dimanche 12 février 2012

Nationaliser le vice

Précédemment, sur ce blogue, je vous ai déjà fait part du fait que j'étais pour la légalisation de la drogue et de la prostitution. Mon point était qu'en prohibant un bien ou un service pour lequel il existe une demande forte, on ne le fait pas disparaître mais qu'on le laisse dans la clandestinité ce qui augmente généralement sa nuisance. En y repensant, je me suis demandé quelles seraient les conséquences à long terme de la légalisation des drogues et du travail du sexe.

Si on laisse cela entre les mains de compagnies privées, elles feront tout ce qui est en leur pouvoir pour que la demande augmente, et ce même si on les limite par des lois leur interdisant de faire de la publicité, comme nous le faisons avec le tabac. Mais le but à l'origine de cette idée n'est pas d'augmenter l'utilisation de la drogue et de la prostitution. Au contraire, je veux que l'on légalise ces phénomènes pour mieux lutter contre eux. Or, si ce sont de grosses compagnies privées qui gèrent ça, même si elles sont plus transparentes que les groupes criminalisés, elles sont tout de même susceptibles d'occulter certains faits. Bref, si c'est légal mais privé, le problème ne sera pas vraiment réglé puisque ces entreprises essaieront d'augmenter la demande en drogues et de forcer plus femmes à se prostituer ou à faire des choses qu'elles ne veulent pas

Au Québec, le jeu et l'alcool sont sous la juridiction de sociétés d'État: Loto-Québec et la Société des Alcools du Québec. Je me disais qu'il serait peut-être pertinent de faire la même chose pour la drogue et la prostitution: les légaliser mais les mettre sous la juridiction de sociétés d'État qui auraient pour mandat, non pas de rechercher le profit, mais bien de répondre à une demande préexistante et de réduire au minimum les inconvénients inhérents à ces phénomènes sociaux. Leur campagne publicitaire n'aurait pas pour objectif d'augmenter la demande mais, au contraire, de la réduire tout en informant la population qu'ils offrent ces services.

Pour la drogue, je propose que l'on commence simplement par légalisation la consommation tout en interdisant la vente et la production autre que pour usage personnel. Puis, ensuite, que l'on légalise et contrôle chacun des niveaux de productions, jusqu'à la vente qui pourrait se faire soit dans une nouvelle chaîne de magasins de drogues, soit dans les SAQ ou soit dans certains bars en collaboration avec une société d'État (qui ne serait, dans cette option, qu'un distributeur).

Il y a plusieurs façons dont on pourrait s'y prendre pour faire fonctionner la prostitution dans une société où elle serait légale et sous la juridiction de l'État. Je me dis que le gouvernement pourrait financer la création d'un site d'agence de rencontre (ce qui serait utile pour plusieurs autres raisons) et d'y intégrer la prostitution légale. La majorité des usagers de ce site seraient des gens qui l'utiliseraient vraiment comme une agence de rencontre, mais il s'y trouverait également la possibilité d'y offrir ou d'y rechercher des services sexuels, et ce en toute légalité. Ce qui est bien c'est que les prostitués pourraient choisir leurs clients puisqu'elles verraient leurs profils avant d'accepter de leur offrir leurs services. Elles pourraient même tchatter avec eux avant de les rencontrer pour les informer des tarifs et prendre connaissance de leurs demandes spéciales. Mais bon, c'est une possibilité parmi d'autres.

Je mettrais tout ces «vices» – autant ceux qui sont actuellement légaux que ceux que je légaliserais – sous la juridiction d'un nouveau ministère que l'on pourrait appeler, justement, le Ministère du Vice. Il aurait pour fonction d'étudier chacun de ces «vices» et de choisir quelle approche il doit adopter, pour chacun d'entre eux, soit légaliser, nationaliser ou prohiber, selon ce qui amènera les conséquences les moins indésirables. L'opinion publique est contre la légalisation et elle sera encore plus contre la nationalisation parce qu'elle aurait encore plus l'impression d'être complice de quelque chose de «sale». Les gens s'imaginent qu'en légalisant et en fournissant ces services, on endosse et approuve leur existence. C'est pourquoi, en nommant ce ministère «Ministère du vice», on soulignerait que l'on désapprouve ces phénomènes sociaux mais qu'on les gère pour en minimiser la nuisance.

5 commentaires:

  1. C'est un peu compliqué d'établir la limite du vice. Je trouve le mot inapproprié puisqu'il est trop péjoratif. Ça pourrait dévier et tout ce que l'état considère comme le vice pourrait devenir sous le contrôle de l'état. L'idée de base est tout de même bonne, même si aucune société d'état actuelle ne respecte vraiment le fait qu'elle devrait fournir un service sans chercher le profit.

    Pour ton information, la prostitution est déjà légale au Canada. Tu n'as par contre pas le droit d'offrir ou de demander des services en public, de vivre de la prostitution d'une autre personne ou de pousser quelqu'un a la prostitution.

    Il est aussi interdit de tenir une maison de débauche, d'être présent dans une maison de débauche ou de conduire quelqu'un à une maison de débauche.

    Par contre, il est tout a fait légal de proposer à quelqu'un de l'argent pour des faveurs sexuels en privé. Comme il est tout à fait légal de payer quelqu'un pour des faveurs sexuelles.

    Le seul problème dans la prostitution actuellement est donc le moyen d'entrer en contact légalement avec une travailleuse ou un travailleur du sexe et de trouver comment ceux-ci pourraient publicisé leur services.

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  2. Je sais, justement, que c'est légal et que c'est la sollicitation qui ne l'est pas. C'est pour ça que je proposais l'idée de site style agence de rencontre sur lequel ce genre d'activité serait permis.

    C'est vrai que le mot «vice» est peut-être trop flou et a aussi une connotation trop judéochrétienne. J'ai pas trouvé de meilleur mot, mais l'idée serait juste de plaire au peuple en nommant cette juridiction avec un terme qui démontrerait que nous ne sommes pas là pour encourager la pratique mais bien pour l'encadrer afin de minimiser les dommages qu'elle pourrait causer.

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  3. un des enormes avantages de ''l'illegalite'' de la prostitution est que ca donne PLEIN POUVOIR DE REPRESSION a la police. nous ne sommes pas naif, la police non plus. tous connaissons l'existance de reseau de prostitution bien rode. du recrutement jusqu'a la publicite tout est ''bien gere'' par les ''boss'' qui veulent perpetuer leur business. sous l'oeil de la police les filles exerce librement leurs talents jusqu'a derapage... a ce moment il y a intervention avec toutes les consequences permisent par la criminalisation. les filles ne sont pas les premieres visees. les souteneurs et leurs personnels sont alerte les regles sont claires. maintenir profile bas assure le ''respect'' de la police. la prostitution(agence d'escorte) est deja etatise...sous le ''controle'' de la police.je l'ai vecu de l'interieure. l'etat ne ferait pas mieux avec tous les desaventages de la bureaucratisation. et le marche parallele qui demeeurerait.theoriquement c'est une excellente idee, en pratique moin. semblable pour la drogue.

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    1. Votre point de vue est intéressant. Par exemple Loto-Québec ne doit pas trop savoir où donner de la tête avec les casinos en ligne et les tournois internationaux de poker sur internet. Par contre je crois que la présence d'une société d'état permettrait au moins à certaine femmes d'offrir des services de grande qualité dans des conditions de salubrité et de sécurité. Je penserais par exemple à un salon de massage haut de gamme au casino de Montréal.

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  4. Enfin quelqu'un d'autre qui partage ouvertement mon point de vue. Je crois qu'il y a beaucoup de monde qui se rendent à cette évidence avec quelques nuances tout de même. Je n'ai trouvé pour l'instant qu'un seul autre endroit où l'on présente cette idée:
    http://ysengrimus.wordpress.com/2009/08/01/l%E2%80%99etat-proxenete-ou-rien-decriminalisation-ou-legalisation-de-la-prostitution/

    De mon côté je l'ai développée lors de plusieurs interventions sur les blogues de LaPresse et du Devoir. Par exemple ici (sulnet):
    http://blogues.lapresse.ca/edito/2009/12/17/prostitution-les-risques-du-metier/
    et ici (André Pilon):
    http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/351423/affaire-sociale-plus-que-choix-individuel

    Mon idée là-dessus c'est un peu précisée au fil de mes interventions. Je vois maintenant effectivement une même société d'état, appelons-là par exemple la SSSQ (la Société des des services sensuels du Québec), gérer l'offre à la fois de services sexuels et de substances hallucinogènes.

    Mais je vais quand même beaucoup plus loin que ce que j'ai lu jusqu'à présent en parlant aussi de formation et de qualité des services et produits offerts. Il y évidemment beaucoup à écrire là-dessus mas en quelques mots disons que la SSSQ serait aussi responsable de s'assurer que les employé-e-s de ses propres agences ou des entreprises qui ont obtenu un permis engagent du personnel qualifié et offrent des produits hallucinogènes de qualité contrôlé.

    Si on s'embarque là-dedans, autant le faire comme il faut. La sexologie est un domaine réputé, qui s'étudie dans nos universités depuis des décennies. Je crois que tous ceux et toutes celles qui seraient engagé-e-s seraient heureux et heureuses de voir leurs connaissances et leurs habiletés reconnues.

    Pour les drogues, je vois d'un bon oeil des chimistes, des biologistes et des médecins, mandatés par la SSSQ pour n'autoriser que des produits aux effets vérifiés et n'entraînant pas de dépendance ou de dommages sur la santé significatifs.

    Finalement, la SSSQ utiliserait une partie de ses profits pour financer des organismes responsables d'aider les personnes aux prises avec des problèmes reliées à ses activités.

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