mercredi 11 mars 2009

Le bon parler

Je suis tanné d'entendre : «Nous autres, les Québécois, on parle mal… on devrait parler comme les Français [parisien], eux parlent bien!» Les Parisiens parlent bien parce que l'on définit le «bon français» en se basant sur la manière dont ils parlent. Donc peu importe les mots qu'ils choisiront d'incorporer à leur lexique, ce sera toujours ça le bon français. Si demain matin tous les Parisiens se mettaient à dire tabarnak, le mot aurait sa place dans le prochain Larousse.

Quand un anglophone me dit «Hi» au lieu de «Bonjour», il ne me viendra pas à l'esprit de dire qu'il parle mal. Je vais plutôt me dire qu'il parle anglais. C'est la même chose. Chaque dialecte du français a sa propre logique qui n'est ni plus mauvaise ni moins cohérente que celle du français standard normatif international parisien. C'est une logique que le locuteur suit inconsciemment mais qu'on peut étudier et décrire. C'est sur la logique du français parisien que les grammaires choisissent de se fonder, mais cela ne signifie pas que le français québécois soit illogique.

Le québécois et le parisien sont des dialectes qui ont divergé l'un de l'autre depuis la fondation de la Nouvelle-France. Toutes les transformations linguistiques qui sont survenus du côté nord-américain de la francophonie sont considérés comme des «détériorations» de la langue, tandis que les changements linguistiques survenus de l'autre côté de l'Atlantique sont considérés comme des «modernisations» et ce sont les Québécois qui sont arriérés s'ils ne les utilisent pas. N'y a-t-il pas un double standard ici?

Il y a quelque chose de très snob et «colonial» à considérer que certaines variétés dialectiques sont «plus mauvaises» que d'autres. Ce sont toujours les colonies qui parlent mal et les métropoles qui parlent bien. Même chose pour les sociolectes au sein d'une même population: le langage de la classe ouvrière est le plus mauvais tandis que la bourgeoisie s'exprime tellement «mieux». Et c'est encore la même chose entre les générations : les jeunes parlent un français «dégénéré et anglicisé» tandis que les vieux parlent «le vrai français».

Il faudrait que les gens comprennent qu'il n'y a pas de bien ou de mal dans le domaine du langage. L'expression «parler mal» n'aurait de sens que pour désigner quelqu'un qui aurait un défaut d'élocution. Si j'arrive à me faire comprendre de mon interlocuteur, c'est que la communication entre nous est fonctionnelle donc que je parle bien.

2 commentaires:

  1. «Ce sont toujours les colonies qui parlent mal et les métropoles qui parlent bien.» Ouais, d'accord là-dessus. Cependant, il reste vrai que les locuteurs québécois ont généralement moins de vocabulaire et moins de capacité d'expression que leurs cousins, les maudits Français... Il faut croire que la fonctionnalité de notre langue ne se prête normalement pas aux choses de l'esprit, ou disons plutôt, ou choses qui appartiennent à un certain niveau de culture plus avancé... :D

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  2. Je n'ai pas remarqué ça. C'est sans doute vrai pour le sociolecte de la classe ouvrière par rapport à celui des gens instruits, mais ça ne me semble pas aussi évident entre le dialecte québécois comparé au dialecte de France. Aurais-tu des exemples de mots ou d'expressions qui sont nécessaires pour parler de choses intellectuellement avancées et qui sont absent du vocabulaire des Québécois mais connus du Français moyen?

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