mercredi 24 avril 2013

Les régimes pseudoscientifiques

Comme vous le savez, je suis végétarien. Plusieurs raisons peuvent être invoquées pour promouvoir le végétarisme. Il y a des raisons éthiques et des raisons environnementales. Mais une catégorie de justifications que j'aime moins, sont celles qui prônent le végétarisme pour des raisons de santé. En fait, j'aime moins cet argument parce qu'il se rapproche trop du sophisme utilisé par les promoteurs de régimes pseudoscientifiques. En effet, il y en a toutes sortes que l'on nous propose de nos jours, et presque tous semblent fonctionner et être effectivement bons pour la santé, qu'ils soient végétariens ou basés sur notre groupe sanguin. La raison est simple:
  • L'alimentation occidentale standard est mauvaise pour la santé;
  • Donc, tout ce qui en diffère ne peut qu'être meilleur pour la santé.

Ainsi, peu importe sur quelles absurdités ésotériques on base notre alimentation, si c'est un régime un tant soi peu plus équilibré que notre fastfood quotidien, alors oui on va très certainement remarquer une amélioration dans notre santé et l'on aura l'impression que les prémisses sur lesquelles reposent notre choix alimentaires sont fondées. Supposons, par exemple, que je décide de suivre le régime du groupe sanguin. Je vais suivre celui qu'on me propose pour mon groupe sanguin et, puisqu'il est plus sain que mon alimentation habituelle, ce régime va fonctionner. Mais si j'avais décidé de suivre le régime d'un autre groupe sanguin que le mien, j'aurais vue la même amélioration.

Bref, oui l'alimentation végétarienne est meilleure pour la santé que l'alimentation occidentale standard, mais il est tout à fait possible d'avoir une alimentation équilibrée qui contient de la viande, ou de manger mal tout en étant végétarien. Mon point de vue à moi, c'est plutôt que puisqu'il est possible d'avoir une alimentation saine en se passant de viande, alors la souffrance et la mort, inhérentes à la production de viande, ne peuvent se justifier sous le prétexte de la nécessité.

Le temps des impôts

Je déteste le temps des impôts, mais je réalise que je ne suis pas le seul. Pour beaucoup d'entre nous, ça semble une tâche complexe et ardue que de remplir ce rapport, de trouver tous les papiers, de calculer ce à quoi on a droit et que l'on doit. La plupart des gens préfèrent payer quelqu'un pour faire leurs impôts à leur place.

Je trouve juste que c'est un peu absurde qu'une tâche que l'État exige de tout le monde ne soit pas accessible à tout le monde. Je me disais que le service de «faire faire son rapport d'impôts» devrait être assuré par l'État. Imaginons qu'au lieu d'imprimer un T4 et de le donner à son employé pour qu'il le joigne à son rapport d'impôts, l'employeur donnait cette information directement au gouvernement. Même chose pour l'université ou pour une œuvre de charité donnant droit à une exemption d'impôts; toutes ces instances transmettraient au gouvernement toutes les informations qui lui permettrait de faire notre rapport d'impôt à notre place, puis de nous l'envoyer pour que l'on puisse le compléter ou le corriger avant de lui retourner, Il me semble que ça serait plus simple, non?

Et, tant qu'à ça, j'aimerais recevoir une facture détaillé pour qu'on m'explicite clairement dans quoi sont investi chacun des sous que je donne à l'impôt. Juste pour que je sache, par exemple, que tel pourcentage est pour la santé, tel autre pour les routes.

Fin de cet état d'âme exprimant ma haine du temps des impôts.

lundi 15 avril 2013

Le masculin l'emporte

En français, lorsque l'on a un groupe qui contient à la fois des sujets masculins et féminins, on doit l'accorder au masculin. Intuitivement, il semble y avoir quelque chose de sexiste là-dedans. Si vraiment notre langue influence notre conception du monde, d'avoir une langue dans laquelle le masculin l'emporte systématiquement pourra imprimer en nous l'idée selon laquelle le masculin est supérieur au féminin, ou que le masculin est un état «par défaut» et le féminin quelque chose de «différent». Toutefois, peut-être que cette conception des genres n'est pas tant dans la langue elle-même que dans la façon dont on nous l'enseigne.

Il y a une nuance entre le genre grammatical et le sexe. Les objets inanimés ont des genres mais pas de sexe. Si l'on essayait d'enseigner la langue en s'efforçant de dissocier le concept de masculin/féminin de celui de mâle/femelle, il n'y aurait rien de sexiste dans le fait que le masculin l'emporte. On pourrait présenter les choses en disant simplement que les deux genres grammaticaux sont des catégories arbitraires, et qu'il s'adonne que les mots «homme», «garçon» et «monsieur» sont dans l'une et que «femme», «fille» et «madame» sont dans l'autre, sans que ce ne soit plus significatif que le fait que «maison» soit féminin et «arbre» masculin.

Sinon, on pourrait introduire un genre neutre, sans même avoir à modifier quoique ce soit dans la langue comme telle, mais seulement dans notre conception de celle-ci. Plutôt que de considérer qu'un adjectif ou un titre est par défaut masculin et que l'on forme le féminin en le modifiant, on pourrait se dire qu'il est par défaut neutre, que le féminin et le masculin se forment tous les deux à partir de la forme neutre, mais qu'il s'adonne que le masculin est presque toujours identique au neutre. De telle sorte que, au pluriel, ce ne serait pas le masculin qui l'emporterait, mais le neutre.

J'aime bien malgré tout que l'on utilise des appellations plus inclusives envers les femmes. Par exemple, dire «Chers Québécois et chères Québécoises…» pour souligner qu'on s'adresse aux deux sexes. Pour savoir si je dois dire la forme masculine ou féminine en premier, je me fis à l'ordre alphabétique. Mais je reconnais que parfois ça peut devenir lourd de toujours nommer les deux genres. En plus, je me dis que de les nommer distinctement comme ça, ça peut peut-être faire sentir qu'ils sont deux ensembles distincts? Si, à la place, on disait une expression qui englobe les deux, par exemple «Cher peuple du Québec», ça m'apparaîtrait encore plus inclusif.

C'est quand même compliqué tout ça. Si moi j'avais inventé la langue, il n'y aurait tout simplement pas eu de genre grammatical. Ça sert à rien.

jeudi 28 mars 2013

Abolir le statut marital

J'ai récemment été le célébrant à un mariage et, pour cette raison, j'ai encore réfléchis sur cette institution. Surtout que, dans l'actualité ces temps-ci, on reparle du mariage gay puisque la France et les États-Unis songent à faire ce que nous avons fait depuis un bon moment déjà. Bref, je me remets à me dire que l'on devrait remplacer notre concept de «mariage» par quelque chose de plus large que le vieux modèle religieux et, possiblement, à abolir l'état civil de type marié/célibataire/veuf/union libre qui me semble obsolète et non pertinente.

Une de mes amies vit avec les deux mêmes colocs depuis des années. À chaque fois qu'ils déménagent, ils déménagent toujours ensemble. Au lieu d'avoir chacun leurs choses et chacun leur tablette dans le frigo, ils partagent pratiquement tout. Ils se répartissent les tâches ménagères, font une seule épicerie pour les trois et mon amie fait à manger pour les deux autres. Bref, à mon avis on peut dire qu'ils constituent clairement un foyer, même s'ils sont plus de deux adultes et qu'ils ne sont pas amoureux les uns des autres. Même chose pour deux de mes grand-tantes, deux sœurs, qui étaient restée vieilles filles et qui cohabitaient. Lorsque l'une des deux est décédée, il me semblait logique que l'autre hérite de ses biens comme si elle eut été sa veuve, même si elles étaient sœurs et pas conjointes. Un autre cas analogue est celui de l'un de mes amis qui, bien qu'ayant presque trente ans, habite toujours chez sa mère. Leur relation n'est pas du tout la même que s'il était toujours enfant; lui et sa mère se partagent les dépenses comme pourrait le faire un couple. Donc pourquoi les membres de ce type de foyers ne mériteraient-ils pas les mêmes droits qu'un couple d'amoureux (hétéro ou homo)?

Dans ma réflexion précédente à propos du mariage, je vous proposais de remplacer l'union de fait (automatique) par trois types d'unions différentes – cohabitation, coparentalité et copropriété – qui seraient également «de fait» et donc ne nécessiteraient aucun contrat ou rite. Mais, tandis qu'être parents d'un même enfant ou copropriétaires d'un même bien est une relation impliquant tacitement des obligations mutuelles, la cohabitation à elle seule ne nous renseigne pas nécessairement sur le niveau d'engagement de deux personnes. Il est possible pour deux personnes d'être domiciliées à la même adresse pendant une longue période sans avoir pour autant d'engagement analogue à celui d'une relation conjugale. Conséquemment, il me semble nécessaire d'avoir une sorte de contrat, comme le mariage, pour définir plus clairement les droits et responsabilités de gens qui cohabitent.

Je propose donc que l'on conserve le mariage mais qu'on le renomme foyer et qu'on le redéfinisse pour que deux ou plusieurs adultes vivant ensemble puisse s'unir légalement et fiscalement en foyer quelle que soit leur relation intime. Ce pourrait être:
  • Un couple d'amoureux;
  • Un jeune adulte qui vit chez ses parents;
  • Une personne âgée qui habite chez son enfant;
  • Des amis qui vivent ensemble;
  • Des frères et/ou sœurs qui vivent ensemble;
  • Une unité polygame;

Il ne serait pas pertinent de mettre un nombre d'adultes maximum par foyer, simplement spécifier que les membres d'un même foyer doivent cohabiter et donc le nombre maximum d'adultes pour un même foyer est fixé par le nombre maximum qui peuvent crédiblement habiter à l'adresse où il est domicilié. En l'absence d'un tel contrat, le niveau d'engagement mutuel de deux cohabitants serait présumé le plus faible possible (deux colocs qui se parlent à peine).

Parallèlement, comme je l'ai déjà mentionné, je retirerais toute reconnaissance légale aux mariages religieux. Ce ne serait plus que symbolique et l'on n'aurait donc pas à nous soucier que telle religion interdise le mariage gay ou que telle autre autorise le mariage polygame. Le mot «mariage» ne voudraient rien dire légalement, il appartiendrait aux individus de lui donner le sens qu'ils veulent.

Nous sommes dans des sociétés individualistes et c'est globalement une bonne chose puisque cela émancipe l'individu de toute oppression de la part du groupe. Mais, cela ne doit pas nous empêcher de reconnaître, de faciliter et de donner un statut légal à certaines formes de collaborations entre les individus; en autant que cela soit fait en respectant la liberté individuelle. Que le mariage conjugal en lui-même ait une valeur légale me semble être à la fois une formule trop rigide et une trop grande intrusion dans la vie privée. Le genre de rapport que j'entretiens avec les gens avec qui je partage mon logis ne concerne pas l'État. Ce qui le concerne c'est que nous constituons un foyer, pas que nous soyons amoureux.

samedi 9 mars 2013

Généraliser

Comme vous le savez, je m'oppose farouchement à toute forme de discrimination arbitraire. L'une de ses manifestations est ce que l'on appelle la généralisation. C'est-à-dire qu'à partir d'une ou de plusieurs expériences que l'on a eues avec un échantillon d'un groupe, on va présumer des choses sur l'ensemble du groupe. Souvent, ces généralisations se font sous l'influence d'un biais haineux ou phobique.

Évidemment, généraliser est mauvais lorsque notre échantillon n'est pas représentatif. Par exemple, si la personne qui m'a volé mon portefeuille avait une autre origine que la mienne, il serait absurde de considérer tous les gens de la même origine comme des voleurs. Mais même dans le cas d'une corrélation forte, généraliser n'est pas correct non plus. Disons que j'ai devant moi un individu spécifique qui appartient à un groupe donné. Même si je sais que la majorité des membres de ce groupe ont telle particularité qui me déplaît, je ne dois pas prendre pour acquis que cet individu-ci l'a également. Je ne sais pas si l'individu qui se trouve devant moi est représentatif de son groupe ou s'il est au contraire l'exception à la règle. Conséquemment, il a droit au bénéfice du doute. Il n'a pas à payer pour d'autres que lui uniquement parce que je le classe dans la même catégorie qu'eux.

Ça c'est mon opinion de départ. Qu'on ne doit jamais avoir recours à une généralité, surtout lorsqu'elle est haineuse ou pénalisante. Mais, suite à une discussion que j'ai eue récemment avec deux de mes amies, je me suis posé la question suivante:
«Est-il parfois légitime de discriminer un individu sur la base de généralisations si c'est pour prévenir un mal supérieur?»

Ça serait évidemment faire une entorse au principe d'égalité et à la présomption d'innocence, mais tous les principes n'ont de valeur que selon l'échelle du bonheur. Ainsi, on peut déroger à l'un si c'est pour un plus grand bien. J'ai quelques exemples de situations réelles ou réalistes où une telle excuse peut être revendiquées. Certains d'entres-elles me semblent plus légitimes, d'autres pas du tout. Les voici:
  • Les personnes de moins de 18 ans n'ont pas le droit de vote. On prend pour acquis qu'elles n'ont pas les connaissances et la maturité nécessaire pour prendre part à une telle décision.
  • Les personnes âgées d'un certain âge doivent repasser régulièrement leur examen de conduite. On sait que leurs capacités à conduire ont pu décroître avec l'âge, on exige donc qu'elles soient réévaluées.
  • Dans un avion, on n'assoira pas un homme qui voyage seul avec un enfant qui voyage seul. On ne veut pas risquer qu'il soit pédophile.
  • Dans un petit restaurent indépendant, la serveuse refuse de servir un client et lui demande poliment de sortir en lui expliquant que le propriétaire lui a dit de ne pas laisser entrer les Noirs. Apparemment, il aurait eu des problèmes avec eux à plusieurs reprises.
  • Un propriétaire d'appartement décide de charger plus cher de loyer à ses locataires s'ils sont étudiants. La majorité des étudiants qu'il a eu pour locataires étaient moins fiables.
  • Dans un bar de danseurs destiné aux femmes, on refuse l'accès aux clients hommes à moins qu'ils ne soient accompagnés par un nombre supérieur ou égal de femmes. On prend pour acquis qu'un groupe d'hommes qui iraient là le ferait forcément pour crouser les femmes présentes, et l'on ne veut pas qu'elles en soient incommodées.
  • Les homosexuels n'ont pas le droit de donner de sang. On prétend qu'ils ont statistiquement plus de chances d'être porteurs de maladies transmissibles par le sang.
  • Je vois une bande de jeunes Noirs habillés en «gangsters» qui marchent vers moi sur le trottoir. Je change de trottoir au cas où ils voudraient m'attaquer.

Ces situations semblent toutes très différentes, mais elles procèdent d'un même raisonnement: Pour prévenir une conséquence indésirable (qui peut être très grave ou simplement incommodante), on impose à un individu une contrainte (oppressante, légère ou imperceptible) sur la base d'une corrélation (forte, faible ou imaginaire) avec la catégorie sociale (permanente ou temporaire) dans laquelle on le classe. Donc, dans quelle genre de situations un tel raisonnement peut-il être considéré comme légitime? Pour amoindrir le mal inhérent à cette discrimination, je pense que la situation doit répondre à certains critères:
  1. Comme tout «mal nécessaire», ce doit être réellement nécessaire. Il ne doit pas exister d'alternatives sauf si elles sont trop difficiles à réaliser ou trop peu efficaces.
  2. Le groupe discriminé doit être aussi ciblé que possible et, idéalement, ne pas être basé sur une variable sur laquelle l'individu n'a aucun pouvoir ou qui est permanente. Dans ce sens, discriminer une personne parce qu'elle est jeune ou étudiante est donc un peu moins pire que de la discriminer parce qu'elle est Noire.
  3. Le mal que cette mesure tente de prévenir doit être probable et significativement supérieur au mal qu'elle cause.
  4. Le «mal» que cette mesure cause devrait n'être, idéalement, qu'un inconvénient anodin ou être à peine perceptible pour sa victime.
  5. Cette généralisation doit se baser sur une corrélation forte et mesurable, et non sur un simple préjugé.
  6. Cette mesure doit comporter des mécanismes pour que ceux qui en sont injustement victimes puissent être «réévalués» individuellement. L'existence d'un tel ajustement réduit par ailleurs la nuisance pour la victime, puisqu'au lieu de subir un préjugé, elle subit un jugement. Ce n'est plus la présomption d'innocence mais c'est moins pire que d'être présumé coupable.

Revoyons quelques-uns de mes exemples en ayant ces conditions en tête:
  • Le fait d'imposer aux personnes âgées de refaire leur examen de conduite est un exemple parfait d'une généralisation légitime et correctement exécutée. La conséquence (davantage d'accidents sur les routes) est probable et néfaste, la corrélation (entre le vieillissement et la perte des aptitudes de conducteur) est forte et causale, et la mesure prise est peu pénalisante et permet aux individus non conformes à cette généralité d'être correctement jugés pour leurs aptitudes personnelles.
  • Interdire aux mineurs de voter est déjà un peu moins légitime. La conséquence (d'avoir des votes non éclairés) n'est pas bien différente du statu quo, la corrélation (jeunesse et ignorance politique) est forte mais la mesure prise ne permet pas aux individus d'exceptions d'être reclassés correctement. Si l'on offrait aux mineurs qui veulent voter avant 18 ans de passer un test de connaissances politiques pour acquérir ce droit plus tôt, là ça serait correct. Toutefois, le fait que l'âge mineur soit un état temporaire rend cette injustice plus tolérable.
  • Ne pas asseoir un homme seul à côté d'un enfant seul dans un avion. La conséquence (que l'homme abuse sexuellement de l'enfant) est très grave, la corrélation est très faible (bien que la quasitotalité des pédophiles soit des hommes, la grande majorité des hommes ne sont pas pédophiles) mais puisque la mesure prise (que l'homme doive prendre ce siège quelconque plutôt que cet autre siège quelconque) est anodine et presque toujours imperceptible, cette généralité est correcte.

Bref, ça nous donne des critères mesurables nous permettant de savoir quand et comment commettre une généralisation. Évidemment, dans mon idéal absolu, les individus devraient tous être jugés individuellement pour eux-mêmes et ce genre de généralisations n'auraient pas sa place. Mais, je dois reconnaître que c'est souvent pratique d'y avoir recours et qu'il serait irréaliste d'espérer abolir complètement ce genre de raisonnement.

La transmission du nom

Depuis les trente dernières années, il est devenu très courant de donner aux enfants les noms de famille de leurs deux parents. Mais je perçois un recul de cette pratique de nos jours. Personnellement, ça me désole. Étant profondément antisexiste, j'ai beaucoup de difficultés à comprendre pourquoi il serait si naturel que, dans l'éventualité où j'aurais un enfant, celui-ci porte seulement mon nom et pas celui de celle à qui il doit l'autre moitié de son génotype et de son éducation. Il y a plusieurs raisons invoquées pour justifier l'abandon de cet acquis de la lutte pour l'égalité des sexes. Certains s'y opposent par excès de traditionalisme, d'autres parce qu'ils considèrent cela comme de l'indécision (incapacité de choisir un seul nom), parce qu'ils trouvent ça trop long ou parce qu'ils s'inquiètent de la génération d'après (aura-t-elle quatre noms de famille?).

Personnellement, je ne vois pas cela comme de l'indécision. Choisir de donner les deux noms est un choix au même titre que d'en choisir un seul. La longueur est un meilleur argument mais, à ce moment-là, ce n'est pas la quantité de noms elle-même qui devrait être considérée, mais la longueur de la somme des noms. Par exemple, si je m'appelle Jean-Guy Cyr-Roy, on ne peut pas dire que j'ai vraiment un long nom, même s'il est composé de quatre mots. C'est le nombre de syllabes qui doit être compté pour déterminer la longueur; les traits d'union pouvant être vu comme de simples caractères muets. Donc c'est évident que lorsque les deux parents ont chacun de longs noms de famille, je comprends qu'ils préfèrent ne lui en transmettre qu'un seul. Mais je me dis que, au pire, l'un des deux parents pourrait ne transmettre que la première lettre de son nom, donc l'enfant s'appellerait par exemple «Yann T. Boissonneault» plutôt que «Yann Taschereau-Boissonneault». Sinon, je me dis que si les personnes avaient droit à deux appellations, une longue (qui contiendrait le plus d'informations possible, disons deux noms de famille et un ou deux middlenames) et une courte (pratique et esthétique), ça règlerait ce dilemme?

On s'inquiète aussi parfois pour la génération d'après. Comme si les deux parents avec deux noms de familles chacun allaient donner les quatre noms de familles à leurs rejetons. Absurde. Dans les cultures hispanophones, il est courant depuis longtemps de donner deux noms de familles, et ils ne s'accumulent pas d'une génération à l'autre. Les deux parents ont deux noms mais chacun ne transmet que le nom qu'ils ont reçu de leur père. C'est donc aussi sexiste que de n'avoir qu'un nom. Idéalement, je dirais que les hommes devraient transmettre le nom qu'ils tiennent de leur père et les femmes celui qu'elles tiennent de leur mère. Par contre, cela ne fonctionnerait pas pour certaines familles moins traditionnelles. Un homme ayant été élevé par une mère monoparentale n'aurait pas de nom de père à transmettre. Une femme ayant été élevée par un couple d'hommes utiliserait quel critère pour savoir lequel des deux elle transmettrait? Et combien de noms aurait un enfant élevé en polyparentalité? Mais je pense qu'il serait possible de s'accommoder de ces cas plus rares et de mettre en place un système bilinéaire de transmission du nom.

D'un autre côté, mon amour de la liberté et de la non-intervention de l'État dans les traditions me pousse dans une autre direction. En fait, je me dis que la transmission bilinéaire que j'ai proposée ci-dessus devrait être fortement recommandée mais que, dans les faits, les parents devraient pouvoir nommer leurs enfants comme ils le veulent. J'irais jusqu'à dire qu'ils devraient même pouvoir lui donner un autre nom de famille que le leur, voire un nom inventé. Autrement, c'est comme si l'État forçait les gens à transmettre leur nom contre leur gré. En autant que le gouvernement puisse savoir qui sont les tuteurs légaux d'un enfant, ce dernier n'a pas besoin de porter leurs noms. Même que les individus devraient pouvoir choisir de changer de nom comme ils le veulent et autant de fois qu'ils le veulent au cours de leur vie. Tant qu'ils gardent le même numéro d'assurance-sociale, l'État sait qui ils sont.

Je me dis donc que, ultimement, dans un lointain futur idéal, notre seul «vrai nom» légalement devrait être un matricule alphanumérique. Notre appellation dans la vie courante devrait être laissé totalement libre de ce genre d'ingérences de l'État.

mercredi 13 février 2013

Évolution et orientations sexuelles

On entend souvent les homophobes réprouver l'homosexualité en disant qu'elle est «contre-nature» ou «déviante». Évidemment, l'argument est assez facile à réfuter. D'abord parce qu'il implique une moralité trop invasive, qui s'ingère dans les actions d'autrui même s'ils ne «nuisent» qu'à eux-mêmes. Ensuite, parce qu'il implique de croire que la Nature ait des buts et des intentions desquels nous serions moralement tenus de ne pas déroger.

Mais supposons que nous soyons généreux avec notre intolérant interlocuteur, et que l'on prenne son expression «contre-nature» dans un sens plus scientifique. Disons que, avec cette expression ésotérique, il voulait en fait dire que l'homosexualité est une sorte de mutation désavantageuse – génétique ou acquise – qui réduirait la valeur évolutive de son porteur en faisant en sorte qu'il a moins de chance de transmettre ses gènes. Ainsi, l'homosexualité serait «contre-nature» ou «déviante» dans le sens qu'elle est la perte d'un trait utile, évolutivement parlant, et elle sera donc éventuellement enrayée par la sélection naturelle.

Prise comme ça, l'expression est beaucoup moins offensante. Mais est-ce vraiment une réalité? À première vue, ça a du sens, puisque la sexualité homosexuelle n'est pas féconde, mais songeons aux fourmis ouvrières. Ce sont des individus stériles et pourtant ils constituent la majorité de la population d'une fourmilière. Ce qu'il faut comprendre avec l'évolution, c'est qu'un individu qui ne se reproduit pas lui-même peut tout de même contribuer à la diffusion de ses gènes si ses activités permettent à d'autres individus porteurs des mêmes gènes de se reproduire davantage.

Personnellement, je pense que l'homosexualité, ainsi que toutes les autres formes de rapports sexuels non féconds, ont une valeur évolutive; qu'ils soient homo ou hétéro, solitaires ou à deux, exclusifs ou occasionnels.

Chez certaines espèces, le nouveau-né est déjà apte à se débrouiller par lui-même pour survivre. Dans ces cas-là, il est à l'avantage des adultes d'engendrer autant de rejetons que possible. La majorité d'entre eux mourra avant d'avoir atteint l'âge adulte mais il y en a tant que la population se renouvellera tout de même. Pour d'autres espèces, une stratégie reproductive différente est en vigueur. Au lieu de faire plein de petits et de les laisser se débrouiller par eux-mêmes, on en fait moins mais on en prend soin, de sorte que plus d'entre eux survivront jusqu'à maturité. L'humain est l'une des espèces dans laquelle l'investissement parental est le plus fort. Un couple qui ne ferait qu'un enfant dans sa vie a plus de chance de transmettre ses gènes qu'un autre qui en ferait un par an mais qui, à chaque fois, l'abandonnerait dans les bois dès sa naissance.

Ainsi, dans une bande de chasseurs-cueilleurs du Paléolithique, s'il y avait trop d'enfants par rapport au nombre d'adultes, chacun d'entre eux bénéficiait de moins de soins et d'attention ce qui réduisait ses chances de survie par rapport à un enfant d'une bande moins prolifique. Conséquemment, dans un contexte où la contraception n'existait pas et où le fardeau parental est lourd, il y avait une nécessité évolutive à ce que les gens ne se reproduisent pas trop. Mon hypothèse personnelle est que c'est pour cette raison que la sélection naturelle aurait favorisée l'émergence de pratiques sexuelles stériles,* pour détourner notre libido de façon à réduire la fécondité et à établir un certain équilibre générationnel entre les adultes et les enfants. Et, dans le cas des individus ayant une sexualité exclusivement stérile, leurs gènes se transmettaient tout de même lorsque leurs frères et sœurs hétéro se reproduisaient; de la même façon que les fourmis ouvrières transmettent leurs gènes via leurs sœurs reines de qui elles ont elles-mêmes pris soins durant leur stade larvaire.

Ceci étant dit, il me semble aller de soi qu'aucune conclusion scientifique sur l'origine de l'homosexualité ou de quelque autre pratique qualifiée de déviances sexuelles par certains, ne devrait nous dicter si l'on doit tolérer ou non cette pratique. D'un point de vue éthique, la seule question qui soit légitime c'est si ces actions portent préjudices à autrui. Ainsi, tout ce que font ensemble deux adultes consentants ne concerne qu'eux, et ce même si leur comportement serait dû à une nuisible mutation.

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* Elle aurait tout aussi bien pu simplement réduire la libido, mais l'évolution n'est pas guidée par une intelligence. Un trait nuisible peut soit disparaître, soit être neutralisé par l'apparition d'un autre trait qui l'inhibe.

dimanche 10 février 2013

Fêtes et jours fériés

Les jours fériés sont accordés par l'État mais correspondent souvent à des fêtes religieuses. Cela va à l'encontre de notre idéal de laïcité. Par ailleurs, même les fériés non religieux posent le problème d'intervenir dans la tradition, ce à quoi je me suis opposé précédemment. Mais la religiosité des fériés est d'autant plus problématique puisque les fêtes religieuses ne sont pas les mêmes jours pour tout le monde. Et, si l'on accordait à tous les croyants des jours fériés pour leurs religions, en ne leur donnant pas de fériés pour les fêtes d'autres religions que la leur, ce serait injuste puisque certaines religions ont plus de fêtes que d'autres et que les athées n'en ont pas.

La solution la plus simple serait de simplement accorder à tout citoyen un nombre fixe de jours fériés qu'il pourrait utiliser quand il veut dans l'année, en autant d'en aviser son employeur deux semaines à l'avance. Il n'y aurait donc plus de dates fixes pour les jours fériés, chacun les prendrait à sa convenance. Que ce soit pour célébrer une très ancienne fête sacrée ou l'anniversaire de son enfant; ça serait selon ce qui est important pour l'individu.

Mais je me demandais tout de même: devrait-il y avoir des fêtes communes à tous les citoyens et dont les festivités seraient soulignées et financées par l'État? En général, je n'aime pas trop l'idée de forcer les citoyens de se retrouver sous une bannière commune ou à l'intérieur d'une identité collective qu'ils n'ont pas choisie, mais je vois tout de même certains avantages à des fêtes communes. Cela peut nous donner un prétexte pour se retrouver avec nos proches, et les moyens de l'État peuvent permettre de financer des festivités de plus grandes envergures. Également, il me semble que c'est plus facile à gérer pour les employeurs et la société si les gens prennent leurs congés dans la même période. On va être plus tolérant, comme client, envers le manque de service dans un commerce si l'on sait que beaucoup d'employés sont en vacances.

Je propose donc d'instaurer, en plus d'une banque de jours fériées flottants pour chaque citoyen, quatre périodes de fêtes communes dans l'année. Ce serait des périodes de dix jours, situées dans les alentours des solstices et équinoxes, et lors desquelles chacun aurait droit à deux jours de congés payés qui ne compteraient pas dans leurs réserves personnelles de jours fériés. Je suggère de les nommer de façon laïque:
  • la période de la fête nationale (du 23 juin au 2 juillet),
  • le temps des fêtes (du 24 décembre au 2 janvier),
  • la rentrée (du 23 septembre au 2 octobre),
  • la relâche (du 24 mars au 2 avril).*

Ce serait l'employeur qui fixerait les jours exacts dans la période mais ça doit être un jour que l'employé travaillerait normalement. Ça remplacerait: Noël, le jour de l'an, vendredi saint, lundi de Pâques, la St-Jean, le jour de la Confédération, la fête du travail et l'action de grâce. Peut-être qu'il serait pertinent de mettre des dates spécifiques, à l'intérieur de ces périodes, lors desquelles certains types de commerces seraient tenus de fermer leurs portes.

L'État financerait les célébrations pour la fête nationale. Il décorerait ses bureaux pour le temps des fêtes mais, seulement avec des ornements folkloriques (sapins, guirlandes, etc.) et pas des religieux (crèches, anges, etc.). Il n'y aurait pas de célébrations à proprement parler pour la rentrée et la relâche, mais le fait d'avoir des congés en même temps inciterait les gens à se rapprocher et à faire des soupers de famille.

Je trouve intéressant de dissocier ainsi l'État du religieux, tout en permettant et en facilitant l'accès à des congés payés pour les fêtes traditionnelles. La majorité des habitants du Québec, même s'ils ne sont plus vraiment croyants, se réunissent en famille lors de ces dates.

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*Évidemment, ici je me suis conten de placer ces périodes dans le calendrier grégorien. Mais, de mon point de vue, il serait encore plus avantageux de complètement réformer le calendrier. Ainsi, si j'instaurais mon calendrier sans faire le moindre accommodement avec la tradition, des fériés à date fixe seraient placés aux journées intercalaires (cinq par année) mais, on aurait davantage de fins de semaine par an (soixante au lieu de cinquante-deux) puisque les semaines ne dureraient que six jours.

jeudi 7 février 2013

Modifier son corps

La technologie moderne nous permet de modifier nos corps: teindre nos cheveux, se faire tatouer ou percer, se faire enlever des rides, liposucé ou même changer de sexe. Personnellement, je trouve qu'il y a quelque chose de merveilleux dans le fait que l'on puisse avoir plus de pouvoirs sur notre apparence physique. Que l'on puisse choisir ce qu'on est, en quelque sorte. C'est comme le triomphe de la personne sur la nature, de la volonté sur le hasard, de la raison sur l'irrationnel, de l'intelligence sur la contingence, etc. Certains disent que l'on devrait demeurer «naturels». Moi, je ne crois pas en «la nature» autrement que comme une allégorie.

Ainsi, j'aime bien voir un tatouage sur une personne. C'est comme si elle avait fait de son corps (un produit de la nature) une œuvre d'art (un produit de l'esprit). Par contre, en ce qui me concerne, il y a peu de chance que je me fasse tatouer un jour. Non que je sois contre l'idée, mais il faudrait que je trouve une idée de tatouage qui soit non seulement significativement pour moi en ce moment, mais qui le demeurerait également toute ma vie. Donc, puisqu'un tatouage c'est permanent, m'en faire faire un serait comme de croire en l'inaltérabilité de ma personnalité. Comme si mon être actuel était «parfait» et ne pouvait plus évoluer autrement. Si les tatouages étaient plus faciles à enlever, je m'en ferais sans doute faire de temps en temps. Mais en ce moment, ça serait comme une atteinte à la liberté de mon «moi» futur.

Je trouve que c'est abusif, voire discriminatoire, lorsqu'un employeur force les membres de son personnel à cacher leurs tatouages, à retirer leurs perçages et à ne pas se teindre les cheveux d'une couleur atypique. C'est contraire à l'idéal de liberté que je prône. Personnellement, j'aime bien voir ce genre de diversité dans le physique des gens d'un commerce. Ça fait contraste avec leurs uniformes identiques et souvent moches. Accepter la diversité que les gens choisissent d'avoir est l'extension logique de l'acceptation de la diversité ethnique et des orientations sexuelles.

En ce qui concerne les modifications du corps visant à dissimuler les signes du vieillissement, c'est un peu différent. C'est vouloir éviter ce que l'on perçoit comme une détérioration de l'apparence. Même chose pour toute autre chirurgie esthétique; une liposuccion ou des implants mammaires par exemple. On veut tout simplement augmenter notre beauté. C'est la même chose pour le fait de se maquiller. J'y vois aussi quelque chose de positif, en ce sens que l'on peut «améliorer» notre apparence plutôt que de nous contenter de ce que la nature nous a donné. Le problème c'est quand on fait cela à cause d'une pression sociale. Ça serait mieux si tout le monde pouvait être à l'aise avec son corps sans s'altérer ainsi. D'autant plus que plus les gens auront recours à ce genre de transformation, et plus les standards de beauté vont les exiger.

Je trouve aussi formidable que l'on puisse désormais changer de sexe si l'on estime ne pas être né avec le bon. C'est un sentiment que j'ai de la difficulté à cerner, puisque je ne me sens pas particulièrement homme ni femme, mais je suis content que ceux qui ont un tel mal-être avec leur sexe biologique puisse faire ce choix. En fait, l'existence de cette possibilité fait en sorte que notre sexe devient un choix pour nous tous, puisqu'en choisissant de ne pas changer de sexe on confirme que l'on choisit d'être de notre sexe. On est donc libre d'être un homme ou une femme. Mais là aussi, je me demande parfois si ce ne sont pas des pressions sociales qui poussent une personne à être mal à l'aise avec son sexe biologique. Si l'on avait réellement déconstruit les genres, peut-être y aurait-il moins de gens désirant changer de sexe? J'imagine que ça dépend de si c'est son sexe social qu'elle refuse ou son anatomie génitale.

Parfois je m'imagine un futur de science-fiction dans lequel les humains pourront ajouter à leurs corps des organes artificiels. Là aussi, je trouve cette perspective positive, que ce soit pour remplacer une partie du corps endommagée, ou simplement pour le plaisir d'avoir de meilleurs yeux ou des bras de robots. Bien sûr, cela pose pour certains le problème de «un humain à ce point modifié est-il encore un humain?» mais cette question est invalide dans mon paradigme

Par rapport aux modifications corporelles en générales, je pense que l'on devrait viser un accroissement de la liberté. La liberté, c'est lorsque l'on a le pouvoir d'assouvir nos désirs. On augmente sa liberté soit en augmentant son pouvoir, soit en réduisant ses désirs. Ainsi, pour augmenter la liberté des individus sur leurs corps, il faudrait à la fois:
  • Permettre aux individus de modifier leurs corps comme bon leur semble sans qu'ils ne soient discriminés pour ça, et en améliorant de plus en plus la technologie qui permet ça;
  • Neutraliser autant que possible les causes psychologiques et sociales qui poussent les individus à vouloir modifier leurs corps;

vendredi 1 février 2013

Pourquoi je ne me dis pas féministe

J'ai déjà dit que je préférais au terme «féministe» l'appellation «antisexiste» pour désigner ma position sur la discrimination sexuelle. Le féminisme est un mouvement qui englobe plusieurs vagues et subdivisions parfois contradictoires. Le terme est donc trop large et flou à mon goût. Dans les faits, il n'est pas faux de dire que je suis féministe, mais selon la définition qu'en a mon interlocuteur, il pourrait avoir une perception erronée de mon opinion si je me revendique de ce label.

L'un de mes buts dans le rejet de cette étiquette est de me dissocier de certaines tendances «extrémistes» qui existent à l'intérieur du féminisme. J'appelle cela «l'ultraféminisme» puisque ça outrepasse les objectifs de départ du féminisme et s'y oppose même parfois. Il y a entre autres:
  • Les hommes sont l'ennemi et la cause de tous les maux. Toutes les atrocités de l'Histoire ont été commises par des hommes. Bien sûr, les bons coups sont aussi venus d'hommes... mais derrière chaque grand homme, il y a une femme.
  • Contrairement aux hommes, les femmes sont bonnes par nature. Le monde serait un paradis s'il était dirigé uniquement par des femmes.
  • Lorsqu'il y a un conflit entre deux individus de sexes différents, l'homme est un bourreau et la femme est la victime, quelque soit la situation. Par ailleurs, ce conflit n'est jamais qu'entre deux personnes spécifiques, c'est une bataille dans la guerre des sexes.
  • La discrimination envers les hommes se justifie par le fait que les hommes d'aujourd'hui doivent payer pour les hommes d'autrefois pour rétablir l'équilibre.
  • Il est impossible de débattre avec un homme de façon civilisée. Il aura toujours recours à l'intimidation pour défendre fallacieusement son point.
  • Beaucoup de femmes sont trop stupides pour faire leurs propres choix de vie. Les féministes doivent donc intervenir pour les empêcher de faire ce qu'elles veulent, pour leur propre bien. (j'élabore ce point dans cette autre réflexion).

En gros, c'est une conception des choses très manichéennes qui sous-tend ces croyances: le hommes et les femmes seraient en guerre, et le parti des femmes serait celui des gentils. Il serait évidemment fallacieux de juger le féminisme dans sa globalité sur la base de ces quelques idées folles qui circulent dans les factions les plus haineuses du mouvement. Mais j'ai tout de même quelques réticences même face au féminisme plus «modéré». Et, j'ai quand même l'impression que ma position se situe «en-dehors» du féminisme même si elle ne s'y oppose pas. J'ai fait un dessin pour clarifier mon propos:


Dans ce triangle, l'axe vertical représente l'opposition sexisme/antisexisme tandis que l'horizontal est la dualité entre les «partisans» des deux sexes. L'ellipse bleue représente l'étendue du mouvement féministe. On peut donc voir qu'il inclut une vaste diversité d'opinions. Dans le bas, il part du milieu du triangle*, c'est-à-dire de l'opinion «séparés mais égaux» puis va vers le pôle pro-femme et l'inclut; d'où les idées extrémistes que j'ai énumérées un peu plus haut.

Maintenant, si on se concentre sur l'autre extrémité de l'ellipse. Pour moi, elle monte presque jusqu'à la pointe antisexiste du triangle mais ne l'atteint pas. En fait, l'antisexisme pur et dur ne peut être inclus dans le féminisme pour la simple raison que le mot «féminisme» est construit de façon sexiste. Ainsi, la seule différence entre les opinions d'un pur antisexiste et d'un féministe de cet extrême serait à propos de l'utilisation d'un mot qui a l'un des deux sexes pour radical pour nommer un mouvement ayant pour vocation leur égalité.

Le milieu de l'ellipse représente le féminisme populaire, le plus répandu de nos jours. Le problème qui demeure est principalement que le féminisme est avant tout un mouvement de femmes. Il y a beaucoup plus de femmes que d'hommes qui se disent féministes. Le féminisme «modéré» est donc en accord avec les grandes lignes de mon antisexisme, mais comporte ou tolère certaines idées qui s'y opposent directement:
  • La discrimination positive et la parité des sexes
  • Le fait d'offrir des services aux femmes seulement ou de charger un prix différent selon le sexe,
  • Ne focaliser le plus souvent que sur les intérêts des femmes et les situations où ce sont les femmes qui sont opprimées, tout en négligeant voire en banalisant une situation où un homme est pénalisé à cause de son sexe,
  • Dénigrer les tâches traditionnellement féminines et exagérer leur aspect pénible, tout en idéalisant la situation des hommes avant le féminisme,
  • Viser l'égalité entre les sexes plutôt que la liberté de l'individu de ne pas se conformer aux stéréotypes de son sexe,
  • Maintenir une conception «genrée» des personnes plutôt que de prôner une réelle déconstruction des genres,
  • Ne pas condamner assez ouvertement les dérives extrémistes de l'ultraféminisme,
  • Et, évidemment, le fait de se doter d'un nom ayant pour base celui d'un seul des deux sexes (féminisme).

Au fond, le vrai but du féminisme était initialement d'améliorer la condition féminine. C'était un objectif clair et dont la nécessité allait de soi dans un pareil contexte. Maintenant que les deux sexes sont plutôt égaux, la direction que doit prendre le mouvement n'est plus aussi claire. L'antisexisme que je prône, quand à lui, touche les deux sexes. C'est une volonté commune, plus inclusive, concernant tous les membres de la société, de détruire une catégorie sociale (le genre) et l'atteinte à la liberté inhérente à son existence.

Il est indéniable que l'apport du mouvement féministe sur nos sociétés fut, historiquement, un bienfait que je qualifierais presque de sans précédent. Toutefois, je considère personnellement que la situation actuelle aurait été encore mieux si on avait eu, à la place, un mouvement aussi fort mais adhérant au paradigme antisexiste. On se serait épargné certains problèmes qui n'ont pas été résolus par le féminisme ou qui en sont des effets secondaires non désirés.

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*Je ne suis pas très bon avec cet outil de dessins, mais la zone bleue était supposées se rendre jusqu'au milieu du triangle, c'est-à-dire le point équidistant des deux pôles sexistes. Puis, vers le haut, elle devait remplir presque toute la moitié «pro-femme» du triangle mais s'arrêter un peu avant le sommet. Donc imaginez-vous la comme ça.

mercredi 16 janvier 2013

L'image du végétarien

Je constate que dans les films et les téléséries, les végétariens sont souvent présentés comme des extrémistes enragés adhérant à toutes les croyances nouvelâgeuses. Ça m'a marqué parce que, dans la vie, tous les végétariens que je connais (dont moi) sont des gens avec un esprit critique extrêmement développé, tandis qu'aucun des ésotériques que je connais n'est végétarien. Évidemment, mon entourage n'est peut-être pas un échantillon représentatif.

Pour moi, l'image du végétarisme et du végétarien est quelque chose d'important. J'ai l'impression qu'il doit y avoir des gens qui ne sont pas végétariens, non parce qu'ils n'adhèrent pas à ses principes éthiques ou parce qu'ils aiment trop la viande, mais uniquement parce qu'ils ne veulent pas être mis sous ce label qu'ils considèrent négatif. Un peu comme l'homosexualité il n'y a pas si longtemps, celui qui a des tendances végétariennes s'efforcent de manger de la viande et de dénigrer le tofu (même s'il n'y a jamais goûté) parce qu'il répugne à être associé au fictif «végétarien enragé».

Je pense donc qu'une partie du «devoir» du végétarien est de redorer l'image du végétarisme de façon à ce que ce soit vu de plus en plus comme quelque chose de positif et, donc, que plus de gens choisissent cette alimentation. Je me suis donc donné une sorte de «code de conduite» à cet effet. En fait, ce n'est qu'une version plus spécifique des principes que j'applique à tout débat auquel je participe.
  • Je n'aborde le sujet de mon végétarisme que si on m'en parle en premier (ce qui arrive assez souvent de toute façon).
  • Lorsque je rencontre une nouvelle personne, j'essaie qu'elle apprenne à bien me connaître avant de lui laisser découvrir mon végétarisme (pour ne pas que ses potentiels préjugés sur les végétariens lui donne une mauvaise image de moi dès le départ).
  • Je vais toujours exposer mon point en soulignant que je dis pourquoi moi je suis végétarien mais que cela ne s'applique pas nécessairement à d'autres.
  • Je démontre qu'il ne s'agit pas d'un tabou alimentaire en exprimant et en décrivant les contextes lors desquels je mangerais de la viande.
  • J'accepte occasionnellement certains accommodements, comme de manger une soupe qui contient un peu de bouillon de poulet si c'est tout ce que mon hôte a à m'offrir.
  • Je rassure l'autre sur sa valeur morale. Par exemple, en révélant que je n'ai jamais vraiment aimé la viande mais que, si je découvrais que le chocolat ou le beurre de peanuts était produit d'une façon horrible, je ne serais peut-être pas capable d'arrêter d'en manger.
  • S'il me dit quelque chose comme «J'essaie de manger moins de viande» ou «J'achète souvent ma viande chez des petits producteurs plus éthiques», je vais l'approuver dans son effort (et ce sera sincère, j'encourage le semi-végétarisme) plutôt que de lui dire que c'est insuffisant.
  • J'essaie de savoir pourquoi mon interlocuteur n'est pas végétarien et j'adapte mon discours en conséquence, tout en tâchant de le respecter dans ses croyances. Je peux toutefois en profiter pour souligner que ma position antispéciste repose sur une conception plus scientifique de l'être humain et de l'animal, qui ne met pas de fossé entre les deux.
  • Si je mange un plat végétarien devant lui, je vais lui faire goûter pour qu'il voit que ce n'est pas aussi mauvais et fade que le prétendent ceux qui n'y ont jamais goûté.
  • Il ne faut pas avoir l'air d'être végétarien par «sensiblerie». J'essaie donc de faire des parallèles avec les droits que l'on donne aux personnes (nul ne considère que c'est faire preuve de sensiblerie que de s'abstenir de tuer son voisin pour lui voler sa télé) sans non plus aller trop loin dans cette direction puisque beaucoup associent cela à de l'extrémisme, surtout s'il s'agit de faire appel aux émotions.
  • Je demeure calme, bienveillant et rationnel.
  • Parfois je vais me retenir un peu de dire ce que je pense vraiment si je sens que la personne risque de le percevoir comme une attaque envers elle.
  • Je ne m'acharne pas et je change de sujet si la personne confesse que sa consommation de viande n'est pas un choix reposant sur la raison. Par exemple, si elle dit «J'aime trop la viande de toute façon».

Ça a l'air de rien mais c'est très totché. Je suis dans une situation où l'autre me demande d'expliquer et de défendre pourquoi je considère qu'une pratique à laquelle il est très attachée est contraire à l'éthique, et je dois faire cela sans pour autant qu'il ne se sente dénigré par mes paroles. Ce n'est pas évident. Parfois j'ai l'impression que lorsque l'on me demande «Pourquoi t'es végétarien?» la seule réponse permise est «Aucune raison. Parce je suis un imbécile, voilà tout.» car même si j'essaie d'exprimer rationnellement et posément mes raisons, certains vont tout de même me considérer extrémiste et intolérant.

Bref, tout ça pour dire que je pense que briser les préjugés sur le végétarisme et améliorer son image est quelque chose de nécessaire. C'est aussi important pour la cause que l'est le boycott de la viande.

La question autochtone

Au Canada, la situation actuelle des Premières Nations est le résultat d'une longue série de traités depuis le début de l'immigration européenne. Ceux considérés par la loi comme étant «Indiens» (terme obsolète, disparu de l'usage depuis longtemps, mais toujours utilisé par l'État pour parler des gens d'origine autochtone) peuvent avoir des droits supplémentaires par rapport aux autres citoyens à condition de vivre dans des endroits nommés «réserves» (un peu comme des réserves fauniques mais pour humains…) où ils sont supposés pouvoir vivre selon leur mode de vie traditionnel.

Je ne suis pas du tout à l'aise avec la situation des gens d'origine autochtone.* En fait, deux choses me dérangent. La première est plus terre-à-terre tandis que l'autre est une question de principes:
  • Je n'aime pas l'idée qu'on laisse des gens vivre dans des conditions dignes du Tiers-Monde (dans les «réserves»);
  • Je n'aime pas l'idée que l'on donne des droits différents au citoyen selon son ascendance («indienne» ou non);

Paradoxalement, les «Indiens» ont plus de droits légalement mais sont traités en inférieurs dans les faits. C'est sur l'abolition de ces deux aberrations que devraient porter les nouvelles ententes entre le gouvernement et les représentants autochtones. Tous les citoyens doivent être égaux devant la loi et les «liens du sang» ne devraient pas être reconnus. Une sorte de deal comme «On abolit tout statut particulier pour les autochtones et, en échange, voici une série de mesures concrètes que l'on va appliquer immédiatement pour améliorer leur condition». Les réserves devraient devenir des municipalités ou alors des genres de micro-provinces, ou même des cités-États politiquement souveraines (mais ayant plusieurs accords avec le Canada), mais l'abolition des réserves – ou, au moins, de ce nom – me semble nécessaire.

Pour ce qui est de permettre à leurs cultures traditionnelles de perdurer, je pense que cela va de soi. Le Canada d'aujourd'hui est beaucoup moins ethnocentrique qu'à l'époque coloniale. Il se vante de prôner le multiculturalisme. Comme je l'ai dit précédemment, on devrait s'efforcer de séparer l'État et la tradition pour permettre à tous d'exercer en toute liberté ses coutumes et être attentif aux demandes d'accommodements de façon à ce que les lois soient de plus en plus compatibles avec cet objectif. Et comme il s'agit de cultures uniques et menacées de disparition, il importe que l'on prenne des mesures pour les sauvegarder et préserver notre diversité culturelle. Ainsi que je l'ai suggéré dans ma politique linguistique, il pourrait y avoir davantage d'écoles primaires dont les cours sont en langues autochtones.

Je n'ai moi-même pas vraiment de solutions concrètes puisqu'il s'agit d'une question complexe avec nombre de causes historiques et d'implications. Mais les objectifs que j'ai présentés ici me semblent nécessaires.

En conclusion, j'aimerais juste souligner que les descendants des envahisseurs européens ne sont pas «redevables» envers les descendants d'autochtones pour les crimes de leurs ancêtres. La culpabilité n'est pas héréditaire. Je déteste entendre des choses comme «C'est horrible ce que nous avons fait aux Amérindiens il y a deux cents ans!». Non, «nous» n'avons rien fait puisque nous n'étions pas nés. Ce que l'on devrait plutôt se dire, c'est «C'est horrible les conditions de vie dans certaines réserves autochtones en ce moment…

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* Même si je ne le fais pas souvent, pour éviter d'alourdir mon propos, nous devrions dire «personne d'origine autochtone» plutôt que «personne autochtone». Est autochtone toute personne qui vît dans le pays où elle est née. La majorité de la population est donc autochtone, se sont ses origines qui sont majoritairement étrangères.

mercredi 9 janvier 2013

Le droit d'être armé

L'abolition du registre canadien des armes d'épaule, et la fusillade qui a eu lieu dans une école primaire récemment, font en sorte que l'on a souvent entendu parler ces derniers temps du droit qu'a l'individu de posséder des armes à feu. Aux États-Unis, c'est une question complexe puisque le droit de posséder une arme est dans la constitution pour des raisons historiques.

D'un point de vue éthique, la question est relativement simple. Ce que l'on met dans la balance, c'est le droit de posséder des armes versus le danger potentiel que cela représente. Une personne peut désirer posséder une arme pour se sentir en sécurité* chez elle, pour le sport ou pour une collection. Ces besoins me semblent tous bien moins important que celui d'être préservé des dangers que représente l'arme.

Il y a certains contre-arguments que l'on entend souvent et que je trouve personnellement bien faibles. Il y a, entre autres, ceux qui disent qu'il y a, par exemple, plus de morts causés par les accidents de voitures ou les noyades dans les piscines que par les armes à feu. Comme si légiférer sur les armes nous empêchait de prendre également des mesures contre d'autres sources de décès prématurés. Également, il y a ceux qui soulignent qu'une personne voulant tuer peut avoir recours à d'autres moyens que les armes, comme les couteaux ou les bombes artisanales. On peut leur répondre qu'ils est plus facile de faire rapidement plus de victimes avec un fusil qu'avec un couteau, et que tous ces autres objets pouvant être utilisés pour tuer (ou, dans le cas des bombes, les produits utilisés pour les concevoir) ont une utilité pratique qui compense pour ce danger potentiel, ce que n'ont pas les armes.

Malgré tout, je ne pense pas que ce soit une bonne idée d'abolir complètement le droit de posséder des armes pour les civils. Je réitère ici ce que j'ai dit dans mes réflexions sur la prostitution, la drogue et la similipédopornographie : la prohibition est inefficace, mieux vaut légaliser et encadrer. Si les gens qui désirent vraiment une arme ne peuvent l'obtenir légalement, ils l’acquerront illégalement. Comme avec les accommodements religieux, il faut nous demander comment on pourrait permettre à ceux qui veulent une arme de combler, totalement ou partiellement, ce besoin sans que cela ne nuise à la sécurité d'autrui.

Je propose simplement d'aller dans la direction contraire du gouvernement canadien, en renforcissant le contrôle des armes et en mettant plus d'informations dans le registre. Je n'ai pas tant d'expertise sur la question ni sur la situation actuelle, mais je pense à une série de mesures simples comme:
  • Toute arme doit être enregistrée et immatriculée.
  • L'arme doit être rangée dans un endroit sécuritaire (par exemple, un coffre verrouillé).
  • Le lieu de rangement de l'arme est inscrit dans le registre. Si le citoyen la sort de cet endroit pour une période de plus de vingt-quatre heures (disons), ou s'il change son lieu de rangement, il doit en aviser le registre.
  • Il y a une quantité maximum d'armes qui peuvent être rangées dans un même lieu résidentiel.
  • Certains types d'armes ne peuvent être gardés dans un lieu de résidence, et doivent être entreposés dans un arsenal autorisé (qui pourrait se trouver à l'intérieur d'un centre de tirs ou d'une pourvoirie). Si on les change d'endroit (disons que son propriétaire veut aller à un centre de tirs différent de celui où il va d'habitude), elles doivent être transportées dans un coffre verrouillé par une instance autorisée.
  • Certains types d'armes sont prohibés pour les civils (disons, les missiles, les mines, les tanks, etc.)
  • L'achat de munitions est également enregistrés dans le registre, et limité. Je pense en fait que c'est surtout là qu'est la solution.

Même les Américains pourraient instaurer quelque chose comme ça puisque ça respecterait leur droit constitutionnel d'être armés. Évidemment que ça ne règlerait pas tout et qu'il y aurait quand même des fusillades ou des armes illégales. Mais ça réduirait tout de même la nuisance inhérente à l'existence des armes tout en étant un accommodement acceptable pour les gens qui désirent fortement en posséder.

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* Je souligne que c'est pour avoir un sentiment de sécurité et non pour être en sécurité.

mardi 8 janvier 2013

Antisexisme et orientations sexuelles

Je vous ai déjà exprimé que je me définissais comme un antisexiste. C'est-à-dire que je prône la déconstruction des genres et la non-considération du sexe d'un individu comme critère pertinent en soi pour quoique ce soit. En conséquence, certains m'ont déjà dit que pour être cohérent avec un tel paradigme, il fallait absolument être bisexuel. Avoir une orientation sexuelle plus ciblée, ce serait discriminer les gens selon leur sexe plutôt que de les considérer avant tout comme des personnes. En fait, le but de ce genre de raisonnement n'est pas tant de prôner la bisexualité pour tous que de démontrer que l'on est tous sexistes.

Je suis en désaccord avec cette conclusion. Pour moi, n'être attiré que par les gens d'un seul sexe n'est pas incompatible avec le fait de prôner l'antisexisme. De mon point de vue, tous les individus sont différents et ont leurs propres particularités. L'attirance sexuelle est, avant tout, une attirance physique. Pour m'attirer, un individu donné doit donc d'abord correspondre à mes goûts physiquement avant que je ne me demande si sa personnalité me convient aussi. Or, il s'adonne que les traits qui m'attirent sont très fortement corrélés avec le sexe d'une personne.

Ma réflexion ici est analogue à celle que je me suis fait dans mon billet contre la parité des sexes. Je suis comme le propriétaire d'une entreprise de déménageur de piano: bien qu'il ne soit pas sexiste, il s'adonne que les seuls employés qu'il engage sont des hommes même si son critère de sélection n'est pas le sexe mais la force physique. De la même façon, il s'adonne que les seules personnes qui avaient ce qu'ils fallaient pour m'attirer étaient des femmes, mais mon critère de sélection n'est pas le sexe comme tel, mais des variables qui semblent fortement corrélées avec le sexe. Même si ce n'est jamais arrivé, peut-être un jour rencontrerai-je un homme qui va m'attirer?

D'ailleurs ce ne sont pas toutes les femmes qui m'attirent. Il y a des femmes qui ne sont tellement pas de mon goût physiquement qu'elles ne peuvent pas m'attirer, indépendamment de leur personnalité, comme si elles étaient des hommes. Et ces mêmes femmes sont très certainement aux goûts d'autres personnes également aux femmes. L'orientation sexuelle n'est donc pas quelque chose d'aussi simpliste que homo/hétéro/bi. Deux personnes considérées de la même orientation ont souvent des goûts différents et, conséquemment, les ensembles représentants les gens qui les attirent se chevauchent mais ne sont pas identiques. Et il y a également une possible diversité dans les types d'actes sexuels que l'on préfère. Bref, pour moi il y autant d'orientations sexuelles qu'il y a d'individus.

Ainsi, oui, mon antisexisme implique la déconstruction des identités sexuelles autant au niveau du genre de l'individu que des identités liées à l'orientation sexuelle. Je m'oppose donc de la même façon au fait de véhiculer et d'entretenir des stéréotypes et des identités collectives sur les sexes que sur les orientations. Par exemple, je suis contre la parade de la fierté gay (et la façon dont les médias la couvrent) parce que je considère qu'elle a surtout pour effet de donner une image erronée ou, disons, trop étroite et trop extravagante des homosexuels. Cela contribue très certainement à renforcir les préjugés chez les homophobes, et cela fait en sorte que les jeunes gays sont moins enclins à sortir du garderobe ou à se reconnaître comme gay, puisqu'ils ne s'identifient pas à cette image stéréotypée que véhicule l'événement.

Mais bref, en aucun cas mon antisexisme n'implique d'instaurer une parité des sexes chez mes potentiels partenaires sexuels.

mercredi 19 décembre 2012

Je ne suis pas catholique

Une des choses que je déteste, dans la vie, c'est de me faire dire que je suis catholique simplement parce que je suis baptisé, ou me faire dire que je suis chrétien uniquement parce que je suis Occidental. Dans le même ordre d'idée, j'ai lu quelque part récemment l'oxymore «juif athée» pour parler d'un athée issu d'une famille juive. Comme si notre religion faisait partie de nous à notre naissance et que l'on ne pouvait plus s'en défaire.

Je n'aime pas non plus quand on me dit que même si je ne crois pas à Dieu, j'ai quand même sûrement «des valeurs chrétiennes». Non, je n'en ai pas, puisque je suis pour l'égalité des sexes, l'avortement, la contraception et le mariage gay. Et je ne considère pas que d'aimer son prochain soit «une valeur chrétienne» puisque c'est universel à tous les systèmes de valeurs et donc pas proprement chrétien. En fait ça s'appelle l'altruisme donc c'est pas mal la base. Ce n'est pas avoir des valeurs chrétiennes, c'est avoir des valeurs tout court.

Je conclus en vous rappelant quelques définitions:
  • Un chrétien est quelqu'un qui croit que Jésus est revenu d'entre les morts;
  • Un catholique est un chrétien qui croit que le Pape est le porteparole de Dieu sur Terre.

Alors non seulement je ne suis pas catholique, mais souvent la personne qui me dit catholique, comme elle, ne l'est pas non plus…

jeudi 13 décembre 2012

Les droits des bestioles

Je suis en train de réfléchir à ce dont aurait l'air une charte des droits de l'animal. Ma réflexion n'est pas encore aboutie à ce sujet, mais certaines choses me semblent déjà évidentes. D'abord qu'elle devra faire des compromis entre ses idéaux éthiques et sa faisabilité. Entre autres, l'une des évidences qui me frappe à ce propos est que cette charte ne pourra pas protéger de la même façon tous les membres du règne animal. En fait, la majorité des espèces de cet ensemble ne peuvent réalistement être inclus dans l'objet d'une telle charte. Un chat et un moustique devraient-ils être protégés de la même façon? Une vache et une sangsue? Un gorille et une huître?

Pour cette raison, je la nommerais «charte des droits de la bête», plutôt que «des droits de l'animal». Le mot «bête» serait défini dans un préambule de façon à ce que l'on sache quels animaux sont l'objet de cette charte, et tous les membres du règne animal qui ne sont ni des bêtes ni des personnes seraient appelés «bestioles». Je ne fixerai pas ici l'emplacement exact de cette frontière bête/bestiole mais il faudrait que cela concilie la faisabilité et la logique. Les bêtes pourraient être seulement les mammifères et les oiseaux, ou alors on pourrait ratisser plus large et inclure tous les chordés ainsi que les céphalopodes.

Pourquoi exclure les bestioles de la protection de la loi? D'abord pour des raisons pratiques, il y a tant d'êtres invertébrés dans notre environnement qu'il serait impossible de ne pas leur nuire et, souvent, d'être conscient qu'on leur nuît. Il n'y a qu'à penser aux acariens qui coexistent avec nous mais que l'on tue par milliers à chaque fois que l'on fait le ménage. Ensuite, parce que les bestioles pourvus d'un système nerveux en ont un qui diffère considérablement du nôtre. Plutôt que d'avoir un cerveau, ils ont souvent plusieurs ganglions cérébroïdes. À l'inverse, si je compare le cerveau d'un homme à celui d'un chat, d'un rat ou d'un porc, j'y verrai exactement les mêmes structures. Il est donc un peu plus «métaphysique» de se demander si la mouche souffre comme nous; de la même façon qu'il le serait de se poser la question par rapport à une intelligence artificielle imitant la nôtre ou face à un visiteur extraterrestre. Mais présumer que les porcs puissent souffrir est aussi terre-à-terre que de présumer que les autres humains peuvent souffrir comme moi.

Je trouve d'ailleurs parfaitement fallacieux lorsque quelqu'un utilise cette distinction bête/bestiole que je fais pour tenter de trouver une faille dans mon éthique. Si l'on trace un arbre phylogénétique, on constatera qu'un porc, par exemple, est plus proche de nous qu'un moustique et qu'il est aussi loin du moustique que nous le sommes:


Considérer le porc comme le moustique est aussi absurde qu'il l'était à l'époque du racisme de traiter un Noir comme un porc. Les Noirs et les Blancs sont plus proches entre eux que du porc et sont exactement aussi loin du porc. Le racisme comme le spécisme utilise la logique réductrice du nous/eux. Seul les «nous» comptent et les «eux» sont indifférenciables et n'ont aucune similitude avec les «nous». La réalité est plus complexe que ça. Si tous les peuples humains ont le même potentiel d'intelligence (puisque leurs cerveaux sont identiques), tous les mammifères ont le même potentiel de souffrance (puisqu'ils partagent les structures cérébrales qui en sont responsables). Traiter une bête comme une bestiole c'est comme traiter une personne comme une bête.

Soit. Mais traiter une bestiole comme un comme un objet...? Ce n'est pas ce que je préconise mais je ne pense pas que de légiférer sur les droits individuels des bestioles soient pertinents pour l'instant. Mais on peut leur donner des droits collectifs indirects via nos lois protégeant l'environnement par exemple. Ainsi, si écraser une abeille ne serait pas un crime, exterminer toute une population d'abeilles dans un environnement où elles sont responsables de la pollinisation, en serait un. Tuer un membre d'une espèce de bestiole en voie d'extinction serait également répréhensible. C'est sûr que, pour suivre mon éthique personnelle, j'évite de tuer une bestiole lorsque je peux faire autrement. Par exemple, je vais mettre dehors une araignée qui s'est introduite chez moi au lieu de l'écraser, mais je ne pense pas qu'il faudrait condamner pour meurtre celui qui aurait choisi de l'écraser.

dimanche 2 décembre 2012

Abolir la pauvreté

Dans une de mes réflexions précédentes, je vous ai entretenu de mon opinion sur la solidarité sociale. Je la relisais et je me disais que je devrais exposer plus clairement et de façon plus détaillées l'idée que j'y avais exprimée.

Voici donc ce que je propose pour, en quelque sorte, abolir la pauvreté:
  • L'État émet une carte de crédit, disons la carte Solidarité-Québec.
  • Tous les citoyens sont libres d'avoir ou non cette carte de crédit, quel que soit leur revenu.
  • Cette carte n'est utilisable que dans les commerces où l'on retrouve des biens nécessaires pour combler les besoins fondamentaux du citoyen et de sa famille (épicerie, pharmacie, magasins à rayons).
  • Ce mode de paiement est automatiquement désactivé à la caisse du commerçant si la facture comporte ne serait-ce qu'un produit qui n'est pas couvert par la carte Solidarité-Québec (c'est-à-dire, autre que de la nourriture, des vêtements et des produits d'hygiène). Le citoyen doit alors diviser sa commande en deux factures afin d'utiliser un autre mode de paiement pour ses achats non essentiels (alcool, cigarettes, boissons gazeuses, etc.).
  • Il est impossible de retirer de l'argent comptant à partir de cette carte ou de faire un transfert vers un autre de ses comptes. Une personne peut toutefois faire un virement de crédit (ponctuel ou régulier) vers la carte Solidarité-Québec d'un membre de son foyer. Ainsi, l'un peut faire l'épicerie pour toute sa famille.
  • La limite de crédit de la carte est équivalente au montant que l'on estime nécessaire pour les besoins du citoyen pendant deux semaines, sans tenir compte de son salaire mais en considérant le nombre de personnes qu'il a à sa charge et ses besoins particuliers.
  • Un lundi sur deux, l'État se rembourse à lui-même, à la place du détenteur de la carte, le montant qu'il a utilisé.
  • À la fin de l'année fiscale, le citoyen reçoit un genre de T4 qui lui indique combien d'argent l'État a remboursé à sa place sur cette carte de crédit. Il devra donc tenir compte de ce revenu lorsqu'il paiera ses impôts. S'il n'a pas de personne à charge ou de besoin particulier, le citoyen n'a pas à rembourser cette somme lorsqu'il n'a pas d'autre revenu, doit la rembourser intégralement avec ses impôts si son revenu est moyen ou élevé, et n'en rembourse qu'un pourcentage proportionnel à son salaire lorsque son revenu est faible.
  • Toute autre subvention de l'État (bien-être social, assurance-emploi, pension d'invalidité, pensions de retraite, bourse d'étude, etc.) tient compte de l'existence de la carte Solidarité-Québec et est donc réduite de la partie qui servait à payer les besoins fondamentaux de l'individu. Il en va de même pour une subvention qu'un citoyen doit verser à un autre (par exemple, une pension alimentaire).
  • Lorsqu'un mineur à la charge d'une personne inscrite à la carte Solidarité-Québec, atteint la majorité, il est immédiatement inscrit lui-aussi mais sa carte est par défaut configurée pour effectuer un virement automatiquement de tout son crédit sur le compte de son ancien tuteur. Il pourra modifier cela par la suite lorsqu'il quittera le domicile familial.

À cela on ajouterait également une autre mesure distincte pour financer le logement du citoyen. C'est-à-dire que:
  • Le bail devient un contrat entre trois parties: le propriétaire, le locataire et l'État.
  • Le gouvernement s'engage à verser mensuellement au propriétaire une partie du coût du loyer à la place du locataire. Si le logement choisi s'avère moins cher que le montant auquel le locataire a droit, l'État lui paye intégralement mais ne lui donne pas la différence.
  • Ce montant est fixé en fonction d'une estimation des besoins du locataire sans considérer son salaire mais en considérant les personnes qu'il a à sa charge. Dans l'éventualité où une personne doit absolument habiter une ville ou un quartier où les loyers sont plus chers, on pourra lui autoriser un montant plus élevé mais seulement si elle emménage effectivement dans ce secteur. Même principe pour tout autre besoin particulier du locataire. Par exemple, s'il est en chaise roulante il a droit à plus d'argent pour avoir un logement adapté mais seulement si le logement choisi est effectivement adapté.
  • On aura fait parvenir au futur locataire un document qu'il aura donné à son futur propriétaire lors de la signature du bail et qui lui dit à combien il a droit. Le propriétaire fera ensuite parvenir une copie du bail au gouvernement et recevra ainsi une somme d'argent de sa part.
  • Tout citoyen qu'il soit pauvre ou riche a le droit de choisir d'avoir recours à cet aide de l'État ou non. Toutefois, à la fin de l'année fiscale, il recevra un document lui indiquant quel montant le gouvernement a payé en loyers à sa place et, selon son revenu, le citoyen devra rembourser un pourcentage de cette somme avec ses impôts (100% s'il est de revenu moyen ou élevé, 0% s'il n'a pas de revenu).
  • Le propriétaire du logement est tenu d'assurer le coût du chauffage (de toute façon le locataire ne peut pas faire grand chose si son bloc est mal isolé) et de l'inclure dans le loyer
  • Toute autre subvention de l'État tient compte de l'existence de cet aide au logement et est donc réduite de la partie qui servait à payer le loyer de l'individu.
  • Les gens qui sont propriétaires de leur habitat pourrait avoir recours à une aide semblable pour payer leur hypothèque: l'État paierait une partie du montant mensuel directement à la banque.

J'ai exprimé précédemment pourquoi je pense qu'une telle mesure serait nécessaire. Cela nous permettrait d'augmenter les moyens des personnes recevant de l'assistance financière de l'État, tout en évitant à la fois les abus de quelques paresseux (qui se verront contraints de travailler s'ils veulent se payer autre chose que le strict nécessaire) et tout en rassurant les contribuables qui ont en tête ce préjugé du BS paresseux et qui sont pour cette raison peu enclin à accepter que l'on augmente leurs moyens. Tout le monde y gagne. Même principe pour le loyer. Je pense qu'il serait préférable que l'État paye le loyer directement au propriétaire plutôt que de donner de l'argent au locataire parce que les gens moins nantis sont sans doute parfois victimes de discrimination de la part de propriétaires qui ont peur qu'ils ne leur payent pas leur loyer. Grâce à mon idée, le propriétaire est assuré d'avoir au moins une partie de l'argent qui lui est dû, de sorte qu'il sera plus enclin à accepter comme locataire une personne ayant un revenu faible ou étant sans emploi.

J'exagère évidemment quand je dis que je prévois ainsi abolir la pauvreté, n'empêche que la condition des plus démunis en serait nettement améliorée. Malheureusement, les gens de gauche comme les gens de droite s'opposeront à un tel projet de société. Les seconds sont, de toute façon, en désaccord avec toute mesure sociale tandis que les premiers verront celle-ci comme une atteinte à la liberté des démunis d'utiliser l'argent de l'État comme bon leur semble, et comme une façon d'entretenir les stéréotypes sur eux. Je trouve toujours dommage de faire passer les idéologies et les symboles avant les conséquences réelles. Dommage de sacrifier la qualité de vie des plus démunis pour nous sentir, paradoxalement, comme une société guidée par de meilleurs idéaux.

La marchandisation de l'éducation

J'entends souvent, ces temps-ci, les étudiants revendiquer qu'ils s'opposent à la «marchandisation» de l'éducation. J'ai un peu de difficulté à cerner cette expression et ce qu'elle dénonce exactement. Si un enseignant exige qu'on le paye pour faire son travail, est-il en train de «marchandiser» l'éducation? Il me semble que oui. Fait-il quelque chose de mal? Je dirais que non. Ça me semble donc une expression qui dénonce quelque chose au niveau symbolique mais qui n'est pas assez explicite dans la pratique. Même chose pendant la grève étudiante du printemps dernier: J'avais de la difficulté à saisir les revendications exactes des étudiants. Est-ce seulement une opposition contre cette hausse drastique des frais de scolarité? Accepterait-on une hausse plus modérée? Veut-on geler les frais de scolarité pour toujours? Veut-on les réduire? Veut-on les abolir? De quelle façon et sous quelles conditions? J'ai donc récemment approfondi la réflexion que j'avais commencée dans mon billet sur la gratuité scolaire.

Je pense qu'il importe d'abord de définir plus clairement ce que l'on entend par «l'éducation». On devrait distinguer:
  • connaissances fondamentales (savoir lire, compter, etc.),
  • connaissances générales (savoir superficiel d'une vaste diversité de domaines sans nécessairement avoir d'applications pratiques),
  • connaissances érudites (savoir approfondi et très spécialisé n'ayant pas non plus nécessairement d'utilité pratique),
  • connaissances pratiques (compétences permettant généralement de pratiquer une profession),

Ces différents types de connaissances ont des raisons différentes de devoir être préservées et transmises, mais aussi de devoir être accessibles. Elles ont des rôles distincts pour l'individu et pour la société. Ce n'est pas au nom des mêmes principes qu'elles pourraient revendiquer de n'être pas «marchandisées»:
  • C'est un droit inaliénable de l'individu que de recevoir les connaissances fondamentales.
  • C'est une nécessité pour toute société démocratique que sa population ait un minimum de connaissances générales afin que ses choix soient éclairés.
  • Au nom du patrimoine intellectuel de l'humanité, il importe que soient pérennes les connaissances érudites, au moins en étant connues de quelques personnes.
  • Afin que chacun puisse faire carrière dans la discipline de son choix sans être contraint par une discrimination arbitraire envers la classe de revenus de ses parents, il importe que soient accessibles les connaissances pratiques.

Ainsi, je suis évident d'accord avec le fait que l'école jusqu'à l'âge de seize ans, puisqu'elle nous transmet les connaissances fondamentales, doit être obligatoire et gratuite pour tous au même titre que l'assurance-maladie. Pour les connaissances générales et les compétences, sans que ce ne soit aussi nécessaire, c'est également des types de connaissances que je ne «marchandiserais» pas. Leur accessibilité nous est bénéfique en tant que société à la fois au nom du principe d'égalité mais aussi parce que nous désirons avoir une population minimalement instruite et lucide.

Donc c'est surtout au niveau de ce que j'appelle les «connaissances érudites» que j'ai de la difficulté à être d'accord avec ceux qui s'opposent à la marchandisation de l'éducation. Je ne vois tout simplement pas ce qu'il y a de mal à vendre à quelqu'un le service de lui enseigner des connaissances théoriques avancées dans un domaine sans applications pratiques. Ça ne m'apparaît pas comme un droit fondamental de l'individu que d'avoir accès à ces connaissances-là et encore moins de se les faire enseigner dans une université. Évidemment, si on a les moyens en tant que peuple, je trouve que ça serait un très beau projet de société mais, ça demeurerait un privilège et non un droit. Il me semble qu'il y a des choses plus fondamentales qui mériteraient encore plus d'être gratuites. Je pense que la nourriture, le logement et l'électricité devraient passer avant le post-doctorat en études classiques dans la liste de ce que l'État devrait financer.

dimanche 25 novembre 2012

Les droits du fœtus

Récemment, les Conservateurs ont tenté de rouvrir le débat sur l'avortement en créant un comité pour discuter du statut légal du fœtus. L'idée d'un tel comité ne me dérange pas en soi, ce qui me dérange c'est qu'il soit composé de conservateurs. Un des problèmes, je pense, dans ce débat est la définition du concept d'«humain» que l'on ne dissocie pas suffisamment, voire pas du tout, de celui de «personne». L'autre problème sont les droits que l'on considère inhérents à cette catégorie.

J'ai brièvement abordé la question des droits des embryons et fœtus dans ma réflexion sur l'avortement. J'y disais qu'avant un certain stade de la grossesse, il était absurde de donner à l'embryon plus de droits qu'à une plante. S'il n'a pas encore de système nerveux actif, il ne s'agit pas d'un être et il est par conséquent absurde et anthropomorphiste de lui accorder des droits. J'ajoutais toutefois un bémol en disant que, puisqu'à la veille de l'accouchement, l'enfant n'est pas bien différent de ce qu'il sera au lendemain de sa naissance, il était arbitraire d'y placer là une limite bien tranchée lors de laquelle il passe spontanément du statut d'objet à celui de personne. On tolère qu'une personne en tue une autre seulement si c'est un cas de légitime défense ou si c'est un soldat qui tue un soldat ennemi à la guerre. Or le fœtus n'est pas une personne, ni un objet. Ce serait plutôt comme une sorte de bestiole ou de bête primitive mais qui aurait le potentiel de se transformer en personne. Donc, quels droits devrait avoir un fœtus à partir de la date limite légale pour l'avortement – ce que l'on pourrait appeler l'individuation – et la naissance?

En fait, à ce stade, je donnerais au fœtus un statut juridique qui lui serait propre. Quelque chose qui le distinguerait du simple objet mais qui ne lui conférerait pas pour autant le statut de personne, même s'il est indubitablement humain (comme l'est un cadavre ou un humain en état de mort cérébral). Je me dis donc qu'avant ce point de la grossesse, la porteuse devrait être libre d'avorter sans avoir à rendre de compte, tandis qu'après elle devrait donner une raison et que plus la grossesse est avancée, plus la raison devrait être grave. Ce qu'il faudrait établir c'est une énumération des différents conflits d'intérêts pouvant survenir entre un fœtus et sa porteuse, puis dans quelle situation les intérêts de cette dernière l'autoriseraient à avorter aussi tardivement.

Imaginons qu'un problème médical grave survienne durant la grossesse et nous force à choisir entre la vie de la mère et celle du fœtus. Dans ce genre de situation, la grande majorité d'entre nous ferait passer la vie de la mère avant celle de son futur enfant. Mais plus les risques de complications médicales pour la mère seront faibles, moins il est bien vu qu'elle avorte. Prenons une situation différente. Imaginons que le fœtus se fasse diagnostiquer une maladie faisant en sorte qu'il n'aura jamais d'autonomie, disons un lourd handicap physique ou mental. Accepterions-nous un avortement tardif? Considérant le fardeau que cela risque d'apporter aux parents pour toute leur vie, je considère que ce serait éthiquement correct de les laisser avorter. Mais, la question est beaucoup moins tranchée. Finalement, si la porteuse veut avorter tardivement parce qu'elle n'est plus sûre en fin de compte de vouloir être mère, on le lui refuse généralement.

Tout cela est déjà pas mal comme ça, mais je ne pense pas que le fœtus n'ait pour autant de statut légal spécifique. Le fœtus n'est pas vraiment considéré comme un être pourvu de droits. Dans notre conception des choses, on ne fait pas vraiment de gradation entre une personne et un objet. Pourtant, la démarcation n'est pas si nette, tout est en continuum. Ainsi, il m'apparaît important de créer des catégories juridiques intermédiaires* pour être en cohérence avec la réalité.

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 * De la même façon, il m'apparaît pertinent et nécessaire de créer une catégorie juridique pour l'animal.

jeudi 22 novembre 2012

Un arbre à viande

Éventuellement, la technologie nous permettra de fabriquer de la viande, non plus en élevant des animaux entiers, mais simplement en cultivant des cellules animales pour donner naissance uniquement aux parties que l'on mange. Comme du clonage mais partiel. On clonerait des steaks, des croquettes et du jambon sans qu'aucune vache, poule ou cochon n'ait besoin de venir au monde.

Vu que je suis végétarien, on me demande parfois si je mangerais de la viande qui aurait été produite de cette façon. La réponse est oui. Je n'aurais aucune objection éthique à consommer de la viande produite ainsi. Mon boycott de la viande est dû au fait que sa production implique la souffrance et la mort d'êtres sensibles capables de bonheur et de souffrance et désirant vivre. Créer de la viande déjà viande, sans passer par l'intermédiaire pourvu de sensations, fait tomber complètement cette objection. Je considérerais un animal transgénique acéphale de la même façon qu'une plante.

Je vois également d'autres avantages. Dans une perspective environnementale, ça me semble également bénéfique. L'élevage est une industrie extrêmement polluante. Les déjections surabondantes de nos animaux souillent l'environnement. Le défrichage de forêts pour en faire des pâturages menace les espèces qui y vivent. Nous passer d'élevage et produire la viande en laboratoire réduirait notre empreinte écologique.

Même d'un point de vue économique ça finirait par être rentable. Pour l'instant, ça serait sans doute très coûteux, mais lorsque la technologie sera assez avancée pour que l'équipement requis soit abordable, ça va devenir plus avantageux. Un animal consomme plus de nutriments qu'il n'en produit; non seulement parce qu'une bonne partie de son corps n'est pas consommée, mais aussi parce qu'il faut le nourrir jusqu'à l'âge de sa maturité. Une culture de cellules animales ne présentera plus ce problème. Par ailleurs, tous les coûts reliés au logement, aux déplacements, aux soins et à l'abattage des animaux ne seront plus présents. On y voit donc là une convergence entre les intérêts du producteur de viande, du consommateur de viande et du végétarien éthique.

J'ajouterais que la technologie utilisée pour cloner de la viande sera également utile en médecine. Que l'on clone un foie humain pour une greffe d'organe ou que l'on clone un foie de veau pour le souper du dimanche, c'est la même technologie qui est à l'œuvre… sauf bien sûr que le foie de veau n'a pas besoin d'être fonctionnel. Ainsi, investir dans cette science pourrait se faire sans que l'objectif ultime ne soit la fabrication de viande; ce ne serait qu'un bénéfice indirect.

Cela me fait penser à un constat que j'ai fait, une sorte de tendance. Il semble que plus la science et la technologie progressent, plus notre nuisance (création de souffrance et destruction de l'environnement) augmente. Mais, passé un certain seuil, la tendance s'inverse brusquement et le progrès devient bénéfique. Comme si celui-ci nous donnait le pouvoir d'abord puis la sagesse ensuite.

Bref, ça serait bien que la viande soit produite comme ça. Peut-être même qu'on pourrait créer des végétaux transgéniques dont les fruits seraient faits de chair animale? En attendant l'apparition des arbres à viande, je vais demeurer végétarien.

dimanche 18 novembre 2012

Quoi faire des pédophiles?

Je ne pense pas avoir réellement besoin de vous convaincre qu'il n'est pas correct pour un adulte d'abuser sexuellement d'un enfant. Mais je tiens à spécifier pourquoi, à l'intérieur de mon paradigme éthique, c'est répréhensible. En fait, dans la situation où un enfant est forcé par un adulte de commettre des actes sexuels – que ce soit par la coercition ou par l'influence de son autorité – c'est un geste assez facile à qualifier de non éthique: c'est faire souffrir autrui en lui faisant faire quelque chose qu'il ne désire pas. Mais si l'adulte réussit à convaincre l'enfant que c'est correct? Et si ce dernier ne comprend tout simplement pas ce qu'est la sexualité et qu'il n'y voit rien de perturbant? Cela demeure contraire à l'éthique puisque l'enfant sera affecté par cette expérience lorsqu'il sera plus vieux, à l'âge où il commencerait normalement à s'intéresser au sexe. Bref, comme j'expliquais dans ma réflexion sur les droits de l'enfant, on ne doit pas uniquement considérer les intérêts de l'enfant lui-même, mais aussi ceux de l'individu qu'il deviendra en grandissant.

Une fois que l'on a prit conscience de ce qu'il y a de répréhensible dans la pédophilie, on peut établir des degrés de gravité au sein de ce comportement. Par exemple, on pourrait distinguer celui qui viole un enfant de celui qui vit avec lui une relation de type «couple» dans laquelle l'enfant semble «consentir». On peut également distinguer le fait d'être attiré par les adolescents hypersexualisés du fait de l'être par des enfants prépubères. Dans ces deux situations, les deux alternatives sont graves mais l'une est encore pire que l'autre. Mais la principale nuance que l'on devrait souligner, c'est la distinction entre la tendance et l'acte. Définit-on le pédophile comme étant celui qui est attiré par des enfants ou celui qui a des rapports sexuels avec des enfants?*

Cette distinction me semble majeure pour établir l'attitude que l'on doit adopter, en tant que société, envers ce phénomène dommageable qu'est la pédophilie. S'il est facile de reconnaître comme des criminels les gens qui commettent des actes pédophiles, il est bien moins évident de savoir comment juger une personne qui n'a que la tendance. On ne peut pas l'accuser de crime par la pensée. Et si le fait d'être attiré par les enfants étaient finalement une orientation sexuelle qu'on ne choisit pas d'avoir? Mon premier réflexe serait d'envoyer ces gens en thérapie pour les amener à avoir une vie sexuelle saine et non préjudiciable à autrui. Mais une telle thérapie est-elle possible ou est-ce aussi vain et ridicule que lorsque des religieux prétendent «guérir» les homosexuels? Dans l'éventualité où la pédophilie est une situation psychologique incurable et impossible à prévenir, quoi faire des pédophiles? Devrait-on avoir un registre des gens aux tendances pédophiles? Devrait-il être rendu public? Devrait-on les enfermer préventivement?

Je réfléchissais aussi à la pornographie pédophile. Je n'ai aucune misère à voir ce qu'il y a de mal dans le fait de produire des films dans lesquels on voit des enfants commettre des actes sexuels. Consommer ce genre de film est également mal puisque c'est encourager les producteurs à en faire davantage. Se satisfaire sexuellement en regardant des photos d'enfants nus mais ne faisant rien de sexuel est également répréhensible mais à un degré bien moindre. L'enfant ne souffre pas d'abus sexuel, mais c'est son droit à l'intimité qui est bafoué. Finalement, regarder ou produire un film d'animation réaliste mettant en scène du sexe pédophile mais, évidemment, simulé sans qu'aucun enfant ne soit impliqué dans la production… je n'ai rien de rationnel pour m'opposer à cela.

Ainsi, je me suis demandé si le fait de consommer de la pornographie infantile contribuait à cultiver les pulsions pédophiles ou si, au contraire, cela permettait de les canaliser d'une manière moins dommageable? Dans cette seconde éventualité, n'apparaît-il pas une solution qui nous permettrait de réduire ce fléau? Je me dis que l'on pourrait offrir aux gens à tendance pédophile de s'inscrire volontairement dans un registre totalement confidentiel** qui leur donnerait accès à du matériel pornographique simulant la pédophilie (disons, en animation 3D ou en dessins animés), mais leur interdirait l'accès à certains emplois impliquant d'être trop souvent seuls avec des enfants ou d'avoir une autorité sur eux. Ne serait-ce pas une bonne façon de prévenir les abus sexuels d'enfants? En fait, ma réflexion ici est analogue à celles que je me suis faites à propos de la drogue et de la prostitution, c'est-à-dire que si l'on ne peut pas enrayer la demande pour un phénomène sociale néfaste, on doit tolérer un moindre mal (dans ce cas-ci, la pornographie infantile simulée) plutôt que de nous y opposer totalement et sans aucune flexibilité, car cela n'a pour effet que de rendre le phénomène pire mais clandestin.

J'ai longuement hésité avant de publier cette réflexion. La pédophilie est un thème sur lequel il est difficile de réfléchir en demeurant posé et rationnel. Nous sommes enclins à haïr viscéralement ceux qui s'en prennent à nos enfants ou qui représentent un danger potentiel pour eux. De plus, j'ai l'impression qu'exprimer sa haine des pédophiles est très encouragé socialement et est également une façon pour l'individu de prouver aux autres qu'il n'est lui-même pas pédophile. Bref, il n'est pas très bien vu d'adopter la position selon laquelle le pédophile, tant qu'il ne passe pas aux actes, doit être considéré davantage comme «une personne victime d'une maladie psychologique incurable qu'elle n'est pas responsable d'avoir» plutôt que comme un monstre.

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* Je pense même qu'il serait nécessaire d'instaurer une modification terminologique pour distinguer le «pédophile non pratiquant» de celui qui passe aux actes.

** S'il serait public, il serait très risqués qu'une ancienne victime de pédophile ne choisisse de faire sa propre justice. En fait, même s'il demeurerait confidentiel, il y aurait un risque non négligeable pour que l'un de ceux qui y a accès ne décide de commettre un crime haineux envers les pédophiles recensés.

dimanche 11 novembre 2012

Le culte de l'enfance

Je suis allé à un baptême récemment. Un des points qui m'a marqué dans le discours du prêtre, c'est d'à quel point l'enfant et l'enfance sont idéalisés dans la culture occidentale. On les voit comme symbole de pureté, d'innocence. L'enfant est celui qui n'a pas encore été «corrompu» par la société et qui n'est pas encore attiré par le péché de la chair. L'enfant a la foi aveugle en ce qu'on lui dit; il croit à Dieu, aux anges mais aussi au Père Noël ou à tout ce que les adultes désireront lui faire croire. Les enfants s'émerveillent des choses de la vie, tandis que les adultes sont cyniques et blasés.

J'ai des réserves par rapport à cette conception des choses. En fait j'ai deux principales objections:
  • c'est généralement faux;
  • ce ne sont pas nécessairement des vertus.

Les enfants sont souvent méchants. Ils vont persécuter ceux qui sont différents d'eux. Vont arracher les ailes des mouches. Ils seront égoïstes. Leur «éthique» se limite bien souvent à essayer d'éviter d'être punis. La société ne fait pas que les corrompre, elle leur apprend à penser à autre chose qu'à eux-mêmes. À considérer autrui et pas seulement le plaisir personnel.

Par ailleurs, la candeur et l'émerveillement des enfants leur viennent simplement de leur ignorance et de leur inexpérience. Tout pour eux est nouveau. C'est facile de s'émerveiller face à la nouveauté, ce qui est dur c'est de s'émerveiller devant ce que l'on connaît déjà. C'est plus ça que l'on devrait essayer de cultiver, une capacité à l'émerveillement basée sur la connaissance et la compréhension de la complexité des choses, plutôt que fondée sur une totale ignorance.

Leur «foi» leur vient également de leur manque de connaissances. Étant nouveau dans ce monde, ils s"en remettent à ceux qu'ils croient avoir une meilleure expertise sur la vie, c'est-à-dire les adultes. Mais leur foi est loin d'être aveugle et ils demanderont souvent des preuves ou davantage d'explications avant de croire sur parole tout ce qu'on leur dit. Chaque réponse sera suivie d'un nouveau «Pourquoi?» jusqu'à ce que l'adulte se bute à sa propre ignorance. D'ailleurs, comme je l'ai déjà dit, la foi n'est pas une qualité. C'est un mot inventé par les prêcheurs obscurantistes pour faire passer la crédulité pour une vertu.

Le fait que les enfants ne soient généralement pas encore intéressés par le sexe est sans doute une autre raison pour laquelle on idolâtre leur innocence. Il faut cependant pour cela considérer le sexe comme quelque chose de sale et le désir comme une faiblesse ou une tare. Depuis la révolution sexuelle, cet aspect du culte de l'enfance a clairement perdu de son importance, mais il persiste tout de même un peu, comme une survivance culturelle.

Bref, quand le curé au baptême disait «Soyons comme des enfants!», je ne pouvais qu'être en désaccord. J'aurais plutôt prêché l'inverse: «Cessons d'être des enfants!» car c'est plutôt là qu'est le problème. En tant qu'adultes, nous avons conservé quelques uns des vices de l'enfance comme l'égoïsme, la crédulité et la difficulté à maîtriser ses émotions. L'adulte a pour vertus la raison, le sens des responsabilités, la maturité, l'expérience et l'altruisme. Soyons comme des adultes.