- Feel O'Zof
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dimanche 8 novembre 2009
Les deux scepticismes
Le premier, que l'on appelle communément le scepticisme philosophique, a ses origines dans la Grèce antique. Un de ces plus célèbres partisans est Pyrrhon d'Élis (360-265 av. notre ère). Dans ses formes les plus extrêmes, le scepticisme philosophique nie toute possibilité pour l'humain d'accéder réellement à une connaissance quelconque. En conséquence, cela met toutes les hypothèses à égalité puisque l'on ne peut rien prendre pour acquis et qu'il n'y a rien de plus sûr que quoique ce soit d'autre. Notre niveau de certitude serait à zéro à propos de tout sujet et de toute opinion. Par exemple, on ne pourrait pas plus affirmer que les nuages sont faits de vapeur d'eau que de ouate ou de patates pilées, puisqu'aucune connaissance n'est possible. En pratique, cela ne nous apporte rien puisque si nous n'avons plus aucun critère pour discriminer le faux du vrai et que l'on vît réellement en faisant comme si tout était incertain, on stagne dans une inertie perpétuelle; chaque alternative étant aussi incertaine que tout autre.
Un autre mouvement, le scepticisme scientifique nous permet de sortir de cette impasse en affirmant que même si tout est incertain, il y a des choses qui sont plus certaines que d'autres. Par exemple, si à chaque fois que je mets ma main dans le feu je ressens une douleur, je puis prédire qu'il en sera de même les prochaines fois où je répéterai l'expérience et donc considérer comme «réelle» l'affirmation «le feu ça fait mal». Si tous les corbeaux que je vois sont noirs, je puis établir par induction que tous les corbeaux sont noirs et prendre ce fait pour acquis.
Toutefois le scepticisme scientifique demeure un scepticisme. Ainsi, tout ce qu'il considère comme vrai peut être remis en question. Il suffit d'un seul corbeau blanc pour briser la loi «tous les corbeaux sont noirs». Mais, affirmer gratuitement que cette loi est fausse sans avoir le moindre corbeau blanc pour la contredire et sans tenir compte des millions de corbeaux noirs déjà observés, est une attitude qui va directement à l'encontre du scepticisme scientifique.
Voir aussi : Qu'est-ce que le réel?
Qu'est-ce que l'art?
Je me suis demandé ce qu'était l'art. Comment pourrait-on définir ce mot? Qu'est-ce qui est de l'art et qu'est-ce qui n'en est pas?
À la base, je pense que l'on peut définir l'art, dans son sens le plus large, comme étant tout ce qui est le fruit d'une intention. Le mot «art» rejoint donc les autres mots de même famille comme «artefact» et «artificiel». À cela on pourrait ajouter un critère supplémentaire, qui est d'avoir été conçu pour sa forme et non pour sa fonction. Ce second critère rend la définition plus floue.
Disons que tout ce que je fabrique est de l'art, mais qu'un objet puisse être «plus artistique» qu'un autre. Par exemple, en fabriquant un marteau, les choix esthétiques que je peux faire sur la forme de l'objet sont limités par la fonction pratique de l'objet; peu importe la forme que je lui donne, il doit pouvoir servir à clouer. En ce sens on peut dire que fabriquer un marteau c'est moins artistique que de peindre une toile puisque j'ai une moins vaste liberté d'action dans ma créativité. Et, que de peindre une toile en m'inscrivant dans un mouvement artistique préexistant ou en suivant la mode est moins artistique que de fonder son propre mouvement artistique, puisque dans la premier cas notre créativité est contrainte par des normes.
Cela voudrait-il dire que l'idéal de l'art serait une sorte d'indéterminisme de la créativité? Et que, par conséquent, plus l'art est spontané et arbitraire – donc non assujetti à des contraintes – et plus il est artistique? Je serais porté à dire que non. Il me semble que quelque chose de «trop abstrait» n'est plus de l'art puisque si l'artiste «laisse trop aller ses pulsions» dans l'œuvre, elle n'est plus le fruit d'une intention; ce qui était notre premier critère de définition au départ. Ses coups de pinceaux irréfléchis deviennent mécaniques, automatiques et déconnectés de son esprit, vidant l'œuvre de toute signifiance, la rendant aussi peu artistique que n'importe laquelle de ses déjections.
Imaginons que l'on a deux toiles de peinture abstraite. La première a été conçue par un artiste. La seconde était une toile vierge qui s'est retrouvée dans un entrepôt de peinture durant un tremblement de terre et qui a été accidentellement couverte de couleurs diverses lors de la catastrophe. Il est clair que la seconde toile ne peut prétendre au titre d'œuvre d'art puisqu'elle n'a pas été conçue par un artiste mais n'est que l'œuvre de la nature. Conséquemment, si la première des deux toiles n'a pas plus de structure ou de sens que la deuxième, elle ne devrait pas non plus pouvoir être appelée «art» même si elle est l'œuvre d'une personne.
Et c'est à ce stade de ma réflexion que ma conception de l'art s'effondre. Ma définition générique (tout ce qui est le fruit d'une intention) est claire mais ne correspond pas tout à fait à l'usage, tandis que ma définition spécifique (créé pour sa forme plus que pour sa fonction), en plus d'être plus floue, peut contredire la première… ou alors elle se contredit elle-même. En effet, si pour répondre au critère de l'intentionnalité il faille être créé avec une finalité, alors l'objet n'est plus créé pour lui-même mais devient un moyen au même titre que le marteau. Je n'ai donc pas terminé ma réflexion sur ce sujet. Mais peut-être que dans notre univers en continuum, il est vain d'essayer d'établir une distinction aussi nette entre l'œuvre d'art et toute autre création.
Pro-végétarisme mais non-végétarien
Par commodité, appelons «semi-végétarisme» cette position intermédiaire entre le végétarisme strict et celle qui domine dans l'air du temps (viande à tous les repas). Il y a donc de plus en plus de gens qui adhèrent au semi-végétarisme. Certains ne font que manger moins de viande alors que d'autres la suppriment presque totalement de leur alimentation sauf lorsqu'ils sont reçus à souper ou qu'ils mangent dans un restaurant qui n'aurait que peu de plats végétariens au menu.
En tant que végétarien, je ne puis qu'être heureux de cette évolution des mœurs. Mon boycott des produits animaux ayant pour but de réduire la demande (afin de réduire le nombre de bêtes dans les élevages intensifs, afin de réduire le taux de souffrance dans l'univers), il m'importe beaucoup plus de savoir que ces idées font leur chemin et que la demande en viande diminue, que de m'assurer qu'aucune chair morte ne touche ma langue. Je suis un utilitariste, ce qui me préoccupe c'est avant tout de réduire la souffrance dans l'univers. C'est pourquoi mieux vaut dix semi-végétariens qu'un seul végétarien à temps plein; les premiers réduisant davantage la demande que le second.
Je pense que les idées sur lesquelles se fonde le végétarisme éthique sont, pour la plupart, bien ancrées dans l'esprit des gens. Par exemple, la plupart des gens conviendront que les bêtes peuvent subir de la douleur, qu'elles sont capables de ressentir le bonheur et la souffrance comme nous, et qu'elles éprouvent certaines émotions. Ils s'opposeront à la maltraitance des animaux et parfois même à leur mise à mort.* Dans ce contexte, le semi-végétarisme a de la facilité à percer, et davantage que le végétarisme strict. Il s'harmonise avec les valeurs des gens sans pour autant leur faire franchir la ligne qui leur donnerait l'impression d'avoir un tabou alimentaire et d'être marginaux, et il ne se cogne pas au dogme que «tuer pour la viande c'est toujours correct!».
Comme maintes choses dans notre univers en continuum, la frontière symbolique qui sépare les gens végétariens de ceux qui ne le sont pas biaisent notre perception. Prenez les trois personnages suivants :
- Pierre a un régime strictement végétarien.
- Jean mange deux repas de viande par jour.
- Jacques mange deux repas de viande par semaine.
Toutefois, ce que je déplore toujours, c'est que même si le végétarisme strict est vu par plusieurs comme un idéal éthique qu'ils ne sauraient atteindre, il continue d'être perçu par la majorité comme un extrémisme irrationnel. Alors que dans les faits, il n'est que l'aboutissement logique du raisonnement qui nous a mené au semi-végétarisme.
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*Sauf que ces mêmes actes bénéficieront d'une absolution inconditionnelle lorsque l'animal est tué pour nous nourrir ou lorsqu'il est maltraité pour que la viande coûte moins cher. C'est deux poids deux mesures
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Le législateur cosmique
«Si l'univers a des lois (les lois de la physique), alors il faut que quelqu'un ait écrit ces lois… donc Dieu existe!»
Il faut comprendre que «les lois» de l'univers ne sont pas comme nos lois humaines et n'ont donc pas besoin de législateur. En fait, si quelqu'un a écrit ces lois, c'est nous! En effet, à l'aide de toutes les expériences spécifiques que nous avons de notre univers, nous avons pu en écrire les lois par induction. Cette «législation» n'est qu'une façon de nous représenter l'univers.
Par ailleurs si Dieu existait, il fonctionnerait lui-même selon une «mécanique» quelconque. Si on pouvait l'étudier, on pourrait, par induction, énumérer des «lois» pour modéliser l'ensemble de ses interventions. Mais ces lois, comme celles de l'univers, seraient écrite par l'humain.
Bref, l'argument du «législateur cosmique» comme preuve de l'existence de Dieu m'apparaît bien faible.
jeudi 29 octobre 2009
À propos des grèves
Fondamentalement, le rôle des employés n'est pas d'enrichir leur patron mais bien d'offrir un service à la société. Lorsqu'il y a grève, ce n'est pas que le patronat qui en pâtie, c'est tout ceux qui utilisaient ce service. Selon le secteur dans lequel elle éclate et les moyens de pression employés, une grève peut s'avérer très nuisible pour la société et perturbante pour l'ordre public.
Si, au lieu d'avoir recours à des moyens de pressions futiles, symboliques ou collatéralement dommageables, on avait recours à un arbitrage. Disons, une sorte de procès ou la partie patronale et la partie syndicale devraient toutes deux défendre leurs points respectifs. Le syndicat expliquerait pourquoi il juge que les employés méritent mieux, l'employeur expliquerait pourquoi il ne peut ou ne veut leur donner mieux. Le juge rendrait son verdict, en tenant compte de la justesse et de la faisabilité des exigences de chaque parti, et tous devraient s'y soumettre sans chialer.
Me semble que ça serait moins nuisible pour la société qu'une grève et que ça ferait pas mal plus mature…
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Je ne veux pas d'enfants
On me fait souvent le commentaire que je suis «égoïste» de ne pas vouloir d'enfants. J'ai de la difficulté à saisir ce qu'il y a d'égoïste là-dedans. Je ne commets pas de faute envers qui que ce soit puisque si mes enfants potentiels ne viennent jamais au monde, alors ils n'existeront jamais et l'on n'a aucun devoir envers ceux qui n'existeront jamais, même pas celui de les amener à l'existence. Par ailleurs, qui est vraiment égoïste? Quand on pense à ce monde cruel dans lequel on vit et à l'avenir si plein d'incertitudes que l'on a devant nous. Je pourrais, à la limite, soutenir que c'est ceux qui font des enfants qui sont égoïstes, puisqu'ils font passer leur désir égoïste d'avoir des enfants avant le droit de ces enfants de naître dans un monde qui a de l'allure.
Quand c'est moi qui dis ne pas vouloir d'enfants, la réaction des gens n'est pas si pire. Mais quand c'est ma blonde, on dirait que c'est blasphématoire. Dire que même après cinquante ans de féminisme, on en soit encore au stade où la femme est considérée comme un incubateur vivant. En effet, le seul sens à la vie d'une femme qui soit socialement bien vu, c'est de pondre une marmaille (tout en se réalisant professionnellement, bien sûr, parce qu'une femme au foyer est vue comme une aberration de nos jours). Ce n'est pas parce qu'une personne a un utérus qu'elle a nécessairement envie de s'en servir.
Personnellement, je pense que vouloir ou non des enfants est un choix libre basé sur une inclination personnelle, et n'a donc pas à être imposé par des sanctions informelles via une désapprobation générale explicite. Il y en a qui préfère le chocolat, d'autre le beurre de pinottes. Certains aiment les femmes, d'autres aiment les hommes. Il y a qui aime les chiens, d'autres qui aiment les chats… et d'autres qui aiment les enfants. C'est comme ça.
Un philosophe* disait que notre désir de procréation sublimait notre désir d'immortalité parce qu'on voyait nos enfants comme une extension de nous-mêmes qui nous survivrait. Mais lorsque l'on prend conscience que notre enfant est un être en soi et pas qu'une extension de nous-mêmes, ça tue ce désir. Par ailleurs, comme notre enfant sera davantage élevé par le système d'éducation et les médias que par nous, il a plus de chance de nous être différent dans ses valeurs et ses choix de vie qu'il ne le serait si nous étions ses seuls mentors. Conséquemment, il est encore moins un «double de nous-mêmes», nous n'avons donc plus aucune raison de le considérer comme notre prolongation.
Toutefois peut-être que si le contexte avait été différent, j'aurais aimé avoir des enfants. Le fait que l'on soit dans une société où, pour avoir financièrement les moyens d'élever des enfants, il faille travailler au point que l'on n'ait ni le temps ni l'énergie de les éduquer, enlève un peu son sens à tout ça. Qu'est-ce que ça me donnerait d'engendrer un enfant si c'est pour le parquer dans un chenil pour enfants (les CPE) et le faire élever par de parfaits étrangers (les professeurs)?
Si j'avais une entreprise ou une terre, je concevrais un rejeton pour qu'il en hérite. Je lui enseignerais dès son plus jeune âge ce qu'il doit savoir pour qu'il prenne ma place. S'il finit par choisir de faire autre chose de sa vie, c'est son choix et tant mieux. Mais au moins s'il ne trouve pas de sens à sa vie, il aura eu une «fonction par défaut» de disponible au cas où. En plus de donner un sens personnel à sa vie, ça me donnerait une raison de lui donner la vie.
Bien que je ne désire moi-même pas élever d'enfants, ça ne veut pas dire que je souhaite que l'humanité entière s'arrête à ma mort. Je tiens à ce que les autres fassent des enfants. C'est comme sortir les poubelles : c'est un travail ingrat mais il faut bien que quelqu'un s'en charge. Et comme je ne pense pas avoir les qualifications requises pour ce travail, je laisse la procréation aux autres. Pour ce qui est de laisser quelque chose après ma mort, j'espère – naïvement sans doute – pouvoir transmettre autre chose à la génération suivante qu'un simple bagage génétique.
––
*Désolé, j'ai lu ça quelque part mais je n'ai pas réussi à retrouver de quel philosophe il s'agissait.
2012
C'est en fait le calendrier mésoaméricain (des Aztèques et des Mayas) qui est la cause du choix de cette date. D'autres vous diront que plusieurs prophéties convergent vers cette date (comme des quatrains de Nostradamus par exemple) mais, avant le bogue de l'an 2000, on utilisait exactement les mêmes prophéties pour soutenir que le monde s'éteindrait en cette fin de millénaire. Bref, seul le calendrier mésoaméricain fixe la date en décembre 2012.
Les Mésoaméricains utilisaient un calendrier comportant plusieurs cycles distincts (comme notre cycle lunaire des semaines qui est indépendant de notre cycle solaire des années) qui entrent parfois en concordance. Leurs croyances voulaient que plus une conjonction cyclique était rare, plus l'événement qui devait s'y produire serait important. Ainsi, la dernière conjonction telle que celle de décembre 2012 date du mois d'août de l'an 3114 avant notre ère. Selon les traditions mésoaméricaines, il y aurait eu plusieurs «fin du monde» diverses dans l'histoire dont un déluge universel, un ouragan universel et la métamorphose de tous les humains en ouistitis. Mais, à chaque fois, les dieux décidaient de créer le monde à nouveau, de sorte que chaque nouvelle apocalypse était suivit d'une nouvelle genèse.
Je ne comprends pas pourquoi la mythologie mésoaméricaine est soudainement considérée comme une source fiable. Si l'on croit les anciens Aztèques lorsqu'ils nous prédisent une catastrophe globale pour 2012, pourquoi ne les croyons-nous pas lorsqu'ils nous disent qu'il faut sacrifier des gens en leur arrachant le cœur vivant pour que l'univers continue de tourner? Pourquoi, si nous croyons en leur mythe de fin du monde, ne croyons-nous pas en leur mythe de début du monde qui veut que les humains actuels aient été créés à partir du sang d'un dieu mi-serpent mi-oiseau? Il me semble arbitraire de prendre certaines choses d'une mythologie et de rejeter (ou d'ignorer) le reste sans utiliser un critère autre que son feeling, comme le font ceux qui prétendent tirer leur éthique de la religion mais qui n'en ont jamais ouvert le livre.
Par ailleurs, je ne comprends pas comment l'on peut encore prendre au sérieux une prophétie de fin du monde alors que la précédente – celle du bogue de l'an 2000 – ne s'est pas accomplie. Cette expérience ne nous a-t-elle pas appris à nous méfier des prédictions millénaristes de la sorte? S'il y a une «fin du monde» un jour, ce ne sera certainement pas parce que l'un de nos calendriers humains se termine ou arrive à un chiffre rond. On peut s'inquiéter des changements climatiques anthropogéniques, des guerres avec des armes de plus en plus puissantes, des maladies contagieuses, de la mauvaise alimentation des gens et du fait qu'ils ne font plus d'exercice, de l'écart entre les classes sociales, de l'épuisement des ressources ou de la chute d'un météore… mais s'inquiéter du fait qu'un système de mesure du temps inventé par l'humain arrive à un point arbitrairement perçu comme étant spécial, c'est peut-être paniquer pour rien. Non?
mardi 27 octobre 2009
Le rasoir d'Occam
Pluralitas non est ponenda sine necessitate
(les multiples ne doivent pas être utilisés sans nécessité)
Entia non sunt multiplicanda praeter necessitatem
(les entités ne doivent pas être multipliées par delà ce qui est nécessaire)
On appelle ce principe «le rasoir d'Occam» car il «rase» les éléments excédentaires dans une théorie. Aujourd'hui, nous connaissons davantage le principe de parcimonie sous cette forme:
«La plus simple des explications est souvent la meilleure.»
Il est nécessaire, je pense, de résoudre l'ambiguïté à propos du sens des termes «simple» et «meilleure» La «plus simple» ne veut pas dire la plus simpliste ou la plus réductionniste. C'est simplement celle qui implique de présumer l'existence du moins grand nombre d'entités; la moins spéculative. Et «la meilleure» ne veut pas dire «la plus vraie» mais «celle qui a raisonnablement le plus de chances d'être vraie parmi les hypothèses connues». Si, par exemple, on a les deux hypothèses suivantes :
- A- Mes clés ne sont pas où je les ai laissées. Je dois me tromper, j'ai dû les déposer ailleurs par mégarde.
- B- Mes clés ne sont pas où je les ai laissées. Sans doute que les objets ont une volonté propre et ont la faculté de se déplacer.
- A- Toutes les formes de vie sont apparues spontanément par l'action d'un créateur surnaturel.
- B- Des formes de vie extrêmement simples apparurent lorsque des composés chimiques se sont assemblés dans la soupe primordiale. Puis, sous l'action conjuguée des mutations aléatoires et de la sélection naturelle, la vie évolua en engendra des êtres plus complexes et variés.
Aussi, plus on accumule de données et moins la meilleure explication est simple. Par exemple, si au départ il est «plus simple» de croire que le Soleil tourne autour de la Terre plutôt que l'inverse (puisque l'on ne sent pas la Terre bouger et que l'on voit le Soleil traverser le ciel dans la journée), ça devient plus compliqué d'expliquer le mouvement des étoiles et la rétrogradation des planètes sans changer de paradigme en faveur de l'héliocentrisme. Ainsi, si l'on tient compte de toutes les observations astronomiques, l'héliocentrisme devient «plus simple» que le géocentrisme.
Également, toute hypothèse qui fait intervenir l'existence du surnaturelle est nécessairement «moins simples» qu'une qui s'en tient à la réalité telle que la science la décrit. Généralement, l'entité surnaturelle proposée comportera plus d'attributs que nécessaire pour combler notre hypothèse; ce n'est donc pas parcimonieux. Ce qui me donne une nouvelle occasion de citer à nouveau cette phrase du philosophe David Hume (1711-1776) :
«nul témoignage ne suffit à établir un miracle, à moins que (...) sa fausseté en fut plus miraculeuse que le fait qu'il tente d'établir»
S'il est possible de trouver, à l'intérieur de l'univers connu, une ou plusieurs causes probables à un phénomène, il n'y a rien qui justifie de rechercher une explication à l'extérieur de notre modèle du monde. Et si l'on ne peut trouver de cause rationnelle pour un phénomène, dire «je ne sais pas» demeure l'alternative la plus sage.
Par ailleurs, quand on associe arbitrairement un phénomène sans explication (objet disparu ou retrouvé à un endroit inhabituel, lumières étranges dans le ciel, guérison soudaine d'une maladie incurable, coïncidence anodine, etc.) à une explication sans phénomène (Dieu, les esprits, les extraterrestres, etc.) c'est souvent moins pour expliquer l'un que pour justifier notre croyance préexistante en l'autre. Cela va à contresens de la démarche scientifique. C'est partir des conclusions pour aller vers les faits, plutôt que d'établir ses conclusions à partir des faits.
J'aimerais clore cette réflexion en reformulant le principe de parcimonie :
L'explication qui outrepasse le moins la somme des données observées, est celle qui a le plus de chance d'être vraie parmi l'ensemble des explications proposées.
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samedi 17 octobre 2009
Fondements des droits de l'enfant
- L'enfant est un être
- Il manque de lucidité
- Il n'a pas choisi de venir au monde
- C'est un adulte potentiel
D'abord, l'enfant est un être. À partir du moment où l'embryon possède un système nerveux actif (mais pas avant), il est légitime de lui accorder minimalement le droit d'être protégé de la souffrance, de rechercher le bonheur et de perpétuer sa propre existence. À cela s'ajoute le fait qu'il a des proches qui tiennent à lui et qui souffriraient s'il lui arrivait quoique ce soit. Donc ça c'est notre point de départ, mais si on s'arrête là, nul n'a de devoir envers l'enfant et celui-ci n'a de compte à rendre à personne. Pourquoi ses parents devraient-ils s'occuper de lui? Pourquoi devrait-il obéir à ses parents? Poursuivons notre réflexion…
Un être doit posséder un minimum de lucidité pour qu'on lui laisse la liberté de faire ses propres choix sans lui imposer de contraintes. Si un individu veut s'adonner à une activité mauvaise pour lui, on doit lui expliquer en quoi cela va lui nuire. Mais si, dans le cas d'un enfant par exemple, il est trop peu lucide pour réaliser qu'il se nuit à lui-même, on se doit de le contraindre. Toutefois, cette coercition sur l'individu ne conserve sa légitimité que si on ne lui impose des choses pour son bien et seulement dans les domaines où il manque de lucidité. Il serait fallacieux d'utiliser cet argument pour asservir totalement un être moins rationnel que nous à notre volonté en suivant exclusivement nos intérêts personnels.
Je ne pense pas que les parents aient un quelconque droit divin/naturel/magique sur leurs enfants. D'un point de vue très terre-à-terre, la génitrice et son rejeton sont deux individus distincts. J'aimerais souligner cependant que l'enfant n'a pas choisi de venir au monde, ce sont ses géniteurs qui ont pris cette décision pour lui. Qu'est-ce que ça implique? D'abord que ceux qui choisissent d'engendrer un nouvel individu s'engagent tacitement à s'assurer que celui-ci ait de bonnes conditions d'existence durant la première partie de sa vie, pendant laquelle il est plus vulnérable et dépendant. Les géniteurs peuvent remplir ce devoir en devenant eux-mêmes les parents de cet enfant ou en veillant à ce qu'il soit adopté par d'autres.
Cela implique aussi le devoir pour la société d'accorder un minimum de lousse aux parents quant à la façon dont ils élèveront leurs enfants. Si on interdit aux parents potentiels de choisir les contingences culturelles (religion, langue, valeurs, etc.) qu'ils transmettront à leurs enfants, ils n'auront plus aucune raison de faire des enfants. Et je ne pense pas que cela lèse d'une quelconque façon la liberté de l'enfant d'être ce qu'il veut, en autant qu'on lui présente le plus tôt possible les autres alternatives et que le parent accorde aussi à son enfant un minimum de lousse dans ses choix de vie.
Autre facteur, c'est que l'enfant est un adulte potentiel. Nous avons des devoirs envers les gens du futur. Conséquemment, en plus d'avoir des devoirs envers cet enfant, nous en avons aussi envers l'adulte qu'il deviendra. Les droits de cet adulte du futur viennent limiter ceux de l'enfant qu'il est, de ses parents et de la société en général. L'enfant «appartient» à l'adulte qu'il sera, c'est pourquoi il faut le prémunir contre ses propres choix irrationnels et préserver son intégrité, même contre son gré, afin qu'il ait toutes ses facultés une fois adulte pour disposer de lui-même. C'est sur ce point, je pense, que le statut de l'enfant diffère de celui d'un adulte qui aurait une déficience cérébrale le rendant intellectuellement équivalent à un enfant.
Par exemple, imaginons qu'un enfant veuille se faire tatouer un dessin sobre à un endroit peu visible. On ne pourrait pas invoquer le critère du manque de lucidité puisque son choix ne lui nuit pas et n'est pas irrationnel. On pourrait même invoquer son droit de disposer de lui-même. Mais, paradoxalement, je considère que c'est justement notre droit de disposer de nous-mêmes, en tant qu'adulte, qui justifie cette contrainte de la liberté de l'enfant. J'ai pris le tatouage pour exemple mais j'aurais pu prendre le perçage (que l'on impose aux fillettes), la consommation d'une substance particulièrement dommageable pour la santé (ex. : drogues) ou certaines scarifications religieuses (circoncision et excision). Tout cela devrait être réservé aux adultes.
Je conclus en vous rappelant qu'il est parfaitement arbitraire de fixer un âge donné (18 ans) à partir duquel on confère à l'individu tous les droits et responsabilité d'un être libre et lucide mais en deçà duquel il est sous la tutelle de quelqu'un d'autre. Évidemment, la sagesse voudrait que l'on fasse plutôt passer des tests psychométriques à chaque individu pour mesurer la progression de sa maturité et lui donner les droits qu'il mérite et les devoirs qu'il peut assumer. Toutefois, en donnant progressivement les droits d'adultes à plusieurs âges (par exemple, on peut conduire dès 16 ans) et en adoptant des mécanismes pour reclasser ponctuellement les individus d'exceptions (mineurs émancipés et adultes sous tutelle) on ajuste l'imperfection inhérente à une telle généralité tout en nous épargnant la tâche laborieuse d'évaluer chaque individu.
vendredi 16 octobre 2009
L'équipe des gentils
D'abord, on s'attarde trop à la «valeur» de l'agent (éthique «vertualiste») plutôt qu'à ses actions (éthiques déontologiques) ou aux conséquences de ses actions (éthiques conséquentialistes telles que l'utilitarisme que je défends ici). Dans la triade sujet/action/objet, il me semble que l'éthique doit rechercher avant tout des conséquences positives pour l'objet (celui qui subit l'action); en considérant bien sûr qu'il y a des objets collatéraux, que le sujet est également objet, que son pouvoir se limite à l'action et non à l'objet lui-même, etc. Mais bref, les éthiques de la vertu, telle que celle-ci, me semble trop centrée sur l'agent au point qu'elles m'apparaissent égoïstes : le but n'est plus d'éviter de causer de la souffrance mais d'éviter de se souiller soi-même.
Autre reproche, c'est que le bien et le mal deviennent pratiquement comme des patries ou des attributs intrinsèques à l'être. Si je suis un démon, un soldat nazi, ou disciple de Voldemort, je suis un méchant par nature. Tandis que si je suis du côté des gentils, je demeure un gentil quoique je fasse. Ça rejoint un peu ce que je disais précédemment à propos de notre tendance à diaboliser les criminels, comme si on essayait de se convaincre qu'ils n'avaient pas la même nature que nous. Et ça me rappelle ce que m'avaient répondu deux fondamentalistes chrétiens différents (un pentecôtiste et une baptiste) lorsque je leur avais demandé : «Qui mérite le plus d'entrer au Paradis entre un athée qui serait juste et charitable envers tous et un tueur en série qui vénère Jésus-Christ?» Les deux répondants (d'accord, mon échantillon est petit...) avaient été catégoriques sur le fait que le croyant allait au Paradis quelque soit ses actes (puisque Dieu lui pardonne) tandis que l'athée allait systématiquement en Enfer (puisque nier l'existence de Dieu est le pire de tous les crimes). Le but n'est ni d'éviter de faire souffrir, ni de faire son devoir, mais d'être dans la bonne équipe!
La conséquence de tout ça, d'après mon impression, c'est que lorsque l'on se croit être dans «le camp des gentils», on devient davantage enclin à commettre les gestes les plus abominables, surtout envers ceux que l’on croit être dans «le camp des méchants». Tout le mal que l'on peut faire au méchant, il le mérite, puisqu'il est méchant. Tout le plaisir que l'on peut obtenir à ses dépens, on le mérite puisque l'on est gentil. Ainsi, les pires atrocités ont souvent été commises au nom des meilleurs idéaux.
Diffuser une éthique de cette sorte est peut-être utile au sein d'un corps militaire – si l'on veut que nos soldats tuent leurs adversaires sans remords – mais me semble dommageable dans une société civile. C'est encourager l'intolérance envers la différence et ça nous empêche de remettre en question la valeur de nos actes.
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mardi 13 octobre 2009
Qu'est-ce que l'altruisme?
Par exemple, on peut facilement se représenter une situation où un individu semble agir pour le bien d'autrui, mais où son action était purement intéressée, faite dans le but de se mettre en valeur ou de s'attirer les faveurs d'autrui en le faisant se sentir redevable. Ce serait manifestement un cas de faux altruisme, un geste de manipulation. Mais ce n'est pas seulement à ce genre de situation que je pensais.
On peut également concevoir une situation où une personne agit de manière altruiste uniquement parce qu'elle aime ressentir de la reconnaissance, même si cette dernière ne s'accompagne d'aucune récompense matérielle ni de rien de plus qu'un simple «merci». La personne s'intéressera aux besoins des autres plus pour recevoir ces remerciements et cette reconnaissance, que pour réellement faire du bien aux autres.
Je vous ai déjà parlé, dans ma réflexion sur l'empathie, que l'on pouvait également avoir des comportements altruistes motivés viscéralement par les signaux de souffrance que nous envoie autrui. Par exemple, je pourrais secourir un blessé parce que ses cris de douleurs me font mal ou donner un cadeau à un enfant parce que son sourire me fait du bien. J'agis donc non pas pour le bonheur ou la souffrance d'autrui, mais pour altérer ses signaux corporels qui m'affecte par empathie.
Et même dans un cas qui semble totalement désintéressé. Imaginons que je ne tire ni récompense, ni reconnaissance et que la personne ne manifeste aucun signe perceptible de son bonheur ou de sa souffrance, mais que je sache que mon geste lui procurera du bonheur. En quelque part, si je pose cet acte pour rendre cette personne heureuse, c'est que le bonheur de cette personne m'importe; mon bonheur dépend du sien. Je suis heureux de la savoir heureuse. C'est donc, finalement, pour me rendre heureux que je la rends heureuse.
On pourrait peut-être mettre la frontière qui sépare l'altruisme de l'égoïsme au point où les bénéfices pour l'agent sont égaux à ceux d'autrui, mais je ne pense pas qu'une telle dichotomie soit pertinente. Ma conclusion à cette petite réflexion, c'est qu'il n'est pas nécessaire, pour mesurer la valeur d'un comportement altruiste, d'en soustraire les bénéfices pour l'agent. On ne devrait pas se soucier de la «pureté» de notre altruisme, du fait qu'il soit motivé par une empathie irrationnelle ou qu'il soit programmé par la sélection naturelle. L'important, finalement, c'est d'être une source de bonheur dans l'univers. Et si l'on en tire soi-même du bonheur, tant mieux!
samedi 26 septembre 2009
Mon athéisme
Mon rejet de la religion s'est fait juste avant le rite de confirmation (que j'ai tout de même effectuée pour faire plaisir à la famille) en partie à cause du rite en question. En effet, l'église nous donnait un cour préparatoire pour le rituel et nous transmettait davantage de connaissances sur la foi chrétienne (pour que l'on puisse savoir ce en quoi on allait confirmer notre croyance). J'y ai appris, entre autres, que l'histoire d'Adam et Ève ainsi que celle de l'arche de Noé nous venaient de la Bible donc qu'il fallait y croire, alors que jusque là je les pensais de la même source que Cendrillon ou que le Petit Chaperon Rouge. Je me rappelle que la madame me disait : «Dieu a alors mis l'arc-en-ciel dans les cieux pour nous dire qu'il ne fera plus jamais de déluge» et moi, du haut de mes dix ans, de lui répondre : «Écoutez, l'arc-en-ciel est formé par la lumière du Soleil qui traverse les goutes de pluie...» Bref, nous ne vivions pas dans le même monde.
J'ai tout de même eu depuis certaines phases plutôt «ésotériques» où j'adoptais certaines croyances irrationnelles, mais je suis toujours demeuré athée. L'athéisme se définit par la non-croyance en l'existence d'un dieu, mais pas nécessairement en d'autres entités surnaturelles. J'ai continué de réfléchir au concept de Dieu mais il ne m'en apparut qu'encore plus improbable. Ce fut seulement vers la fin de mon cégep et le début de mon université que j'ai cessé de croire à l'âme (et, donc, à la vie après la mort) et au surnaturel en général pour adopter pleinement le scepticisme scientifique.
À ceux qui s'apprêteraient à m'en faire le commentaire, j'ai déjà expliqué précédemment comment l'on pouvait donner un sens à sa vie, ne plus craindre la mort et avoir une éthique fondée et parfaitement solide sans croire à Dieu.
Certains me trouve trop catégorique sur la question de Dieu. En fait, ce n'est pas que je crois en l'inexistence de Dieu, mais que je ne crois pas en son existence. La nuance est justement qu'une chose à laquelle on ne croit pas pourrait être vraie, mais qu'en l'absence de preuve il est plus sage de prendre pour acquis qu'elle ne l'est pas, comme je l'expliquais ici. Je pourrais essayer d'avoir l'air moins sûr de mon affaire et dire comme disait le physicien Albert Einstein (1879-1955) lorsqu'on lui posait la question :
«Dites-moi d'abord ce que vous entendez pas "Dieu" et je vous direz si j'y crois.»
Sauf que moi, j'ai déjà entendue plusieurs définitions du mot «Dieu» et même si elles se contredisent mutuellement, elles désignent toutes quelque chose à quoi je ne crois pas ou alors elles sont tellement floues qu'elles m'apparaissent vides de sens et d'intérêts. J'ai donc peu de chances de me tromper si je dis ne pas croire à ce que mon interlocuteur appelle «Dieu».
Pour conclure cette réflexion, j'aimerais vous recommander la lecture du livre Pour en finir avec Dieu de Richard Dawkins (né en 1941). Le titre semblera agressif pour certains (il vient en fait du traducteur) mais le contenu est très sage et reflète bien mes opinions sur le sujet.
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lundi 21 septembre 2009
Réforme de la langue écrite
- D'abord j'aimerais que la langue soit davantage basée sur la prononciation. Si l'on examine cette page de Wikipédia, on se rend compte que plusieurs sons peuvent s'écrire jusqu'à 50 façon différentes, ce qui me semble exagéré. On devrait essayer de réduire le tout pour ne donner que deux ou trois – idéalement, une seule – graphies pour chaque phonème. On pourrait faire comme l'espagnol par exemple, où chaque syllabe n'a qu'une seule graphie. Ainsi, même si le son [k] peut s'écrire soit «qu» ou «c», le son [ke] s'écrit toujours «que» et le son [ka], «ca».
- Je propose également la suppression des déclinaisons sans incidences sur la prononciation. Ou, au moins, de les rendre moins irrégulières. Que la règle du pluriel soit «Ajouter un 's' sauf pour les finales en '-u' qui prennent un 'x' sauf les '-ou' qui prennent un 's' sauf ''bijou, caillou, etc.'' qui prennent un 'x'» m'apparait inutilement compliqué compte tenu que toutes ces lettres sont muettes. Et je ne vous parle même pas de l'accord du participe passé avec l'auxiliaire avoir.
- Je voudrais aussi que tous les mots utilisés à l'oral aient une forme écrite standardisée. Les expressions québécoise par exemple. Il m'arrive souvent d'entendre des régionalismes que je ne connais pas et, malheureusement, le dictionnaire ne peut pas m'aider à trouver leur sens. Si l'on y incluait les expressions vernaculaires (en y précisant toutefois leur niveau de langage) cela nous aiderait à les comprendre. La syntaxe également devrait pouvoir se mouler sur celle de l'oral. Ainsi, si je veux écrire un dialogue entre deux personnages du Québec rural, je pourrais avoir un cadre de référence au lieu d'être dans le flou.
- Les mots d'emprunts devraient s'écrire comme ils se prononcent au lieu de conserver leur orthographe d'origine. Cela peut créer de la confusion au niveau de la prononciation. Par exemple, le mot «soya» se prononce toujours ainsi, même quand on l'écrit «soja». Pourtant, je l'entends souvent prononcé comme si le 'j' était un 'j' français. Cela contribue, en plus, à rajouter des exceptions supplémentaires à notre langue (comme que le 'w' se prononce 'v' dans le mot ''wagon'') qui en est déjà suffisamment gréée. Seuls les noms propres devraient conserver leur graphie natale.
- Il faudrait également que chaque «niche lexicale» soit occupée. C'est-à-dire que chaque nom puisse être verbé, que chaque adjectif puisse être adverbisé, etc. Par exemple, si je peux dire «rendre X» il devrait avoir un verbe «X-iser», si je peux dire «de manière Y» je devrais pouvoir dire «Y-ement» et ainsi de suite. En écrivant ce blog avec mon correcteur automatique, j'ai réalisé que beaucoup de ces mots n'existaient pas. Par exemple, quand j'écris le mot «éthiquement», on me le souligne en rouge parce qu'il n'existe pas. Pourtant, on comprend tous intuitivement qu'il signifie «de manière éthique».
- Les mots désignant des êtres sexués devraient pouvoir s'accorder selon le genre du sexe en question. C'est-à-dire que l'on devrait pouvoir dire «une professeur» pour désigner une femme professeure et «une orignal» pour désigner une femelle orignal. À ce niveau-là, on n'a pas vraiment de problème au Québec. C'est plutôt en France que cette féminisation des titres a du mal à percer.
- Les mots désignant des objets asexués dont le genre est souvent ambigu pour les locuteurs natifs (ex. : autobus, ambulance, trampoline, termite, tentacule, trombone) devraient tous bénéficier d'un genre libre, au choix de celui qui écrit (mais qui devrait rester constant dans un même texte).
- Les gens feraient beaucoup moins de fautes.
- Les écoliers, au lieu de passer onze ans de leur vie à apprendre le français, pourraient facilement l'apprendre en trois ou quatre ans. Cela libérerait de l'espace dans l'horaire pour que les jeunes puissent apprendre autre chose, ou aient plus de temps libres.
- Les nouveaux arrivants ne connaissant pas notre langue pourraient plus facilement l'apprendre et donc mieux s'intégrer. On éviterait donc ainsi que les allophones ne se tournent systématiquement vers l'anglais.
- Les enfants ayant une faible intelligence linguistique pourraient tout de même apprendre à lire. Ils ne seraient donc pas ralentis dans les autres matières par leurs problèmes en français (puisqu'ils n'éprouveraient plus de difficultés à lire les consignes et écrire leurs réponses).
- Si la langue est plus concise étant donné la suppression des lettres muettes, des consonnes doubles et des formes allongées («eau» au lieu de «o»), on économiserait une quantité faramineuse d'encre et de papier.
Comme pour ma réforme du calendrier, le principal désavantage serait les coûts (en argent et en efforts) reliés à la transition vers cette orthographe. Pour le reste, il me semblerait avantageux de faire évoluer notre langue écrite dans cette direction.
Œil pour œil
Je me dégage personnellement de ces conceptions de la justice trop peu éloignées du code d'Hammourabi ou de la loi du Talion : «Œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, vésicule biliaire pour vésicule biliaire, etc.»* Cela m'apparait comme une institutionnalisation de la vengeance. Pour moi, lorsque survient un mal, on devrait plutôt se demander «Quelle en est la source?» puis «Comment peut-on éviter que cela ne se reproduise?».
On ne peut pas altérer le passé. Ce qui est fait est fait. Tuer un meurtrier ne ressuscitera pas ses victimes. Le but de la sanction ne doit donc pas être de «punir le coupable» (faire du mal à celui qui a fait du mal) mais d'éviter une récidive de sa part et de dissuader les criminels potentiels de l'imiter. Infliger de la souffrance à un criminel ne se justifie donc que si c'est pour prévenir une souffrance potentiel. Autrement, on ne fait que créer davantage de souffrance dans l'univers. Dans cette perspective, la prison devrait davantage ressembler à un centre de réhabilitation plutôt qu'à une cage à criminels. Sa vocation n'est pas seulement d'isoler des individus afin d'éviter qu'ils ne nuisent à la population, mais de transformer ces individus délinquants en citoyens modèles. C'est donc une thérapie que l'on devrait donner aux condamnés.
Mais s'il est évident qu'un tueur en série doit être incarcéré pour éviter qu'il ne fasse d'autres victimes, qu'en est-il de l'homme qui a tué son frère parce qu'il couchait avec sa femme? Ce n'est pas quelqu'un qui tuait régulièrement, ce meurtre fut ponctuel, dicté par une situation précise. Il n'avait qu'une cible sur sa liste et n'a donc plus personne à tuer. Est-il inoffensif pour autant? Je ne pense pas. S'il a pu considérer le meurtre comme une solution dans ce cas précis, il pourrait refaire le même choix à nouveau. Toutefois, s'il l'on ne découvrait ce meurtre que vingt ans plus tard et que l'assassin n'avait commis aucun autre acte criminel depuis, je pense que l'on pourrait se contenter de lui faire subir une évaluation psychologique puis le laisser aller puisqu'il s'est, en quelque sorte, autoréhabilité.
Il existe par contre une soif de vengeance chez les victimes que l'on ne peut ignorer. Quand elles ont l'impression que le coupable «s'en sort trop bien», les victimes peuvent devenir haineuses et potentiellement dangereuses. Il y a quelque chose de foncièrement injuste dans le fait qu'une personne qui a mal agît souffre moins que son innocente victime. Évidemment, ce n'est pas un sentiment très noble que de souhaiter du malheur à celui qui nous en a causé, mais c'est humain. Conséquemment, il faudrait que la sanction demeure, malgré tout, quelque chose qui soit considéré comme désagréable et honteux par la société.
––
*La Bible, Deutéronome 19:19-19:21.
La phobie de l'eugénisme
Personnellement, je pense que prendre des mesures pour réduire la propagation d'une maladie, et éventuellement l'enrayer, n'est pas un crime; que cette maladie soit virale ou génétique. C'est comme si l'on qualifiait de «génocide du peuple sidéen» le fait de vouloir éviter la propagation du sida.
Évidemment, je comprends la nuance : avorter systématiquement les futurs trisomiques est perçu comme le meurtre de personnes potentielles. Mais comme je l'ai dis dans ma réflexion sur l'avortement et dans celle sur nos devoirs envers les générations futures, je considère que l'on ne doit rien à un être qui n'existe pas et qui n'existera jamais. Par conséquent, si j'avorte une personne potentielle parce qu'elle aurait eu un handicap ou pour tout autre mobile, je ne commets pas de faute envers elle. Par ailleurs, si l'on étudie les deux alternatives suivantes :
- A – J'engendre un enfant atteint d'une maladie génétique très grave et je l'appelle Pierre;
- B – J'avorte mon embryon atteint d'une maladie génétique très grave et, pour le remplacer, j'en conçois un nouveau que j'appelle Jacques;
Si nous n'avons pas pour devoir d'amener à l'existence ou non une personne donnée, je considère nous avons pour devoir de rendre son existence agréable. En conséquence, et même si ça peut sembler paradoxal, il est de notre devoir d'éviter de mener une grossesse à terme si l'embryon est trop susceptible d'avoir une maladie génétique quelconque qui l'empêcherait considérablement de jouir de la vie.
Il est évident que l'on ne peut toutefois pas agir ainsi avec toutes les maladies génétiques. Une qui serait trop bénigne ou trop répandue, comme la myopie par exemple, ne peut pas possiblement être enrayée sans que l'on se prive du même coup d'une bonne part de notre biodiversité. C'est d'ailleurs sur ce point que devrait porter le débat. On devrait méditer sur la question suivante :
«À quelle point une maladie génétique doit-elle être grave et/ou doit-elle avoir de chances de se manifester pour qu'il vaille la peine qu'on en fasse un décryptage prénatal systématique et qu'on avise les géniteurs de sa présence avant la date limite légale pour l'avortement?»
L'allégorie des aveugles et de l'éléphant
Un roi s'adressa à trois de ses sujets qui étaient aveugles depuis la naissance. Il leur demanda : «Avez-vous déjà rencontré un éléphant?» ils lui répondent que non. Alors, le roi leur amena un éléphant. Le premier aveugle, tâtant la trompe, déclara : «Un éléphant ressemble à un serpent!». Le second palpa l'une des défenses puis dit : «Un éléphant, ça ressemble à une lance!». Le troisième toucha une patte puis dit : «L'éléphant ressemble à un arbre!» Le roi leur dit alors : «Vous avez tous partiellement raison!»
Tout comme l'allégorie de la caverne, cette fable nous enseigne qu'il y a une distinction entre le monde tel qu'il est et le monde tel qu'on le perçoit. La morale ici est que l'on se fait tous une idée différente de la réalité selon l'angle sous lequel on la regarde, mais qu'une réalité empirique existe derrière ça, indépendamment de la perception que l'on en a.
Je trouve dommage que cette parabole soit surtout utilisée par des obscurantistes religieux ou ésotériques pour faire croire que les opinions scientifiques ne sont que «partielles» alors qu'eux seuls ont obtenus, par révélation, la vision de l'éléphant en entier. Le seul problème, c'est que là où ils voient un éléphant, les autres obscurantistes verront une girafe ou un ornithorynque. En réalité, ce sont les conceptions religieuses qui se comparent à celle des aveugles de la fable (et, parfois, à celle d'un aveugle qui n'aurait même pas touché l'éléphant) tandis que la science tente, avec tous les témoignages de tous les aveugles ayant touché l'éléphant, de reconstituer une image réaliste de l'animal.
jeudi 17 septembre 2009
Le premier sexe
On remarque et l'on dénonce de plus en plus le sexisme envers les hommes. Je pense que c'est une bonne chose que l'on commence à se réveiller à ce propos. Bien sûr, la situation actuelle du mâle occidental n'a strictement rien à voir avec celle des femmes d'avant le féminisme, mais il m'apparaît important de supprimer toute forme de discrimination arbitraire, même lorsqu'elle semble insignifiante.
J'ai établi une liste non-exhaustive de situations où c'est l'homme qui est placé en situation d'infériorité par rapport à la femme :
- Si vous postulez dans la fonction publique ou dans une entreprise ayant un programme de parité des sexes, être un homme peut réduire considérablement vos chances d'être embauché tandis qu'être une femme vous garanti pratiquement le poste (selon la proportion d'hommes et de femmes parmi les postulants compétents).
- Si vous êtes un jeune conducteur et que vous voulez prendre une assurance pour votre auto (ce qui est obligatoire selon la loi), vous paierez beaucoup plus cher en étant un homme. On nous expliquera que les statistiques démontrent que les hommes sont plus souvent impliqués dans les accidents que les femmes... Si c'eut été l'inverse je doute que les femmes auraient payé plus cher.
- Beaucoup de bars vont laisser entrer les femmes gratuitement mais chargeront un cover pour les hommes. D'autres vont simplement offrir des boissons gratuites aux femmes. C'est le même principe pour certaines agences de rencontre. On argue qu'on veut attirer les femmes pour qu'elles attirent les hommes.
- Certains centres de conditionnement physiques refusent l'accès aux hommes parce que certaines femmes ne seraient pas à l'aise de s'entraîner devant les hommes. (Mais, dans l'histoire des accommodements raisonnables, on chialait quand les femmes musulmanes veulent des heures de piscine sans hommes...) Pour moi, refuser l'accès à un service pour les membres d'un groupe humain particulier, dans le but d'accommoder une clientèle, ne peut se justifier d'aucune façon. Si la clientèle des centres de conditionnement physiques étaient majoritairement antisémite, en interdirait-on l'accès aux Juifs?
- La STM offre aux femmes de débarquer de l'autobus entre les arrêts s'il est tard le soir. Mais si t'es un homme, tu débarques à un arrêt régulier maudite moumoune. Si t'es pas capable de te défendre, tant pis, les gangs de rue te casseront la gueule...
- Dans la plupart des emplois, les femmes peuvent se vêtir comme elles veulent – jupes courtes, camisoles et gougounes sont permises – tandis que les hommes doivent toujours avoir des pantalons longs même au plus chaud de l'été. Cet article nous parle d'hommes qui ont osé braver cet interdit. Je n'ai malheureusement pas ce courage; on m'interdit de porter des shorts même si je travaille dans le backstore et que mes jambes restent bien cachées sous mon bureau.
- Est-ce que c'est moi où est-ce que les costumes de bains pour hommes grandissent à mesure que ceux des femmes rapetissent? Avant c'était le speedo, ensuite les shorts et maintenant c'est pratiquement des pantalons trois quarts. Bien sûr je ne voudrais pas revenir au speedo, mais la dernière fois que je me suis acheté un costume de bain, j'ai failli demander à la vendeuse «Coup don, est-ce qu'il y a une burqa qui va avec ça?»
- Il y aurait encore, aux dires de certains groupuscules masculinistes, des juges qui confient systématiquement la garde des enfants à la mère suite à un divorce. Je n'ai pas beaucoup confiance en ces groupes masculinistes – d'après moi ils acceptent dans leurs rangs tout homme ayant perdu la garde de ses enfants, sans même se demander s'il la méritait – mais, s'ils ont raison, c'est que l'on a encore énormément de chemin à faire pour atteindre l'égalité.
Enfin voilà, ce ne sont que quelques exemples. Bien sûr, on me traitera sans doute de sale macho misogyne fini parce que je veux que les hommes acquiert les mêmes droits que les femmes, mais ce sont mes convictions et j'y tiens. Personnellement, je ne comprends pas pourquoi l'on met encore des barrières entre les sexes de nos jours. Dans ma tête, le simple fait que les toilettes publiques pour hommes et pour femmes soient séparées est une aberration m'évoquant l'époque où les Noirs et les Blancs avaient des toilettes publiques distinctes.
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vendredi 28 août 2009
L'innée et l'acquis
Quand on pense à un comportement pris en lui-même et que l'on se demande, par exemple «L'alcoolisme est-il génétique?» ou «L'orientation sexuelle est-elle causé par le vécu?», on pose une mauvaise question, ou plutôt une question incomplète.
Supposons que je me demande si l'intelligence est innée (génétique) ou acquise (environnementale). Je puis faire l'expérience de prendre deux humains. Disons, des jumeaux identiques ayant été adoptés à la naissance par des familles différentes, appartenant à des cultures différentes et des classes de revenus différentes. Ou à l'inverse, deux frères adoptifs chacun originaire d'un continent différent. Dans les deux cas, si j'ai posé la question de manière erronée comme je le fais ici, je risque d'en conclure que l'intelligence est acquise, causée par l'environnement familial et social.
Si je me pose la même question sur l'origine de l'intelligence, avec la même dualité fictive innée/acquis mais que les deux individus que je choisis de comparer n'appartiennent pas à la même espèce. Supposons que je compare un humain et un chien qui aurait été élevés tous les deux dans la même famille (d'humains). Imaginons que l'on ait tenté, avec toute la bonne volonté du monde, d'apprendre au chien les mêmes choses qu'à l'humain comme l'usage de la parole ou de la toilette. Dans cette expérience, arriverai-je à la même conclusion? Mon résultat sera plutôt que l'intelligence est génétique.
Comment expliquer que la réponse à la question soit différente selon les individus comparés? Probablement par le fait que l'hypothèse de départ était mal construite. La formulation correcte ne serait donc pas «Ce trait est-il génétique ou environnemental?» mais «La variation de ce trait entre cet individu et cet autre individu est-elle génétique ou environnementale?» puisque, pour le même trait, la réponse changera selon les individus sélectionnés.
mardi 11 août 2009
Aimez-vous les uns les autres
Prenez d'abord conscience de l'aspect contingent du fait que nos proches soient nos proches. En effet, ce n'est pas comme si on les avait tous soigneusement sélectionnés en les comparant avec tous les humains du monde. Ce sont les hasards de la vie qui font que nos parents, nos amis et notre conjoint(e) ont ces relations avec nous. Évidemment, il y en a de qui l'on choisit de se rapprocher ou de s'éloigner, selon notre appréciation de ces personnes, mais nous n'avons pas choisi qui, parmi la vastitude de l'humanité, fera partie des rares qui croiseront notre chemin. Je pense qu'à peu près n'importe quel humain peut, si les conditions sont réunies, développer une relation bénéfique avec à peu près n'importe quel autre humain. Je ne nie pas l'unicité de chaque personne et de chaque relation, au contraire et c'est pourquoi on doit entretenir les relations que l'on a déjà, mais avant que nous connaissions ceux qui nous sont actuellement chers, ils étaient tous plutôt interchangeables. Conséquemment, cette myriade d'inconnus qui peuple le monde est composée de gens tout aussi appréciables et uniques que nos proches.
Ensuite, la deuxième voie pour s'émanciper de la haine, c'est de prendre connaissance de ce biais cognitif qu'est le biais d'attribution. Il nous pousse à considérer que nos propres actes néfastes ont des causes externes à nous-mêmes (j'étais fatigué, j'ai été manipulé, etc.), mais que les actes néfastes d'autrui ont des causes qui leur sont internes (il est méchant, il est incompétent, etc.). Bref, on se trouve des excuses pour soi mais pas pour les autres et il n'y a rien qui justifie cela. Par exemple, si un client ou un employé m'engueule sans raison, c'est peut-être qu'il a eu une mauvaise journée. Si un chauffard manque de m'écraser, c'est peut-être qu'il transporte d'urgence un blessé à l'hôpital. Si un homme est un criminel dangereux, c'est peut-être qu'il a manqué d'amour durant l'enfance. En faisant l'exercice d'essayer de donner le bénéfice du doute aux autres, on sera moins prompt à leur en vouloir et à les haïr.
Finalement, le troisième chemin vers l'amour universel, et sans doute le moins noble, est le chemin de la condescendance. Il s'agit d'utiliser le principe de parcimonie du rasoir d'Hanlon : «Ne jamais attribuer à la méchanceté ce que la stupidité suffit à expliquer.» L'idée c'est d'essayer, à chaque fois que l'on s'apprête à déduire qu'une personne est méchante, de nous demander si l'ignorance, l'incompétence ou l'imbécilité expliqueraient plus adroitement son comportement qu'une réelle intention de nuire. En agissant ainsi, on cesse de démoniser la personne et on se met plutôt à la mépriser. Ensuite, il faut passer du mépris à la condescendance. Le prédicateur galiléen Jésus de Nazareth (0-33) avait compris lui. Il prétendait aimer tout le monde mais se voyait lui-même comme un fils de Dieu, supérieur aux pauvres brebis égarés que sont les mortels. On développe cet «amour», lorsque l'on emprunte le sentier de la condescendance, en dévaluant l'autre et en aimant le fait qu'on se sent une bonne personne en comparaison. On est donc moins «pur» dans nos intentions qu'en éprouvant un véritable amour égalitaire, mais nos actions envers cette personne se rapprocheront plus des actes d'amour que des actes de haine. Une fois, donc, que l'on est passé du mépris à la condescendance, on peut essayer de passer de la condescendance à la pitié, ensuite de la pitié à la compassion, de la compassion à l'empathie et, si tout va bien, de l'empathie à… l'amour!
J'ai l'impression que, de nos jours, c'est plutôt à la mode d'haïr et c'est mal vu de prôner l'amour. Non? Peut-être parce que l'on croise tellement de gens tous les jours et que l'on a tant d'opportunité de personnes à rencontrer qu'au lieu de pardonner à un ami avec qui on est en chicane, on préfère s'en faire un autre pour le remplacer. Si une personne a un défaut, on préfère la rejeter et aller vers une autre. L'idéologie capitaliste s'est insinuée jusque dans nos relations. Pour moi, en tout cas, apprécier les gens en général et maintenir des bonnes relations avec ceux qui entrent dans ma vie fait partie des piliers de ma philosophie de vie. Même si mon éthique se base uniquement sur nos actes et non sur les intentions qui les motivent, je pense que cultiver des émotions positives pour nos semblables nous rendra plus enclin à bien agir envers eux. On peut donc dire que développer sa faculté à aimer est un devoir moral indirect, au même titre que le fait de sublimer ses émotions négatives et d'accroître ses connaissances.
dimanche 2 août 2009
Sommes-nous seuls dans l'univers?
L'eau est une substance chimique très simple : H2O. Et en plus le «H» (l'hydrogène) qui la compose est l'élément le plus simple de l'univers (un électron et un proton). Donc de l'eau ya de forte chance qu'on en trouve partout! La vie par contre, c'est une structure chimique beaucoup plus complexe. Même si on prend ça dans un sens large et qu'on définit la vie comme «tout composé chimique qui, dans un environnement donné, fabrique des répliques de lui-même», ça reste quelque chose d'exceptionnel. Maintenant cette vie primitive est bien loin de l'être doué de raison. Pensons aux milliards d'années que ça a pris pour passer de l'unicellulaire à l'humain. Par ailleurs, l'apparition de l'intelligence n'est pas nécessaire. La vie aurait pu exister pendant des milliards d'années puis disparaître avec la mort de notre soleil, sans jamais que n'apparaisse un être capable de réfléchir, ni même un être pourvu d'un cerveau!
Personnellement, je me dis que s'il existe effectivement une civilisation extraterrestre quelque part dans le cosmos, il est fort peu probable que l'on puisse un jour entrer en contact avec elle. C'est comme pour Dieu : on ne peut prouver qu'il n'est pas là, mais comme on ne peut pas prouver qu'il est là non plus, rien n'indique que ce concept existe en dehors notre imagination. Par conséquent, l'option la plus sage et la plus logique est d'adopter une attitude agnostique et de faire comme si nous étions seuls dans l'univers.
La haine de l'humain
«Il y a tant de souffrances dans le monde! Tant que l'humain existera, il fera souffrir son semblable et les bêtes. L'humain pollue et compromet la survie de tant d'espèces. La solution la plus logique serait de tuer tous les humains sur Terre! Ou, au moins, de les stériliser. L'humanité doit disparaître! Ainsi l'équilibre de l'écosystème s'installera de nouveau. Toute la souffrance que nous causons s'en ira avec nous.»
Nous sommes tous arrivez à ce genre de conclusions un jour ou l'autre. Je m'y suis moi-même laissé piéger pendant un temps. Désormais, je m'oppose à ce genre de discrimination spéciste envers l'humain. Elle n'est pas constructive et est malsaine. D'abord, parce qu'elle nous empêche de changer les choses en nous donnant l'impression que la souffrance et la pollution font parties de «la nature humaine» et que l'on ne peut donc rien y faire. Ensuite, parce qu'elle cultive un sentiment de haine envers nos semblables et envers nous-mêmes.
Avant de diaboliser l'humain, songez au fait que n'importe quel animal qui se trouverait dans notre situation ferait comme nous. Lorsque les lapins furent introduits en Australie, se trouvant dès lors dans un milieu sans prédateurs, ils se reproduisirent en surnombre et consumèrent toutes les ressources naturelles qu'ils pouvaient, jusqu'à ce que la majorité d'entre eux meurent de famine. Les humains ont fait la même chose en arrivant sur l'île de Pâques. C'est ce qui arrive logiquement à toute population animale lorsque les ressources sont abondantes et les prédateurs absents. Il n'y a donc là aucune malveillance.
L'humain a par contre l'avantage de comprendre ce qu'il fait. Il n'a pas l'excuse de l'ignorance comme les lapins. Toutefois, c'est l'humain en tant qu'individu, et non en tant qu'espèce ou que société, qui a cette intelligence. J'ai déjà lu quelque part que si un humain est plus intelligent qu'une fourmi, une ville est moins intelligente qu'une fourmilière. Ce n'est donc pas notre intelligence qui fait que l'on nuit à l'environnement, ce serait plutôt notre manque d'intelligence. Les espèces peu intelligentes sont contraintes, par des forces systémiques et des pressions sélectives, de rester en équilibre avec leur écosystème. Être vraiment intelligent, disons l'être collectivement, serait de comprendre ces mécanismes et de trouver la façon d'avoir un mode de vie écologique. Notre situation présente est un état de «semi-intelligence» dans lequel l'individu a la lucidité nécessaire pour s'émanciper des pressions du milieu, mais où la population en tant que tout ne l'a pas encore assez pour s'harmoniser avec son environnement.
Ce que l'on doit faire, ce n'est pas de faire disparaître notre espèce mais simplement de modifier son rapport avec le reste du monde. Essayer d'intégrer dans notre culture des valeurs telles que la conscience écologique et la solidarité sociale. Faire en sorte que notre société acquiert cette intelligence environnementale qu'ont les individus qui la composent. C'est peut-être difficile mais c'est déjà plus faisable et moins défaitiste que de prôner l'extinction de notre espèce.
samedi 1 août 2009
La nature n'a pas de but
«Le pancréas sert à produire l'insuline pour digérer les sucres.»
Bien qu'il ne s'agisse que d'un commode raccourci verbal, la formulation sous-entend une sorte de but et d'intention dans la fonction des organes, comme dans les composantes d'une machine. Comme si un concepteur avait placé le pancréas dans notre abdomen pour que l'on puisse digérer les sucres. Or, il n'y a pas de concepteur donc pas de finalité. Une formulation plus appropriée serait : «Le pancréas produit de l'insuline ce qui permet de digérer les sucres.»
L'usage de cette terminologie dans des contextes visant à dévaloriser un comportement jugé «contre-nature» est particulièrement ridicule. Par exemple, réprouver la sodomie en arguant que les organes impliqués dans cette action «ne servent pas à ça» est un abus de langage. Si les premiers tétrapodes s'étaient dit : «Les membres ça sert à nager dans l'eau, pas à marcher sur la terre!» nous serions toujours des poissons.
Aucun organe ne «sert» à quoique ce soit. Les organes font des choses, par eux-mêmes ou sous nos commandements, qui ont des conséquences, positives ou négatives. Si l'action d'un organe s'adonne à favoriser la transmission des gènes de l'individu, elle sera sélectionnée par l'évolution, d'où l'illusion de finalité quand un organe remplit sa «fonction». Mais, le bonheur d'un individu est plus important que la transmission de ses gènes. Et, notre corps sert à faire ce qu'on en fait. La question n'est donc pas «Cet organe sert-il à ça?» mais plutôt «Utiliser cet organe de cette façon a-t-il des conséquences positives sur mon bonheur ou sur celui d'autrui?»
La légalisation des drogues
Je pense qu'un individu lucide doit être libre de disposer de lui-même. On peut dire que les sanctions existent souvent pour qu'un individu qui a causé du tord en subisse lui aussi. Cela fait en sorte qu'un être purement égoïste évite les actions ayant des conséquences négatives pour autrui, puisqu'elles auront aussi – via le bras de la justice – des conséquences négatives pour lui-même. Mais dans le cas où une action n'a pas de conséquences négatives pour autrui et a déjà des conséquences négatives pour l'agent, je ne comprends pas pourquoi il faudrait une punition. Le philosophe utilitariste John Stuart Mill (1806-1873) disait que le pouvoir coercitif de l'État n'était légitime que pour empêcher l'individu de nuire aux autres, et non pour l'empêcher de disposer librement de lui-même.
Il y a d'ailleurs des drogues légales : le tabac et l'alcool. Je pense que nous avons trouvé de merveilleuses façons de concilier le droit de l'individu de consommer ces drogues, avec le devoir de l'État de protéger les individus les uns des autres. Par exemple, avec l'alcool, bien qu'il soit permis d'en boire, il est interdit d'être sous l'influence de l'alcool dans une situation où la sécurité d'autrui dépend de notre vigilance, comme quand on est au volant. Pour le tabac, on a pris la peine d'écrire sur le paquet des messages dissuasifs et une description des conséquences, afin que l'individu puisse faire un choix éclairé au moment de l'achat en mettant dans la balance tous les avantages et les inconvénients de son tabagisme. En plus, comme le tabac cause des dommages collatéraux via la fumée secondaire, on l'a interdit dans les lieux publics.
Éthiquement, il y a par contre un léger problème à propos de la vente de ces substances. En effet, même si en consommer n'a rien de mal (puisque l'on ne cause de souffrance qu'à nous-mêmes), en vendre l'est nécessairement (puisque l'on cause de la souffrance à autrui, même s'il consent à la subir). Toutefois, en interdire la vente, comme on le fait avec la marijuana présentement, c'est nuire au libre-choix du citoyen. Mais je pense qu'en interdisant la publicité sur le tabac, en forçant les commerçants à cacher cette marchandise, en interdisant leur consommation dans les lieux publics et en inscrivant des messages dissuasifs sur les paquets, on concilie parfaitement bien les choses. Si celui qui vend ne peut d'aucune façon inciter l'acheteur à acheter, on peut dire que ce dernier achète par sa propre volonté sans manipulation aucune et que le vendeur n'a rien à se reprocher.
Il faut par contre tenir compte du fait qu'une consommation excessive peut engendrer des problèmes de santé pour l'individu qui auront, quant à eux, des conséquences sur ses proches (qui devront l'aider) et sur la société (car l'assurance-maladie financera son traitement). Pour cette raison, instaurer une sorte d'amende pour ceux qui souffrent à cause d'un abus de drogue devrait peut-être être envisageable.
Tout ça pour dire que je pense que toutes les précautions que l'on prend actuellement avec les drogues légales sont suffisamment efficaces et légitimes pour que l'on puisse légaliser d'autres drogues douces. Si l'on n'a le droit d'en consommer que dans des lieux privés et que le commerce de ces substances est «discret» (pas de publicité, produits cachés des étalages, etc.), alors il s'agit d'un acte purement privé qui n'a pas à subir les répressions de la loi.
L'évolution de la coopération
La sélection naturelle ne s'attarde pas tant à la survie de l'individu qu'à la transmission de ses gènes. Ainsi, des traits qui permettent à l'individu de mieux survivre seront sélectionnés simplement parce qu'en vivant plus longtemps, l'individu augmente le nombre de copulations qu'il connaîtra dans sa vie. C'est pourquoi il arrive souvent, dans le monde des insectes et des arachnides, que le mâle meure immédiatement après la copulation – soit tué par sa partenaire, soit du simple fait de décharger sa semence – mais qu'il cherche quand même à copuler. Comme dit le biologiste Richard Dawkins (né en 1941), l'individu n'est qu'un véhicule qu'utilisent les gènes pour servir leurs intérêts égoïstes.
Pour avoir une valeur évolutive, un comportement altruiste doit donc soit être :
- Réciproque – donc impliquer une collaboration bénéfique pour les deux parties.
- Népotiste – donc accroître les chances pour que le bénéficiaire ait les mêmes gènes que l'agent, par exemple quand une mère se sacrifie pour ses rejetons.
- Prestigieux – donc conférer à l'agent une gloire qui fera de lui un partenaire plus recherché pour l'accouplement.
Vous aurez compris, je l'espère, que la valeur évolutive d'un comportement altruiste ne nous éclaire pas sur sa valeur éthique, et inversement. Précédemment, je vous ai donné la distinction que je fais entre l'empathie brute et l'altruisme raisonné, le premier n'étant qu'une inclination viscérale et le second une compréhension rationnelle du fait que les intérêts de l'autre existent également. L'empathie en tant que sentiment viscéral est donc simplement le fruit de la sélection naturelle. C'est dans les contextes où un comportement altruiste sera évolutivement avantageux que l'on sera intuitivement enclin à nous y adonner. Inversement, on sera moins attiré par le fait de sacrifier nos intérêts au profit de ceux des autres si les bénéficiaires n'ont pas la possibilité de nous le rendre, s'ils ne nous sont pas proches affectivement et si l'on n'a aucune chance d'en tirer un prestige quelconque. Et ce, même si l'on comprend rationnellement que l'on devrait être altruiste dans cette situation.
lundi 27 juillet 2009
Le culte de la langue
Plus j'y pense et moins ça a de sens. Personnellement, si j'avais été élevé dans un Québec anglophone, je ne pense pas que je m'en serais porté plus mal pour autant. Au contraire, j'aurais pu communiquer dans ma langue maternelle avec toute la planète. Au fond c'est plus pour eux-mêmes que nos prédécesseur ont préservé le français.
On peut donc continuer de défendre notre langue et notre culture, mais soyons honnête : ce n'est pas pour nos petits-enfants que nous le faisons, c'est pour nous-mêmes. Pour que les valeurs ou les contingences culturelles auxquels nous sommes attachées soient toujours vivaces pendant nos vieux jours. Et, pour que l'on ne soit pas obligé d'utiliser une langue seconde pour communiquer avec nos petits-enfants. Il n'y a rien d'altruiste là-dedans.
Nos identités
Je dirais même plus : je pense que même nos identités individuelles nous sont souvent néfastes. De la même façon qu'avec nos identités collectives, on finit par s'attacher à une image de nous-mêmes et à faire des efforts pour la maintenir. À chaque fois que l'on se demande «Cela me ressemble-t-il?» avant de prendre une décision, on fait passer notre désir d'être conforme à l'image que l'on a de nous-mêmes – ou à celle que les autres ont de nous-mêmes, ou à celle que l'on voudrait projeter – avant d'autres considérations qui devraient être plus importantes. On devrait davantage se focaliser sur nos désirs réels sans nous demander si ça fitte avec notre personnalité. L'identité devient souvent un frein à notre progression personnelle.
Les éthiques non-utilitaristes
Le philosophe utilitariste John Stuart Mill (1806-1873) soulignait que la plupart des éthiques non-utilitaristes avaient été conçues – consciemment ou non – sur la base de considérations utilitaristes. Si celui qui obéit aux lois ou aux principes moraux le fait uniquement par devoir, le législateur qui a créé ces principes moraux avait nécessairement une considération autre que le devoir. Plus souvent qu'autrement, cette considération semble être le bonheur générale. Donc, lorsque l'obéissance à une loi ou à un principe morale mènerait, dans un cas particulier, à causer plus de souffrance que de bonheur, il serait tout à fait légitime de ne pas s'y conformer; en fait, le faire serait immoral. Mais les non-utilitaristes se sentent «souillés» lorsqu'ils transgressent une loi ou un principe, et font souvent passer ce désir égoïste de préserver leur pureté, leur intégrité ou leur honneur avant des considérations altruistes qui devraient primer.
Également, les éthiques non-utilitaristes semblent souvent avoir pour objectif de juger des personnes; d'évaluer si elles sont bonnes ou mauvaises. L'utilitarisme vise plus les actes eux-mêmes, et surtout leurs conséquences, que les personnes qui les font. Personnellement, ça m'apparaît un peu puéril de vouloir juger ainsi la valeur des personnes; ça n'apporte rien de concret. On peut juger qu'une personne a un plus grand potentiel d'être une source de souffrance et, pour cette raison, l'éviter. Mais cela ne nous donne pas le droit de mépriser ou d'haïr ce qu'elle est, ou de la considérer comme un monstre.
L'avantage que je concède aux éthiques du devoir c'est que d'obéir aveuglément à un principe ayant été conçu par un législateur sage et désintéressé qui a pris tout le temps nécessaire de peser toutes les variables, est souvent plus efficace que de faire son choix selon notre impression du moment. Je comprends également que devant l'impossibilité pratique de supprimer toute souffrance dans l'univers, certains ont préféré choisir de ne plus se soucier de la souffrance et de simplement se contenter de faire leur devoir (éthiques déontologiques) ou d'être de bonnes personnes (éthiques de la vertu), sans se soucier des conséquences effectives de leurs actions. Ces sortes d'éthiques m'apparaissent toutefois comme étant «déviantes», en ce sens qu'elles ont perdu de vue leur objectif premier qui était nécessairement d'accroître le bonheur général.
mercredi 22 juillet 2009
La loi est dure, mais c'est la loi
Par exemple, si je passe sur une lumière rouge, je transgresse évidemment la loi. Cependant, si je réussis à le faire sans causer la moindre souffrance (c'est-à-dire, sans que cela ne provoque un accident) je ne fais bien sûr rien de mal. On pourrait évidemment m'accuser d'accroître mes chances de faire un accident ou d'être négligent, mais supposons que j'ai vraiment fait attention, que je me suis assuré qu'il n'y avait aucun véhicule ni aucun piéton, et que j'ai simplement roulé alors que la lumière était rouge. Peut-on dire que j'ai fait quelque chose de mal, utilitaristement parlant? Non.
Mais si un policier me surprend dans cette situation. S'il m'arrête et m'inflige une amende, fait-il quelque chose de mal? Opprime-t-il inutilement ma liberté? Non. Il existe une pente glissante qui fait en sorte qu'il vaut mieux que notre loi soit «Défense de passer sur les lumières rouges» plutôt que «Défense de passer sur les lumières rouges… sauf si vous jugez personnellement que ce n'est pas dangereux». Que nos lois soient présentées comme des impératifs catégoriques réduit les risques de dérives inhérents au fait que le jugement de l'individu n'est pas toujours aussi fiable d'une personne à l'autre et d'une situation à l'autre. Je pense, personnellement, que l'on peut se risquer à déroger à ces lois dans des contextes où elles n'ont pas vraiment raison d'être, mais qu'il faut assumer la sanction dans l'éventualité où l'on se ferait pogner, puisque le fait de subir cette sanction est un moindre mal par rapport à ce que serait l'inexistence de cette loi.
Je clos cette réflexion par le dilemme éthique suivant : Supposons qu'un patient ait besoin d'une greffe d'organe pour survivre. On peut dire qu'il s'agit là d'un besoin vital. Conséquemment, si elle choisissait de tuer une autre personne dans le but de s'approprier l'un de ses organes pour prolonger sa propre existence, il s'agirait d'un cas d'égoïsme légitime au même titre que la prédation. Serait-ce une raison suffisante pour légaliser ce type de meurtre? Eh non. Car lorsque l'on réfléchit aux lois, notre évaluation éthique doit se situer au niveau de la règle et non de l'acte. Ainsi, si tuer pour survivre n'est pas contraire à l'éthique, il est éthiquement nécessaire pour un État d'avoir une loi empêchant qu'une personne innocente soit arbitrairement tuée, même si c'est pour le bénéfice d'une ou de plusieurs autres. Le climat de stress et d'insécurité qui s'en suivrait serait beaucoup trop néfaste pour le bonheur général.
Le péché originel
L'humain vivait autrefois, comme toutes les espèces, soumis à cette impitoyable loi de la nature. C'est ainsi que nous étions au Paléolithique, dans cet équilibre primordial, en parfaite symbiose avec l'écosystème, mais au prix de bien des morts et des souffrances pour nous. C'est alors que survint un changement, la Révolution agricole qui marqua la fin du Paléolithique et le début du Néolithique. Avec l'invention de l'agriculture, on pouvait produire plus de ressources. Contrôler cette moitié de l'équation. Mais, comme on ne contrôlait pas l'autre moitié, la population, celle-ci croissait démesurément, jusqu'à ce qu'il manque de ressources à nouveau, nous forçant à produire encore plus de ressources. J'ai tracé un réseau de concept pour expliquer rapidement les différentes variables qui interviennent dans le processus :
À partir du moment où tous les territoires de la Terre furent occupés par l'humain, il n'avait plus d'autre alternative que d'accroître ses moyens techniques pour extraire et produire plus de ressources. C'est ce bris d'équilibre du Néolithique – on pourrait dire, ce «péché originel» – qui a déclenché une réaction en chaîne provoquant tout le progrès technologique mais aussi la division du travail et la stratification sociale, en plus des guerres, du développement du commerce et de l'émergence des États. Pour avoir plus de ressources afin de nourrir notre population qui ne cessait de croître, nous devions étendre notre territoire, maximiser notre usage des ressources disponibles et développer de nouvelles technologies permettant de produire davantage de ressources. Ce qui causait originellement notre évolution biologique causait désormais notre évolution technologique. Mais, sans avoir à payer de tributs en vies humaines.
Le problème anticipé par Malthus c'est que cette croissance ne pourrait pas durer éternellement. Tôt ou tard, on ne pourrait plus nourrir tout le monde. Le système allait nécessairement s'effondrer causant famine et pénuries. Malthus proposa donc une politique de contrôle démographique et la suppression de l'aide aux nécessiteux… afin qu'ils ne survivent pas. Bien sûr, tout cela n'était pas très éthique. Mais je pense que nous disposons, de nos jours, des moyens de contrer l'amplification de ce déséquilibre. En effet, nous avons inventé des moyens de contrôler l'autre moitié de l'équation initiale – la population –, il s'agit de la contraception, de la médecine et de l'hygiène. Grâce aux contraceptifs qui sont devenus facilement accessibles depuis la révolution sexuelle, nous pouvons engendrer un enfant seulement lorsqu'on le désir. Tout enfant qui vient au monde (dans les pays industrialisé) est nécessairement issu d'un choix; même si c'est une grossesse accidentelle, ses parents ont choisi de ne pas l'avorter. L'enfant vient donc au monde, le plus souvent, seulement lorsqu'il a des parents qui désirent qu'il vive et qui ont les moyens de le faire vivre. La médecine et les mesures d'hygiène réduisent quand à elles le taux de mortalité infantile. Conséquemment, on n'est plus obligé de faire une tonne d'enfants pour s'assurer qu'il y en ait au moins un ou deux qui atteignent l'âge adulte, chaque enfant engendré a de bonne chance de vivre jusqu'à sa pleine maturité.
Je pense donc que lorsque les technologies médicales et contraceptives se seront répandues sur toute la Terre, la boucle sera bouclée, l'équation redeviendra équilibrée et la crainte de Malthus ne sera plus fondée. Nous sommes partis d'une situation d'équilibre primordiale incontrôlée, nous avons vécu une situation transitoire de déséquilibre qui dura 12 000 ans, puis nous aboutiront ultimement dans un état d'équilibre contrôlé, où la démographie demeurera stable sans pour autant que cela n'implique mort et souffrance. Une fois rendu à ce stade, notre principal problème sera de déconstruire toutes les contingences culturelles nuisibles qui se sont accumulées dans nos traditions entre la Révolution agricole du Néolithique et la Révolution sexuelle des années soixante.
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L'effet de halo
Il faut focaliser pour supprimer les halos. Si une personne m'insulte et qu'elle est d'origine française, je peux lui en vouloir pour son insulte mais pas pour sa nationalité; et il serait encore plus absurde d'en vouloir à la France tout entière pour la seule faute de cette personne. Il m'arrive souvent d'entendre les gens parler en mal de ceux qui les ont offensés mais en dénigrant des caractères secondaires comme leur poids, leur âge ou leur pigmentation. Ou d'autres qui haïssent une personne parce qu'il n'aime pas son conjoint ou son frère. C'est s'écarter du réel objet de notre sentiment négatif et c'est donc répandre inutilement la haine.
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lundi 6 juillet 2009
Les limites de la liberté de culte
Nous sommes dans un État laïc**, c'est-à-dire que nous séparons l'État et les religions. Si la religion peut s'ingérer dans la législation, si le gouvernement respecte et fait respecter les lois religieuses, si les droits d'un citoyen peuvent varier en fonction de sa religion, alors nous ne sommes plus un État laïc. Pour moi un État laïc ne devrait pas faire comme si la religion était «quelque chose». Une institution religieuse ne devrait pas avoir de statut légal (ou alors, le même que les entreprises). Les actes des individus devraient être traités pour ce qu'ils sont, en considérant les conséquences sur autrui et la nécessité pour l'agent. Selon mon opinion, voici donc les trois conditions sine qua non pour considérer que nous sommes laïques :
- On ne devrait pas interdire une pratique simplement parce qu'elle est religieuse;
- On ne devrait pas autoriser une pratique simplement parce qu'elle est religieuse;
- Les droits du citoyen ne devraient pas varier selon sa religion;
C'est assez basique finalement. Ça implique que l'on ne peut pas, par exemple, interdire à une femme de se voiler la face pour des raisons religieuses dans un contexte où c'est autoriser de le faire pour des raisons climatiques. Inversement, ça implique aussi que l'on ne peut pas autoriser cette même pratique dans un contexte où l'identité de la personne doit être reconnaissable.
Mais cela ne veut pas dire que l'on ne devrait en aucun cas écouter les demandes d'accommodements et s'en tenir aux lois telles qu'elles sont en ce moment. Les lois ne sont pas parfaites, il se peut que l'une d'entre elles contraigne abusivement ou inutilement la liberté d'un individu. Si un individu ou un groupe d'individus estime qu'une loi, un règlement ou une norme (émise par l'État, l'une de ses institutions, une entreprise privée ou toute autre instance pouvant imposer des règles) lui nuit dans une liberté qu'il juge fondamentale (que ce soit pour des raisons religieuses, culturelles ou personnelles***) il devrait pouvoir faire une demande d'accommodement. S'il est possible de modifier la loi ou le règlement afin que cet individu puisse obtenir la liberté demandée (ou obtenir un compromis acceptable), sans que cela ne porte préjudice à une liberté (autant ou encore plus fondamentale) d'un ou de plusieurs autres individus, cela devrait être fait.
Les lois ont des raisons d'être; normalement c'est de prévenir la souffrance. S'il est possible de remodeler une loi pour qu'elle soit tout aussi efficace dans sa fonction mais qu'elle permette une pratique importante pour certains citoyens, alors il n'y pas de raison de ne pas aller dans ce sens. Par exemple, si l'on a la loi «Défense de porter des couteaux dans certains lieux publics» c'est pour éviter qu'un couteau ne soit utilisé comme arme et ne fasse souffrir une ou plusieurs victimes. Mais si c'est important pour les gens de religion sikhe de porter le kirpan (couteau sacré) en tout temps, est-il possible de modifier notre loi de façon à ce que leur besoin soit comblé sans pour autant réduire la sécurité des gens? Si leur kirpan n'est pas aiguisé et qu'il est dans un étui scellé, comment pourrait-il servir d'arme? On peut donc reforger notre loi comme suit : «Défense de porter des couteaux dans certains lieux publics à moins qu'il ne soit émoussé et soudé dans son fourreau».
Il est toutefois important de garder en mémoire les trois points que j'ai énumérés plus haut. C'est pourquoi, toute altération de la réglementation devrait s'appliquer à tous les citoyens (indépendamment de leur culture, religion, etc.) et pas seulement à celui qui a fait la demande d'accommodement ou à ceux que l'on considère comme appartenant au même groupe. Par exemple, si l'on autorise un enfant sikh à porter un kirpan à l'école, tous les autres écoliers devraient également avoir le droit de porter un couteau sur eux, sous les mêmes conditions, qu'ils soient sikhs ou non. Autrement, ce serait une forme de discrimination envers les gens n'appartenant pas à cette religion, et ce serait accorder une reconnaissance légale à la religion. C'est pourquoi, pour traiter une demande d'accommodement, on devrait se demander quelles seront les conséquences si tous les citoyens (et pas seulement l'individu l'ayant demandé ou les individus appartenant au même groupe que celui l'ayant demandé) auraient la permission de s'adonner à cette pratique.
––
*Ce fut une expérience très pénible pour moi que d'écouter tout ces gens déblatérer leurs discours décousus et inintelligibles… ça m'a fait perdre foi en l'intelligence humaine et en la démocratie… mais c'est un autre sujet!
**Ce n'est pas tout à fait vrai, la constitution canadienne commence par «Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit» (!). Ironiquement, c'est la dernière version, celle de 1982, qui invoque un dieu. L'ancienne version qui date de 1867 était parfaitement laïc. On a régressé…
***Lors du non-événement des accommodements, on avait tendance à toujours considérer les demandes d'accommodements importantes parce qu'elles étaient motivées par des raisons religieuses. Toutefois, il me semble qu'une pratique peut être aussi importante pour un individu même si cela ne fait pas partie des prescriptions de sa religion. Ce peut être ses valeurs personnelles par exemple. Une personne qui ne veut pas que son enfant mange la viande de la cafétéria parce que le traitement des animaux d'élevage s'oppose à ses principes, mérite autant que l'on écoute sa requête qu'une personne qui demanderait la même chose parce que son dieu lui a dit de manger cascher.
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dimanche 28 juin 2009
La règle d'or
« Aime ton prochain comme toi-même. »
Mais il y en a beaucoup d'autres versions. On connait le célèbre «Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'ils te fassent» qui nous vient de l'hindouisme. Dans le bouddhisme c'est «Ne blesse pas les autres d'une manière que tu trouverais toi-même blessante», en islam on dit «Aucun d'entre vous ne croit vraiment tant qu'il n'aime pas pour son frère ce qu'il aime pour lui-même», le judaïsme dit «Tu aimeras ton prochain comme toi-même» et le taoïsme «Regarde le gain de ton voisin comme ton propre gain, et la perte de ton voisin comme ta propre perte» (source).
Personnellement, je préfère énoncer la règle d'or de la manière suivante :
« Considérons les besoins des autres comme nous aimerions qu'ils considèrent les nôtres. »
La distinction réside dans le fait que l'Autre n'a pas nécessairement les mêmes besoins que l'agent. Ce qu'il faut faire n'est donc pas nécessairement de traiter les autres comme j'aimerais qu'on me traite, mais de traiter les autres comme ils aimeraient être traités. Leurs besoins peuvent différer des miens. Si je suis masochiste, je ne peux pas me mettre à frapper tout le monde sur le seul prétexte que moi j'aime ça.
Une autre variance dans les différentes manifestations de la règle d'or réside dans la définition du concept d'«autrui». En effet, dans les différentes époques et cultures de l'humanité, on fixait différemment l'étendu de notre sphère de considération éthique. Ainsi, la femme, l'esclave et l'étranger étaient souvent exclus; leur intérêts fondamentaux passant après les caprices de l'homme libre natif. Personnellement, comme je l'ai déjà mentionné ici, je considère que tous les êtres ayant des intérêts dans une situation donnée méritent que l'on tienne compte de ces intérêts. L'autrui est donc universel.
jeudi 25 juin 2009
Coloniser le Cosmos
Personnellement, je n'irai sans doute jamais dans l'espace. C'est bien cool de savoir que c'est possible pour des humains, mais ça ne m'apporte pas grand-chose finalement. Les informations rapportées sur notre univers par les sondes m'apparaissent plus intéressantes que les résultats des voyages habités. Ce que je me demande, finalement, c'est : où on va avec ça? Je ne sais pas si vous réalisez à quel point les choses sont loin dans l'espace. Pour aller sur Mars, ce serait un voyage qui durerait plusieurs années. Période pendant laquelle des astronautes devraient vivre confinés dans un vaisseau spatial. Et pourquoi? Pour atterrir sur une planète déserte et revenir après… Par ailleurs, la pertinence de la présence humaine me semble douteuse. Si c'est pour acquérir des connaissances sur l'endroit, envoyer des robots m'apparaît plus sage et efficace. Et si c'est pour établir des colonies de peuplement ailleurs dans l'univers… bonne chance! On aura beau polluer la Terre autant qu'on veut, elle nous sera toujours plus habitable que Mars ou Vénus. En fait, pour adapter une autre planète à la vie, cela prendrait sans doute au moins un milliard d'années.
J'ai une suggestion : Au lieu d'essayer de coloniser l'espace avec des humains, pourquoi ne pas seulement utiliser des bactéries? Mon idée c'est d'abord d'étudier les conditions d'une planète ou d'une lune particulière, ensuite de trouver sur Terre des bactéries extrémophiles vivants dans des conditions vaguement semblables, puis d'effectuer des sélections artificielles sur ces bactéries pour qu'elles deviennent parfaitement adaptés aux rigueurs de l'astre à coloniser. Il s'agit ensuite d'envoyer sur cet astre un vaisseau rempli de ces bactéries. Les bactéries pourront vivre plusieurs générations dans ce vaisseau sans problème. Une fois à destination, elles s'y reproduiront en grand nombre, sur toute la planète, n'ayant aucune forme de prédation et ayant l'abondance des ressources, jusqu'à ce qu'elles atteignent le nombre critique qui fera en sorte que chaque individu devra entrer en compétition avec les autres pour survivre et se reproduire. La sélection naturelle commencera.
Peut-être une histoire semblable à celle de la vie sur Terre s'y produira, peut-être pas. C'est pourquoi il serait avantageux de le faire sur un nombre pluriel de lunes et de planètes. Pour favoriser cette évolution, on pourrait placer, dans la partie non-codante de l'ADN de ces bactéries, des gènes d'animaux et de végétaux plus complexes. Cela donnerait donc à l'aléatoire davantage de matériel génétique à utiliser; un segment non-codant étant susceptible de migrer vers la partie codante lors d'une mutation. Si l'on pouvait envoyer sur cette colonie extraterrestre des organismes plus complexes que de simples bactéries – comme des algues, des champignons ou des lichens – on partirait de moins loin. On aurait encore plus de chance d'espérer voir apparaître des êtres sensibles et peut-être même, éventuellement dans un avenir très lointain, des êtres intelligents.
On pourrait leur laisser un témoignage de notre existence, un «message». Il faudrait que celui-ci survive aux millions d'années nécessaires à leur évolution. On pourrait le placer sur un satellite naturel de leur planète, ils le découvriront donc seulement lorsqu'ils auront la technologie leur permettant d'atteindre ce lieu. On pourrait, dans ce même message, leur révéler des technologies plus avancés, la totalité de notre science et de notre histoire, ou même un système politique ou une éthique.
Le but de tout ça? On ne sait pas si la vie est quelque chose de rare et d'exceptionnelle dans le cosmos. Peut-être n'y en a-t-il nulle part ailleurs. Alors, si jamais la Terre venait à se faire percuter par une comète ou à être engloutie par le Soleil, on saura qu'il y a toujours de la vie quelque part et… Je sais pas, mais il me semble que c'est moins pire de mourir si quelque chose nous survit que de mourir en sachant qu'il n'existera plus rien après nous. Ça donne un sens à la vie.
samedi 20 juin 2009
Nos devoirs pour les gens de demain
Le temps est une dimension, par conséquent le futur peut être traité comme un «lieu» lointain sur l'axe temporel. Imaginons que nous avons deux villages voisins qui se nomment «Maintenant» et «Cent-ans-plus-tard». Il y a une rivière qui irrigue les deux villages, Maintenant est en amont et Cent-ans-plus-tard en aval. Si les villageois de Maintenant jettent leurs déchets à l'eau, cela aura un impact sur les habitants de Cent-ans-plus-tard qui utilisent cette même eau pour s'abreuver et se laver. Cette analogie qui transpose une distance temporelle en une distance spatiale nous permet de prendre conscience que les gens du futur existent… mais dans le futur seulement. Cela ne leur enlève pas le droit au bonheur et à la souffrance. Bien sûr, on ne peut pas cerner d'individus particuliers dans le lot, mais on se doute de l'existence d'une population humaine dans cette zone de l'espace-temps.
Mais si j'avorte l'embryon que je porte, j'empêche un humain potentiel de venir au monde, alors est-ce un meurtre? Est-ce que c'est comme de porter préjudice à l'un des habitants du village de Cent-ans-plus-tard? Pas du tout. Puisque, empêcher un être potentiel de venir au monde fait en sorte que cet être n'habite pas le futur. Donc, non seulement il n'existe pas en ce moment en tant qu'être, mais il n'existera jamais. C'est comme si l'un des habitants du village de Maintenant était accusé par ses concitoyens d'avoir assassiné et dissimulé le cadavre d'un dénommé Paul qui serait originaire de Cent-ans-plus-tard, mais que personne dans le village de Cent-ans-plus-tard n'ait jamais entendu parler de ce Paul. C'est contre-intuitif mais «s'abstenir de créer un être» n'équivaut pas à «détruire un être». Il y a, à chaque instant, des milliers d'êtres potentiels qui pourraient venir au monde mais il est impossible qu'ils viennent tous au monde. Par exemple, si une femme décidait de tomber enceinte ce mois-ci, elle n'engendrait pas la même personne qu'elle aurait engendrée si elle avait attendu un mois de plus avant de se faire féconder. Je ne pense pas qu'amener à l'existence un individu particulier, parmi le pool des inexistants, soit un devoir moral envers cet individu.
Propagande anti-végétariens
« Avis à tous les végétariens, le message qui suit parle de viande. » [description des produits] « C'est dur d'être végétarien, non? » [sourire baveux]
C'est quelque chose de toléré que de baver ainsi les végétariens. Si l'annonce avait été : « Avis à tous les juifs et à tous les musulmans, le message qui suit parle de viande de porc. (…) C'est dur d'être cascher, non? » ça n'aurait certainement pas passé. Mais, pour une raison obscure, un tabou alimentaire engendré par des croyances irrationnelles est davantage respecté dans notre société qu'un boycott alimentaire engendré par des convictions éthiques. En fait, je trouve que ce n'est pas tant anti-végétarisme qu'anti-végétariens.
L'annonce des producteurs de poulets du Québec est plus subtile au moins :
– Pour l'avion est-ce que c'est possible de réserver un menu végétarien?
– Oui, c'est pour…?
– Mon poulet!
Elles sont drôles d'ailleurs ces annonces-là des « éleveurs attentionnés » qui louent un appartement immense pour loger une poule ou qui tiennent des photos de leurs poules dans leur portefeuille. Quand on sait comment ça se passe réellement, c'est délicieusement ironique comme annonces.
Je conçois que le végétarisme soit quelque chose qui est nuisible pour les vendeurs de viande et il est donc logique qu'il tente de l'inhiber. C'est peut-être moi, mais j'ai plutôt l'impression que ce n'est pas contre le végétarisme mais contre les végétariens que ce genre de publicité est dirigée. Une sorte de marginalisation du végétarien. En tout cas, moi je trouvais ça déplacé.
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jeudi 11 juin 2009
Le démon de Laplace
Bien sûr, un tel «démon omniscient» ne peut exister. Il faudrait probablement qu'il soit en-dehors de l'univers et qu'il n'y intervienne d'aucune façon; afin qu'il ne soit ni cause ni effet. Je ne vois donc pas comment il pourrait percevoir tout son contenu, jusqu'aux moindres mouvements de chaque particule, sans y intervenir. Il lui faudrait sans doute «disséquer» l'univers, ce qui aurait naturellement un impact sur le futur et empêcherait l'accomplissement de ses prédictions. Cependant, le démon de Laplace n'est qu'une image pour dire que tout ce qui survient est nécessairement causé par ce qui est arrivée avant et que notre incapacité de prévoir le futur à partir du présent découle toujours de notre incapacité à tenir compte d'absolument tous les facteurs.
On dirait que cette conception des choses en effraie plusieurs. Il semble que beaucoup ont du mal à accepter ce fait car cela leur enlèverait leur libre-arbitre et, par conséquent, leur sentiment de liberté. Personnellement, je fais une nuance entre le libre-arbitre et la liberté. Si nous pouvons faire ce que l'on veut, alors nous sommes libres même si tous nos actes sont prévisibles à l'échelle de l'univers. Un prisonnier n'est pas davantage libre en restant dans sa cellule si son geôlier prévoit qu'il va s'évader. Il faut prendre conscience du fait que notre aspect déterministe ne nous enlève rien, afin justement que cela n'atténue pas inutilement notre sentiment de liberté. Nous faisons partie de l'univers et obéissons, par nature, à ses lois. Nous sommes donc prévisibles pour quiconque comprendrait comment l'on fonctionne.
J'aimerais cependant souligner que le déterminisme de l'univers n'implique pas de «destin» ou de «plan divin». Même si tout ce qui survient ne pouvait faire autrement que survenir, cela n'implique pas que ce fut nécessairement programmé par une quelconque intelligence surnaturelle. Les événements sont donc déterminés mais contingents. Il ne faut pas confondre le déterminisme avec la prédestination, car si tous deux présupposent qu'il n'y a qu'un dénouement possible, le second voit une finalité et une nécessité dans l'enchaînement des événements et est donc plus spirituel ou religieux, alors que le déterminisme est, au contraire, à la base de toute expérimentation scientifique (une même cause engendre un même effet).
Je ne connais pas grand-chose à la physique quantique mais il semble que, dans cette science, nous sommes arrivés à un point où le déterminisme ne s'applique plus. Je ne sais si c'est vraiment vrai ou si ce ne sont que des fariboles colportées par des obscurantistes pseudoscientifiques. Peut-être est-ce simplement que nous ne pouvons pas observer suffisamment de phénomènes à cette échelle pour vraiment connaître tous les facteurs causaux qui interviennent? Peut-être sommes-nous arrivé à un point où l'univers est incompréhensible pour l'esprit humain?
Quoiqu'il en soit, je réfute l'argument de ceux qui prétendent que cet «indéterminisme» des particules quantiques démontre l'existence d'un libre-arbitre chez l'humain. Cet argument est en fait une version moderne de celui que le philosophe grec Épicure (342-270 av. notre ère) disait à propos de la «déclinaison des atomes» pour contrer le déterminisme pur et dur de son prédécesseur Démocrite (460-370 av. notre ère). À ce que je sache, notre esprit ne fonctionne pas selon un mécanisme quantique mais à une échelle beaucoup plus grande, celle de la neurologie. Il n'y a rien d'indéterministe dans les actes des humains. Ce que certains appellent «libre-arbitre» ou «hasard», moi j'appelle ça «des variables inconnues».
L'égoïsme légitime
Prenons conscience que même si je sacrifiais tous mes besoins pour ceux des autres, quitte à me laisser dépérir et mourir, je n'arriverais pas à enrayer toute la souffrance qu'il y a dans le monde. Cela ne justifie bien sûr pas de ne rien faire, mais c'est comme d'avoir une dette énorme mais seulement un peu d'argent; même si l'on donne le maximum que l'on peut, il nous en reste encore beaucoup à payer. À partir de ce constat, il faut nous demander : Jusqu'à quel point on doit donner aux autres avant de se remettre à penser à soi?
La plupart des gens conviendront qu'un individu peut faire passer ses propres besoins fondamentaux avant toute considération altruiste quelles qu'elles soient. Ainsi, par exemple, le loup peut chasser le cerf pour prolonger sa vie même si la quantité de proies qu'il tuera pendant son existence est démesurément supérieure en nombre par rapport au «1» que représente sa vie à lui. Éthiquement, il est tout aussi légitime pour le loup de tuer pour survivre que pour ses proies de fuir le loup pour survivre, quitte à laisser leur prédateur mourir de faim. Bref, lorsque ce sont nos intérêts vitaux qui sont en jeu, il est normal d'être égoïste.
Est-ce que ça s'arrête là? La survie et l'évitement d'une souffrance atroce sont-elles les seules excuses légitimes pour être égoïste? Certains diront qu'il faut vivre en simplicité volontaire afin de donner tous nos surplus à des œuvres caritatives. Il est, selon eux, immoral de nous payer du luxe alors que d'autres ne peuvent combler leurs besoins fondamentaux. Cette idée se défend. Ce n'est, toutefois, pas exactement celle à laquelle j'adhère.
Je pense que nul n'a pour devoir d'être malheureux. Si je me contente de combler mes besoins physiologiques et que je donne tout le reste de mes revenus aux pauvres, je vais pouvoir me maintenir en vie mais je risque de perdre le goût de vivre. Selon moi, le seuil minimal de bonheur qu'un individu devrait rechercher pour lui-même ne se limiterait pas à l'homéostasie mais s'élèverait au bien-être. Comme je le disais en vous parlant de mon végétarisme, c'est parce que, pour moi, la viande n'est pas nécessaire à mon bonheur que je n'en mange pas, mais je n'essaierai pas de forcer quelqu'un à abandonner cet aliment traditionnel si c'est pour le rendre malheureux. C'est la même chose pour les autres domaines. Culturellement, nous baignons depuis l'enfance dans une société de surconsommation. Conséquemment, beaucoup d'entre nous ne pourraient envisager de vivre sans aller au cinéma deux fois par semaine ou sans se vêtir d'habits de grandes marques. Ce sont des conditions nécessaires à leur bonheur. Il est donc légitime qu'ils les recherchent avant d'investir dans l'humanitaire et même si cela implique de la souffrance abusive pour les travailleurs.
Mon point de vue ne justifie cependant pas un maintient perpétuel de ces habitudes causant la souffrance. En effet, une fois que l'on a pris conscience que notre mode de vie est une source de malheur dans l'univers, il devient de notre devoir d'essayer – progressivement – de trouver notre bonheur autrement et de se libérer de ce genre d'«addiction maléfique». Par exemple, je peux essayer de remplacer mon café par du café équitable et revenir à mon ancienne marque si je n'aime pas ça, mais si je n'essaye même pas, je n'ai aucune excuse. Ultimement, on devrait tous essayer d'atteindre un état où l'on ne ferait passer nos besoins avant ceux des autres que lorsqu'il s'agit d'un besoin plus ou autant fondamental. Idéalement, l'agent devrait hiérarchiser les choses dans cet ordre :
- ses propres besoins primaires
- les besoins primaires d'autrui
- ses propres besoins secondaires
- les besoins secondaires d'autrui
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*Je ne dis pas que c'est ce que pensent les autres utilitaristes, je dis simplement que c'est l'optique d'un utilitarisme «pur». L'individu ne devrait pas considérer davantage ses besoins que ceux d'autrui.
lundi 1 juin 2009
Éthique du nombre
Un des points de divergence entre mon éthique et celle des utilitaristes plus orthodoxes est sur la pertinence d'utiliser l'étendu (le nombre d'individus affecté) dans notre considération éthique. Je considère que cette variable n'est pas si importante que ça et que les souffrances ne peuvent pas vraiment s'additionner d'une personne à l'autre. Prenons, par exemple, les deux alternatives suivantes :
A - Une personne est torturée pendant un an;
B - Un nombre N de personnes se cognent une fois le petit orteil sur une patte de table à café;
Si l'on avait le choix entre l'une des deux, quelle valeur devrait avoir N pour que A soit préférable à B? Un utilitariste orthodoxe considérera peut-être que le nombre N est très élevé. Il fera sans doute la formule « A/B = N », c'est-à-dire qu'il diviserait la souffrance « être torturé » par la souffrance « se cogner l'orteil » pour évaluer combien de cognements d'orteils vaut un an de tortures. Pour ma part, je considère que la souffrance A est toujours pire que la B indépendamment de N. Simplement parce que subir la souffrance A est pire que de subir la souffrance B, et ce que l'on soit dix ou dix milliards à subir B. Mon point est que si l'on multiplie la souffrance par le nombre de victimes, on doit aussi multiplier la capacité d'encaisser cette souffrance par le nombre de victimes. Prenons la formule suivante :
Souffrance brute – Capacité d'encaisser = Souffrance nette
Si l'on multiplie la première variable de cette équation par le nombre de victimes, on doit le faire pour la deuxième variable aussi. Ces deux multiplications s'annulent dans la soustraction et ne paraissent plus dans le résultat final. Si je donne une pichnotte sur le coude d'une personne, je crée moins de souffrance brute que si je le faisais à mille personnes. Toutefois, je cause autant de souffrance nette, puisque mille personnes se remettent aussi facilement de mille pichnottes qu'une seule personne d'une seule pichnotte. Imaginons que la souffrance soit un liquide et les êtres sensibles des récipients. Le but n'est donc pas de limiter la quantité de ce liquide dans l'univers, il faut simplement qu'aucun récipient ne déborde. Par ailleurs, si l'on répartit une même dose de souffrance sur plusieurs victimes, c'est préférable que de faire subir toute cette souffrance à une seule victime. Si une personne seule ne peut soulever une sécheuse, deux personnes le pourront plus facilement; même si le poids de la sécheuse ne change pas.
Évidemment, il serait absurdement erroné de dire que le nombre de victimes ne compte jamais. Par exemple, si je vais dans un petit village et que je crève les yeux de dix de ses habitants, je cause plus de souffrance que si je n'enlevais la vue qu'à une seule personne. En effet, on peut dire que d'avoir un proche non-voyant réduit notre capacité d'encaisser le fait de perdre la vue. C'est pourquoi la souffrance nette augmente avec le nombre de victimes. Les individus s'affectent mutuellement. Disons que chaque victime est entourée d'un «halo de souffrance collatérale». Ce halo peut s'étendre loin, par exemple celui qui lit dans le journal qu'un inconnu est mort se trouve en périphérie du halo alors que le frère de la victime est presque en son centre. Quand les halos se chevauchent, une nouvelle victime constitue une souffrance supplémentaire pour chaque victime (ou pour un proche commun des deux victimes); et ce même dans les périphéries les plus éloignées du halo (par exemple, apprendre qu'une personne s'est noyé en Birmanie m'affectera moins que d'apprendre que 10 000 citoyens de ce pays sont morts dans un tsunami). Plus les victimes sont proches, et plus la souffrance de l'une affecte l'autre. Dans une situation réelle, plus le nombre de victimes est élevée, plus y a de chances que ces halos se chevauchent et plus la souffrance collatérale sera forte. Le point est que le nombre de victimes n'est pas pertinent en soi. Mais, évidemment, chaque nouvelle victime est un dilemme éthique en soi; tuer dix personnes au lieu d'une seule est donc aussi immoral que de simplement tuer neuf personnes.
Il arrive même parfois que faire plus de victimes crée un réseau de soutient et, rarement, le bénéfice de ce soutient peut être supérieur à la souffrance encourue. Par exemple, si je tatoue un caneton rose dans le front d'une personne contre son gré, elle souffrira de moqueries pour le reste de sa vie. Si je fais la même chose à dix personnes, elles pourront se soutenir dans cette épreuve. Et si je le fais à un million de personnes, le fait d'avoir un caneton rose dans le front sera démarginalisé et la souffrance subite par chaque victime en sera considérablement réduite. Et, finalement, si je le fais à toute l'humanité, la souffrance de chaque victime sera pratiquement nulle. Dans ce genre de situation, augmenter les victimes réduits la souffrance des victimes (mais qu'il n'y ait aucune victime serait encore mieux).
Le point que je défends ici permet de justifier, par exemple, l'interdiction de pratiques telles que les combats de gladiateurs (la mort de quelques individus versus le divertissement de plusieurs) ou, plus généralement, de condamner les abus de groupes majoritaires sur les minorités.
dimanche 24 mai 2009
Le dictionnaire est-il un livre sacré?
Si vous avez lu ma réflexion sur le «bon parler» et celle sur l'évolution de la langue écrite, vous savez que je ne porte pas dans mon cœur le purisme linguistique. Ici je vais m'attarder plus précisément à faire une critique de cet ouvrage que l'on appelle dictionnaire et qui est la Bible des puristes de la langue.
Je pense que tous seront d'accord avec moi pour dire que le français existait avant l'apparition d'un dictionnaire du français. Et, que ces mêmes dictionnaires francophones ne sont pas conçus à partir du néant mais bien en se basant sur l'usage en vigueur de la langue. Conséquemment, ce ne sont pas les rédacteurs du dictionnaire qui créent la langue et ses lois, ils ne font qu'essayer de les saisir le mieux possible et créent le dictionnaire à partir de leurs observations. Le dictionnaire n'est donc pas un livre sacré et son contenu peut être remis en question, puisqu'il a été écrit par des humains, faillibles comme nous tous, dans un contexte donné, avec un objectif précis. Je ne suis pas en train de rejeter le dictionnaire, je dis seulement qu'il ne faut pas trop lui donner de crédibilité.
Parfois en tentant de donner à un mot sa définition, les académiciens peuvent se tromper. Pourquoi? Parce que la définition de chaque mot doit se faire avec d'autres mots, alors que dans notre tête, la définition des mots est conceptuelle donc pas métalinguistique. Quand je pense au mot «chat» je pense à un chat et pas à «mammifère carnivore de la famille des félidés…» Donc si, par exemple, un mot est défini d'une façon qui ne correspond pas tout à fait à l'usage que j'en fais (et que les autres en font selon moi), je n'ai aucun scrupule à altérer la définition du mot pour l'occasion.
Je trouve que le dictionnaire marginalise la francophonie extérieure à Paris. Les mots languedociens, québécois, acadiens, belges, antillais ou africains – lorsqu'ils sont dans le dictionnaire – sont toujours accompagnés d'une mention précisant leur origine. Certains très répandus dans toute la francophonie (comme le mot «tantôt» pour désigner un moment rapproché dans le temps, futur ou passé) sont exclus du dictionnaire (ou portent le stigmate «vx» ou «anc.») si on ne les utilise pas dans la capitale de l'hexagone. Tandis que le moindre argot parisien est scrupuleusement consigné dans cette bible du langage. Les mots qui sont le plus souvent qualifié d'impropriété sont, comme par hasard, ceux employés dans les anciennes colonies ou dans les classes ouvrières.
Autre problème, les définitions illustrent parfois l'idéologie de ses rédacteurs. Ses opinions religieuses par exemple, ou d'autres biais ethnocentrique. J'y reviendrai plus en détails ultérieurement.
Et, évidemment, le dictionnaire a tendance à diaboliser tout ce qui vient de l'anglais… ou qui a l'air de venir de l'anglais. Les mots d'emprunts des autres langues sont vus comme un enrichissement mais pas ceux de l'anglais. On expulse des mots qui sont depuis longtemps dans notre langue simplement à cause de leur origine douteuse. Par exemple, on ne peut plus dire le mot «opportunité» qui est désormais un anglicisme… malheureusement on n'a pas d'autre mot pour désigner ce concept. Évidemment, ce sont les anglicismes non-parisiens qui sont démonisés. On peut donc dire «week-end» puisque ce mot est employé à Paris et est donc purement francophone, mais on ne peut pas dire «fin de semaine» car c'est un calque de l'anglais «weekend» et donc un anglicisme introduit par les méchants Québécois assimilés.
Bref, pour moi quelqu'un qui prend tout ce qui sort du dictionnaire comme si ça sortait de la bouche d'un dieu, je trouve qu'il est pas mieux qu'un intégriste avec son livre sacré.
Sagesse est incertitude
Le philosophe Socrate (470-399 av. notre ère) disait qu'il était le plus sage non parce que les autres étaient plus ignorants que lui, mais parce que lui n'ignorait pas sa propre ignorance.
Étant le simple fruit de l'évolution et non l'œuvre d'un être transcendantal, notre cerveau n'a pas nécessairement le potentiel de comprendre l'univers dans sa totalité. Il serait même surprenant qu'il le puisse. Si le cerveau du chien ne peut apprendre la biologie moléculaire ou la plomberie, il y a certainement des choses qui seront à jamais hors de portée du cerveau humain. Nous ne pouvons bien sûr pas savoir quand nous serons rendu aux limites de notre science, mais il est clair que même si beaucoup de questions trouveront peut-être leur réponse un jour, il y en a beaucoup qui demeureront sans réponse... soit parce que nous n'aurons pas le temps d'y répondre avant notre extinction, soit parce que nous ne sommes pas suffisamment équipés cérébralement pour comprendre cette réponse.
Comme je vous le disais dans ma réflexion sur le réel, je pense que la Vérité - avec un grand «V» - n'est qu'un idéal inatteignable et que notre conception du monde n'est rien de plus qu'un système de représentations. En ce sens on peut dire que je suis sceptique ou agnostique*. Mais je pense tout de même que certaines façons de nous représenter le monde se rapprochent davantage que d'autres du monde tel qu'il est vraiment; je prône donc davantage le scepticisme scientifique que le scepticisme philosophique. La vérité empirique a beau être asymptotique, on peut essayer de s'en rapprocher autant que possible.
La méthode scientifique est sans doute le meilleur outil dont dispose l'humain pour se représenter la réalité de la manière la plus conforme possible à ce qu'elle est vraiment. Elle nous permet d'établir des prédictions sur les conséquences de nos actes et de ce qui nous entoure. C'est, à mon sens, le seul niveau de réalité qu'il est désirable d'atteindre.
Lorsqu'une personne prétend avoir vécu une histoire incroyable (enlèvement par des extraterrestres, conversation avec Dieu, projection astrale, etc.), la question n'est pas «Est-ce vrai?» mais plutôt «Est-ce scientifiquement vérifié?» Ce qui est contredit ou qui ne peut être affirmé par l'expérimentation scientifique n'est pas nécessairement «faux» mais ne peut tout simplement pas s'incorporer à notre modèle de la réalité. On peut laisser ces croyances ou ces événements anecdotiques «en suspends» en espérant avoir un jour une confirmation officielle de leur véracité ou de leur fausseté, mais il est toutefois plus sage de ne pas cumuler ainsi trop de «pollution intellectuelle» et de rejeter les hypothèses non-démontrées.
Pour ma part, de même que mon niveau de croyance le plus élevé ne demeure que «théorique» (je pourrais me réveiller demain matin dans un autre corps et constater que toute ma vie n'était qu'un rêve… mais, en attendant, je «fais comme si» j'étais dans la réalité), mon plus haut niveau d'incroyance est, disons, agnostique ou sceptique (peut-être qu'en mourant je vais rencontrer St Pierre qui me fera faire une visite guidé du Paradis avec des petits bébés anges tout-nus qui jouent de la harpe et Descartes qui joue à la pétanque avec Jimi Hendrix… mais, en attendant, je «fais comme si» ça n'arriverait pas).
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* Le terme «agnosticisme» réfère généralement, dans le langage courant, à l'idée selon laquelle on ne peut se prononcer sur l'existence de Dieu (et souvent, implicitement, qu'il a donc une chance sur deux d'exister). Pour ma part, j'estime que le concept de Dieu, tout comme le géocentrisme et le farfadet, ne dispose pas des preuves nécessaires pour entrer dans le modèle scientifique de l'univers. Il est donc à mon plus haut niveau d'incroyance.
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Les dieux de chair venus de l'espace
J'ai lu pour la première fois le livre Présence des extraterrestres d'Erich Von Däniken (1935-...) lorsque j'avais quatorze ans. J'étais athée depuis l'âge de onze ans et ce traité m'offrait une explication alternative sur les mythes, plutôt que de leur attribuer une cause surnaturelle. En effet, la thèse de Von Däniken est que des extraterrestres intelligents visitent la Terre depuis des millénaires et qu'ils sont les dieux et autres créatures mythiques dont nous parlent les anciens. Toutes les créatures bizarres du folklore mythologiques seraient en fait la perception qu'avaient les humains primitifs de la technologie avancée des extraterrestres. Les pyramides, les cromlechs et les géoglyphes auraient tous étés conçus par les extraterrestres ou par des humains à leur service. L'humanité aurait même été crée par des accouplements entre les extraterrestres et les singes. Ces hypothèses furent également avancées par d'autres ésotériques de même farine, tels que Jean Sendy et Robert Charroux (1909-1978).*
Au début, cela m'apparût en partie sensé. Évidemment, je n'avais que quatorze ans à l'époque. Aujourd'hui, je n'adhère bien sûr plus à de telles sornettes. Non seulement parce que l'éventualité d'une technologie avancée dans un lointain passé n'implique pas qu'elle soit l'œuvre d'extraterrestres (après tout, si nous avons pu inventer l'avion et la télévision, ces ancêtres – qui nous sont génétiquement identiques – auraient pu y parvenir aussi) mais, aussi, parce qu'il n'est pas nécessaire d'invoquer une haute technologie pour expliquer les merveilles de l'Antiquité et de la Préhistoire. On sait maintenant comment furent construites les pyramides et les statues de l'île de Pâques, sans avoir besoin de grues ou de télékinésie. Également, l'hypothèse créationniste comme quoi le monde, ou seulement l'humanité, fut créé par les extraterrestres par hybridation avec eux-mêmes ou via d'autres manipulations génétiques, ne tient pas la route. L'évolution des hominidés est suffisamment bien documentée et s'est faite suffisamment lentement et progressivement pour que l'on puisse écarter l'hypothèse d'une conception intelligente, qu'elle soit divine, extraterrestre ou autre.
Certaines religions modernes prétendument athées vénèrent des extraterrestres au lieu des dieux immatériels (raéliens, scientologie, etc.). Personnellement, je considère que ces extraterrestres entrent parfaitement dans la définition de « dieux » et donc que l'on ne peut pas dire que les Raéliens sont athées. Anthropologiquement parlant, un dieu est un être surhumain mais il n'est pas nécessaire qu'il soit surnaturel. Ils sont décrits comme des êtres plus avancés que nous, qui ont créés l'humanité (avec des manipulations génétiques), qui peuvent lire nos pensées (via une fictive technologie de télépathie) et qui nous promettent l'immortalité (grâce au clonage). Par ailleurs, toutes les croyances et les pratiques qui entourent cette foi envers les extraterrestres sont analogues à celles que l'on retrouve dans les grandes religions.
Évidemment, selon le principe de parcimonie, la foi en des civilisateurs extraterrestres est moins absurde que celles en des dieux ou autres agents surnaturels puisqu'elle implique une moins grande transgression des lois de la physique. Toutefois, elle demeure tout de même dans le domaine du fantasme et non dans celui de la science. Bien que les croyants de ces cultes ufologiques prétendront que leur religion est « scientifique », elle ne peut en aucun cas revendiquer ce titre. L'astuce est de mélanger des faits scientifiques avec des spéculations métaphysiques ou, simplement, de saupoudrer de termes issus de la science une réflexion totalement obscurantiste. Pour fonctionner, ces religions se basent – comme toutes les autres – sur la foi aveugle des disciples envers les paroles de leur maître, et non sur une démonstration scientifique de la véracité de leurs dires. Toute remise en question de la parole du prophète est interdite.
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*Pour Robert Charroux, le passage du singe à l'humain Noir relevait de la sélection naturelle, mais le passage de l'humain Noir à l'humain Blanc ne pouvait qu'être le fruit d'une manipulation génétique extraterrestre. Ce n'est donc pas l'intelligence qui est incroyable, mais la pigmentation! Sérieusement, son flagrant racisme est clairement dû à son ignorance et à son époque.
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La hiérarchie
Je vois mon patron, non pas comme « mon supérieur » mais simplement comme un individu avec qui j'ai une transaction. Je lui vends ma force de travail en échange d'un salaire. Ce contrat qui nous unis peut impliquer certaines clauses secondaires, restrictives pour moi. Par exemple, m'imposer un horaire, un code vestimentaire, etc. Mais, fondamentalement, je vois comme mes égaux ceux qui se disent «au-dessus» de moi de même que ceux qui se disent «en-dessous».
Il n'y a pas de haut et de bas, seulement des rapports de pouvoir. Si la gouverneur générale est théoriquement «au-dessus» des élus, je ne pense pas que, si elle s'essayait, les élus la laissent leur imposer sa volonté. De la même façon, si les élus sont «au-dessus» des chefs d'entreprise, je ne pense pas qu'ils puissent tenter quoique ce soit qui irait à l'encore de la volonté des plus puissantes entreprises. Ce qui compte vraiment n'est donc pas la «hauteur» d'une personne à l'intérieur d'un organigramme quelconque, mais bien son pouvoir. Si un employé est le seul qui sache faire son travail et qu'il ne tient pas particulièrement à son poste, alors c'est lui qui a le gros bout du bâton par rapport à son patron.
Quand on prend compte de ce qu'est la hiérarchie en réalité, il y a certains biais que l'on évite. Par exemple, ceux qui veulent que le patron ait le plein pouvoir sur ses employés. Le dogme du « le client a toujours raison », vient de cette idée de hiérarchie entre le client et l'employé. Pour moi, il n'y a aucune justification éthique à ce que celui qui se prétend « en haut de l'échelle » fasse passer ses caprices personnels avant les besoins fondamentaux de ceux qu'ils considèrent «en-dessous» de lui-même. Les êtres doivent avoir des droits en fonction de leurs attributs individuels et non selon leur classement dans un ordre hiérarchique quelconque.
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Critique du calendrier grégorien
Il y en a qui diront que je chiale pour rien et que je remets toujours tout trop en question, mais je trouve personnellement que notre système de calendrier est absurde. Si j'en avais le pouvoir, je le réformerais comme suit :
Ma première critique est sur le jour de l'an. Je trouve ridicule que notre premier jour de l'année soit positionné à un endroit aussi arbitraire. L'année devrait commencer à un point important de la révolution terrestre. Je propose donc de décaler d'une dizaine de jours le jour de l'an pour que l'année commence au solstice d'hiver. Le solstice d'été, l'équinoxe de printemps ou celui d'automne auraient pu également être des bons jours de l'an.
Ensuite, à propos de la durée des mois. Je trouve agaçant que certains mois aient plus de jours que d'autres. On est toujours à se demander s'il y a ou non un 31 ce mois-ci et c'est une perte de temps. Je propose donc que nos douze mois fassent tous exactement trente jours de long. Évidemment, cela ne ferait que 360 jours dans l'année, alors que la révolution terrestre est de 365¼ jours. Pour compenser, je suggère que les solstices et les équinoxes soient des journées intercalaires, entre deux mois, et non dans un mois. Donc entre mars et avril, entre juin et juillet, entre septembre et octobre ainsi qu'entre décembre et janvier, on retrouverait, sur nos calendrier, une case supplémentaire (positionnée, disons, sur la page du mois suivant mais au-dessus et en-dehors de la grille mensuelle) pour ce jour. On ajouterait, en plus, une autre journée intercalaire la veille du solstice hivernal, que l'on appellerait simplement «jour de l'an». Cela nous donne donc bel et bien 365 jours. On rajouterait, une fois tous les quatre ans, une journée intercalaire la veille du jour de l'an pour former l'année bissextile.
Également, sur le cycle des semaines. Je trouve que c'est une autre perte de temps que d'avoir à se demander « Coup don, le 25 du mois prochain ça tombe-tu un lundi ça? ». Le cycle des semaines devrait être en phase avec celui des mois et celui des ans. Je propose donc de réduire les semaines à six jours pour qu'elles soient un multiple de trente, le nombre de jour par mois. Ainsi, le 1, le 7, le 13, le 19 et le 25 seraient toujours des lundis. Évidemment, il faudrait que les jours intercalaires soient hors du cycle des semaines. On pourrait les considérer comme un jour de plus dans la fin de semaine. Autre avantage : des semaines de six jours (quatre jours ouvrable plus deux jours de fin de semaine) seraient probablement moins pénibles pour les travailleurs que des semaines de sept.
Finalement, à propos de l'an 0. Je trouve que c'est très non-laïque que de baser notre année zéro sur la date hypothétique de la naissance du soi-disant messie des chrétiens. Je propose d'aligner notre année zéro sur un événement plus important. Personnellement, je choisirais l'invention de l'écriture car c'est le point qui sépare l'Histoire de la Préhistoire. Nous n'utiliserions donc plus l'ère chrétienne, mais l'ère historique. Au lieu de dire «avant Jésus-Christ» (av. J.-C.) et «après Jésus-Christ» (apr. J.-C.), ce serait «avant l'Histoire» (av. l'H.) et «de l'Histoire» (de l'H.). Évidemment, la date d'invention de l'écriture étant plus lointaine, elle est encore plus difficilement devinable que celle de la naissance de Jésus, mais l'on pourrait fixer notre an 0 dans les alentours présumés de cette invention, sans prendre ça trop au sérieux et sans avoir pour idée de modifier notre an 0 encore une fois si jamais l'on découvre, par exemple, une tablette d'écrits plus anciens. On pourrait l'enligner pour qu'un ou plusieurs événements historiques importants tombent l'année d'un chiffre rond. Ou encore, simplement ajouter une quantité ronde d'ans à l'ère commune pour que les deux derniers chiffres de l'année restent les mêmes.
Et ce n'est pas seulement pour une question de laïcité que je propose de faire commencer notre compte des années à une date plus ancienne. Je pense que le point 0 d'un calendrier devrait être un point de rupture important séparant deux époques (bien que les époques soient elles-mêmes fixées arbitrairement dans le continuum temporel). Intuitivement, il me semble qu'une personne dont on se souvient du nom ou qu'un événement dont on peut fixer la date exacte ne devraient pas se trouver dans les négatifs. L'avant zéro devrait être une période obscure dont on ne peut que déduire des choses (par nos découvertes archéologiques, paléontologiques, géologiques, etc.) mais dont la mémoire collective (les écrits et la tradition orale) n'a aucun souvenir autres que des mythes fantaisistes déformant ou occultant la réalité. Conséquemment, reculer notre zéro de 3000 ou 4000 ans m'apparaît logique.
Voilà. C'était ma réforme suggérée pour notre système calendaire. Et encore, je me suis retenu! Sinon je vous aurais probablement proposé de nommer les mois selon ceux du calendrier révolutionnaire français et de changer également les noms des jours de la semaine. C'était juste pour le plaisir, en passant, je n'ai ni le pouvoir ni le désir de mettre ce calendrier en pratique. D'autant plus que les coûts reliés à son implantation seraient probablement trop élevés pour compenser sur ses avantages certains...
(Réédité par Feel O'Zof le 18 juin 2009)
lundi 18 mai 2009
J'aurais pu être prêtre…
Je me dis souvent que, si j'avais vécu au Moyen-Âge en Europe, je serais certainement devenu prêtre ou moine. Ç'aurait été la seule façon pour moi d'échapper aux travaux manuels et de faire usage de mon intellect. D'ailleurs, des fonctions telles que celle de confesseur (version primitive du psychologue) ou simplement de faire un sermon aux foules, m'auraient beaucoup plût. Évidemment, il y aurait eu des inconvénients (le vœu de célibat c'est pas si pire, mais le vœu de chasteté…) mais il aurait sans doute été faisable de déroger discrètement à ces règles arbitraires sans qu'on ne me pogne.
Il ne faut pas oublier qu'à l'époque – que ce soit chez les chrétiens, les juifs ou les musulmans –, pratiquement tous les intellectuels appartenaient aux ordres religieux. La théologie, la métaphysique et la connaissance des écritures sacrées étaient des disciplines au même titre que la médecine et l'astronomie. À un moment donné, face au dédain des grandes religions envers la nouveauté et la remise en question des idées reçues, les sociétés ont du se séculariser pour poursuivre leur progrès scientifique. Les savants devinrent donc des laïcs très souvent persécutés par le clergé, mais leurs apports a toujours fini par être reconnu par les ecclésiastes, habituellement longtemps après avoir acquis l'approbation populaire.
Je me dis que les choses auraient pu être différentes. Aurait-il été possible, pour une religion moins dogmatique et plus scientifique, d'occuper la niche sociologique du christianisme dans l'Empire Romain ou de l'islam dans l'Empire Ottoman? Imaginons le clergé comme une institution qui rechercherait sincèrement la vérité. Remplaçons les confesseurs par des psys et les prêcheurs par des vulgarisateurs scientifiques. Transposons notre émerveillement face au miracle de la transsubstantions par un émerveillement devant les réalités scientifiques. Bref, imaginons que l'institution qu'est le clergé ait été, depuis le début, axée sur des bases progressistes et humbles permettant l'évolution constante de notre rapport au monde et à nous-mêmes, à la lumières des nouvelles données, sans demeurer fixée éternellement sur les bases d'écritures obsolètes. Dans cette uchronie, de quoi aurait l'air la religion aujourd'hui?
Je me dis que science et religion serait alors totalement imbriquée; leur schisme n'ayant jamais eu lieu d'être. La science ferait partie de l'institution religieuse et les deux parties tireraient bénéfice de cette symbiose. L'apport de la science aurait influencé les autres sphères du religieux, tels que l'éthique, de sorte que les tabous et les interdits arbitraires seraient probablement disparus. Les valeurs comme l'égalité sociale et l'environnement auraient certainement préoccupées le clergé autant qu'elles préoccupent les philosophes et les scientifiques dans notre réalité. Bref, si la science avait été notre religion, je pense que j'aurais pu être prêtre…
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mardi 12 mai 2009
La soi-disant solidité de la morale divine
Beaucoup de croyants argueront contre les valeurs morales laïques qu'elles sont «trop souples», c'est-à-dire que l'individu peut les plier comme il veut pour justifier ce qu'il veut. Leurs valeurs morales religieuses, supposément fondées sur la parole d'un dieu, sont à leurs yeux plus solides puisque «absolues». La parole divine étant un pilier inébranlable, un consensus entre individus est au contraire plus fragile.
Même si à première vu ce raisonnement se tient, il s'effondre quand on y pense plus à fond. D'ailleurs, la fragilité des valeurs religieuses est démontrée chaque jour tout autour de nous. Il y a plusieurs religions ayant chacune une éthique différente. Une personne pourrait, à sa guise, changer de religion pour adopter une éthique servant mieux ses intérêts égoïstes. Par ailleurs, les croyants modérés n'adhèrent pas intégralement à leurs propres écritures sacrées. Ils pigent, à leur discrétion, les passages qu'ils considèrent comme «vrais» et rejettent, tout aussi arbitrairement, ceux qu'ils considèrent comme des «symboles» ou des «mauvaises transcriptions de la parole divine».
Il me semble que cela démontre clairement qu'une morale «divine» n'a rien d'absolue; la diversité des opinions morales de ceux qui s'en réclament en est un symptôme flagrant. Si l'un dira qu'il s'oppose au meurtre sur la base des «Saintes Écritures», il oubliera sélectivement que ces mêmes écritures sont opposées à la liberté de culte et à l'homosexualité, et qu'elles permettent et encouragent des pratiques comme l'esclavage et le sexisme. Vraisemblablement, celui qui dit tirer sa moralité de la Bible utilise un critère extérieur pour choisir ce qu'il en tire et ce qu'il délaisse. Ce critère, quel qu'il soit, mérite plus d'être appelé «pilier de son éthique» que la Bible elle-même (qui devient un intermédiaire inutile).
En comparaison, une éthique basée sur des raisonnements m'apparaît nettement plus solide. Pour déroger à ses prescriptions, il faut pouvoir démontrer rationnellement qu'elles sont infondées ou qu'elles ne s'appliquent pas à notre situation spécifique. Même si on ne peut pas les qualifier «d'absolues», des valeurs morales fondées sur la raison me semblent plus objectives que celles qu'un croyant modéré aura sélectionnées dans un livre sacrée quelconque en suivant son intuition personnelle.
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L'instinct
J'ai réfléchi sur l'instinct des animaux. Je me suis demandé ce que ressentait au juste l'animal lorsqu'il suit son instinct. Se sent-il «esclave» de celui-ci, comme on pourrait le croire en lisant certains philosophes? Est-ce plutôt comme un savoir ou un souvenir avec lequel il viendrait au monde?
L'erreur que l'on fait c'est encore de voir l'animal comme quelque chose de foncièrement différent de l'humain (raisonnement spéciste). Mais tout est en continu. Un organe complexe hyperspécialisé chez une espèce aura un analogue atrophié chez une autre. Nous avons donc sûrement en nous des vestiges d'instincts sous-développés.
Par exemple, le fait que l'on considère comme attirante l'odeur des fruits pourrait être considéré comme un proto-instinct nous dictant de manger des fruits. Le fait d'être répugné par l'odeur de nos excréments amène le comportement d'enfouir (ou de flusher) ces derniers. Le fait que la viande crue soit répugnante mais que la cuite soit attirante impose le comportement de cuisson de la viande. Et ainsi de suite.
L'animal vît sûrement son instinct de la même façon. Sauf qu'il ressent l'envie viscérale de faire quelque chose de plus précis et compliqué. Par exemple, l'oiseau va se dire «Tiens, j'ai le goût de ramasser des petites branches et de les rassembler pour construire un nid!» Mais encore là, le produit final de son œuvre, ainsi que sa fonction, ne sont peut-être pas «prémédités» par la conscience de l'animal. Disons qu'en voyant un arbre, le castor se dise «Je feelerais pour gruger moi-là…» et qu'en voyant l'arbre tombé sur le sol, il se dise «Il me semble que je le garocherais dans l'eau!» et ainsi de suite jusqu'à ce qu'il ait construit son barrage. Même chose pour l'araignée qui n'a sans doute pas en tête un plan détaillé de sa toile avant de la construire mais qui, à chaque fois qu'elle y place un fil, ne fait que réagir intuitivement à l'agencement des autres fils déjà en place.
Bref, un comportement instinctif serait en fait composé d'une série d'actes impulsifs (les bêtes n'ayant pas de conventions culturelles pour les inhiber). Chacun d'entre eux étant déclenché par l'accomplissement du précédent, et le tout étant programmé par la sélection naturelle pour accomplir une tâche complexe bénéfique pour la propagation des gènes de l'individu. Ce dernier percevrait son comportement instinctif comme un geste spontané qu'il accomplit en toute liberté.
Éthique du meurtre
Durant mes réflexions sur l'éthique, je n'ai pas réussi à trouver pourquoi le meurtre serait un mal en soi. Bien sûr, je n'ai pas de difficulté à percevoir le mal qu'il y a autour d'un meurtre. Par exemple, dans la souffrance que ressent la victime lorsqu'elle anticipe son sort, et évidemment dans celle de ses proches endeuillés. Mais, prise isolément, la mise à mort elle-même me semble plus difficile à condamner. Étant donné que la mort n'est rien pour nous, le fait de la donner n'est ni un mal, ni un bien.
Si nous étions tous virtuellement immortels et que seul un accident ou un meurtre pouvait mettre fin à nos jours, alors l'acte de tuer aurait une portée différente. En assassinant quelqu'un, je serais responsable de sa mortalité et je lui enlèverais les innombrables potentialités qui lui restaient à vivre dans son existence sans fin. Dans notre monde où la mort est obligatoire, tuer ne fait que rapprocher l'inévitable. Le meurtrier n'est pas responsable du fait que sa victime soit mortelle; même s'il est la cause de sa mort, sans son intervention, elle serait tout de même morte un jour où l'autre.
Je me suis dis que le mal dans l'acte de tuer résidait dans le fait que l'on privait un être de toutes les expériences agréables qui lui restait à vivre. Cela implique que, dans une situation où l'on pourrait présumer avec un taux de certitude suffisant qu'une personne va souffrir pour le restant de son existence, la tuer (l'euthanasier) n'est plus un mal mais un bien.
Je ne suis pas sûr mais il me semble que pour que l'on puisse voir du mal dans le meurtre il nous faut de la souffrance. Il faudrait donc que, dans les instants précédant son décès, la victime prenne conscience du fait que sa mort est imminente pour qu'elle puisse souffrir du fait de ne pas pouvoir vivre tout ce qu'elle voulait vivre. Sinon, c'est un peu comme voler une personne sans qu'elle ne s'en aperçoive ni ne manque de ce qu'on lui a pris. «Ce qu'on ne sait pas ne fait pas mal.» S'il n'y a aucun moment dans son existence où la victime souffre de son meurtre, d'un point de vue utilitariste, il n'y a aucun mal pour elle.
Pour isoler le meurtre de ses conséquences secondaires, imaginons une situation hypothétique improbable. Imaginez que je tue une personne si rapidement qu'elle n'a pas le temps de souffrir ni même de se rendre compte qu'elle meure. Présumons que cette personne n'a pas non plus pu anticiper mon geste d'aucune façon que ce soit. Finalement, prenons pour acquis que cette personne n'avait aucun proche d'aucune sorte et que nul ne s'aperçoive jamais de son décès. Dans cette situation «idéale», élaguée de toute souffrance collatérale, il ne semble y avoir rien de mal dans mon meurtre. Toutefois, la gratuité d'un tel geste me révulse intuitivement…
Piquer c'est voler!
Je vais faire la démonstration que voler c'est mal. Je ne pense pas que personne soit en désaccord avec moi, mais je tiens à montrer en quelles circonstances c'est éthiquement inacceptable et pourquoi.
Si je vole une personne, le simple fait qu'elle s'aperçoive qu'on la vole lui cause une souffrance donc mon geste est déjà répréhensible. Mais supposons que je parvienne à lui dérober de l'argent sans qu'elle ne s'en aperçoive, elle ne subira pas la souffrance de se sentir lésée. Par contre, si elle n'arrive plus à se payer ce dont elle a besoin parce qu'elle n'a plus l'argent que je lui ai pris, alors on peut dire que je lui aurai causé de la souffrance – même si elle ne s'est pas aperçu de mon vol – et donc que mon geste était répréhensible. Et je dirais même plus, je pense que même si une personne n'est pas à la limite du seuil de pauvreté, la déposséder de son argent constitue un mal.
Lorsqu'une personne travaille dans le but d'obtenir le fruit de son labeur ou un salaire, elle s'impose une «souffrance» (le travail) en échange d'un bonheur (le salaire). On peut donc assumer que cette équation est suffisamment équilibrée ou penchée du côté du bonheur pour que l'individu accepte de subir la souffrance qu'elle contient. Voler cet individu c'est réduire le niveau de bonheur dans cette équation et, indirectement, c'est créer de la souffrance. Même si la personne ne réalise pas qu'on la vole et même si la perte de cet argent ne constitue pas une souffrance concrète, c'est comme si l'on avait créé une part de la souffrance composant son travail en lui retirant le bonheur qui servait à la compenser. Ainsi, sans avoir besoin de considérer des valeurs telles que «le mérite» ou «la justice», l'acte de voler est mal même si on s'en tient strictement aux variables de l'éthique utilitariste (le bonheur et la souffrance).
Évidemment, si c'est là que réside le mal dans l'acte du vol, cela peut justifier le vol dans certaines occasions ou, du moins, en réduire la gravité.
vendredi 1 mai 2009
Les cellules souches
Bravo au Président Barack Obama (1961-…) pour avoir finalement permis le financement par l'État de la recherche sur les cellules souches.
Cette merveilleuse technologie nous permettrait de remplacer la greffe d'organe d'un donneur (qui nécessite l'absorption d'immuno-suppresseur donc rend la personne excessivement vulnérable aux maladies) et de régénérer des neurones (donc de guérir les aveugles ou les paralysés en reconnectant leurs nerfs sectionnés). En clonant des parties du corps on peut créer des «pièces de rechange» pour notre organisme et ainsi les réparer beaucoup plus efficacement.
Actuellement, la législation dans ce domaine est paradoxale et nuisible. Il est permis d'avorter un embryon de trois mois si c'est parce que la mère n'en veut pas, mais il est interdit d'avorter un ovocyte d'une journée si c'est pour rendre la vue à un aveugle. Dans les cliniques de fertilité, on détruit régulièrement des ovocytes surnuméraires alors que l'on pourrait les utiliser pour sauver des vies.
Ce genre d'aberrations survient, entre autres, parce que les obscurantistes religieux ont gagné leur bataille contre le clonage mais pas celle contre l'avortement ou contre la procréation assistée. Lorsque le clonage thérapeutique sera mieux connus du public, il est fort à parier que les objections tomberont. Il n'y aura plus que les «pro-vies» qui s'opposeront à cette pratique car pour eux laisser mourir un humain est moins pire que de «tuer» un amas de cellules indifférenciées. Toutefois, il y a une autre objection que l'on entend parfois…
Certains considèrent que le clonage thérapeutique «chosifie» ou «instrumentalise» l'humain et trouvent que c'est mal. Bref, au nom du caractère sacrée de la vie humaine, ils laissent des êtres humains souffrir et mourir. Cela me rappelle l'époque où l'humain était tellement sacralisé que l'on ne pouvait même pas disséquer un cadavre pour étudier le fonctionnement de l'organisme. Des savants, tel que le génie Léonard Da Vinci (1452-1519), devaient déterrer les corps des cimetières pendant la nuit pour les étudier clandestinement. C'est ainsi que la médecine a pu progresser. On peut sauver des vies humaines si l'on sacrifie des cadavres et des embryons.
Selon mon éthique personnelle, laisser quelqu'un souffrir c'est mal, mais utiliser un ovocyte pour cultiver des cellules souches et ainsi sauver une vie, c'est bien! Un jour il faudra accepter pour de bon que nos corps sont «mécaniques» et qu'on peut donc les étudier, les utiliser ou les réparer. Rien n'est sacré.
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Lecture complémentaire : Du côté des cellules souches... (sur radio-canada.ca)
La tragique histoire de l'île de Pâques
Durant mon bacc en anthropologie, on nous a enseigné l'histoire de cette île mystérieuse. Je la trouve particulièrement significative, alors permettez-moi de la partagez avec vous.
L'île de Pâques est isolée au beau milieu du Pacifique à des kilomètres de toute autre terre émergée. Ses premiers habitants humains s'y installèrent probablement aux alentour de l'an 1000. D'après leur langue, on présume qu'il s'agissait de navigateurs polynésiens ayant traversé le Pacifique en radeaux. Pour s'être rendu aussi loin de leur archipel, ils ont dû se perdre en mer. Mais ils trouvèrent heureusement cette île peuplée d'oiseaux et d'une luxuriante végétation.
Leur société tribale prospéra sur l'île. Ils avaient accès à de nombreuses ressources. La forêt les alimentant en fruits et en gibiers, en plus de leur fournir du bois. L'océan tout autour d'eux leur permettait d'aller pêcher poissons et mollusques.
Une nouvelle religion vît le jour, et ses principaux objets de culte étaient ces statues géantes qui font la célébrité de l'île de Pâques. Les Pascuans taillaient les statues dans la carrière, au centre de l'île, puis les faisait rouler sur des billots de bois pour les emporter sur la plage où ils les alignaient côte à côte, le regard tourné vers l'océan. Ils devaient couper régulièrement de nombreux arbres pour fabriquer ces tapis roulants… jusqu'à ce qu'ils coupent le dernier arbre!
Avec la disparition de la forêt, les oiseaux abandonnèrent l'île. Sans bois pour fabriquer des radeaux, les Pascuans ne pouvaient plus aller pêcher dans l'océan et se voyaient définitivement prisonnier de leur île. Ils n'avaient pratiquement plus aucune ressource alimentaire. Affamés, ils devinrent la seule société humaine connue qui se tourna vers le cannibalisme pour subsister. Les différentes tribus s'attaquaient les uns les autres pour s'entredévorer. L'ordre social se rétablit progressivement mais en incluant les pratiques comme le cannibalisme et en perdant des acquis tels que l'écriture.
On peut dire que cette île isolée – complètement coupée du monde jusqu'à l'arrivée des Hollandais en 1722 – a constituée une sorte de microcosme de l'ensemble de la Terre. Si l'on continue de consommer exagérément nos ressources et de souiller notre environnement, notre destin sera le même que celui des Pascuans.
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Lecture complémentaire : The Mystery of Easter Island (BBC)
dimanche 26 avril 2009
Le péché d'orgueil
L'orgueil est une émotion que l'on pourrait qualifier de paradoxale puisqu'elle crée chez l'individu des comportements menant au contraire de ce vers quoi il voulait aller.
Par exemple, si, par orgueil, je désire avoir raison lors d'un débat, que va-t-il se passer? Si je comprends que j'ai tord pendant le débat, mon orgueil fera que je vais continuer de m'acharner à défendre mon opinion initiale juste pour que l'on croit que j'ai raison. Mon désir d'avoir raison va faire en sorte que je vais volontairement continuer d'avoir tord. Quelle ironie… Un être sans orgueil a toujours raison puisqu'il change instantanément d'opinion lorsqu'on l'en convainc, il est toujours à jour.
Si, par orgueil, je veux prouver à quelqu'un qu'il n'a pas d'influence sur moi, que va-t-il se passer lorsqu'il me donnera un conseil? La conséquence sera que je vais m'arranger pour ne pas suivre son conseil, même si je le juge très bon et même si j'y aurais pensé par moi-même. Pour avoir l'air de ne pas être affecter par l'autre, je vais systématiquement faire le contraire de ce qu'il me dit. Mon désir de ne pas être influencé va faire en sorte que je vais être influencé (mais inversement). Quelle ironie…
L'orgueil est donc une émotion qui n'est source que de nuisance pour l'individu et son entourage. Il faut donc s'émanciper de cette hypertrophie de l'ego.
Miracles et coïncidences
Il arrive parfois que l'on vive ou qu'on nous raconte un événement d'une telle improbabilité qu'il semble miraculeux. Mais coïncidence et miracle ne sont pas synonymes. Obtenir un triple six en brassant trois dés est une coïncidence, obtenir un triple sept serait miraculeux (si c'est des dés ordinaires à six faces…). Un miracle est une transgression des «lois de la nature» telles que nous nous les représentons. Une coïncidence est un événement fort peu probable mais qui ne transgresse aucunement ces lois naturelles.
À chaque instant il y a des milliers de coïncidences potentielles qui ne se produisent pas. C'est comme si je brassais constamment un dé. Par exemple, si j'écris ce texte en regardant la télé, il y a des chances pour qu'à l'instant où j'ai écris le mot «chances» une personne à la télé l'ait dit presque en même temps. Il est donc statistiquement logique que, de temps en temps, une coïncidence survienne.
Il y a des coïncidences beaucoup plus incroyables dont on n'entend parler parfois. De tels événements n'arrivent pas souvent, mais c'est statistiquement possible. Mais songeons au facteur de diffusion du récit de la coïncidence. En effet, s'il m'arrive une coïncidence anodine, je vais garder cette histoire pour moi. Mais plus la coïncidence qui m'arrive est incroyable et plus je vais en parler à des gens. Plus on nous raconte une coïncidence incroyable, plus il y aura de gens à qui l'on en parlera. Donc, compte tenu que la diffusion d'une coïncidence est directement proportionnelle à son improbabilité, il est donc logique qu'on en entende parler. Une coïncidence anodine c'est comme de brasser une fois un dé ordinaire (à six faces) et d'obtenir un six. Une coïncidence incroyable c'est comme de devoir obtenir un cent sur un dé à cent faces… mais d'avoir le droit de le brasser cent fois.
Certains à qui il arrive une coïncidence avantageuse vont se dire une absurdité comme : «Ah! C'est la preuve que Dieu – ou une autre intelligence surnaturelle – existe et qu'il m'aime!» C'est un biais cognitif lié à l'égocentrisme. Pendant que ton dieu te faisait trouver un dix cents sur le trottoir, il envoyait un ouragan détruire la moitié d'un pays. N'est-ce pas plus logique de penser que cela n'est qu'un hasard plutôt que de croire qu'une entité bonne et intelligente qui contrôlerait l'aléatoire, s'attarderait à nous faire vivre d'anodines coïncidences amusantes alors que tant de gens sont dans le besoin?
Je voudrais également vous parler des «fausses coïncidences». Certains diront par exemple : «La vie est apparue sur Terre et comme par hasard les conditions préalables à la vie existaient avant. C'est donc Dieu qui a mis en place ces conditions pour que la vie apparaisse.» Ici ce n'est pas une coïncidence. C'est un rapport direct de cause à effet. Si une chose existe dans le présent il est logique que l'on retrouve dans le passé les conditions permettant son existence. Autrement cette chose n'aurait jamais existée. L'existence d'une chose est donc la preuve de l'existence de ses causes dans le passé.
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La sécession du Québec
Je suis en faveur du fait que la province de Québec se sépare éventuellement de la fédération canadienne pour devenir un État politiquement souverain. Je ne suis toutefois pas du tout nationaliste; ni envers le Québec, ni envers le Canada.
Je pense que le gouvernement est un outil au service du peuple. Donc s'il ne nous sert pas bien, on est en droit de le congédier. Comme on change de banque ou d'épicerie quand on considère qu'on y a du mauvais service. Le gouvernement fédéral nous coûte cher et nous apporte peu. Transférer ses rares juridictions vers le provincial et congédier le fédéral serait donc avantageux. Nous ne serions plus obligés de financer des postes sans fonction comme les gouverneures générales (retraités ou en poste), les lieutenants gouverneurs et les sénateurs.
Sera-t-on souverain pour autant? Non. Le Québec sera souverain. L'individu demeurera assujetti à un État mais ce sera un gouvernement plus léger (donc moins coûteux) servant une population moins grande et moins dispersée. Donc je pense qu'il est à l'avantage de tous les habitants du Québec (sauf peut-être les fonctionnaires fédéraux, les sénateurs, etc.) de voter pour la séparation.
Sur le plan international, ce serait également quelque chose de bénéfique pour l'individu. Comme chaque pays n'a qu'une voix, diviser le Canada en deux donnerait une voix de plus dans les domaines où les citoyens canadiens sont actuellement d'accord (environnement, pacifisme, etc.) et permettrait d'être plus représentatif de la volonté du peuple dans les domaines où le Québec n'est pas d'accord avec la voix officielle du Canada.
En plus, la sécession serait la naissance d'un nouveau pays à l'époque moderne. Donc finit les lois passéistes. On pourra se doter d'une constitution reflétant les valeurs modernes (égalité des individus, liberté sexuelle, etc.). Et les traités contraignants ou abusifs que le Canada a contractés par le passé ne s'appliqueraient plus ici.
La volonté un peu trop conservatrice et obscurantiste de l'ouest canadien ne sera plus imposée au Québec. L'ancienne province deviendra donc une nation plus progressiste. Bien sûr, on peut déplorer le fait que le Canada sans le Québec ne deviennent trop dominer par les Conservateurs, mais je pense qu'au contraire, le fait d'avoir un pays progressiste à proximité (le Québec) permettra au Canada (sans Québec) de constater que les idées modernes fonctionnent bien.
Les arguments nationalistes et émotifs, qu'ils soient séparatistes (nationalisme québécois) ou fédéralistes (nationalisme canadien) n'ont aucune valeur rationnelle et tout être doué de raison ne devrait pas leur accorder la moindre attention. Vous allez rester qui vous êtes si on se sépare et les rocheuses ne changeront pas de place. On peut être attaché à son pays (c'est-à-dire, à la terre où l'on a vécu… donc moins de 0,001% du Québec sauf si t'as déménagé souvent) mais sentir que notre identité dépend de notre assujettissement à un gouvernement particulier, c'est du conservatisme et une dépendance psychologique malsaine (comme une femme battue qui se laisse faire par amour pour son conjoint).
jeudi 23 avril 2009
La laïcité culturelle
Le principe de laïcité – séparation de l'État et de la religion – est présent dans la plupart des pays occidentaux. Il permet aux citoyens de pratiquer la religion de leur choix sans subir de persécution.
Le concept de « religion » est caractéristique de la culture occidentale. On y fait donc une distinction entre un trait culturel religieux et un trait culturel laïque. Cette dichotomie ne m'apparaît pas comme allant de soi. Comment évalue-t-on la religiosité d'un trait culturel? Croire en l'astrologie ou que le treize porte malheur, est-ce religieux?
Selon moi, le principe de laïcité ne devrait pas se contenter de séparer religion et État, mais bien de séparer tradition et État. Éventuellement, ce sera la prochaine étape. Dans un monde post-nationaliste, les gouvernements ne seront plus que des institutions au service du peuple (au même titre que les banques et les épiceries), et n'utiliseront plus de « sentiment commun d'appartenance » ou de traits culturels communs pour se définir.
La « crise » des accommodements raisonnables et la tentative de définir une « identité québécoise » me semblent symptomatiques d'une trop grande interférence du gouvernement dans la sphère culturelle. Un Québécois est quelqu'un qui vit sur le territoire du Québec et donc qui participe à la société québécoise. Qu'il porte une burka ou qu'il regarde le hockey ne devrait pas être préoccupant pour le gouvernement.
Le glorieux destin des télécommunications
On pourrait dire que, dans l'histoire de la communication, l'émergence des télécommunications constitue, non pas une, mais plusieurs révolutions successives. Et, en dépit de tous ses détracteurs, FaceBook me semble l'aboutissement naturel, logique et même désirable de cette progression. Il en va de même pour Twitter et les blogues. Bien sûr, on peut dire que ce système est encore en rodage, mais il pourrait constituer ultimement une forme « d'intelligence collective » pour l'humanité. Laissez-moi vous expliquer tout ça en reprenant l'histoire des télécommunications.
Bon, il y eut d'abord la radio puis la télévision. Évidemment, c'était un progrès que de permettre à l'information de transcender l'espace, mais il n'y avait alors que l'élite qui pouvait occuper le statut d'émetteur. Il restait à démocratiser le procéder. Apparu alors le téléphone, successeur du courrier et prédécesseur du courriel et du tchatte – avec ou sans webcam. Cela permet donc à n'importe qui de communiquer avec n'importe qui, sans égard à la distance géographique. Mais la communication verbale n'est pas tout. Entretenir une conversation n'est pas la seule façon de transmettre ou de recevoir de l'information. Parallèlement, il y a le web. Un immense catalogue d'informations permettant à tout le savoir humain d'être accessible pour tout être humain. C'est comme une bibliothèque mais c'est infiniment plus facile d'y faire une recherche. Bien sûr, l'information y est moins rigoureuse, mais celui qui sait adroitement y faire le tri y trouvera une mine d'or de connaissances. Wikipédia incarne la « mémoire collective » où est stocké tout le savoir de l'humanité et accessible à toute l'humanité.
C'est là qu'arrivent Facebook, Twitter et les blogues! L'aboutissement de tout ça. C'est comme si chaque personne devenait une page web. Je puis transférer mes souvenirs dans un endroit pour les rendre accessibles à tous. J'ai le pouvoir de rendre public mon état émotionnel du moment. Les photographies de ma personne – qui « immortalisent » un instant de ma vie – sont désormais accessibles pour tous mes proches. Mon réseau social est cartographié. Chaque événement de ma vie est enregistré. Je peux plus facilement partager mes réflexions, mes sentiments et mes opinions avec quiconque le désire. Je peux m'adresser à quelqu'un de lointain et décider que notre conversation soit visible de tous (en écrivant sur le wall), comme si nous étions tous dans un même lieu dans un même moment. Et ce que je trouve le plus merveilleux, c'est que je peux suivre la vie de gens que j'avais perdu de vue sans même avoir à leur parler directement. Ça a l'air de rien, mais les conversations ordinaires sont bourrées de rites et de tabous (salutations, formules de politesses, introduction d'un sujet, etc.) qui « nuisent » à la communication (libre circulation des informations). On en apprend plus les uns sur les autres en devenant amis sur Facebook qu'en se demandant : « Quoi de neuf? » Et, demander une amitié sur Facebook est plus facile et socialement plus acceptable que de téléphoner à quelqu'un qu'on n'a pas vu depuis dix ans.
Bien sûr, tout cela est encore à un stade plutôt embryonnaire et est bourré de « pollution » intellectuelle. Mais lorsque l'on aura appris à discerner l'information qu'il vaut la peine de partager de celle qui n'est pas pertinente, on pourra plus facilement être à l'écoute des besoins des autres et faire progresser la science. Quand les idées peuvent circuler aussi facilement d'un cerveau à l'autre au travers du monde, leur progression est favorisée. D'un point de vue éthique, tout cela m'apparaît pleinement positif. Bien sûr, la notion de « vie privée » telle qu'on la conçoit à notre époque ne sera plus d'actualité si on continue comme ça, mais je n'y vois rien de mal. Pour moi, ce que l'on croit être de la pudeur est peut-être finalement de la gêne et du renfermement sur soi. L'antidote à l'excès d'individualisme qui caractérise notre société est peut-être justement ce revirement extrême vers un « exhibitionnisme » tel que Facebook.
Le propre de l'Homme à l'ère posthumaine
Dans beaucoup de traité de bioéthique, on se pose des questions sur « la nature humaine » ou la définition de l'humain. On accorde à cela une importance capitale dans tout débat de bioéthique. Lorsqu'ils tournent les yeux vers l'horizon du futur, les scientifiques anticipent au-delà l'existence d'êtres encore inexistants tels que des humains transgéniques, des robots à intelligence humaine, des cyborgs (mi-humains mi-robots), des mutants ou d'autres créatures posthumaines. Ils se questionnent donc à savoir si ce sont des humains ou non.
Les gens sont souvent intuitivement réticents à l'idée que l'on modifie sciemment le génome de l'humanité, même si c'est pour éradiquer des maladies génétiques ou améliorer le fonctionnement de l'organisme. Cette sacralisation découle de notre représentation d'une identité collective de l'humanité. À mes yeux, se demander «Un humain que l'on modifierait génétiquement serait-il encore un humain?» est du même niveau de futilité et de vacuité que de se demander si un Québécois qui se convertirait à l'islam demeurerait Québécois. Comme je l'ai déjà mentionné dans ma réflexion sur l'identité, se définir (collectivement ou individuellement) sur la base de telles critères constituent un frein inutile à notre progression. Cette aversion envers ce qui n'est «pas naturel» n'a aucune légitimité scientifique.
L'autre source de dédain envers les posthumains découle d'une certaine conception de l'éthique. J'en ai parlé dans ma réflexion sur l'avortement ainsi que dans celle sur le spécisme. La plupart des gens font de l'appartenance à l'espèce humaine le pilier du droit à la vie et à la dignité. Pourtant, l'humanité n'est qu'une espèce qui se définit, comme toutes les espèces, sur la base du critère de l'interfécondité. Une éthique ayant un pilier un peu moins arbitraire que notre «statut d'humain» (par exemple, l'éthique utilitariste) qui considérerait les individus selon leurs attributs individuels et non selon le groupe dans lequel on les classe serait moins discriminatoire et ne nécessiterait plus de tordre constamment la définition de l'humain pour accommoder nos idéologies.
Cet humain transgénique n'est plus un humain? Pis après! Peut-il ressentir la douleur? Est-il conscient d'exister? Peut-il communiquer avec nous? Voilà des questions plus pertinentes pour évaluer le statut juridique d'un être et la considération qu'on doit éthiquement lui témoigner.
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vendredi 17 avril 2009
Le relativisme culturel
En anthropologie – discipline dans laquelle j'ai fais mon bacc – le relativisme culturel constitue un pilier central. C'est donc également un pilier central de ma philosophie. Le relativisme culturel c'est reconnaître que l'on ne peut pas juger une pratique culturelle en utilisant des critères issus d'une autre culture. C'est-à-dire, que si l'on trouve une coutume «grotesque» ou «barbare», c'est qu'on la regarde de l'extérieur et hors de son contexte. On ne peut donc pas considérer ceux qui la pratiquent comme des «monstres» ou des «enfants». Un truc, c'est de porter sur soi-même le regard que l'on porte sur autrui, en se demandant ce que l'on aurait pensé de nos propres coutumes si on les voyait aujourd'hui pour la première fois.
Quelques exemples :
- Quand quelqu'un parle en mal de l'Islam ou du mouvement raëlien, je suis généralement d'accord avec ses affirmations… mais la personne devrait songer à la poutre qu'elle a dans l'œil avant de chercher la paille dans celui des autres. « Les Raëliens sont niaiseux, ils croient aux extraterrestres! » Si tu crois à l'immaculée conception ou à la résurrection, il me semble que tes croyances méritent autant, sinon plus, ce genre de qualificatif. « Le Coran est plein de propagande haineuse et de sexisme! » Si tu considères la Bible comme un livre vertueux, il me semble que tu es bien mal placé pour juger du Coran. On retrouve les mêmes messages de haine, de sexisme, de racisme et d'homophobie dans ces deux livres saints. Un athée pourrait réprouver une telle croyance, mais celui qui possède une autre croyance tout aussi maléfique et irrationnelle ne me semble pas bien placé pour juger.
- Quand quelqu'un dit « Les Chinois sont monstrueux car ils mangent des chiens et des chats! » je ne puis qu'être d'accord… mais la personne qui dit ça devrait peut-être se regarder le nombril avant de pointer l'autre du doigt. En Occident, les gens mangent des porcs – animal que l'on dit plus intelligent et affectueux que les chats ou les chiens. Un végétarien pourrait désapprouver une telle alimentation, mais celui qui mange des animaux doués de conscience, de sensations et d'intelligence, ne peut pas juger un autre qui le fait en prétextant qu'il s'attaque à des proies différentes des siennes.
- Quand quelqu'un dit que « c'est con » de fumer la cigarette, je suis complètement avec lui… mais si cette personne est alcoolique ou accro au pot, il me semble qu'elle est mal placée pour parler. Seuls les gens qui ne consomment aucune de ces substances pourraient non-hypocritement dénigrer ces pratiques. Mais celui qui a une dépendance pathologique quelconque ne devrait pas avoir une mauvaise opinion de quelqu'un d'autre ayant une dépendance différente.
Il y a aussi le danger de sombrer dans l'autre extrême. De nos jours les gens tombent souvent dans un relativisme stérile empêchant de mesurer l'éthique ou l'intelligence d'une action. Des phrases telles que «T'es qui toi pour juger?» ou «Il existe plusieurs sortes d'intelligence…» seront employées abusivement afin d'éviter que l'on ne puisse mesurer la justesse d'une pratique ou d'une opinion. Il ne faut pas confondre le relativisme culturel avec le relativisme éthique. Disons qu'il ne faut pas considérer une pratique comme «anormale» simplement parce que l'on n'y est pas habituée, mais on peut quand même juger si elle cause plus de souffrance que de bonheur dans l'univers et donc mesurer son aspect éthique. Cela ne nous donnera par contre pas nécessairement d'indice sur la bienveillance de l'agent qui la pratique (il ne fait qu'exécuter une tradition sans la remettre en question), mais l'acte prit isolément peut être évalué éthiquement.
L'évolution de la communication
Je pense que ce qui nous distingue des autres mammifères n'est pas tant notre intelligence que notre faculté à communiquer des informations complexes. On a d'abord acquis la parole, ensuite l'écriture, l'imprimerie puis les télécommunications.
Imaginons un hamster qui, grâce à une mutation incroyable, serait aussi génial qu'Einstein. S'il découvrait l'agriculture ou la bombe atomique, il n'aurait aucune manière de transmettre ce savoir à ses pairs. Sa découverte mourra avec lui. Tandis qu'un humain moderne peut, en moins de quelques heures seulement, transmettre une joke cochonne à toute la planète grâce aux courriels et à leur fonction « forward ».
Individuellement, l'humain n'est pas tellement plus intelligent que le chimpanzé. Nous bénéficions simplement du cumul des intelligences de tous les humains qui nous ont précédés. Tant qu'il y aura des humains en ce monde, notre intelligence collective sera immortelle!
La simili-viande
Cette gamme de produits est très pratique. Par exemple, si je suis invité à un barbecue, je n'ai qu'à apporter mon paquet de saucisses «veggie dog» pour pouvoir maintenir mes choix alimentaires sans pour autant subir l'exclusion sociale (même si je vais inévitablement être victime de moqueries et de commentaires désobilgeants). Ou, simplement, si je manque d'imagination pour composer des plats végétariens, je puis faire une recette traditionnelle familiale en substituant le steak haché par du «faux bœuf haché».
J'entends souvent la même objection par rapport à ces produits. Elle me fait rire intérieurement tant elle me semble insensée quand on y pense comme il faut, même si elle a l'air logique si on l'écoute distraitement. Ça va comme suit :
On appelle ça de la fausse viande parce que ce n'est pas de la viande mais que ça a pour but d'occuper la même niche gastronomique. Ça sert à remplacer la vraie viande comme ingrédient dans les recettes. Cela ne rend pas ce produit «faux» pour autant. Il existe réellement! Et sa valeur nutritionnelle aussi. Ce n'est qu'un nom. Si l'on décidait d'appeler le chocolat du simili-caca, je ne pense pas que personne ne se mettrait à se délecter d'excréments en me disant «Tant qu'à manger de la marde, autant en manger de la vraie!»
J'entends également parfois un autre commentaire à propos de la fausse viande. En plus de ceux qui me disent qui ne comprennent pas pourquoi je mange de la fausse viande plutôt que de la vraie, il y a ceux qui me disent :
«Si tu manges de la fausse viande c'est que, en quelque part, tu reconnais que la viande c'est bien.»
J'ai essayé de donner une version synthétique de cet argument mais, en gros, l'idée c'est que consommer de la fausse viande confirme qu'il faut manger de la viande, ou que la viande goûte bon, ou qu'on ne peut s'en passer, ou qu'elle est supérieure aux mets végétariens, etc. C'est un argument que l'on peut entendre autant de la part de non-végétariens que de végétariens ne mangeant pas de simili-viande.
Dans la perspective d'une éthique utilitariste, ce type d'argument n'a aucun sens (j'ai moi-même de la difficulté à en saisir le sens tant il me semble creux...). À moins de considérer que ce qu'il y a de non-éthique dans la consommation de viande c'est le fait de prendre plaisir à goûter le fruit de la souffrance animale (ce qui se défend moyennement...) et qu'en goûtant une imitation de ce produit on se souille autant qu'en goûtant l'original (ce qui m'apparaît indéfendable). Personnellement, c'est la souffrance elle-même que je considère indésirable et c'est le fait de créer une demande pour causer cette souffrance que je considère répréhensible.
Donc la consommation de simili-viande ne vient d'aucune façon affaiblir, ni même attaquer, les fondements de mon végétarisme. Le «mal» ne réside pas dans la viande mais dans la souffrance. Si l'on produisait en laboratoire de la vraie viande à partir de culture de cellules animales, je n'aurais aucune objection éthique à en consommer.
La malfaisance et la malveillance
Un être malfaisant est quelqu'un dont les agissements sont une source de souffrance pour un ou plusieurs autres individus. Cela peut ou non être volontaire de sa part. Ainsi, si je piétine tous les jours le parterre de fleurs de mon voisin, je suis malfaisant pour lui, même si j'agis ainsi sans m'en rendre compte.
Le malveillant est celui qui prend plaisir à causer de la souffrance à autrui. Je parle de « malveillance pure » ou de méchanceté lorsque la personne, par sadisme ou par vengeance, aura directement du plaisir du simple fait de donner cette souffrance, et de malveillance indirecte ou d'égoïsme lorsqu'une personne cause plus de souffrance qu'elle ne gagne de bonheur en choisissant de faire passer ses besoins secondaires après les besoins primaires d'autrui.
Personnellement, je ne crois pas vraiment à la méchanceté pure. Pour moi, une personne qui comprend vraiment ce qu'est le mal ne peut le faire de sang froid. Mon déni de la malveillance est tel que je préfère avoir recours à la loi du rasoir d'Hanlon et «ne pas attribuer à la méchanceté ce qui peut être expliqué par l'ignorance».
Selon mon humble avis, un système de justice ne devrait pas rechercher à éliminer la malveillance mais la malfaisance. Que l'individu soit «méchant» ou mentalement aliéné n'est pas le point. Cause-t-il de la souffrance? Si oui, quelles mesures peut-on prendre pour nous en prémunir? Une sanction pour le conditionner négativement? Une thérapie? Pour moi, la plupart du temps, la délinquance est le symptôme d'un trouble psychologique. La prison devrait ressembler davantage à un centre de réhabilitation plutôt qu'à une cage à criminels.
dimanche 29 mars 2009
Nous est un autre
La raison de cette aberration est que l'individu va s'identifier à une catégorie dont il parlera au nous. Il s'en suivra que lorsqu'il utilisera un verbe dont le sujet serait un nombre pluriel de membres de son groupe mis en interaction avec des non-membres, il fera usage du «nous» même si le «eux» aurait été logiquement plus approprié. C'est le nous identitaire. Par exemple, il pourra dire «Nous, les Québécois…» même si ce groupe est majoritairement composé de gens qui lui sont totalement inconnus. Il pourra également dire «On a gagné la game de hockey hier!» au lieu de dire «L'équipe sportive pour laquelle je prends a gagné!» C'est intéressant comme usage, car ni lui ni son interlocuteur ne se trouvait sur la glace, et il emploie quand même le nous.
En plus de s'étendre trop loin, la frontière du nous sera parfois tracée d'une façon purement contingente et arbitraire, tout en étant floue et changeante. Par exemple, en disant «Nous, les Québécois…», une personne parlera tantôt des francophones résidants au Québec, tantôt de ceux ayant une ascendance française, tantôt de ces derniers en incluant les «immigrants intégrés» et tantôt de tous les habitants de la province sans distinction aucune. Tout cela, dans un même discours en sautant aléatoirement d'une définition à l'autre.
Il y a également le nous historique. Dans un cours d'histoire du secondaire, il est possible d'entendre l'enseignant dire : «Les Anglais nous ont battu sur les plaines d'Abraham.» Le «nous» devrait désigner normalement le professeur et ses élèves. Il est toutefois évident qu'aucun d'entre eux ne se trouvaient sur les plaines en 1759. C'est donc un nous identitaire qui s'étend dans la dimension temps.
Personnellement, j'essaie d'éviter tous ces abus de nous. Si ce pronom donne l'illusion d'être inclusif, il sert plus souvent qu'autrement à se distinguer d'un eux et donc d'exclure. Il m'apparaît être une source de discrimination arbitraire et de biais cognitif. J'ai trop souvent entendu des «Nous, les Québécois…» et des «Nous autres, les gars...» auxquels je ne m'identifiaient pas et ça m'agace quand quelqu'un prétend parler en mon nom sans me consulter. Utilisons donc ce pronom avec parcimonie et sagesse.
Mon scientisme
On pourrait résumer le crédo de ma «foi en la science» en quatre points :
- Toute donnée obtenue sur la base d'une intuition ou d'une «révélation» est considérée comme moins fiable qu'une vérité scientifique.
- On doit garder un esprit critique même face à ce que l'on prend pour acquis et être ouvert à de nouvelles données ou à de nouveaux raisonnements.
- Notre quête de sens ne doit pas interférer avec notre quête de vérité. Pour cela, on doit apprendre à donner à notre vie un sens ne faisant pas entrave au progrès de la science, ainsi qu'à nous émerveiller devant les faits scientifiques comme nous le faisons devant les mythes.
- Ce que l'on doit essayer d'atteindre n'est pas une asymptotique vérité «absolue» mais simplement une vérité scientifique. C'est-à-dire, un modèle de représentation de la réalité nous permettant d'établir des prédictions.
J'apporterai cependant un bémol à mon adhésion au scientisme. La seule chose que je mettrais «au-dessus de la science» serait l'éthique. Car je ne pense pas qu'acquérir de nouvelles connaissances puissent se faire à tout prix, le coût éthique est à considérer. Toutefois, l'éthique à laquelle j'adhère est un utilitarisme qui tente d'être aussi «scientifique» que possible. Autant la science nous permet de trouver de nouveaux moyens d'agir éthiquement, elle nous permet également de mieux définir notre éthique à la lumière des nouvelles connaissances qu'elle apporte. Comme la médecine est une science appliquée qui recherche des moyens de guérir un patient, l'éthique est peut-être une forme de science appliquée ayant pour but d'accroître le bonheur dans l'univers.
Pour conclure, si l'on dit qu'une religion a un volet «conception du monde», un volet «morale» et un volet «appartenance à un groupe», eh bien on pourrait alors dire que ma «religion» personnelle a la science comme conception du monde et l'utilitarisme comme morale… et tant pis pour le troisième volet.
–––
* Les plus sûres des faits scientifiques (héliocentrisme, sélection naturelle, etc.) sont appelés «théories» alors que les moindres détails théologiques des religions (immaculée conception, transsubstantiation, etc.) sont des dogmes. C'est dire comme la science n'est pas dogmatique et prône sa propre remise en question perpétuelle.
Les mythes irréfutables
Il y a des créatures mythiques dont on peut dire que l'inexistence est pratiquement démontrée. Par exemple, comme les zoologistes n'ont pas répertorié de licornes et de centaures nul-part sur Terre, et comme les médecins n'ont enregistré aucun cas de lycanthropie ou de vampirisme, on peut dire que toutes ces créatures sont de la pure fiction. L'humain a une connaissance suffisamment élevée de son environnement pour savoir que ces êtres ne s'y trouvent pas.
(…) nul témoignage ne suffit à établir un miracle, à moins que le témoignage ne soit de telle sorte, que la fausseté en fut plus miraculeuse que le fait qu'il tente d'établir; (…)
Mon végétarisme
J'ai moins besoin de manger le porc que le porc n'a besoin de ne pas être mangé. Pour lui, cela signifierait la mort alors que, pour moi, c'est simplement la perte d'une saveur particulière. Donc, selon une éthique utilitariste, il ne serait pas légitime que je tue ce porc pour le manger si je puis bien vivre en m'en passant. Il y a plus de bonheur dans l'univers si ce porc ne meure pas pour me servir de repas. Les choses seraient différentes si j'étais un animal carnivore. Le loup ne peut survivre sans viande. Même si ce serait théoriquement possible de lui concevoir des substituts, le loup a la capacité de se pourvoir en viande mais pas celle de cultiver un champ de soya. Bref, son besoin «manger un cerf» est nécessaire à sa survie et arrive donc à égalité avec le besoin «ne pas être mangé» du cerf. Dans une telle situation, son égoïsme est légitime.
Selon ce raisonnement, il serait contraire à l'éthique, si je croiserais un porc sur le trottoir, de l'abattre dans le seul but de me délecter de sa chair. Mais qu'en est-il de l'action d'acheter de la viande à l'épicerie? L'animal est déjà mort. Même avec le bouche-à-bouche ou un défibrillateur, je doute que je puisse ramener à la vie un paquet de six McCroquettes. Toutefois, bien qu'acheter la viande d'une bête morte ne lui porte pas préjudice, cela est nuisible pour celle qui devra mourir pour prendre sa place sur la tablette. Ce n'est donc pas le geste de consommer la viande qui est contre l'éthique, c'est le fait d'encourager une entreprise à continuer d'élever et de tuer des animaux pour la consommation. C'est la demande que je crée qui fait que l'on abattra cette bête.
Maintenant, si l'on m'offre de la viande gratuitement? Je pourrais la manger sans financer les abattoirs. Toutefois, je préfère laisser cette viande à ceux qui n'ont pas choisi le végétarisme. En laissant plus d'individus dans le pool de proies, les prédateurs en tueront moins. Si mon hôte a un restant de viande demain midi, il s'en fera un sandwich ce qui lui évitera de s'acheter un met à base de viande à la cantine. Indirectement, j'aurai quand même réduit la demande.
Il m'est quand même arrivé une fois de manger de la viande. J'avais commandé une pizza nature (fromage et sauce seulement) et le livreur m'a donné une pepperoni-fromage. Il avait déjà quitté lorsque je m'en suis rendu compte. Étant donné que je ne pouvais plus rien pour cette pizza (qui serait jeté aux poubelles si je la retournais) et que la transaction avait déjà effectuée, j'ai dégustée cette pizza (qui, objectivement, n'étais pas très bonne finalement…). Car mon végétarisme est un principe éthique et non un tabou alimentaire. Le but n'est pas d'éviter de «me souiller» en touchant la chair morte avec ma langue, mais bien de réduire la souffrance dans l'univers.
Pour finir cette réflexion, je tiens juste à préciser que je ne porte pas de jugement de valeurs sur personne. J'ai évalué ici que mon besoin de manger de la viande était trop faible pour rivaliser avec les besoins vitaux de mes proies potentielles. Mais je ne suis pas vous (j'ai d'ailleurs employé le «je» tout au long de mon raisonnement). Peut-être avez-vous une telle addiction envers la viande qu'il vous serait inconcevable de vous en passer. Si tel est le cas, je me verrais mal vous dire : «Cessez de mangez de la viande, sombrez dans la dépression, puis suicidez-vous!» Moi je n'ai jamais trippé sur la viande, ça m'a toujours apparut comme un met plutôt fade. Je ne mangeais d'ailleurs que le blanc de poulet, le steak haché (dans de la sauce) ou les saucisses à hot-dog; le reste goûtait mauvais dans ma bouche sans une surdose de sauce ou de ketchup. Choisir le végétarisme fut donc facile pour moi. Mais si j'apprenais demain matin que le beurre de pinottes ou le chocolat est fait avec des pancréas d'enfants du Tiers-Monde, il me serait sans doute difficile d'arrêter d'en manger. Mais pour la viande, ce sont seulement les pressions sociales qui me font regretter de ne pas en consommer.
Comme je vous l'ai déjà mentionné en parlant des «monstres», je ne suis pas du genre à juger et à diaboliser ceux qui commettent des actions qui causent de la souffrance. En plus, je ne suis pas en train de dire que manger de la viande c'est «être méchant», je dis simplement que c'est un geste contraire à une éthique utilitariste car cela cause plus de souffrance que de bonheur dans l'univers. C'est comme de dire 2+2=4.
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Le mensonge n'est pas un mal en soi
Quand on dit aux enfants « mentir c'est mal! », on induit en eux un antagonisme avec les normes de politesse qu'on leur inculque. Comment peut-on leur demander de dire à leur invité qu'il porte de beaux vêtements lorsqu'ils sont laids, ou à leur hôte que son repas est délicieux lorsqu'il est infecte, si on leur dit en même temps qu'ils ne doivent jamais mentir? Ce qu'on devrait leur apprendre c'est qu'il est mal de tromper les gens. Le mensonge n'est indirectement mal que lorsque utilisé pour la tromperie.
Il faut toutefois demeurer vigilant lorsque l'on utilise le mensonge. On doit penser aux conséquences à long terme; principalement à ce que cela nous coûtera en terme d'efforts pour maintenir ce mensonge (et tous les autres mensonges que l'on tissera autour), aux probabilités que la personne découvre la vérité un jour et à sa réaction lorsque ce sera fait. Un mensonge n'est plus éthiquement justifiable s'il a des effets bénéfiques à court terme, mais qu'il sera nuisible à long terme.
Il faut également tenir compte des intérêts réels de la personne. Peut-être qu'on lui cache un fait parce qu'on estime que cela la fera souffrir inutilement mais que cette personne aimerait mieux connaître la vérité plutôt que de vivre dans une illusion agréable. Dans cette perspective, ce serait s'opposer aux intérêts de la personne que de lui mentir et, donc, ce serait contraire à l'éthique.
mercredi 25 mars 2009
Les fondements non-métaphysiques de l'éthique
Je pense que le problème est peut-être la définition que ces gens donnent au bien et au mal. Si ces derniers se définissent respectivement comme l'obéissance et la désobéissance envers la volonté de Dieu, il est clair qu'ils ne peuvent se passer de lui pour avoir du sens. Et, il devient parfaitement tautologique de dire que Dieu est infiniment bon... puisqu'il obéit nécessairement à sa propre volonté. C'est souvent ainsi que les obscurantistes religieux définissent leur éthique. Pour eux, Dieu nous a ordonné de ne pas tuer, de nous aimer les uns et les autres et de tendre l'autre joue alors c'est ça qui est le bien. Mais, quand Dieu nous ordonne d'exciser nos filles ou de génocider les Cananéens, c'est ça qui devient notre devoir moral.
Étant un utilitariste, «faire le bien» est pour moi une expression connotée positivement signifiant «choisir l'alternative qui devrait maximiser le bonheur de tout être». Inversement, «faire le mal» est une façon péjorative de dire «faire sciemment un choix qui causera plus de souffrance que de bonheur». On se rend compte que le mot «Dieu» ne figure pas dans mes définitions. C'est la preuve qu'il est possible d'avoir une éthique sans aucun fondement d'origine surnaturelle.
On me répond alors : «Mais alors on n'est pas forcé? À quoi ça sert de faire le bien si on n'a pas de récompense après la mort? Pourquoi éviter de faire le mal si ce n'est pour éviter d'aller en Enfer?»
Effectivement, il n'y a aucune coercition divine pour veiller à ce que l'on fasse le bien et qu'on évite le mal. C'est pourquoi on doit développer cette faculté qu'est l'altruisme, c'est-à-dire que l'on doit comprendre que les besoins des autres sont aussi importants que les nôtres. Le simple fait d'avoir créé du bonheur ou d'avoir évité de faire souffrir devrait constituer une récompense suffisante pour que l'on recherche à faire le bien. Sinon, c'est que l'on manque peut-être de maturité morale.
Les livres attrape-nigauds
Il y a ceux du culte de la «force d'attraction» ou «loi de l'attraction». Tels que Que la force d'attraction soit avec vous ou Les clés de la loi d'attraction. Le livre Le Secret et ses déclinaisons (Le Secret décrypté, Le secret du Secret, Le plus vieux secret du monde, Le secret de la rose, Le secret c'est Dieu, etc.) font également partie de cette catégorie qui inclue aussi tout ceux ayant «millionnaire» dans le titre ou «Marc Fisher» comme auteur. Il s'agit de livres valorisant la pensée magique. Avoir une attitude positive pourrait non seulement nous aider à passer une entrevue ou à réussir un examen, mais ça nous permettrait également de gagner à la loterie ou qu'il fasse beau demain. Cela est bien sûr absurde. On nous sortira comme argument que «Quelqu'un qui avait lu Le Secret a gagné à la loterie!» Ce qui est pour moi totalement explicable sans cause surnaturel. Il y a tellement de gens qui ont acheté Le Secret (c'est un best-seller!) qu'il y a toutes les chances pour que le gagnant du gros lot en fasse partie.
Ensuite, il y a les livres de médecines alternatives. Tout ceux qui parlent de l'énergie vitale (ch'i ou ki) et des chakras, ou qui disent que toutes les maladies sont psychosomatiques ou qu'elles ont en sens, en font partie. De même que les régimes des groupes sanguins, l'homéopathie et la majorité de la naturopathie. Ceux-là sont plus dangereux. Des gens se diront : «Bah, oublions la chimio… J'ai juste à mieux exprimer mes émotions, à jeûner pendant une semaine et à manger un pois sec, pis je vais être guéri de mon cancer!» et mourront quelques mois plus tard. Certains plus cyniques me diront que c'est la sélection naturelle et qu'il est normal donc que les gens moins intelligents meurent à cause de leur propre stupidité. Ce point de vue ne me semble pas défendable éthiquement.
Il y également les livres millénaristes, c'est-à-dire qui nous disent que la fin du monde est proche et que les élus seront sauvé pour aller dans un monde meilleur mais que les autres souffriront atrocement et seront détruits. En ce moment, la date de la fin du monde est le 21 décembre 2012, mais il n'y a pas si longtemps c'était le 31 décembre 1999 et avant cela c'était prévu pour 1984. En fait, on est toujours à moins de vingt d'une fin du monde. Quand la date passe et qu'il ne se passe rien, on la repousse vers une date ultérieure en fonction d'une autre soi-disant convergence de prophéties (en effaçant de nos mémoires le fait que la dernière prédiction d'apocalypse ne s'est pas réalisée). Par exemple, les Témoins de Jéhovah ont été fondés par un gars qui prétendait que la fin du monde serait pour 1914. Il l'a ensuite repoussé d'une dizaine d'année, puis une autre fois. Aujourd'hui, les Témoins de Jéhovah disent encore que la fin du monde est proche mais ne donnent plus de date précise; ils ont compris.
Il y a les livres de médiums. L'auteur est donc quelqu'un qui dit être en contact avec un guide surhumain quelconque (son fils décédé ou un maître archange ascensionné de niveau 7 avec une épée +1) qui lui dit que la mort n'est qu'un passage et qu'après c'est bin plus cool que maintenant. Je trouve toujours triste et pathétique ce genre de livre. Être à ce point incapable d'accepter l'existence de la mort doit être difficile à vivre.
Il y a aussi les livres conspirationnistes. Leur niveau de paranoïa et d'imagination est surprenant. C'est une chose de dire «l'administration Bush nous a peut-être caché certaines données sur le 11 septembre 2001...» mais c'en est une autre de dire «les attentats du 11 septembre, ainsi que tous les événements historiques importants, font partie d'une conspiration pour que le monde soit contrôlé par une société secrète qui date de 6000 avant notre ère, fondé par les mages sumériens, les templiers et les chevaliers de Colomb, et qui est composée de reptiles extraterrestres qui s'était installés sur un continent engloutie et qui peuplent désormais le monde souterrain» Il me semble que la version de celui qui remet en doute la version officielle mérite tout autant – sinon plus – d'être remise en doute que la version officielle.
Une réflexion sur les livres attrape-nigauds serait incomplète si je ne parle pas des champions intemporels de cette discipline : la bible, le coran, les vedas, la torah, etc. Il y aussi les livres d'astrologie dont je pourrais parler. Mais, malheureusement, cette réflexion est déjà assez longue comme ça. Ça prendrait trop de place! Vous vous en tirez pour l'instant, mais ce n'est que partie remise.
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L'antispécisme
D'un point de vue biologique, on définit l'espèce comme un «ensemble d'individus interféconds» c'est-à-dire capables d'engendrer une descendance viable et fertile. Cette définition m'apparaît incomplète puisqu'un individu que l'on stériliserait «sortirait» aussitôt de l'espèce. Je propose la définition suivante, peut-être plus complète, inspirée de la cladistique : «ensemble des descendants de l'ancêtre commun exclusif d'un groupe d'individus interféconds». Ainsi, on ne peut «sortir de l'espèce» qu'en en devenant une nouvelle.
Quoiqu'il en soit, cette conception de l'espèce nous amène une réponse à la question existentielle du «propre de l'Homme». En effet, ce qui est propre à l'humain – c'est-à-dire, un trait qu'auraient tous les humains mais que n'aurait aucun non-humain – c'est d'être génétiquement compatible (interfécond) avec un autre humain. L'espèce se définissant sur la base de ce seul trait. Tous les autres attributs que l'on associe à l'humain peuvent être «fortement corrélés» avec l'espèce mais n'en sont pas des préalables ni des conséquences. Un humain peut avoir une déficience intellectuelle le rendant psychologiquement équivalent à un chien sans perdre son «statut d'humain» pour autant.
En dépit de l'apparente étanchéité des espèces dans un point précis du temps,* cette discontinuité disparaît dans une perspective diachronique. En effet, dans la dimension temps, tous les ensembles d'interfécondités sont en continue. Un rejeton est nécessairement de la même espèce que ses géniteurs; c'est-à-dire fécond avec eux. On ne peut pas prendre un individu précis parmi nos ancêtres et dire «Voici le premier humain!» Tout comme l'évolution des langues, celle des espèces se fait par petites mutations progressives. Chercher le premier humain est aussi vain que de chercher le premier francophone.
Mon point est que, dans cette optique, l'ensemble «espèce» n'est plus un critère suffisant pour établir la limite de notre considération éthique. Bien sûr l'espèce est corrélée avec un grand nombre de traits – ceux qu'elle a acquis depuis sa spéciation – mais c'est sur ces traits eux-mêmes que l'on devrait focaliser et non sur le critère «espèce». L'interfécondité me semble un critère insuffisant pour établir les droits d'un individu. Pour moi, un chien qui aurait une mutation improbable le rendant capable de parler et de raisonner, mériterait d'avoir le droit de voter.
Un deuxième point très important qu'il faut également prendre en considération, c'est que les critères que l'on qualifie généralement de «propre de l'Homme», telles que la parole et la raison, sont souvent arbitrairement corrélé avec nos considérations éthiques. Logiquement, tout être capable de souffrir mérite que l'on prenne en compte le fait qu'il souffre. Qu'il puisse se reproduire avec moi ou non ne doit pas interférer avec l'éthique. Et, comme disait le philosophe utilitariste Jeremy Bentham (1748-1832) :
La question n'est pas, « peuvent-ils raisonner? » ni « peuvent-ils parler? » mais « peuvent-ils souffrir? »
Je soutiens donc qu'il est important de donner aux animaux des droits à la mesure de leurs besoins, au lieu de ne pas leur donner de droit du tout. Ce point de vue est très rationnellement défendu dans le livre La libération animale du philosophe utilitariste Peter Singer (1946-…). Sinon, l'article Antispécisme de Wikipédia n'est pas mal non plus.
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* Il y a parfois des populations « intermédiaires », interfécondes avec des populations non-interfécondes.
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samedi 21 mars 2009
Le meilleur de sa catégorie
Il y a toutefois des types de compétition dans lesquelles je ne comprends pas la pertinence de faire ce genre de catégorie. Par exemple, pourquoi les homosexuels devraient-ils avoir leurs propres Jeux Olympiques? Pourquoi donnerait-on un prix à la meilleure femme auteure de l'année en plus de donner un prix à l'auteur de l'année tout genre confondu? Pourquoi y a-t-il un oscar pour le meilleur acteur et un autre pour la meilleure actrice? Pourquoi y a-t-il un prix pour la plus belle Noire Étasunienne en plus de celui pour la plus belle Étasunienne toute pigmentation confondue?
Multiplier les catégories ne peut servir qu'à multiplier les gagnants. Éventuellement, on pourrait entendre :
Hourra! J'ai gagné le prix «auteur de l'année» dans la catégorie «femme de moins de trente ans, de plus de 6 pieds, d'origine lavalloise, née en novembre et dont le nom de famille commence par un "S"!»
Personnellement, je trouve que l'existence de ce genre de catégories séparées sous-entends implicitement que les femmes ne seraient pas d'assez bonnes auteures pour gagner les mêmes prix que les hommes, que les homosexuels ne seraient pas assez athlétiques pour remporter des médailles aux vraies Olympiques et que les Noires ne seraient pas d'assez belles femmes pour remporter le prix de Miss America. Surtout quand, par exemple, il y a une catégorie spéciale pour les femmes mais pas de catégorie spéciale pour les hommes. Je m'oppose donc à ce genre de séparation puisque je ne crois aucunement que ce soit le cas.
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La vie après la mort
Comme le déisme, la croyance en l'après-vie est une position que je respecte. En autant qu'elle se limite à ça. Si l'on ne spécule pas sur le sort des âmes défuntes et que l'on ne prétend pas pouvoir communiquer avec elles, la croyance en l'au-delà ou en la réincarnation n'est pas un obstacle à la quête de vérité et est tout à fait compatible avec une éthique éclairée. Bref, je n'ai rien contre l'existence de telles croyances.
Mais aussitôt qu'on y rajoute une notion de karma (par exemple, selon laquelle les «pécheurs» vont en Enfer ou se réincarnent en limaces) ou de spiritisme (c'est-à-dire, la possibilité pour les vivants de communiquer avec les morts), on ne parle plus d'une simple croyance rassurante mais d'obscurantisme. Celui qui peut faire croire à ses semblables qu'il sait les secrets de l'après-vie, pourra leur faire faire ce qu'il veut. Car, il les manipulera par leur plus grande faiblesse, celle qui fait que l'on a besoin de donner un sens à nos vies : la peur de mourir et de perdre ceux qu'on aime. Ce charlatan pourra leur soutirer des sommes faramineuses en échange d'une séance de spiritisme pour communiquer avec un proche trépassé, ou d'indulgences pour écourter leur séjour au purgatoire.
Si l'on me demande personnellement si je crois qu'il y a une vie après la mort, je répondrai par la négative. Pour moi, l'âme n'existe pas indépendamment du corps, donc elle meurt avec lui. La croyance en l'âme est la conséquence d'une illusion inhérente à notre façon de modéliser le monde. Quand je dis que je crois qu'il n'y a rien après la mort, les gens s'imaginent généralement que je crois que notre âme continue son existence dans un néant ténébreux jusqu'à la fin des temps. En fait, comme nous le disait le philosophe Épicure (341–270 av. notre ère), «la mort n'est rien pour nous» puisque «tant que nous existons la mort n'est pas, et que quand elle est là nous ne sommes pas». Pour faire un lien avec ma réflexion sur le fait que le temps est une dimension, c'est comme si ce qui se passait après notre mort avait lieu dans un endroit où nous ne sommes pas (le futur). Et, c'est comme si ceux qui sont morts se trouvaient dans un lieu où nous ne sommes plus (le passé).
Cela ne nous renseigne pas vraiment sur l'expérience subjective que vît le mourant. Mais je me dis que nul n'expérimente vraiment la mort. Nous n'existons, en tant que conscience, que dans cette zone appelée «corps» et dans cette période appelé «vie». On peut se représenter cela comme si, après la mort, on revenait à notre naissance et que l'on revivait ainsi perpétuellement la même vie en boucle continue sans s'en rendre compte. Ou, comme si le présent et l'écoulement du temps n'étaient qu'illusion et qu'en réalité on existe «éternellement» en occupant tout l'espace temporel qu'est notre vie. Mais ce ne sont là que des images pour nous représenter l'inconcevable; une conscience ne peut concevoir sa propre non-existence.
Quoiqu'il en soit, même s'il s'avérait qu'il y a effectivement une «autre vie» après celle-ci, je pense que cela ne change rien à l'importance de notre vie actuelle. Vivons-la tant que nous sommes dedans. S'il y en a une autre ensuite, on verra ce qu'on fera rendu là.
L'avortement
La question «Est-ce un humain?» ne me semble ni scientifique, ni pertinente pour se demander si un embryon «a des droits». L'humanité n'est, finalement, qu'une catégorie arbitraire. On devrait plutôt se demander s'il peut souffrir, s'il désire survivre et s'il a une conscience d'être. Le moment de la grossesse où il acquiert ces facultés me semble le seul qui ne soit pas arbitraire pour définir à partir de quand l'embryon passe du statut de chose à celui d'être; donc le point où l'on devrait fixer la date limite légale pour l'avortement.
Certains sont pour l'avortement mais «avec modération». Comme si cet acte était un mal mais un mal minuscule, et donc que le cumul de plusieurs avortements constituait un mal suffisant pour être répréhensible. Pour ma part, je ne vois strictement rien de mal dans le fait d'interrompre une grossesse à un stade où l'embryon n'a pas plus d'activité cérébrale qu'une fougère (c'est-à-dire, aucune). Pour qu'il y ait du mal, il doit y avoir de la souffrance, et pour qu'il y ait de la souffrance ça prend un système nerveux actif ce que ce proto-humain ne possède pas. Peu importe ce que l'embryon aurait pu devenir, présentement il n'est qu'un amas de cellules dépourvu de conscience et doit être traité comme tel.
Et c'est encore plus vrai si je l'avorte, car cela veut dire que l'état embryonnaire dans lequel il se trouve constituera l'intégral de son existence et donc qu'aucune conscience n'habitera jamais ce morceau de viande. Si je choisissais, par exemple, de mutiler un embryon, on pourrait toujours me dire que ce n'est pas mal pour lui (puiqu'il n'a pas encore de conscience) mais que c'est porter préjudice à la personne qu'il deviendra (puisqu'elle souffrera des conséquences de mon action). Mais si j'élimine un embryon acéphal, je ne porte préjudice à aucune conscience présente (puisqu'il n'en n'a pas encore) ni future (puisqu'il n'en aura jamais). Nous n'avons aucun devoir envers celui qui n'existera jamais. C'est pourquoi, je considère que l'avortement n'est pas plus mal que la contraception ou l'abstinence sexuelle; c'est simplement une interruption du processus de création d'humains, à un stade différent, mais précédent l'émergence de la conscience. J'entends souvent des arguments terriblement fallacieux tels que : «Imagine si tes parents avaient choisi de t'avorter, tu n'aurais jamais existé!» Et s'ils avaient choisi de ne pas copuler le soir de ma conception, je n'aurais jamais existé non plus... mais personne ne dira pour autant que l'abstinence sexuelle est un meurtre.
La seule objection que je verrais c'est que ça finirait par coûter cher à la société si l'avortement est toujours financé par l'assurance-maladie. Mais si l'État n'offrait gratuitement que les avortements d'embryons issus d'un viol ou portés par une mineure, et que les autres avortements seraient aux frais de la génitrice (ou, disons, que l'on accorderait un avortement gratuit par personne), je ne vois pas où serait le mal.
Bien sûr, si je violente une femme enceinte dans le but de détruire le fœtus qu'elle porte, je commets un geste répréhensible. Toutefois, pour moi ce geste ne porte préjudice qu'à la femme et non à l'embryon puisqu'il n'est pas encore un être. On pourrait considérer ça comme un crime traumatisant au même titre qu'un viol, mais ce n'est en aucun cas un meurtre.
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dimanche 15 mars 2009
Deux bêtes, deux mesures
Même chose pour ceux qui s'insurgent contre la chasse aux phoques. Oui, je suis d'accord avec vous. Mais le phoque pourra passer toute sa vie en liberté dans son habitat naturel avant que le chasseur ne vienne écourter son existence édénique. Le poulet que tu manges aura passé sa vie dans une cage minuscule avec six autres poulets, on lui aura retiré le bec avec un coupe-ongle pour ne pas qu'il picore ses frères, il marchera sur un grillage inconfortable pour que ses excréments puissent tomber hors de la cage, et il finira accroché la tête en bas dans une machine qui lui tranchera la tête. Entre la vie du phoque et celle du poulet, je pense que je préférerais vivre celle du phoque. Donc ceux qui voulaient « boycotter les produits canadiens » pour protester contre le « massacre des phoques » me semblent hypocrites s'ils continuent de s'alimenter quotidiennement de viande d'animaux encore plus maltraités.
Ce qui m'écœure le plus, c'est que ce genre de discrimination spéciste que l'on fait entre les espèces animales n'est pas basée sur un critère pertinent. Les chiens et les phoques ne sont pas plus sensibles à la douleur que les porcs ou les poulets. Si l'on se soucie davantage des premiers que des seconds c'est uniquement parce qu'on les trouve plus cute. Personnellement, je ne pense pas que le droit à la vie et le droit d'être préservé de la souffrance devraient être fondés sur le critère de la mignardise.
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Combattre la discrimination par la discrimination
Le principe de parité des sexes en est un bon exemple. Il s'agit d'engager autant d'hommes que de femmes dans une entreprise donnée. La faille de ce raisonnement est qu'il n'y aura jamais exactement autant d'hommes que de femmes parmi les candidats compétents. Il y aura donc nécessairement des gens qui seront rejetés uniquement en fonction de leur sexe.
Par exemple, supposons qu'un employeur ait 100 postes à combler et qu'il soit contraint de choisir 50 hommes et 50 femmes. À première vue, on pourrait croire que cela est égalitaire. Toutefois, il s'agit seulement d'une égalité entre GROUPES et non entre INDIVIDUS. Les groupes ne sont que des abstractions, c'est l'égalité interindividuelle qu'il faut viser. Supposons que pour les 100 postes, il y avait 200 candidats tous aussi valables, et que sur ces 200 on comptait 150 hommes et 50 femmes. On constate donc que les hommes candidats avaient une chance sur trois d'être engagés tandis que les femmes candidates étaient certaines d'être embauchées. Ainsi, uniquement en fonction du critère « sexe » un individu pouvait tripler ses chances d'embauches. On appelle cela du sexisme, de la discrimination. C'est inacceptable. Et que va-t-on nous proposer après la parité des sexes? La parité des « races », des orientations sexuelles, des groupes sanguins ou des signes astrologiques? Soyons sérieux.
Il y a aussi le fait que l'on crée des mouvements ou des associations pour protéger les droits d'un groupe anciennement opprimé, mais que l'on n'en crée par pour s'assurer que le groupe anciennement oppresseur ne devienne à son tour opprimé.
Par exemple, le mouvement féministe dit vouloir l'égalité des sexes et je le crois. Il y a très certainement certaines féministes extrémistes voulant que la femme domine l'homme, mais il a des extrémismes dans tout. Le problème est que l'intervention des féministes se fera seulement dans un cas où les droits de la femme sont opprimés mais pas dans un cas où ce sont les droits de l'homme (mâle) qui le seraient. Donc même s'ils prônent théoriquement l'égalité, les féministes permettent involontairement une inégalité. Si l'on s'insurge contre l'excision des fillettes et que l'on voit ça comme une oppression de la part des méchants hommes (alors que l'excision est généralement pratiquée par des femmes, sans interférences masculines), nul ne s'opposera à la circoncision des jeunes garçons et il ne viendra à l'esprit de personne que ce puisse être une oppression de la part des femmes.
On peut expliquer cela par le fait qu'autrefois le statut de la femme était jugée socialement inférieur à celui de l'homme. Donc il aurait semblé absurde à l'époque de défendre les droits de l'homme (mâle) devant ceux de la femme. Mais aujourd'hui c'est différent. Les deux sexes sont égaux. On doit maintenant permettre aux individus d'être ce qu'ils veulent sans les contraindre ou les discriminer en fonction de leur sexe. Il ne faut pas oublier que discriminer positivement c'est quand même discriminer.
Même chose pour la ligue des Noirs ou tout autre mouvement ayant pour but de défendre l'accès à l'égalité pour un groupe donné. Il aura tendance à négliger de reconnaître qu'il y a des sphères dans lesquels ce sont des membres de son groupe qui « oppriment » les autres. Ces groupes ne créent donc pas eux-mêmes de la discrimination mais n'interviennent que lorsque la discrimination est dans un sens particulier. Parfois j'ai l'impression que certains individus ne défendent les droits d'un groupe, non pas parce qu'ils croient à l'égalité, mais simplement parce qu'ils font partie de ce groupe. Lorsque leur groupe domine, le principe d'égalité ne s'applique plus. Il y a des égoïstes voulant que le plus grand nombres possible de gens leur accorde des droits, mais ne voulant concéder des droits qu'au plus petits nombre de gens possible.
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vendredi 13 mars 2009
L'évolution de la langue écrite
Les solutions proposées pour régler cette gênante situation sont généralement d'imposer encore plus de cours de français aux élèves du primaire et du secondaire. Toutefois, cette mesure à laquelle on a souvent eu recours ne semble pas avoir eu d'impact réel jusqu'à présent. Nous devrions nous attaquer plutôt à la source du problème. Elle ne réside pas dans la paresse des étudiants ni dans une lacune au niveau du système scolaire. Le problème se situe plutôt dans la structure même de notre langue. En effet, le français écrit est bien loin du français oral. Tant au niveau de la syntaxe que du lexique, de l'orthographe et de la grammaire. Pas étonnant que les jeunes aient tant de difficultés à apprendre à écrire, on leur enseigne au fond une langue qui n'est pas la leur. Il n'est pas normal que l'on passe onze ans de notre vie à apprendre notre soi-disant langue maternelle et que l'on fasse encore des fautes.
Il faudrait cesser de sacraliser la langue écrite. Elle ne nous a pas été dictée au début des temps par une divinité quelconque, elle fut inventée un jour par un humain dans un tout autre contexte. À une époque où la langue orale différait de la nôtre, où les grammaires les plus compliquées étaient les plus prestigieuses et où les scribes et copistes étaient payés au caractère. La langue est – comme tout phénomène social – dynamique. Le purisme (conservatisme) linguistique est une croisade vaine. La langue orale va continuer de se transformer et l'écrit devra la suivre un jour ou l'autre s'il veut demeurer utilisable.
Faisons une petite enquête historique. Dans l'Antiquité, les Romains parlaient latin mais écrivaient en grec car ils disaient qu'ils parlaient mal. Au Moyen Âge, les Français parlaient français mais écrivaient en latin et disaient qu'ils parlaient mal. Aujourd'hui, les Québécois parlent québécois mais écrivent en français et disent qu'ils parlent mal. L'histoire se répète. Devinez la suite…
La langue écrite est tout simplement inadaptée à la langue orale et comporte nombre d'exceptions qui n'ont aucune logique et qui sont difficiles à assimiler puisqu'elles n'ont pas d'incidence sur l'oral. Il ne faut pas voir une simplification de la langue écrite comme un « nivellement vers le bas » puisque l'actuelle complexité de la langue écrite ne nous apporte rien. Ce n'est pas une richesse. Elle n'est pas nuisible qu'au « bas » mais à tous ceux qui apprennent et utilisent cette langue. Nous faisons tous des fautes et nous avons tous dû apprendre le français.
Bref, si nous voulons éviter que la génération suivante ne gaspille son temps, comme nous l'avons fait, à apprendre une langue qu'elle ne maîtrisera jamais parfaitement, nous devons songer à réformer l'écrit. Il faut moderniser et démocratiser notre langue écrite.
L'avenir de la libération sexuelle
D'abord, je trouve que l'on a encore des préjugés et des stéréotypes. On voit encore des magasines se dire «féminins» parce qu'ils parlent de magasinage ou de recettes de cuisine. On voit, dans le défilé de la fierté gay, des gens vêtus d'une manière grossièrement caricaturale, véhiculant ainsi une image stéréotypée des homosexuels à laquelle ne s'identifient peut-être pas ceux qui ont peur de sortir du garde-robe. Je pense donc que l'on devrait s'affairer à dissocier ces contingences culturelles des catégories sexuelles. On peut être femme et ne pas aimer la mode, tout comme on peut être homosexuel et ne pas aimer le «style gay».
Ensuite, je considère qu'il y a encore des discriminations relatives aux relations sexuelles et amoureuses dans notre société. Par exemple, la polygamie est encore illégale (!) au Canada. Les féministes extrémistes considèrent qu'aucune femme ne peut désirer vivre en polygamie (bel ethnocentrisme…) alors c'est qu'elles sont forcément contraintes par les méchants hommes. Ouvrez-vous l'esprit les filles! Peut-être que pour certaines femmes c'est normal d'avoir des coépouses. Peut-être que certaines personnes sont capable d'aimer plusieurs personnes à la fois. Peut-être qu'une unité polygame, dans laquelle chacun est amoureux de tous les autres, aimerait pouvoir s'aimer ouvertement. Si une union est composée d'adultes consentants, je ne vois pas ce que l'on aurait à redire là-dessus et encore moins pourquoi ce serait illégal.
Je trouve également que l'on a tendance à afficher trop ouvertement notre aversion pour certaines formes de fétichisme. On ne choisit pas ce qui nous attire. Si quelqu'un a des besoins particuliers pour avoir son plaisir, il devrait pouvoir ne pas s'en sentir gêné. Inversement, il est normal que les gens n'ayant pas ce fétichisme éprouvent de la répugnance en y pensant. Mais il me semble qu'en parler et l'exprimer devrait être évité dans les conversations. Après tout, je ne connais pas les préférences intimes de mon interlocuteurs donc je pourrais le mettre mal à l'aise en qualifiant de «dégeulasse» ce qui l'attire secrètement.
Finalement, comme je l'ai déjà mentionné dans ma réflexion sur les «monstres», je ne suis pas à l'aise avec la façon dont on réagit avec la pédophilie. Si l'acte est évidemment répréhensible (surtout si c'est un viol), la tendance à elle seule n'est pas un méfait qui peut être imputé à l'individu. Comme nous tous, les pédophiles n'ont pas choisi leur orientation, c'est quelque chose que la vie leur a imposée. Qui choisirait d'être pédophile? Personnellement, je préfère que ceux qui sont attirés sexuellement par les enfants se content de contempler des photos d'enfants tout-nus plutôt que de réellement passer aux actes. Et, s'ils veulent guérir de leur tendance, je ne vois pas trop vers qui ils pourraient se tourner en ce moment sans qu'on ne les mette au pilori ou au bûcher.
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mercredi 11 mars 2009
Le déisme
En tant qu'athée, le déisme est une position que je respecte. Il est tout à fait compatible avec des valeurs progressistes et est rarement un obstacle à la quête de vérité. Il y a bien sûr la pente glissante qui pousserait l'individu à se croire « du côté de Dieu » (et, donc, à justifier fallacieusement ses choix) mais cela se rencontre plutôt chez les adeptes d'une religion que chez les déistes. Bref, je n'ai pas grand chose contre l'existence de cette croyance.
Toutefois, si l'on me demandait si je pense que le déisme puisse être vrai, je répondrais par la négative.
En fait, ce point de vue me semble se contredire lui-même. Puisque s'il y a un Dieu mais qu'il ne s'est pas révélé, d'où nous vient le concept de Dieu? Pour les monothéistes, le concept de Dieu nous vient de ce qu'il s'est révélé à nous. Pour les athées et les déistes, le concept de Dieu s'est développé progressivement par l'accumulation de spéculations métaphysiques et l'on peut le constater en étudiant l'histoire des différentes spiritualités de l'humanité depuis la Préhistoire. Donc quelles chances y aurait-il pour que – par hasard – en inventant le monothéisme on soit tombé pile sur la bonne affaire sans qu'aucune démarche scientifique ni aucune révélation divine ne nous y ait emmené?
Par ailleurs, croire qu'un être à notre image ait conçu l'univers m'apparait un manque flagrant d'humilité. Une forme d'anthropocentrisme du même genre que le créationnisme et le géocentrisme. Une incapacité d'admettre que notre existence soit purement contingente. Certains diront que leur Dieu n'est pas à l'image de l'humain, mais pour moi si l'on élague le concept de dieu de tous ses attributs anthropomorphes, on ne parle plus d'un dieu. Le mot devient un synonyme de « l'univers » et ce n'est plus du déisme mais de l'athéisme.
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Le bon parler
Quand un anglophone me dit «Hi» au lieu de «Bonjour», il ne me viendra pas à l'esprit de dire qu'il parle mal. Je vais plutôt me dire qu'il parle anglais. C'est la même chose. Chaque dialecte du français a sa propre logique qui n'est ni plus mauvaise ni moins cohérente que celle du français standard normatif international parisien. C'est une logique que le locuteur suit inconsciemment mais qu'on peut étudier et décrire. C'est sur la logique du français parisien que les grammaires choisissent de se fonder, mais cela ne signifie pas que le français québécois soit illogique.
Il y a quelque chose de très snob et «colonial» à considérer que certaines variétés dialectiques sont «plus mauvaises» que d'autres. Ce sont toujours les colonies qui parlent mal et les métropoles qui parlent bien. Même chose pour les sociolectes au sein d'une même population : le langage de la classe ouvrière est le plus mauvais tandis que la bourgeoisie s'exprime tellement «mieux». Et c'est encore la même chose entre les générations : les jeunes parlent un français «dégénéré et anglicisé» tandis que les vieux parlent «le vrai français».
Il faudrait que les gens comprennent qu'il n'y a pas de bien ou de mal dans le domaine du langage. L'expression «parler mal» n'aurait de sens que pour désigner quelqu'un qui aurait un défaut d'élocution. Si j'arrive à me faire comprendre de mon interlocuteur, c'est que la communication entre nous est fonctionnelle donc que je parle bien.
L'empathie brute et l'altruisme raisonné
Parfois on peut faire souffrir quelqu'un pour son bien. Un médecin est sans doute souvent confronté à ce genre de situation où il doit infliger une douleur à son patient pour traiter sa maladie. Son intuition d'empathie entrera donc en conflit avec son altruisme. Il devra donc accepter de souffrir d'empathie parce que son but est bel et bien d'aider son patient.
vendredi 6 mars 2009
Les monstres n'existent pas
Le système de justice ne devrait pas rechercher à « punir des coupables ». Personnellement je trouve plutôt infantile cette conception des choses selon laquelle on tape sur un coupable diabolisé pour venger ses victimes. On devrait plutôt se poser des questions sur ses motivations. Pourquoi en est-il venu jusque là? Comment éviter que ce genre de choses ne se reproduise? Il s'agit d'identifier où, dans la séquence causale, les choses se sont mises à bifurquer dans cette direction, puis rectifier le tir pour les séquences semblables à venir.
La peine de mort est une aberration. On refuse d'accepter l'humanité du criminel alors on le tue et il n'a jamais existé. C'est d'une thérapie dont il a besoin. Pas d'être tué ou d'être enfermé dix ans dans une prison. Chaque fois que j'entends des gens cracher sur un père qui a tué ses enfants avant de se suicider, j'ai le goût de leur répondre… mais quoi?
Une chose est sûre : pour qu'un humain qui, fondamentalement, est mon semblable, se mette à causer délibérément autant de souffrance, c'est qu'il a dû lui-même en vivre beaucoup. Je n'excuse rien. Je ne justifie rien. J'explique; froidement et scientifiquement. Parce que c'est ce qu'on devrait essayer de faire : comprendre. Comprendre pour mieux prévenir.
dimanche 1 mars 2009
Être ou ne pas être?
C'est un Québécois / Il vit au Québec
Il est de gauche / Il vote pour la gauche
C'est un athée / Il ne croit pas à Dieu
C'est un végétarien / Il mange végétarien
C'est un diplômé / Il a un diplôme
C'est un libraire / Il travaille comme libraire
C'est un hétérosexuel / Les femmes l'attirent
C'est un Blanc / Il a la peau blanche
C'est un jeune / Il a vingt-cinq ans
C'est un ~iste / Il prône le ~isme
Cet usage du verbe être constitue une pente vers l'illusion que ce genre de caractéristiques nous définit en tant qu'individu. Conséquemment, en plus d'amplifier l'importance relative de ces détails, nous sommes portés à les maintenir tels qu'ils sont pour préserver l'intégrité de notre identité. Cela peut constituer un frein à notre évolution personnelle et nous pousse à générer de nouvelles catégories arbitraires pour classer les gens (ce qui est une pente vers la discrimination). Mais bon, la langue est ainsi conçue. Il faut simplement éviter d'être biaisé par cet usage.
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Quand l'anâtman rencontre le cogito ergo sum
Chez le philosophe Descartes (1596-1650), le «je pense donc je suis» constitue la preuve ultime que nous existons. C'est-à-dire que, selon ce point de vue, notre «âme» est une chose insécable qui existe en soi.
Dans la philosophie de Bouddha (624-544 av. notre ère), il y a un concept que l'on appelle anâtman et qui signifie littéralement «non-âme» ou «anti-âme» mais que l'on traduit généralement par « vacuité ». L'idée est que rien n'existe en soi et que tout n'est qu'un agencement éphémère de composantes qui n'est définit que par ses interactions avec son environnement. Cela rejoint ce que je dis sur ce blogue à propos de la continuité de l'univers et des systèmes. Mais même nous-mêmes, notre être profond, notre conscience, n'existe pas en soi.
À première vue ces deux conceptions semblent diamétralement opposées. Mais, le point de vue de Descartes et celui de Bouddha sont-ils aussi irréconciliables qu'on pourrait le croire? Cela dépend d'à quel niveau on les utilise. La physique de Newton n'est pas fausse, mais elle ne s'applique plus rendu à une certaine échelle; celle d'Einstein la complète.
Si l'on se souvient qu'il y a une différence entre le «monde sensoriel» et le «monde intellectuel», on peut dire que ces deux mondes fonctionnent de manière différente. Si, en effet, notre conscience est un tout indissociable à l'intérieur du monde tel qu'elle se le représente (dû à un biais naturel de toute conscience), elle est nécessairement un système composite à l'intérieur du «monde tel que perçu par l'approche intellectuelle», puisque c'est le cas de toute chose à cette échelle de n'être qu'un agencement éphémère de composantes.
Le culte de Dame Nature
Parfois on dirait que ça désigne tout l'univers sauf l'humain et ses productions, d'autres fois ça désigne l'écosystème ou la biosphère. Une chose naturelle en est souvent une qui n'a pas été altérée par l'humain. Comme s'il y avait une sorte de fossé entre nous et le reste de l'univers. Il n'y a pas de différence de substance entre ce qui émane de l'humain et ce qui est naturel. Tout est en continue.
J'ai l'impression que l'on utilise souvent la nature pour justifier fallacieusement un maintient du statu quo. Comme on le faisait autrefois en qualifiant l'homosexualité de contre-nature ou en disant qu'il est naturel que la femme obéisse à son époux.
La nature n'est pas une personne. Elle n'a pas de désir, de sentiments ou de buts. Elle ne peut pas souffrir ni être contrariée. Elle est en elle-même la somme de ce qui n'est pas le fruit d'une intention. Le fait qu'une chose soit supposément «contre-nature» n'est donc pas, en soi, un critère suffisant pour la désapprouver. Et inversement, déclarer qu'un geste est «naturel» ne suffit pas à le justifier d'un point de vue éthique ou autre.
Personnellement, j'évite d'utiliser le mot «nature» et ses dérivés à l'intérieur d'une argumentation logique. Empiriquement, la nature n'existe pas. C'est une simple allégorie.
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samedi 21 février 2009
Éthologie et ethnologie
Je trouve personnellement qu'entre éthologie et ethnologie, l'approche est trop différente. Pour l'humain, on va s'intéresser à sa conception subjective de ses comportements tandis que pour l'animal – vu qu'il ne peut nous expliquer ce qu'il fait – on va simplement faire une observation extérieure et objective de ses agissements.
Cela donne lieu à des aberrations dans la pensée commune. Par exemple, j'ai déjà entendu : « Seul l'humain fait l'amour pour le plaisir. Les animaux le font pour la reproduction uniquement. »* Cela est évidemment insensé. Je m'imagine mal un chien en train de se dire : « Ah j'haïs ça copuler, mais il le faut! L'avenir de l'espèce en dépend. » Je doute fort que les animaux soient conscient de la causalité entre copulation et reproduction. S'ils le font, c'est qu'ils y ressentent un stimulus positif; c'est-à-dire du plaisir!
Bref, tout ce que je voulais dire ici c'est que l'illusoire « abîme » séparant l'humain de la bête semble réel surtout parce que l'on étudie le comportement humain sous un angle complètement différent de celui qu'on utilise pour étudier le comportement animal. Mais quand ce sont des ethnologues – comme Jane Goodall (1934-...) et Dian Fossey (1932-1985) – qui étudient le comportement des primates et quand ce sont des éthologues qui étudient le comportement humain, la frontière bestio-humaine s'évapore.
––---
* Cette phrase est une mauvaise formulation pour dire que seul l'humain (et le dauphin!) copule même lorsque la femelle n'est pas dans ses chaleurs. Donc, uniquement pour le plaisir de la chose, sans que cela n'est une fonction reproductive. Mais, encore là, je ne suis pas certain que ce soit vraiment propre à l'humain et au dauphin.
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Le maître l'a dit!
Aristote (384-322 av. notre ère) fut un grand sage de la Grèce antique qui s'intéressa à pratiquement toutes les disciplines. Ce fut un fin observateur et penseur imposant. À tel point qu'il fut quasiment déifié dans les siècles ultérieurs par tous les savants et les penseurs. Ses opinions furent élevées au rang de dogmes, si bien qu'il suffisait de les invoquer en disant « magister dixit » (le maître l'a dit!) pour éviter d'être contredit.
Lorsque surgit un génie, il nous éclaire par sa sagesse mais sa grandeur fait de l'ombre à ses successeurs. Au lieu de poursuivre son œuvre après sa mort, on s'y arrête. Toutefois c'est faire preuve d'une grande imprudence, car plus le temps passe et plus nous acquérons des connaissances. Le grand sage de jadis était certes très intelligent, et ses opinions étaient sans doute les plus logiques avec les données qu'il avait en sa possession. Mais les choses changent. Le savoir grandit. On ne doit pas demeurer fixé aux conclusions des sages d'autrefois, mais plutôt nous demander quelles auraient été leurs opinions s'ils avaient eu toutes les informations dont nous disposons.
Voilà. Donc, cette petite réflexion servait juste à réfuter le sophisme qui veut que tout ce qu'a dit un grand personnage historique soit automatiquement vrai. C'est comme si je venais de dire : «Si Aristote ou Einstein se pitchait en bas du pont, le ferais-tu?» C'est fallacieux de traiter de prétentieux quelqu'un qui remet en question l'opinion d'un génie; surtout si ce génie a vécu il y a longtemps.