transparence. J'irais presque jusqu'à dire, que toute réunion impliquant un ou plusieurs représentants de l'État devrait être filmée et mise en ligne sur le site du gouvernement. Que les rencontres entre chefs d'État aient lieu à l'abri des regards, comme s'ils conspiraient contre leurs peuples, m'apparaît aberrant.

L'humain est omnivore

Voici un autre argument que j'entends parfois contre mon végétarisme:

«L'humain est omnivore*.»

C'est tout. Un sujet, un verbe et un complément d'objet direct. Point.

Il y a plusieurs façons d'interpréter cette phrase. Devrait-on lire «Tous les humains sont omnivores?» J'en doute puisque celui qui l'a émise sait qu'il existe des humains végétariens. À moins que cela veuille dire qu'en devenant végétarien on perd notre statut d'humain et que c'est justement pour cela que l'on doit continuer de manger de la viande? En fait, je vois plusieurs sources d'ambiguïté dans cette phrase. Elle a beau être courte, chaque mot qui la compose est en lui-même problématique.

L'usage du verbe être m'agace sans aucun doute, comme si «être omnivore» était un état ou un attribut intrinsèque et que, donc, l'on ne pouvait s'en détourner sans commettre un acte contre-nature. Évidemment c'est absurde, le fait de manger ou non de la viande n'est pas, en soi, un attribut de l'être qui s'adonne ou non à cette activité. Je déteste l'expression «être végétarien» à cause de ce genre de dérive. Le végétarisme ou l'omnivorie n'est pas quelque chose que nous sommes, c'est quelque chose que l'on fait.

Mais ce n'est pas là ce qu'il y a de plus problématique dans cette phrase. Ce que je réprouve c'est d'utiliser le singulier («l'humain») pour parler d'un nombre pluriel d'individus. C'est un procédé qui ne sert qu'à homogénéiser un groupe diversifié. Si l'on ramène le groupe à un seul individu, puisque cette individu ne peut être à la fois plusieurs choses mutuellement exclusives, il ne sera que ce qu'est la majorité des individus qui le composent. Ainsi, puisque les omnivores sont démographiquement supérieurs aux végétariens, l'humain est omnivore. De la même façon, puisque les croyants sont plus nombreux que les athées, «l'humain a besoin de croire en quelque chose» (expression qui me dégoûte… j'y reviendrai). Donc ceux qui sont minoritaires, lorsqu'ils entendent une telle expression, doivent se sentir un peu «moins humains» que ceux qui sortent du même moule que ce fictif individu-type. Pour moi, comme je l'ai déjà mentionné dans cette autre réflexion, un tel usage du singulier est fallacieux.

Voici une autre version, beaucoup mieux formulée, de l'argument intitulant cette réflexion:

«Nous sommes faits pour manger de la viande.»

Comme je le disais dans une autre réflexion, la nature n'a pas de but. Nous ne sommes pas «conçus» par un créateur dans le but de remplir une fonction ou d'accomplir une tâche spécifique. Oui, nous sommes anatomiquement équipés de tout ce qu'il faut pour mastiquer et digérer la viande, mais cela ne veut pas dire que l'on doit le faire. C'est un pouvoir, pas un devoir. Pour faire un argument par l'absurde, je dirais que j'ai également le pouvoir de tuer mon voisin pour lui voler sa télé. En effet, mes mains semblent avoir été conçues spécialement pour l'étrangler. Serait-ce donc nécessaire que je le fasse? M'y soustraire serait-il un choix contre-nature?

Notre corps nous confère de nombreux pouvoirs et a de nombreux besoins. L'évolution l'a enclin à acquérir des pouvoirs pour combler ses besoins. Ainsi, respirer de l'air est à la fois une capacité et une nécessité pour moi. Mais tout ce dont nous sommes capables ne nous est pas également nécessaire. Observer nos corps, en induire une finalité, puis nous imposer de suivre cette finalité, c'est totalement ridicule surtout quand on sait que nous sommes le fruit de l'évolution. Le raisonnement logique serait plutôt d'observer nos corps, de répertorier leurs besoins, puis de faire ce qu'il faut pour combler ces besoins. À partir de là peut commencer notre raisonnement éthique, en mettant en compétition nos besoins avec ceux de nos proies potentielles. C'est ce raisonnement qui, dans mon cas, m'a mené au végétarisme.

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* Notez que, dans ce contexte, le terme «omnivore» signifie «non-végétarien». Mais, pour moi, le végétarisme est en fait une forme d'omnivorie puisqu'il ne s'agit pas d'une alimentation spécialisée. Contrairement au carnivore, à l'herbivore, au granivore ou au frugivore, l'omnivore mange une large diversité d'aliments, sans forcément qu'il ne mange absolument toutes les substances comestibles auxquelles il a accès, donc il pourrait exclure la viande. Même les gens qui ne sont pas végétariens ne mangent généralement pas de mouche, de chat ou d'humain.