dimanche 19 avril 2015

Investir dans le peuple

Notre politique de libéralisme économique implique que nous ayons une certaine foi envers les entreprises. En fournissant des emplois à la population, et en produisant un bien ou un service, elles contribuent à faire de nous un État prospère. Pour cette raison, nous leur donnons toute sorte d'avantage fiscaux et même des subventions. Nous agissons de même envers certains projets artistiques ou scientifiques. Nous subventionnons car nous savons que leurs fruits seront bénéfiques pour la population.

Je comprends l'idée et j'approuve globalement mais, il y a quand même quelque chose de curieux là-dedans. Ça relève un peu de la pensée magique. On donne de l'argent aux entreprises en espérant que cela aura des retombés positives sur l'économie et qu'elles partageront volontairement leur prospérité avec le peuple... D'accord, mais ne serait-il pas plus logique de faire comme le ferait un mécène privé, c'est-à-dire d'acheter des parts dans le projet plutôt que de juste donner de l'argent gratuitement?

C'est pour ça que je m'étais dit que l'on devrait collectivement se doter d'un programme de mécénat qui permettrait réellement de créer de la prospérité et qui ne reposerait pas que sur la gratitude et la bonne volonté de ses bénéficiaires. Par exemple:

  • Quand on financerait les recherches d'une équipe de scientifiques, l'État posséderait une partie du brevet de la technologie ou du médicament découvert.
  • Plutôt que de donner des subventions à une entreprise, l'État achèterait des parts dans l'entreprise. 
  • Quand on financerait une production artistique, l'État posséderait une partie des droits d'auteur. 
  • Quand on financerait la scolarité d'un étudiant dans un domaine où l'on a besoin d'employés et où les salaires sont élevés (par exemple, en médecine), l'État exigerait un «stage» de dix ans (pouvant être converti en «amende») pour contraindre le diplômé à travailler ici, avant de lui remettre réellement son diplôme.


Ainsi, supposons que je décide de me lancer en affaire, de fabriquer un nouveau médicament ou de produire un film. Si je demande l'aide de l'État, je recevrai quand même une sorte de subvention mais, la condition sera que je devrai rendre une partie de cet argent à l'État si je «réussis». Donc, si mon projet connaît un succès financier modeste ou nul, l'État choisirait de renoncer à sa part de profit pour me la laisser mais, dans l'éventualité ou le truc rapporterait gros, l'État se ferait ainsi de l'argent... dont il se servirait pour réinvestir dans d'autres projets du genre.

Ensuite, il s'agira de diviser les choses en deux catégories de projets, soit les «rentables» (un film commercial par exemple) et les «audacieux» (un film d'auteur). Les premiers ayant pour principale fonction de générer de l'argent qui pourra servir à financer les seconds qui, eux, ont une sorte de valeur intrinsèque. Le but n'est donc pas mercantile, on récolte de l'argent mais c'est pour mieux favoriser l'audace et la diversité dans les projets entrepreneuriaux, artistiques ou scientifiques chez la population. On pourrait, donc, recevoir un financement soit parce que notre idée a des chances de rapporter gros, soit simplement parce qu'elle est originale et contribuerait à notre richesse culturelle. 

Une autre conséquence positive sera que, si je suis quelqu'un de déjà bien nanti, plutôt que de quémander l'aide de l'État, détournant ainsi des sommes qui pourraient aller à des artistes ou des entrepreneurs moins bien nés, je vais me contenter d'y investir ma fortune personnelle pour éviter d'avoir à partager mes gains avec l'État, ce qui laissera plus d'argent pour ceux qui en ont réellement besoin.

Voilà. C'est ça qu'est mon idée. Mais... je dois avouer que c'est encore un de ces billets où je parle à travers mon chapeau... J'ai aucune idée vraiment de comment ça fonctionne en ce moment, c'est peut-être déjà comme ça.

Sur l'esclavage

En théorie, l'esclavage est illégal pas mal partout dans le monde. C'est merveilleux. Nous avons envers l'esclavage une répugnance viscérale culturellement bien implantée, comme par rapport à la prostitution. Mais j'aimerais que l'on réfléchisse réellement à ce que signifie dans le concret qu'être l'esclave de quelqu'un. Je pense que l'on prendrait rapidement conscience que cette situation n'a pas vraiment cessé d'exister. Entre l'esclave et le salarié, c'est une gradation que l'on a; le point de rupture n'est que symbolique. Nous sommes choqués à l'idée qu'une personne puisse en posséder une autre, mais cet état de fait implique quoi pour la qualité de vie et la liberté réelle de celui que l'on dit esclave?

Je vous ai déjà entretenu de ma conception de la propriété. Nous la percevons comme la pleine souveraineté d'un individu sur un objet mais, dans les faits, ce pouvoir n'existe que dans la tête de ceux qui y croient. Le maître n'a, en réalité, pas un pouvoir absolu sur son esclave. Il ne peut le transformer en crapaud ni contrôler ses pensées. Et, lorsqu'il ne le surveille pas, il ne sait pas ce que son esclave peut faire dans son dos. Il y a toujours donc quelques petites libertés discrètes dont l'esclave demeurera maître. En plus, quand on pense aux esclaves on s'imagine tout de suite les Noirs Américains dans les champs de coton mais, historiquement, il y eut des occasions où la condition d'esclave pouvait être relativement enviable, comme chez les Romains et les Aztèques.

J'ai l'air de vouloir faire l'apologie de l'esclavage mais c'est vraiment pas là que je m'en vais. Je voulais juste relativiser les choses pour pouvoir amener une comparaison avec le salariat. Prenons un pays où il n'existe aucune loi pour protéger le travailleur. Donc, où les gens reçoivent un salaire en échange d'un travail mais où les conditions de travail sont terribles, avec des journées de quatorze heures, où ils peuvent être congédiés arbitrairement et reçoivent une paye ridiculement basse. Objectivement, ne serait-il pas préférable d'être un esclave bien traité, logé et nourri, plutôt que d'être un salarié opprimé qui n'a aucun temps pour lui et n'a pas les moyens de se payer un toit ou de manger à sa faim? L'avantage du salarié demeure que s'il n'est pas content il peut démissionner... mais le peut-il réellement toujours? Si la situation sociale fait en sorte que ce poste miséreux dans cette entreprise abusive est le seul auquel il puisse aspirer et que, s'il s'en va, cent autres personnes sont prêtes à le remplacer dès le lendemain, n'est-il pas tout autant prisonnier de sa condition que ne le serait un esclave qu'on enchaîne?

Bref, notre rejet de l'esclavage découle plus du fait que c'est pour nous une aberration qu'un humain puisse en posséder un autre, mais nous ne nous soucions pas du tout du sort réel de l'humain en question.

La liberté c'est l'égalité

Lorsque je fais part à autrui du fait que l'égalité est pour moi une valeur cardinale, je me heurte parfois à une certaine opposition. Une riposte que je pourrais paraphraser en:
Les inégalités sont la conséquences naturelles et inévitables de la liberté dont nous bénéficions. À moins de vouloir vivre dans un État totalitaire, nous n'avons pas le choix d'accepter qu'il y ait des riches et des pauvres.

Cette position est bien évidement héritée de la Guerre Froide, où le monde était polarisé entre le pseudo-communisme des Soviétiques et le pseudo-capitalisme des États-Unis*. Je vais tenter de vous prouver que cet antagonisme est sans fondement. En fait, je vais non seulement essayer de démontrer que liberté et égalité ne sont pas des opposées, mais qu'elles sont, au contraire, indissociables l'une de l'autre.

Tout mon argument ne sera finalement qu'une explication de l'adage: «La liberté de l'un s'arrête où commence celle de l'autre». En fait, il faut aussi comprendre ce que signifie être libres et être égaux

Prenons notre situation, où existent des inégalités. Celles-ci ne sont-elles pas indubitablement des obstacles à la liberté de ceux qui commencent en bas de l'échelle sociale? Comment peut-on dire sérieusement à une personne née dans la misère qu'elle est «libre» alors qu'elle est constamment frustrée dans ses désirs par tant d'embûches, comme autant de clôtures invisibles qui l'emprisonnent dans sa situation médiocre?

Imaginons maintenant une situation analogue à celle de l'Union Soviétique, c'est-à-dire un État totalitaire mais dans lequel tous les individus sont sensément égaux. Comment prétendre de bonne foi qu'il y a égalité alors que la forte autorité centrale, qui se charge de la redistribution des richesses, est elle-même, de par ce pouvoir qu'elle se donne, supérieure au reste des citoyens? Si les membres du gouvernement vivent dans l'opulence tandis que toute la population est dans la misère, c'est pas mal ce que j'appelle une inégalité.

Si les individus sont égaux, c'est qu'ils disposent tous du même niveau de liberté, c'est-à-dire du niveau maximum de pouvoir qu'un individu peut revendiquer sans porter préjudice à autrui. Donc, comme j'ai dit au début «La liberté de l'un s'arrête où commence celle de l'autre». C'est pourquoi, pour moi, soit on maximise à la fois la liberté et l'égalité, en allant dans cette direction, soit on est une société séparée entre les privilégiés d'un côté – ceux qui ont plus de liberté – et les opprimés de l'autre.

Et, en passant, je ne suis pas nécessairement pour un revenu identique pour tous. Je suis d'accord pour que ceux qui se donnent plus pour la communauté en retirent plus. Mais, pour moi, les plus pauvres doivent vivre dans la simplicité, pas dans la précarité. Et les plus riches doivent n'avoir que l'abondance, pas l'opulence. De doser cette «inégalité méritoire»** pour qu'elle demeure à l'intérieur de balises plus sensées, pour qu'elle se limite à ce qui relève du luxe et pour éviter qu'elle ne s'étende sur les générations suivantes, me semble une nécessité.

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 * Quiconque à lu Marx sait bien que l'Union Soviétique n'était pas réellement communiste. De la même façon, une lecture rapide de l'oeuvre d'Adam Smith suffit pour nous rendre compte que nous ne sommes pas vraiment capitalistes. Dans les deux cas, il s'agit simplement d'une situation où – comme souvent dans l'Histoire – une élite privilégiée justifie son statut par l'adoption d'une doctrine factice alors que, dans les faits, l'autorité a été acquise originellement par coercition et est transmise de façon népotiste. Mais bon, ce sera le sujet d'un autre billet.

 ** Je reparlerai également de ce point ultérieurement. Parce que, pour moi, ce n'est pas nécessairement une inégalité que d'avoir des salaires inégaux... ce peut-être simplement bénéficier du fruit de son travail. C'est juste que notre système va vraiment beaucoup trop loin dans sa conception de ce qu'un individu peut s'approprier comme sien et revendiquer comme paye.

lundi 12 janvier 2015

Des incroyants qui s'ignorent

Suite à la tuerie au Charlie Hebdo, nous avons tous été choqués et troublés de voir que la liberté d'expression pouvait être ainsi attaquée par la violence et le meurtre, encore de nos jours, dans un pays occidental. Les commentaires sur l'événement ont rapidement saturé le web en allant dans toutes les directions. Outre les extrémistes de la droite qui se sont rapidement affairé à récupérer l'événement pour laisser sortir leur xénophobie, la plupart des gens ont plutôt manifesté leur solidarité face aux victimes en affichant le label «Je suis Charlie».

L'élément dont je voudrais discuté ici concerne l'opposition entre deux genres de discours spécifiques qui ont suivi l'événement dans les médias sociaux. Deux opinions en apparence contradictoire que j'ai vu diffusé par mes amis facebook ou sur des blogues que je suis. Il s'agit de:

  • A. Il ne faut pas faire d'amalgame. Les actions perpétrées ici ont été commises par des individus isolés et extrémistes. La majorité des musulmans n'a rien à voir avec de tels actes de violence.
  • B. L'islam est une idéologie violente par nature. Il suffit d'ouvrir le Coran pour constater à quel point certains passages incitent explicitement à la haine et à la violence envers les pécheurs, les païens et les blasphémateurs. Il est absurde de se leurrer en disant que la religion n'a rien à voir là-dedans.


Ces deux positions semblent antagonistes. Et pourtant, j'adhère pleinement aux deux. En fait, ce qu'il faut comprendre c'est que les musulmans modérés sont comme les chrétiens modérés ou tous les croyants modérés: ce sont des incroyants qui s'ignorent. Lisez les passages sanglants du Coran à un musulman peu pratiquant et il réagira de la même manière qu'un catholique moyen face à l'Ancien Testament: il sera choqué et s'en dissociera, ou essaiera tant bien que mal de trouver une façon tordue de réinterpréter ce passage de façon à le faire concorder avec ses propres valeurs et sa propre conception de Dieu.

En fait, comme je le disais auparavant, les gens continuent de s'identifier à leur religion natale plus par attachement à une identité commune, et par loyauté envers leur communauté d'origine, que par foi. Les modérés ne croient pas vraiment à la religion à laquelle ils disent croire. Ils ont une spiritualité personnelle, très librement inspirée de celle de leurs ancêtres, mais leurs valeurs progressistes et modernes n'ont rien à voir avec celles que l'on retrouve dans la Bible et le Coran. On peut dire qu'ils sont tout prêt de l'incroyance, à un pas de sortir de la religion. Ils ne sont simplement pas encore prêt à faire ce pas là et, comme ils ont de toute façon de bonnes valeurs malgré tout, je pense qu'il faut respecter ça. Les laisser s'émanciper eux-mêmes et à leur rythme de l'étiquette religieux dont ils se revendiquent mais qu'ils ont totalement vidé de son sens.

Bref, les attentats en question ont bel et bien été commis par des individus religieux au nom de leur religion, selon une interprétation tout à fait juste et cohérente des saintes écritures (c'est le second des dix commandements qui ordonne de ne pas représenter le divin et de tuer ceux qui le font*). Mais cela ne veut aucunement dire que les autres individus prétendant être de la même religion que ces dits individus adhèrent réellement et fervemment aux croyances religieuses de ces individus puisque croyances religieuses et appartenance religieuse sont deux choses.

Pour terminer, je voudrais juste revenir sur un autre élément de la campagne «Je suis Charlie». Quelque chose avec quoi je n'ai pas été à l'aise. Je n'ai rien contre le fait qu'un journal satirique publie des caricatures pour rire de la religion; au contraire! Mais que l'on se mette soudainement à diffuser à plus grande échelle (via les médias sociaux mais certains réclament aussi que tous les journaux fassent de même) lesdites caricatures par solidarité envers les dessinateurs assassinés... moyen. Je comprends que l'on veut montrer aux Talibans et autres fous de Dieu que l'on n'a pas peur d'eux, mais il y a des gens – les croyants modérés dont je parlais tantôt – qui pourraient en être offensés. Dans un journal satirique c'est ok, au pire ils ont juste à ne pas le lire! Mais sur tous les médias sociaux, ça peut devenir insultant. Donc c'est pas pour bâillonner la liberté d'expression ou parce qu'on n'a peur des extrémistes, mais peut-être qu'on devrait desfois essayer de ne pas insulter ou faire de la peine à toute une communauté juste parce qu'on est fâché contre une poignée d'entre eux. C'est pas fin.

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* Deutéronome 5:8

mercredi 10 décembre 2014

Se déresponsabiliser

J'ai récemment lu que le gouvernement conservateur souhaitait renforcer la loi contre la polygamie en bannissant tout bonnement les immigrants polygames. J'ai évidemment de nombreuses réserves sur la question. Outre le fait que, comme je vous l'ai déjà mentionné, je n'ai rien contre la polygamie comme tel (en autant qu'il s'agisse d'adultes lucides et consentants), je pense que mon objection à la déportation des polygames découle plus du fait que je sois conséquentialiste. Ce que j'honnis se trouve donc en amont. Et, cette attitude ayant menée à une mesure aussi radicale et stupide est malheureusement présente dans d'autres de nos débats de société.

Laissez-moi clarifier mon point. Le ministre de l'immigration aurait dit:
«L'intention du projet de loi est de mettre fin aux mariages précoces et forcés, de mettre fin à la polygamie, notamment dans le programme d'immigration. [...] De détecter [les polygames] et d'obliger ces gens à quitter le pays.»

Si je suis bien son raisonnement, le but ici c'est... Non, attendez, je ne veux pas aller trop vite non plus. Avant de continuer, j'aimerais rappeler ce que j'ai dit à propos de certains «vices» dans mes réfexions précédentes: Prohiber une pratique à laquelle les gens tiennent ne la fait pas disparaître mais la rendra clandestine ce qui accentuera généralement sa nuisance. On ne peut pas magiquement faire disparaître la polygamie, l'interdire aussi drastiquement ne fera donc que maintenir les unions polygames dans la clandestinité et empêchera donc les femmes d'homme polygame d'avoir des droits d'épouses, voire des droits tout court. Bon. Mais, mon point ici ce n'est même pas ça...

Ma consternation est surtout à propos de la sanction proposée: la déportation. Et c'est dans celle-ci que réside tout le non-sens des propos du ministre. Si, comme il le dit, son but est de «mettre fin aux mariages précoces et forcés», bref de protéger la femme, en quoi le fait de la renvoyer dans son pays d'origine – où polygamie, mariage arrangé et mariage d'enfants sont sans doute la norme – va-t-il améliorer sa situation? En quoi agit-on dans son intérêt? C'est là que je veux en venir.

Le même type d'argumentaire boiteux était avancé par certains adeptes de la Charte péquiste: On essayait de la défendre en attaquant le voile musulman et en soulignant à quel point ce vêtement est oppressant pour les femmes qui le portaient mais, la mesure proposée, c'est-à-dire leur congédiement de la fonction publique, ne les aidait nullement à s'émanciper de leurs croyances et ne faisait que rendre leur situation encore plus médiocre. Quel était réellement le but? Ça ressemble aussi un peu à ce que l'on fait par rapport aux droits des travailleurs. Qu'il y ait des lois pour protéger les employés ici, mais qu'il n'y en ait aucune pour empêcher une entreprise bafouant ces mêmes droits à l'étranger de vendre sa marchandise chez nous... Où est la cohérence?

C'est ça l'attitude que je dénonce ici. Cette tendance pseudo-altruiste qui consiste à prendre une personne dans le besoin et, plutôt que de l'aider à s'en sortir, à simplement l'expulser de notre zone de responsabilité, de façon à se déculpabiliser de son sort, quitte à ce que celui-ci empire. C'est vraiment égoïste. Nous le faisons trop souvent. Focalisons donc sur les conséquences pour la personne que l'on prétend vouloir aider, plutôt que de nous conforter qu'on est donc vertueux en déplaçant les problèmes là où on ne peut plus les voir. Car, ironiquement, en agissant volontairement d'une façon ayant pour but de nous déresponsabiliser, on démontre que l'on a suffisamment de pouvoir sur la situation pour en être responsable et, donc, qu'on ne peut pas vraiment s'en déresponsabiliser... C'était clair dans ma tête.

lundi 6 octobre 2014

Les contre-privilèges

Dans tous les contextes sociaux où existait une élite privilégiée, il y avait aussi des sortes de privilèges qui étaient l'apanage des pans non privilégiées de la société. C'est que ce que j'appelle les contre-privilèges. Leur principale caractéristique, les distinguant d'un simple privilège, est que leur raison d'être est justement la position d'infériorité - réelle ou présumée - dans laquelle sont positionnées ses bénéficiaires. Par exemple:



Certains de ces contre-privilèges sont plus légitimes que d'autres. Certains servent à offrir une maigre compensation, d'autres surcompensent, mais même lorsqu'ils sont symétriques, les contre-privilèges présentent le désavantage de maintenir la vivacité de la césure psychologique qui existe entre ses bénéficiaires et le reste de la société. Par exemple, en s'enregistrant comme Indien inscrit pour ne pas payer de taxes, une personne d'origine autochtone approuve tacitement son statut et consent d'une certaine façon au maintient de cette division et à son confinement dans une vieille catégorie. 

Évidemment, comme mon objectif est l'éclatement de ces catégories, je m'oppose fermement au maintient de ces privilèges. C'est pourquoi je trouve que, en général, certains partisans de l'égalité font fausse route en se laissant leurrer par l'appât que constitue les contre-privilèges qu'on leur donne. Comme s'ils se disaient «au moins, on a déjà ça de gagné» alors que, au contraire, ces soi-disant avantages sont un pas dans la mauvaise direction. C'est plus une défaite qu'une victoire.

Si j'étais une femme, je refuserais qu'un homme paye mon repas pour moi. Si j'étais autochtone aux yeux de la loi, je paierais mes taxes. Pas seulement parce que je trouve injuste d'avoir droit à ce privilège, mais aussi à cause du raisonnement qui lui est sous-jacent. Si l'homme paye pour la femme, originellement c'est parce que l'on prend pour acquis que lui doit pourvoir et que elle ne peut être financièrement autonome. C'est plus insultant qu'avantageux.

Il y a un contre-privilège en particulier dont je ne sais que penser, je crois que je le trouve absurde en fait. C'est celui d'avoir l'exclusivité d'être victime de discrimination. C'est-à-dire que, pour certains, non seulement un homme Blanc hétéro n'est jamais victime d'aucune sorte de discrimination, mais il ne le peut pas puisque le racisme serait par définition une discrimination faite à l'encontre d'un non-Blanc, et le sexisme une discrimination envers les femmes (misogynie). Évidemment, je n'aime pas surtout parce que je privilégie la définition large de ces termes («croyance aux races» et «confusion entre genre et sexe») et que, contrairement à des mots comme «misogynie», «homophobie» ou «antisémitisme», le terme n'a rien dans ses racines qui spécifie la direction que doit prendre la discrimination désignée, mais aussi parce que je trouve ce contre-privilège plutôt ridicule et même nuisible. Comment peut-on rester cohérent en disant qu'une même action est mal lorsqu'elle est faite par le groupe A sur le groupe B mais correcte lorsque faite par le groupe B sur le groupe A? Et, même si le groupe historiquement privilégié ne subit toujours que de petites discriminations insignifiantes – souvent le simple revers de contre-privilèges – les dénoncer ne serait-ce pas une bonne façon d'aider les gens de ce groupe à se sentir concernés par la lutte contre la discrimination?

Bref, on devrait s'opposer aux contre-privilèges exactement de la même façon que l'on s'oppose aux privilèges. D'autant plus qu'ils sont moins utiles pour ses bénéficiaires que pour ceux qui aimeraient les voir maintenus dans leur position d'infériorité. Mais il faut aller plus loin et faire disparaître jusqu'aux catégories sur lesquelles se fondent privilèges et contre-privilèges. Imaginez un monde dans lequel il y a des toilettes pour les roux et d'autres pour les châtains. Un monde où les personnes aux yeux bleus ne payent pas d'impôt. Un monde où c'est la personne la plus lourde dans un couple qui doit payer le repas à l'autre. Un monde où les bars offrent des shooters à moitié prix pour les gens de groupe sanguin O. C'est absurde, non? Oui, nous sommes absurdes.

jeudi 18 septembre 2014

Nos anglicismes

Une des réalités du français québécois est la présence flagrante de nombreux termes issus de l'anglais ou d'expressions calquées de l'anglais. Dans notre langue vernaculaire, nous les employons quotidiennement. Le français de France comporte aussi nombre de mots empruntés à l'anglais, mais ce ne sont pas les mêmes. L'exemple souvent cité est que les Français «se stationnent dans un parking» alors que les Québécois «se parquent dans un stationnement». Mais, la principale différence selon moi n'est pas tant dans le choix des mots empruntés que dans la cause de ces anglicismes. En France, j'ai l'impression que c'est par anglophilie que l'on va volontairement intégrer au langage des termes anglais (ou qui donnent l'impression de venir de l'anglais, comme «footing», «WC» ou «bit-lit») tandis qu'ici c'est plus spontané. Il ne s'agira pas seulement de termes techniques pour désigner des concepts importés des États-Unis, on les intégrera dans des phrases très basiques.

Notre politique linguistique réprouve l'existence de ce genre d'emprunts. Nous avons des dictionnaires d'anglicismes pour répertorier tous les mauvais usages et nous en suggérer de meilleurs. Ce qui m'agace, c'est que ce qui y est considéré comme anglicisme sont des expressions québécoises très répandues, et ce qu'on nous y recommande sont soit des expressions européennes, soit des mots inventés n'ayant pas été consacrés par l'usage. Tout cela me semble artificiel et, en même temps, c'est continuer d'avoir une mentalité de colonisés: par peur de se faire assimiler par l'anglais, on s'assimile volontairement à la France, sans se dire qu'on pourrait revendiquer fièrement notre propre parler et assumer son influence anglophone. Car, oui, la proximité d'avec l'anglais est quelque chose qui caractérise notre dialecte depuis sa séparation d'avec la France, cela fait partie de notre histoire linguistique.

Par ailleurs, on ne fait pas que copier bêtement des mots d'anglais parce qu'on ne connaît pas leur équivalent en français. On se les réapproprie et on leur donne un sens plus spécifique et plus nuancé, plus propre à certains contextes, plus porteur de certaine connotation ou émotion, que leur signification originale (qui, elle, est laissée au mot français). Par exemple si je dis «C'est nice!» ça n'aura pas tout à fait la même signification que si je dis «C'est bien!». Et certains termes comme les verbes «tchôquer» (de l'anglais, to choke, «étouffer», signifie «annuler un engagement à la dernière minute, généralement par crainte ou lâcheté») et «céduler» (de schedule) ne sont pas des anglicismes à proprement parler puisqu'ils n'ont pas de synonymes en français normatif.

J'ai également comme impression que si on aseptise trop notre langue, on ne va que la tuer. Une langue vivante, ça évolue, ça emprunte à ses voisins, et ça forge de nouvelles expressions et de nouveaux mots. L'une des forces de l'anglais, je pense, est qu'elle autorise ses locuteurs à créer des néologismes, par exemple en verbant un nom. Plutôt que de faire du français une langue figée et dissociée de l'usage courant, on devrait avoir pour but de maintenir sa vitalité en la laissant s'exprimer comme elle veut. Bien sûr, on aura l'impression que davantage d'anglais violera ses frontières, mais cet apport ne compromettra en rien son unicité. 

Bref, notre langue, le français québécois, a des racines anglophones au même titre qu'elle a des racines latines et germaniques. Acceptons-le.

samedi 19 juillet 2014

Réforme de la prison

Je m'apprête à parler de quelque chose que je ne connais pas du tout. J'ai juste écouté deux épisodes d'Unité 9 et là je m'imagine qu'avec ça comme bagage je peux critiquer notre système carcéral. Alors, prenez ce qui suit avec un grain de sel. En court, ma réforme se résume en trois points:

  • Les détenus n'ont pas à souffrir inutilement;
  • Les détenus devraient travailler et payer un loyer;
  • Les hommes et les femmes devraient aller dans les mêmes prisons.


Le premier point de ma réforme découle du fait que mon paradigme de justice diffère de celui de l'air du temps. Pour l'Occidental moyen, le fait de juger un coupable et de l'envoyer en prison est comme la version terrestre du Dieu monothéiste qui juge les pécheurs et les envoie en Enfer. Dans cette conception des choses, la prison se doit d'être un lieu de souffrance et de tourments. Je me situe dans une toute autre école de pensée. Le but de ma prison idéale n'est pas de faire souffrir de mauvaises personnes, mais de réhabiliter des individus délinquants tout en les empêchant de nuire à autrui en attendant que ce but soit atteint. Les seules souffrances et pertes de liberté qu'il soit légitime de leur infliger, sont celles inhérentes à ce processus de réhabilitation. Donc, pas parce qu'ils «méritent»* de souffrir, mais parce qu'on n'a pas le choix de les faire souffrir si on veut empêcher que ne se répètent les crimes dont ils sont coupables. Mon idée est qu'un séjour en prison devrait surtout servir à rencontrer différents spécialistes: travailleurs sociaux, psychologues, criminologues, etc. À la fois pour recevoir de l'aide** de leur part, mais aussi pour que l'on puisse comprendre les causes systémiques qui ont «engendré» ce criminel.

On n'a pas à enlever au contrevenant plus de liberté que nécessaire. Ainsi, si l'on estime qu'une personne ne présente pas de danger immédiat pour quiconque, il est absurde de l'enfermer. Peut-être que certains détenus devraient passer leur journée à la prison mais auraient le droit de rentrer dormir chez eux le soir (à condition de respecter un couvre-feu et peut-être de porter un localisateur)? Une violation du code de la route ou du code déontologique d'un ordre professionnel n'ont pas à être suivi d'une peine pire qu'une perte du permis de conduire ou qu'une radiation de l'ordre – quelle que fusse la gravité des conséquences de cette violation – puisque ces peines suffisent à les prévenir (bien sûr, si par la suite la personne conduit sans permis ou pratique illégalement, là il est requis de sévir plus sévèrement). Peut-être aussi qu'une peine pourrait se limiter à ne pas se rendre dans tel lieu, ne pas approcher de telle personne, ne pas occuper tel type d'emplois, faire des travaux communautaire, ou prendre tel médicament tous les jours. Bref, la majorité des peines pourraient être «purgées dans la communauté» sans problème si on enfermait que les individus dangereux ou peu coopératifs.

Le second aspect de ma réforme est que je ne pense pas qu'il soit mal de faire travailler les prisonniers durant leur incarcération. En fait, nous sommes tous pas mal forcés de travailler et de payer notre nourriture et notre toit lorsque nous sommes considérés par l'État comme «libres», alors je ne vois pas pourquoi les détenus y échapperaient. Il faut simplement nous assurer que ça ne devienne pas de l'esclavage et, à cette fin, créer au sein de la prison un système analogue au salariat à l'extérieur de la prison.

Il faudrait donc qu'il y ait des emplois de disponibles en prison. Des postes au service de la prison elle-même (commis, concierge) et d'autres utiles pour l'extérieur, peut-être comme sous-traitant de compagnies ayant besoin de manufacturiers. Chaque détenu aurait un compte dans la «banque» de la prison et ce ne serait que cet argent qu'il pourrait utiliser dans la prison. Il devrait payer un loyer pour sa cellule (qui inclurait bien sûr l'eau et l'électricité, mais aussi des repas à la cafétéria). Son salaire et son loyer seraient versés et prélevés directement de son compte, à chaque jour. Il recevrait un montant de base en entrant en prison (équivalent d'un mois de loyer). S'il choisit de ne pas travailler, il perdrait de l'argent via son loyer mais son endettement serait plafonné. Avec son salaire, il pourrait s'acheter des choses au dépanneur de la prison, ou avoir accès au gym, à la médiathèque ou à internet. Les prisonniers ne pourraient pas avoir de transactions entre eux. En sortant de prison, on le payerait ce qui lui reste dans son compte (moins le montant de départ) si c'est positif, mais on annulerait sa dette s'il en a une. Bref, je créerais une vie économique dans les prisons tout en limitant ses dérives tels que le surendettement.

Ma troisième proposition est que les prisons soient mixtes; les hommes avec les femmes. On trouve ça naturel que les prisons soient non mixtes mais, pour être en cohérence avec ma conception antisexiste de la société, c'est nécessaire d'abolir ce genre de division... à moins d'y trouver une justification pertinente autre que la tradition. Je pense que ça serait bien parce que j'ai l'impression que les gens sont moins agressifs dans les milieux mixtes que lorsqu'ils sont juste avec des personnes de leur sexe. Ce point est sans doute l'élément le plus controversé de ma réforme. Jusqu'à présent, je n'ai rencontré personne qui soit d'accord avec moi là-dessus. Ça semble aller de soi pour tout le monde qu'il serait trop dangereux de laisser de pauvres femmes fragiles avec de gros méchants prisonniers mâles qui vont évidemment les violer jusqu'à la mort. En fait, j'ai l'impression que cette idée découle d'une vision trop stéréotypée de la prison et des détenus en général. Comme si c'étaient des animaux enragés qui passaient leur temps à se battre. Les gens qui sont réellement comme ça n'ont pas leur place en prison mais bien dans des institutions psychiatriques.

En fait, de mon point de vue, les pensionnaires de la prison ont le droit à la sécurité et à l'intimité. Si, présentement, ces droits ne sont pas suffisamment respectés pour qu'il ne soit pas dangereux ou humiliant pour une femme d'y être avec des hommes, c'est qu'il y a un problème même dans un contexte de non-mixité. Si les femmes s'y feraient violer, c'est que des hommes s'y font violer, ce qui est inacceptable. Mais, si chacun a sa propre chambre, si les douches et les toilettes sont individuelles avec une porte qui se barre (mais dont les gardiens auraient la clé), si les individus trop dangereux pour leurs codétenus sont isolés, etc. il n'y aurait plus rien d'inquiétant à y mêler les sexes. J'ajouterais que les occupants de la prison devraient avoir accès à du matériel pornographique et des accessoires de sexualité solitaire, question d'assouvir certains besoins pouvant contribuer à une agressivité surtout dirigé vers l'autre sexe.

Je reviendrai ultérieurement sur ce sujet car j'aimerais parler de la durée d'un séjour en prison. En ce moment, c'est fixé par le juge et en proportion avec la gravité du crime, alors que dans mon paradigme ce serait forcément différent... ça impliquerait non seulement de ne pas donner ce pouvoir aux juges mais, en plus, de réformer significativement le système judiciaire lui-même... ce qui constituera le sujet d'un futur billet.

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* En fait l'aspect «méritoire» compte un tout petit peu. Il sert juste de justification pour outrepasser certains droits fondamentaux de l'individu (comme celui de ne pas être enfermé). C'est plus comme si «le contrat social» stipulait qu'un individu ayant démontré sa dangerosité peut voir certains de ses droits être suspendus afin d'éviter qu'il ne soit à nouveau dangereux. Ainsi, c'est légitime simplement parce que, en transgressant la loi, le criminel consent tacitement à ce que l'État prenne ces mesures contre lui s'il se fait prendre. Mais, ce n'est pas vraiment méritoire ou punitif puisque la sanction n'a aucunement pour but de rétribuer la souffrance causée ou d'être proportionnelle à la gravité de l'infraction.

** Certains s'offensent de savoir que l'on investisse tant d'efforts pour aider les criminels et diront «Mais les victimes elles?» Effectivement, les victimes méritent aussi de l'aide de l'État, soit des indemnisations et du support psychologique. De la façon dont je vois ça, le crime devrait être considéré comme un «bogue dans le système» et le but de l'État devrait être de réparer, dans la mesure du possible, les dommages qu'il a causé et de l'empêcher de survenir à nouveau. Donc l'intervention doit se faire chez les victimes, les criminels et les causes sociétales criminogènes.

dimanche 6 juillet 2014

Les croyances indésirables

Dans à peu près toute mes réflexions sur les croyances et les pratiques religieuses ou culturelles indésirables – telles que le voile, la circoncision ou certains vices –, je rappelle qu'il est préférable d'éduquer les gens pour qu'ils les abandonnent d'eux-mêmes, plutôt que de les forcer à le faire, quitte à tolérer ces pratiques chez les gens que l'on aura échoué à éduquer.

Soit. Mais pourquoi prôné-je d'éduquer plutôt que de juste laisser ces traits culturels exister? Il semble que même si je les tolère pour l'instant, j'ai tout de même pour but d'éradiquer ces coutumes et croyance sur le long terme. Ai-je un critère objectif sur lequel faire reposer un tel projet? Après tout, que les gens aient telles préférences plutôt que telles autres, ça demeure purement subjectif. Y a-t-il une façon non ethnocentrique de déterminer qu'un élément culturel mérite d'être déconstruit? En tant qu'utilitariste, je vois deux façons possibles qu'une croyance ou pratique puisse être indésirable:
  • Son porteur nuit à autrui,
  • Son porteur se nuit à lui-même.

Donc, on devrait interdire les pratiques qui nuisent à autrui mais nous contenter de dissuader celles où l'on ne nuit qu'à soi-même et défendre le droit de pratiquer celles qui ne nuisent ni à autrui ni à soi-même. Voilà. Jusqu'ici je n'ai rien dit de nouveau, j'ai même précédemment présenté ce réseau de concepts qui résume tout ça. L'innovation que j'apporterai ici par rapport à mes réflexions précédentes est que certaines croyances qui semblent n'être qu'une préférence personnelle, sont en fait nuisibles pour l'individu qui en est porteur.

Prenons par exemple l'interdiction du sexe prémarital. Supposons que l'on ait deux personnages qui suivent cette prescription:
  • Marie est abstinente. Bien que le besoin se fasse sentir et qu'elle a très hâte de pouvoir enfin s'y adonner, elle retient ses ardeurs et se garde pour son futur époux, tel qu'on le lui a enseigné. Elle est heureuse de pouvoir ainsi plaire au Seigneur.
  • Paul est abstinent. De toute façon, il n'a pas de compagne et ne veut pas faire ça avec n'importe qui. Par ailleurs le sexe ne l'attire pas vraiment, l'idée le laisse plutôt indifférent.

Nous avons deux personnages abstinents mais, cet état se vit différemment pour chacun d'entre eux. Pour Paul, il n'y a rien là. On peut dire qu'il s'agit d'une préférence personnelle. C'est différent pour Marie, elle désire du sexe mais en même temps elle désire plaire à son Dieu. La croyance qu'on lui a enseignée, que le sexe prémarital déplaît à Dieu, induit en elle cet antagonisme de désirs. Elle est condamnée à choisir entre la frustration ou la culpabilisation. On peut donc affirmer objectivement que sa croyance lui nuit. Elle serait plus heureuse sans, puisqu'elle pourrait alors choisir de combler son besoin sexuel sans culpabiliser inutilement. 

On peut dire la même chose de beaucoup d'autres croyances et pratiques. Le port du voile par exemple. Peut-être que certaines le portent par choix esthétique. Mais, une personne qui ne le porte que pour plaire à Dieu désirerait peut-être l'enlever si ce n'était pas de ça. Une partie d'elle-même est frustrée de devoir se voiler. Ce genre de dilemme sans bonne réponse se vit aussi chez les drogués addicts: soit ils frustrent leur désir de drogue, soit ils sabotent leur santé. C'est pour cette raison que la dépendance à la drogue entre pour moi exactement dans la même catégorie que le fait d'être porteur d'un trait culturel qui nous nuit à nous-mêmes. Les deux devraient être traités de la même façon.

Bref, qu'est-ce qu'on fait avec ça en tant que société? Exactement la même chose qu'avec les maladies! On aide les gens à se libérer de ces croyances et addictions, on les éduque pour prévenir leur développement, on lutte activement contre leur propagation et on immunise la génération suivante. On fait preuve de tolérance envers les individus déjà atteints, on accepte qu'ils en affichent les symptômes, mais on minimise la contagion (en limitant leur droit à la publicité par exemple, ou en leur interdisant des postes d'influence, ou encore en interdisant ces pratiques pour les mineurs ou dans les écoles primaires et secondaires). Ces croyances sont comme une cage. Notre but n'est donc que d'ouvrir la porte de la cage, mais si quelqu'un est vraiment bien dedans, on ne doit pas l'enfermer en-dehors.

lundi 30 juin 2014

Les pseudoscepticismes

Je vous ai déjà parlé de la distinction que je fais entre deux formes de scepticismes, soit le «philosophique» (tout est incertain) et le «scientifique» (avoir différents degrés d'incertitudes). Maintenant je vais vous parler de ce que j'appelle les «pseudoscepticismes» c'est-à-dire de certains courants qui imitent le scepticisme mais n'en sont pas. En voici quelques exemples:

  • les conspirationnismes,
  • le climatoscepticisme,
  • les anti-vaccins et autres anti-médecines,
  • les racialistes et autres défenseurs de vieilles théories obsolètes,
  • les révisionnistes et négationnistes,
  • le créationnisme scientifique (sic).


Hum... mais ne suis-je pas en train de simplement énoncer les trucs sceptiques auxquels je ne crois pas et de leur accoler le préfixe «pseudo» pour les discréditer? Non, ma distinction repose sur quelque chose de réel. Tous ces courants ont un point commun, un mode de réflexion semblable. Ils doivent en fait leur qualité de pseudo à leur sélectivité*, ils n'utilisent pas le scepticisme de façon équitable envers tout. Ils auront une attitude hypercritique envers la «version officielle» (un événement historique reconnu ou une théorie scientifique établie) au point que le moindre petit détail mal connu, mal expliqué ou juste mal compris par eux suffira à discréditer en bloc absolument toute la théorie et toute la science sur laquelle elle repose. À l'inverse, les pseudosceptiques seront très peu sceptiques envers leurs propres sources. La moindre vieille théorie poussiéreuse depuis longtemps réfutée, la moindre rumeur, le moindre site web douteux bourrés de fautes d'orthographe et qui ne cite pas ses sources, seront considérés comme des références valables et incontestables pour établir la vraie vérité.

Évidemment, il est très sain de questionner les faits que l'on prend pour acquis. Pour que la science évolue, on doit pouvoir la remettre en question. Mais même si on accepte que notre modèle du monde actuel comprend sans aucun doute des éléments qui seront réfutés dans le futur, on peut aussi se douter que certains autres sont plutôt fiables. Par exemple, je ne pense pas qu'un jour la NASA nous dise: «Alors on a fait d'autres observations et finalement on avait tord, c'est bel et bien la Terre qui est au centre de l'Univers et le Soleil lui tourne autour. Désolé pour les inconvénients.» Un changement de paradigme s'effectue lorsque les nouvelles données nous poussent à remettre en question les bases du modèle actuel afin d'adopter un nouveau modèle qui soit plus parcimonieux et plus en cohérence avec l'ensemble des données dont on dispose. Mais, un revirement de paradigme tel que le retour au géocentrisme serait impossible puisque les données actuelles le contredisent déjà. Bref, la méthode scientifique est un protocole rigoureux d'expérimentation nous permettant de modéliser le monde, alors même si le modèle ainsi produit est voué à changer, on ne peut pas juste lui opposer quelque chose qui est sorti de nul part ou qui a déjà été prouvé faux en prétextant la faillibilité de la science. Il faut des preuves au moins aussi fortes.

Je pense que nous avons souvent la mauvaise attitude, en tant que société, envers les pseudoscepticismes. En fait, nous avons deux attitudes différentes qui me semblent également mauvaises. La première consiste à les laisser pulluler sans les confronter et ce au nom de la liberté d'expression (très souvent envers les positions religieuses mais aussi envers les pseudomédecines). La seconde consiste l'inverse à criminaliser (comme le négationnisme en Europe) ou à intimider (comme les thruters aux États-Unis) les partisans de ces pseudoscepticismes. Dans les deux cas, je suis en désaccord. Comme tous les obscurantismes, les pseudoscepticismes ne deviennent que plus forts quand on les attaquent par la coercition. Et, quand on les ignore, ils continuent de croître. La seule façon logique de les confronter c'est par l'éducation. Nous ne devons pas nous contenter de dire que c'est interdit de penser telle chose, nous devons instruire les gens pour qu'ils comprennent à quel point sont infondés ces croyances usurpant le titre de sceptiques. Parce que si certaines sont inoffensives, d'autres pourront être très nocives pour l'individu qui en est porteur ou pour les autres individus qui entreront en contact avec lui.

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* C'est la même distinction que je fais entre la vraie laïcité et la pseudolaïcité (qui n'est laïque qu'envers les religions des autres) même chose aussi pour la pseudogauche (qui est contre les privilèges de certains mais en défend d'autres).

mercredi 11 juin 2014

Détruire les machines

À l'époque de la Révolution industrielle exista un mouvement que l'on appela «luddisme». Certains artisans mécontents d'avoir perdu leur gagne-pain au profit de machines, s'étaient mis à vandaliser et à détruire lesdites machines dans le vain espoir de ramener les choses comme avant. Je trouve intéressant de réfléchir à cette situation, parce que le phénomène n'a jamais cessé de se produire: la progression technologique contribue forcément à faire sombrer des jobs dans l'obsolescence. Que ce soit des emplois d'ouvriers ou de bureaucrates, beaucoup de fonctions sont susceptibles d'être un jour exécutées par des machines ou des logiciels plutôt que par des humains. Le dilemme éthique qui découle logiquement de ce constat c'est:
Devrait-on limiter le développement de certaines technologies si leur émergence a pour conséquence de créer du chômage en faisant disparaître des emplois?

Quand on y pense, il est évident que le bonheur des gens devrait passer avant le progrès. Lui-même n'est pas un but en soi, mais un outil dont l'unique finalité est d'améliorer la qualité de vie des gens. Par conséquent, il serait totalement paradoxal de condamner des salariés à la misère au nom du culte du progrès. En plus, puisque, jusqu'à maintenant, ces emplois étaient occupés par des humains et que tout allait bien ainsi, a-t-on vraiment besoin de les remplacer par des machines? Non. Donc… on devrait cesser dès maintenant toute avancée technologique susceptible de causer des pertes d'emplois? Eh non. Les choses ne sont pas si simples.

J'aimerais d'abord que l'on se rappelle quels types d'emplois ont cessé d'exister à cause des machines, de l'informatique et même des outils plus anciens. Quand on y pense, les tâches que la technologie peut faire à notre place ou qu'elle nous permet d'accomplir plus efficacement étaient toute plutôt pénibles voire aliénantes. Ce n'est pas parce qu'ils aimaient leur travail que les gens étaient contre son abolition, c'est parce que c'était leur gagne-pain. Si les facteurs de Poste Canada sont fâchés qu'on supprime leur job, ce n'est pas parce que mettre des enveloppes dans des boîtes aux lettres est leur passion dans la vie, c'est parce que c'était une job stable et payante qu'ils savaient faire. Même chose pour les tisserands du mouvement luddite. Et plus on remonte loin dans le passé, plus on se rend compte que les emplois et les tâches qui n'existent plus à cause du progrès techniques étaient désagréables. Réduire un humain à l'exécution d'une tâche monotone et répétitive c'est brimer son potentiel et l'empêcher de s'accomplir comme il le devrait.

Petit exercice pour savoir si un emploi est gratifiant pour lui-même, et pas seulement pour son salaire ou pour son utilité, demandez-vous la question suivante:
Si j'héritais d'une fortune telle que je ne n'aurais plus besoin de travailler jusqu'à la fin de mes jours. Et, si l'emploi que j'ai en ce moment ne servait plus à personne et qu'on ne me paierait plus pour, est-ce que je continuerais de le faire juste pour le plaisir? 

Par exemple, si je suis concierge, est-ce que je nettoierais un bâtiment désaffecté où personne ne va et qu'on s'apprête à démolir, rien que pour le plaisir? Évidemment, ma question ici est divisible en deux questions distinctes. Si nous demander si nous ferions cet emploi bénévolement ne sert qu'à savoir si on aime notre job, il est évident que peu d'entre-nous continuerait de travailler si le fruit de notre travail ne bénéficierait à personne d'autre, même si on aime ce que l'on fait. Mais c'est justement là qu'est mon point. À partir du moment où la technologie est disponible – ou, du moment qu'il serait aisé de la développer – ne pas l'utiliser pour préserver un emploi revient au même que d'avoir un emploi totalement inutile. C'est comme si on nous payait à rien faire par charité, parce qu'on n'est incapable de faire autre chose. On ne peut pas être contre le progrès juste pour garder des jobs obsolètes; le sens même du travail c'est d'être utile.

Je voudrais aussi souligner que lorsque l'on choisit sa carrière, on sait qu'il y a toujours certains risquent pour que notre emploi cesse un jour d'exister. Parfois ce risque est minime, parfois il est énorme, c'est selon notre domaine. Certains emplois risquent de disparaître à cause du progrès technologique, oui, mais il y a d'autres raisons possibles, de nouvelles lois environnementales par exemple, ou une diminution de la demande. Dans tous les cas, en choisissant de faire telle job plutôt que telle autre, on sait à quoi s'attendre à ce niveau, on accepte le risque et on fait le pari que notre emploi continuera d'exister au moins pour la durée de temps qu'on prévoit l'occuper. Conséquemment, si notre poste vient à disparaître, ce n'est pas une aberration, c'est quelque chose qu'on aurait pu anticiper et à quoi l'on aurait dû être préparé; à la fois en tant qu'individu, mais aussi au niveau de la société.

D'accord. Alors… les gens dont l'emploi devient désuet ne méritent pas mieux que de se retrouver sans revenu et à la rue? Mais non! Je dis juste que le problème n'est pas le progrès technologique comme tel. C'est en fait notre politique du travail. Si un patron congédie ses employés parce qu'il a acheté une machine qui fait leur job plus efficacement, il s'enrichie et crée de la misère. Mais imaginons qu'au lieu de ça, ce soit les employés qui s'étaient cotisés pour acheter cette même machine. Ils auraient alors pu continuer de recevoir leur paye de leur patron (qui aurait été satisfait lui aussi grâce à l'augmentation de leur productivité) et n'auraient plus eu à travailler, à part pour veiller à l'entretien de ladite machine. Ainsi, pour paraphraser Marx, la solution serait que les prolétaires deviennent propriétaires de leurs moyens de production… ou que les employés deviennent copropriétaires des entreprises qui les emploient. Par exemple si, au lieu de faire augmenter notre salaire, notre ancienneté nous donnait des parts dans l'entreprise. Ça serait moins dur de perdre son salaire si on recevait des dividendes. Également, en tant que société, il faut nous assurer d'avoir des programmes de solidarité sociale mais aussi d'aide à la recherche d'emploi, de financement des études (pour se lancer dans un nouveau domaine si le nôtre disparaît) et de formation continue (pour ne jamais être dépassé par le progrès de notre domaine) afin que perdre son emploi ne soit pas une condamnation à mort mais une opportunité.

Voilà. Donc… où cela va-t-il s'arrêter? Quand le progrès de la technologie va-t-il cesser de nous enlever du travail? Va-t-on finir comme dans le film Wall-E, où les humains ne sont plus que des fainéants oisifs et inutiles qui se font entretenir par les robots? J'en doute fortement. Comme j'ai dit, les emplois et les tâches que l'on a fait disparaître sont ceux qui ne procuraient pas de sentiment d'accomplissement pour eux-mêmes; c'est-à-dire pour lesquels c'est le salaire ou l'utilité que l'on visait. Ainsi, les humains vont toujours continuer de vouloir s'accomplir. Ultimement, ce qui va rester et que les machines ne pourront pas faire à notre place (sauf peut-être dans un futur vraiment lointain de type science-fiction) et que l'on va continuer de faire par pur plaisir, ce sera des postes de chercheurs, d'artistes (au sens large, tout ce qui est créatif), de penseurs et peut-être d'enseignants. Bref, quand on n'aura plus besoin de personne pour ramasser les vidanges, tout le monde va pouvoir faire ce qu'il voulait faire quand il était enfant.

dimanche 27 avril 2014

Antisexisme et séduction

Je vous ai déjà expliqué que mon antisexisme autorisait tout à fait l'existence des orientations sexuelles. C'est-à-dire, que même s'il prône la déconstruction des identités collectives associés aux genres et aux orientations, ainsi que de tous les stéréotypes qui en découlent, il ne force pas la pansexualité. Nous avons tous nos préférences et ça adonne qu'elles sont souvent corrélées avec des ensembles tels que le sexe de la personne (mais souvent aussi, son âge et, pour certains, son origine ou son poids). Ce n'est donc pas nécessairement de la discrimination, ça peut être de simples préférences qui peuvent ou non être elles-mêmes conditionnés par un environnement culturel discriminateur, sans que l'individu ne le soit.

Ceci étant dit, si j'accepte que l'individu puisse avoir des préférences sexuelles sans le condamner et le traiter de sexiste, qu'en est-il de l'autre moitié de la situation? Qu'en est-il du fait de se conformer soi-même à un idéal de beauté, issu d'une tradition sexiste, dans le but de plaire? Se conformer physiquement aux stéréotypes sexuels qui plaisent à ceux à qui l'on veut plaire, est-ce encourager la pérennité du sexisme? Par exemple, quand une femme se maquille ou s'épile, ou quand un homme fait de la musculation, sont-ils en contradiction avec mon idéal antisexiste?

En fait, il y a plusieurs nuances. On pourrait d'abord se demander combien de temps, d'argent et d'efforts la personne consacre à son apparence physique. Mais, on pourrait surtout nous demander quelle est sa motivation. Fait-elle cela pour se trouver elle-même belle et être bien dans sa peau? Fait-elle cela dans un contexte de séduction, pour plaire à une personne spécifique ou lorsqu'elle sort quelque part où elle est susceptible de faire d'agréables rencontres? Ou, fait-elle ça au quotidien, pour aller travailler ou juste pour aller se chercher une pinte de lait au dépanneur, parce qu'elle sent qu'elle est obligée pour répondre à une pression sociale?

La problématique dépasse largement le pouvoir de l'individu. Lui et ceux à qui il veut plaire ont subi un conditionnement culturel pour internaliser ces critères de beauté. On ne peut pas vraiment choisir de ne plus avoir ces critères, ils sont en nous, c'est trop tard. Et ce n'est pas grave dans les faits. Que la beauté soit définie selon tels critères plutôt que selon tels autres, c'est arbitraire de toute façon. Ça devient un problème de société lorsque les exigences minimales pour ne pas être considéré comme moche requièrent trop de temps, d'efforts et d'argent. C'est pour ça qu'il faudrait éviter de se lancer dans une sorte de «course aux armements» à ce niveau-là, car on fait à chaque fois remonter le seuil de beauté requis pour avoir la note de passage. Donc on devrait essayer de se trouver beau en s'arrangeant peu, et de n'investir beaucoup d'efforts dans son apparence que dans les contextes qui en valent vraiment la peine. Se plaire à soi, plaire à quelqu'un, ok. Chercher à plaire à «la société», c'est malsain et c'est renforcir cette pression sociale. Il faudrait aussi détruire à la source les éléments culturels qui érigent ces idéaux de beauté inatteignables; dans les médias par exemple.

Bref, plein de nuances. Mais ma question initiale était est-ce sexiste. Je reviendrai ultérieurement sur ma définition du sexisme, mais en gros je pense que l'on a tendance à trop souvent confondre sexisme et hypersexualisation, alors que ce sont pour moi deux problèmes distincts. On pourrait tout de même souligner qu'en ayant des critères de beauté différents pour les deux sexes, et en mettant beaucoup plus d'emphase sur l'apparence physique des femmes que celle des hommes, nos critères de beauté sont sexistes. On pourra dire que ce ne sera plus sexiste lorsque cette pression sera égale chez les deux sexes, et lorsqu'on reconnaîtra qu'il y a plusieurs formes de beauté, pas seulement une par sexe.

Enfin, je fais tout plein de digressions, mais si je réponds plus directement, à la question de savoir si un ou une antisexiste peut se conformer à des critères de beauté sexistes sans manquer de cohérence, je dirais oui. Chercher à répondre à des préférences sexuelles n'est pas plus sexistes que d'en avoir. Je pense que notre seul devoir à ce niveau serait de ne pas trop en mettre. Pour ne pas maintenir et renforcir les critères de beauté sexistes dont il est question.

dimanche 6 avril 2014

Dissimuler son racisme

Lorsqu'il est question de la présence de viande casher ou halal dans nos cantines et dans nos épiceries, beaucoup de gens s'insurgent en nous rappelant à quel point ce rituel est cruel envers les animaux. En effet, il paraîtrait que l'animal souffre davantage lors de cet abattage rituel. Et ici, au Québec, la cruauté envers les animaux c'est contre nos valeurs.

Je trouve toujours ça drôle de voir une personne non végétarienne, qui normalement n'en a rien à faire du bien-être animal, devenir soudainement une animaliste engagée lorsqu'il est question de viande halal. Habituellement, elle n'a aucun scrupule à manger les bêtes torturées dans les plus cruels des élevages intensifs, même qu'elle en consomme tous les jours, mais le label halal attise mystérieusement son indignation.

Même chose lorsqu'un macho de la pire espèce devient magiquement un ardent défenseur des droits des femmes lorsqu'il est question de la façon dont elles sont considérées par l'islam. Il n'hésitera pas à rappeler à quel point les femmes ont dû se battre pour acquérir leur égalité, et qu'il serait outrageant que tout cela ne se perdre parce que l'on voudrait accommoder certains immigrants beaucoup trop conservateurs.

Ou encore, quand je vois que des catholiques pratiquants qui, à propos du maire de Saguenay, disaient «laissez-le don faire sa petite prière», deviennent étrangement d'actifs militants pour la laïcité de l'État lorsqu'il est question du port du voile chez les fonctionnaires. En fait, les croyants ne se sont jamais autant prononcés pour la laïcité (et les athées contre) que depuis la sortie de la Charte péquiste.

Tout cela m'agace. Comme lorsque l'on gratte une fourchette sur une assiette. Qu'on instrumentalise comme ça de nobles causes qui me tiennent réellement à cœur, comme l'égalité des sexes, la laïcité ou les droits des animaux, pour dissimuler de façon très peu subtil un sentiment beaucoup moins noble… ça m'agresse.

Car oui, ce qui se cache derrière ce soudain engagement social est ce qu'on appelle communément du racisme, mais que le terme «xénophobie» décrit plus justement. Comme c'est tabou de nos jours de s'afficher ouvertement comme un xénophobe (heureusement!), il est devenu courant de dissimuler sa haine agressive envers les étrangers en la faisant passer pour un militantisme passionnel envers une cause progressiste. Évidemment, toutes les traditions sont sexistes, les autres comme la nôtre. Mais ici, le seul combat qui soit une guerre juste est celui contre le conservatisme, pas celui contre les étrangers. Ça c'est raciste.

dimanche 23 mars 2014

La gauche et moi

Je réfléchissais à la politique. Bien que je trouve l'axe gauche/droite extrêmement réducteur, je suis indubitablement de gauche. Toutefois, je suis bien conscient que je ne suis pas toujours à 100% d'accord avec ce que prônent les mouvements gauchistes. Par exemple, pour le cas de Poste Canada cet hiver. Je me suis donc demandé pourquoi. Manqué-je de cohérence? Il y a évidemment son côté un peu trop idéaliste et pas assez enclin aux compromis avec la réalité qui éloigne la gauche de moi, mais il n'y a pas que ça. C'est en réfléchissant plus à fond sur ce qui liaient les différentes situations où je ne suis soudainement plus de gauche, que j'ai compris ce qu'il en était. 

La droite, en politique, est une position que j'ai toujours eu beaucoup de difficulté à cerner. Souvent, j'ai l'impression que les droitistes font exprès de juste toujours choisir l'option la plus maléfique quel que soit le sujet, sans chercher à être en cohérence avec eux-mêmes. Ce n'est que récemment que j'ai compris que l'idéologie de la droite reposait sur une sorte de conception bizarre et presque «surnaturelle» de la liberté, combinée à une idéalisation et une naturalisation du statu quo et de la tradition. Mais dans la pratique, ce qui meut l'ensemble de la droite est surtout un désir pour une élite sociale privilégiée de conserver ses privilèges. Son vœu de laisser les choses telles qu'elles sont et de ne pas trop intervenir et légiférer, est fondé sur l'inavouable ambition de maintenir en vigueur une situation qui les avantage personnellement, et ce indépendamment des conséquences néfastes pour autrui. C'est compréhensible comme sentiment, quand on y pense. Ils sont en train de gagner la partie, ils ont probablement prévu d'avance plusieurs de leurs prochains coups, et on leur propose comme ça de changer les règles en plein milieu de la partie, ça ruine leurs projets.

Donc, c'est assez facile pour moi de comprendre pourquoi je ne suis pas de droite. Mais la gauche? En général, la gauche prône le changement, le progrès social, un monde plus juste. Sauf que parfois, l'équipe des gauchistes a d'autres motivations. Prenons, à titre d'exemples, quelques situations:



J'ai donc compris dernièrement pourquoi j'étais intuitivement opposé à la gauche dans ce genre de situations. Je ne sais pas pourquoi je n'y ai pas pensé avant, ça aurait dû m'être limpide lors de ma réflexion sur le féminisme puisque c'est exactement le même principe. En fait, la gauche ici fait la même chose que la droite: elle se bat pour le maintient de privilèges. La différence c'est que la droite défend ceux qui sont les plus privilégiés tandis que la gauche veut que ceux qui furent historiquement les plus opprimés (travailleurs, femmes, pauvres, minorités ethniques) puissent conserver le peu de privilèges qu'ils ont acquis. Ainsi, le combat entre la gauche et la droite n'est rien d'autre qu'une lutte de classes entre deux groupes qui se battent égoïstement pour leurs propres intérêts. Si la gauche semble plus juste, c'est simplement parce que ceux pour qui elle prend sont les moins privilégiés au départ.

Donc moi je suis antiprivilège (donc, de la vraie gauche). Je ne veux qu'aucune subdivision de la société puisse avoir des droits qui lui sont exclusifs, même si elle est moins avantagée sur d'autres aspects. Quand on privilégie l'un, on en discrimine un autre; forcément. Ce que je prône c'est l'abolition des privilèges et de la discrimination, et la suppression des catégories sociales sur lesquelles se fondent ces injustices. Voilà pourquoi je ne suis gauchiste et féministe que 90% du temps. Je ne veux pas participer à la lutte des classes, je veux abolir les classes.

dimanche 9 mars 2014

L'industrie pharmaceutique

Les gens qui prônent l'usage des pseudomédecines (que certains nomment «médecines alternatives» ou «allopathie») plutôt que celui de la médecine scientifique (ou «conventionnelle»), utilisent souvent comme argument le côté mercantile de cette dernière. Comme quoi l'industrie pharmaceutique serait trop mue par l'appât du gain pour avoir réellement en considération le bien-être et la santé des gens. Le problème, c'est qu'ils ont raison. Notre médecine fonctionne malheureusement selon un paradigme capitaliste. Et, même si le système de santé québécois est public et guidé par de meilleurs idéaux, il est sans aucun doute influencé par des pressions de la part des compagnies productrices de médicaments.

Toutefois, les anti-médecine vont trop loin dans leur critique. Si on y réfléchit bien, quelles sont les conséquences logiques d'avoir un paradigme capitaliste en médecine? Sans même prêter de mauvaises intentions ou d'accusations envers qui que ce soit, qu'est-ce qui découle naturellement de laisser les médicaments entre les mains de compagnies privées? Je vois tout de suite certains problèmes qui pourraient survenir:
  • Prescrire un médicament alors qu'il n'est pas nécessaire (en surmédicamentant ou en surdiagnostiquant);
  • Négliger de retirer du marché un médicament présentant des effets secondaires néfastes;
  • Bâcler les tests d'efficacité et d'effets secondaires d'un médicament qui fut coûteux à produire;
  • Nier ou minimiser l'efficacité d'un remède naturel (bien manger, bien dormir, faire plus d'exercice) pour continuer de vendre un médicament;

Mais ce qu'il faut comprendre c'est que, pour être économiquement viable, toutes ces malhonnêtetés devront se faire discrètes. Si, par exemple, un médicament est très nuisible pour la santé, les gens n'en prendront plus ou mourront, ce qui fera des clients de moins pour les pharmaceutiques. Si un traitement inutile demande beaucoup de temps et d'efforts de la part du personnel médical, ce ne sera pas rentable non plus. Si un traitement est moins efficace que celui fourni par une compagnie rivale, ce sera également une perte de profit, donc la recherche médicale n'a pas vraiment le choix de progresser.

Ainsi, lorsque les anti-médecines prétendent, par exemple, que la chimiothérapie tue les gens et que pour guérir d'un cancer il suffit d'être à l'écoute de ses émotions ou de boire un jus de fruits magiques, ça ne cadre pas avec ce principe. Si les pharmaceutiques voulaient faire du profit sur le dos des victimes du cancer, elles s'arrangeraient pour qu'elles survivent. Idéalement, elles les rendraient dépendantes toute leur vie d'un remède qu'elles auraient les moyens de se payer. Tuer ou laisser mourir un patient suite à un traitement très coûteux à produire, ce n'est pas rentable. Donc quand l'on meure du cancer, c'est parce que la médecine n'a pas le pouvoir de nous guérir. Il y a plus de quête du profit à chercher derrière la vente de pilules contre le rhume, les maux de tête, les troubles de l'attention infantile ou les troubles de l'humeur que derrière les traitements contre le cancer.

Un médicament optimal, d'un point de vue purement mercantile, se doit d'être le moins coûteux possible pour la compagnie qui le fourni (ou d'avoir la plus grande marge de profits possible), doit avoir le moins d'effet possible (idéalement, n'être qu'un placebo), doit être prescrit pour une grande variété de maux (afin d'élargir sa clientèle) mais ceux-ci doivent être le plus bénins possibles (idéalement, guérir rapidement tout seul). Bref, les pseudomédecines me semblent répondre beaucoup plus à cet idéal capitaliste que la médecine scientifique.

samedi 15 février 2014

Ce n'est pas dans le Coran

Lorsque quelqu'un revendique le droit de porter le voile – eh oui, encore ce sujet-là! – au nom du droit à la liberté religieuse, certains arguent qu'on devrait l'interdire puisque ce commandement n'est pas dans le coran ou découle d'une mauvaise interprétation de ce dernier. Par ailleurs, la majorité des musulmanes ne portent pas de voile, plusieurs imams sont même contre, donc on pourrait l'interdire puisque cela n'enlève à personne le droit de croire en l'islam.

Je vois un problème dans cette catégorie d'arguments. En fait, c'est bien d'utiliser la théologie ou l'autorité des écritures saintes ou d'un clergé pour tenter de convaincre une personne d'abandonner une pratique ou un croyance. Utiliser l'origine et la raison d'être sociohistorique des coutumes religieuses est également un bon argument. On pourrait même intégrer ça dans les cours de cultures religieuses, de façon à ce que les gens aient une meilleure perspective sur ces pratiques et puissent s'en émanciper. 

Mon problème est plutôt avec ceux qui veulent interdire une pratique religieuse qu'ils désapprouvent en utilisant le prétexte qu'elle ne fait pas partie de l'interprétation reconnue de la religion. Pour moi, c'est important que la liberté de croyances et d'incroyances soit une liberté pour l'individu. L'État n'est pas là pour déterminer quelles pratiques sont orthodoxes et lesquelles sont hérétiques. Que ce soit dans le coran ou non nous importe peu, puisque nous ne reconnaissons aucune révélation divine. L'opinion des prêtres, des imams ou des rabbins sur le sujet n'importe pas plus que celle de n'importe qui d'autre, puisque nous ne reconnaissons pas l'autorité des clergés. Ça a aussi quelque chose de discriminatoire envers les petites religions non reconnues.

Bref, si l'individu croit que c'est important de s'adonner à telle pratique contraignante, c'est ça sa croyance et il faut le respecter là-dedans. On ne peut pas forcer inutilement une personne à être un mauvais pratiquant selon sa propre conception. Parce que, si nous ne reconnaissons pas le caractère sacré d'un livre ou d'un clergé, nous reconnaissons la liberté individuelle comme «sacrée». Ce n'est donc qu'au nom de celle-ci qu'on peut la limiter. Si on arrive à faire comprendre au croyant qu'il peut abandonner cette pratique, tant mieux. Mais sinon, il sera paradoxalement plus libre en s'obligeant à la faire que si on l'oblige à ne pas la faire.

Ma conception du couple

En ce temps de la St-Valentin, permettez-moi d'être quétaine et de vous parlez de ma conception du couple. À l'intérieur de ma philosophie, l'institution qu'est le couple se heurte à plusieurs obstacles. Par exemple, l'idée que l'individu puisse renoncer à une part de sa souveraineté sur sa vie et sur son propre corps, va directement à l'encontre de mon éthique. J'essaye donc ici de me donner une chance de croire au couple en réfléchissant à comment il pourrait être en phase avec mes valeurs.

Le couple n'a pas toujours été ce qu'il est. Il n'y a pas si longtemps, dans certaines cultures plus traditionalistes et plus collectivistes, les mariages étaient arrangées et servaient souvent à unir les familles. Aujourd'hui, le rite du mariage n'est qu'une façon plus formelle d'officialiser le fait que deux personnes sont en amour ensemble. Que l'on se marie ou pas, c'est généralement avec notre conjoint que l'on choisira de procréer et de fonder une famille. Ainsi, bien que déritualisé, le couple non marié demeure dans le même moule que le couple marié. Pour moi, le couple pourrait encore se permettre de se transformer encore un peu pour être davantage compatible avec les valeurs plus individualistes de notre époque.

À la base, je vois le couple comme une équipe. Les deux doivent sentir qu'ils se soutiennent, et doivent être capable de se confier en toute transparence l'un à l'autre, sans jamais se sentir obligés de jouer un personnage ou de se retenir d'être trop soi-même pour plaire. Ils doivent avoir des valeurs communes et être aussi compatibles sexuellement. Il est bien aussi d'avoir des projets communs, même si ce projet est quelque chose de très banal comme de fonder une famille.

Passer du temps avec l'autre doit être senti comme quelque chose d'agréable, pas comme une obligation pénible. La fidélité doit y être spontanée, pas comme une obéissance à un interdit, mais vraiment comme l'absence de désir d'aller voir ailleurs. Et si jamais ce désir se manifeste malgré tout après des années de vie commune, c'est normal et ça n'a rien de si terrible, en autant que l'amour demeure fidèle. Il faut simplement en parler à son ou sa partenaire et avoir son consentement. Personnellement, je ne me verrais pas interdire à quelqu'un que j'aime de faire ce qu'elle veut de son corps; je pourrais par contre lui exprimer que ça me ferait de la peine.

Je pense que c'est important de ne pas trop se fondre dans son couple et de conserver sa personnalité. Être trop fusionnel me semble malsain. Je crois aussi que les deux doivent avoir chacun leur espace personnel, donc même s'ils vivent ensemble, ils devraient avoir chacun un coin du logis sur lequel ils ont une totale souveraineté. Et, même si c'est important qu'ils aient des amis communs, je pense qu'ils doivent également aussi avoir leur cercle personnel chacun de leur côté; même si ça se limite à leur famille et leurs collègues.

La rupture est un aspect très important de ma conception du couple. Pour moi, c'est fondamental, dans un couple, d'avoir assez de respect pour soi-même et pour l'autre pour mettre fin à la relation si l'on pense qu'on n'y est plus heureux et qu'on ne pourra plus y être. Si on ne peut plus donner à l'autre l'amour qu'il mérite, on doit le respecter assez pour le laisser aller. Et aimer ce n'est pas suffisant pour rester en couple avec quelqu'un, il faut qu'on soit heureux ensemble. Évidemment, il ne faut pas rompre à la moindre embûche, mais il ne sert à rien de s'acharner non plus. Parfois les deux évoluent différemment et ne sont plus compatibles. Rien n'est éternel, ni le couple ni la vie, et ce n'est pas parce que quelque chose a une fin que cette chose a moins de valeur ou que c'est un échec. Au contraire, il faut chérir tous les souvenirs de bonheurs qu'on a eu dans une relation, même si elle s'est terminée, et penser à tout ce que ça nous a apporté dans notre cheminement personnel.

Je me demande parfois de quoi aurait l'air le monde si le couple n'existait pas. En ce moment, le couple est au fond une version édulcorée du mariage indivorçable d'autrefois. Je me dis que même si personne n'avait jamais entendu parler de cette institution, il se formerait tout de même spontanément des sortes de couples mais peut-être sans l'aspect engagement. Comme avec l'amitié, on n'aurait pas besoin de se dire qu'on est en couple ou qu'on rompt, ça serait progressif et ça viendrait tout seul. Le fait d'habiter avec la personne, de lui faire des enfants ou d'être sexuellement exclusifs, ne seraient pas des obligations qui iraient de soi mais ça serait libre aux partenaires d'établir eux-mêmes les balises et ce qu'ils veulent comme relation. Bref, ça m'apparaît plus sain. Donc plutôt que de partir du mariage et de l'élaguer de quelques attributs pour former notre conception du couple, je pense qu'on devrait plutôt partir de l'amitié et lui ajouter des attributs. Mais bon, ça c'est ma conception du couple.

dimanche 26 janvier 2014

Choisir d'être du bétail

Mise en situation:
Imaginez que nous vivons dans un monde horrible ou l'humain a de multiples prédateurs. Des dinosaures, des ogres et des monstres de toutes sortes parcourent la Terre et nous traquent jusque dans les grottes où l'on vît. Les catastrophes naturelles et les épidémies sont également très fréquentes. Dû à la prédation, à la difficulté de trouver à manger et aux nombreuses maladies, le taux de mortalité est très élevé et la quasi-totalité des gens meurent avant d'avoir atteint vingt-cinq ans. 

Un jour, un terrifiant dragon surgit de nul part et vous fait l'offre suivante: «J'ai construit un magnifique palais au sommet de la montagne. Je peux y accueillir tous ceux qui le voudront. Vous y vivrez dans un confort tel que vous n'en avez jamais connu. Je vous nourrirai des mets les plus raffinés. Aucun prédateur, maladie ou catastrophe naturelle ne vous y incommodera. En retour, je ne vous demande qu'une chose: vous ne pourrez sortir de mon palais paradisiaque et, après que vous y aurez passé quarante années de pur bonheur, je viendrai vous y chercher et je vous mangerai tous sans qu'il vous soit possible de fuir.»

Qu'est-ce que vous choisiriez? Une vie longue et heureuse avec une mort programmée, ou essayeriez vous de continuer de survivre libre dans un monde cauchemardesque? En fait, le choix logique demeurerait d'accepter ce pacte avec le dragon, l'autre option étant davantage fondée sur un vain espoir où sur le désir de ne pas savoir à l'avance l'instant de notre mort.

Mon but ici était de faire une analogie avec l'élevage. J'en avais déjà fait une autre, mais là je voulais réfléchir à dans quelles circonstances les humains accepteraient de devenir eux-mêmes des animaux d'élevage. Supposons qu'une population animale a de la difficulté à survivre par elle-même dans la nature, lorsque l'humain la retire de son environnement pour l'ajouter à son cheptel, c'est comme s'il faisait un pacte avec elle. Il lui offre le confort et la protection pour une durée de temps, puis en fait son repas. Pour que le deal soit honnête, vu que l'animal n'a pas la raison qui lui permettrait de prendre cette décision lui-même, il faudrait que l'humain, s'il se trouvait dans la position inverse, accepte lui-même l'entente. Donc que la longueur et la qualité de la vie de la proie soient améliorées par cette situation.

Soit. Maintenant, prenez cette seconde mise en situation:
Imaginez que nous vivons dans un monde assez semblable au nôtre à une époque antérieure. Nous n'avons pas le confort et la technologie moderne, mais nous arrivons quand même à nous débrouiller. Parfois, des maladies ou des animaux sauvages emportent quelques-uns des nôtres, mais la majorité des gens vivent au moins jusqu'à quarante ans après une vie relativement heureuse. 
Un jour, un terrifiant dragon surgit de nul part et vous fait l'offre suivante: «J'ai construit une horrible prison sous la montagne. Je peux y accueillir tous ceux qui le voudront. Vous y serez confinez dans une cellule si petite que vous ne pourrez pas vous asseoir ni même vous retourner. Il y fait noir et beaucoup trop chaud. L'air sera vicié par l'odeur de vos déjections. Des tubes vous injecteront de la nourriture dans la gorge jusqu'à ce que vous deveniez obèse. Je vous amputerai douloureusement de toutes les parties de vos corps que je juge inutiles. Après que vous y aurez passé cinq ans d'atroces souffrances, je viendrai y chercher ceux d'entre vous qui auront survécus et je vous mangerai tous sans qu'il vous soit possible de fuir.»

L'élevage moderne, j'en ai bien peur, ressemble beaucoup plus à cette seconde histoire. Ce n'est donc pas un deal qu'un être doué de raison accepterait. C'est pour ça que ça m'agace quand quelqu'un essaie de défendre l'éthique de l'élevage en disant que c'est une situation gagnant-gagnant. Si on est honnête avec nous-mêmes, on sait que l'animal d'un élevage intensif n'aurait aucun intérêt à choisir ce mode de vie s'il avait la liberté et l'intelligence pour pouvoir le faire.

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Note: Même si la logique de l'élevage obéissait à ma première histoire ci-dessus, le critère de la nécessité pourrait faire en sorte qu'il demeurerait contraire à l'éthique d'exécuter un animal que l'on a choisit de sauver de la nature.  

Privatiser la poste

Beaucoup s'insurgent contre la manœuvre du Parti Conservateur de réduire les effectifs de Poste Canada et de cesser la livraison de courrier à domicile. J'en profite donc pour souligner une différence qui existe entre les opinions de la plupart des gauchistes et ma position personnelle; que j'appelle une «gauche lucide». Ça consiste à emprunter de petits éléments à des méthodes de ce qui est appelé «la droite économique» mais toujours en respectant et en ayant pour fin les idéaux de la gauche. Dans ce genre de cas, l'opinion de la gauche traditionnelle semble être que de couper des emplois est toujours une mauvaise chose, celle de la droite économique étant qu'il faut couper ce qui n'est pas rentable indépendamment des conséquences sur l'individu. Mon opinion est entre les deux, je ne veux pas garder des emplois à tout prix, ni faire des économies à tout prix. Mais, pour cette situation bien précise, je suis personnellement d'accord avec l'idée de progressivement abandonner Poste Canada.

Je pense que de nationaliser un service n'a de sens que lorsque celui-ci est essentiel ou lorsqu'il ne peut finir qu'en monopole. Donc, évidemment, à l'époque de la création de Poste Canada, c'était pertinent que ce soit un service public. La poste était alors le seul moyen de communication. Aujourd'hui, c'est différent. On communique beaucoup plus par internet et par téléphone que par la poste. Il y a deux ans, lorsque la poste était en grève, je ne pense pas que personne ait manqué quelque chose.

À l'inverse, je me disais que l'on devrait éventuellement nationaliser les services de téléphonie (filaire et sans fil) et de fournisseur d'internet. C'est beaucoup plus essentiel que la poste, tout le monde l'utilise tous les jours, et on sait que les prix de ces services au Canada sont ridiculement élevés par rapport aux États-Unis ou à l'Europe. En plus, beaucoup de régions moins urbanisées se plaignent de ne pas avoir d'internet haute vitesse ou de ne pas avoir de signal de téléphone sans fil. Mettre ces services sous la juridiction d'une société d'État me semblerait logique et bénéfique. Abandonner la poste au profit de moyens de communication plus modernes m'apparaît la chose à faire.

Évidemment, le service de poste et de livraison de colis à domicile ne disparaîtrait pas, il passerait simplement au privé. Les compagnies de livraisons prendraient progressivement le relais sur Poste Canada. Bien sûr, il faut y aller par étape, ne pas couper ce service d'un coup, à mesure que le peuple s'habituera à fonctionner par internet plutôt que par courrier papier. Donc, il faut aussi tenir compte du fait que les générations les plus âgées sont moins habituées à payer leurs factures en ligne par exemple. Moi je réduirais progressivement le nombre de jours de livraisons par semaine, à mesure que diminue la demande, jusqu'à ce que plus personne (autre que les publicités) n'utilisent ce service.

Les arguments pro-Poste que j'entends me semblent souvent boiteux. Par exemple, on dit que ce service est important parce que, pour certaines personnes âgées, le facteur est la seule personne qui leur rend visite. Ah oui? Bon, dans ce cas on coupe la Poste et on finance à la place un service de visites à domicile pour personnes âgées (et on peut même engager les facteurs licenciés pour faire ça). On nous dit également que plein de publisacs et autres junkmail risquent de joncher le sol tout autour des casiers postaux. Oui? Bon dans ce cas on passe une loi pour interdire de poster de la publicité (qui pollue trop de toute façon). Personnellement, je ne vois pas trop l'intérêt de faire construire des casiers postaux; ils ne pourront pas rivaliser avec les transporteurs privés.

Évidemment que c'est triste d'enlever leur gagne-pain à des gens qui font du bon travail juste parce que leur emploi tombe dans l'obsolescence, mais faire faire à des gens un travail devenu inutile juste parce qu'on présume qu'ils ne savent rien faire d'autre ne m'apparaît pas beaucoup moins triste.

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Note: Il va de soi que, en tant que société, ça demeure de notre devoir d'avoir des programmes de solidarité sociale et de placement d'emploi, pour que les gens qui ont perdu leur job pour ce genre de raison ne soient pas jetés à la rue. Ça ce serait indéfendable.

vendredi 27 décembre 2013

Jésus n'était pas un Viking

C'est le temps des fêtes alors je vais vous parler de Jésus. Plus précisément, de la façon dont il est représenté dans l'iconographie chrétienne populaire. Autant dans les livres pour enfants que dans les peintures de la Renaissance. On le voit toujours comme un Occidental typique, avec le teint clair et les yeux bleus. Parfois il est même blond.

Juste vous rappeler que même si Jésus est une figure centrale de la culture occidentale, il est né et a vécu toute sa vie au Proche-Orient. Ergo, il ressemble fort probablement plus à un Arabe qu'à un Viking. Mais bon, j'imagine que les chrétiens les plus intégristes ne sont pas prêts à accepter que leur sauveur soit un Arabe.

Les œuvres de charité

Des statistiques nous rappellent souvent que les Québécois manquent de philanthropie, au sens anglophone du terme. En effet, on va moins avoir tendance à verser spontanément une partie de nos revenus à des œuvres de charité, contrairement aux anglophones pour qui c'est un devoir moral. La raison est culturelle. Pour nous, il va de soi que c'est à l'État (ou au clergé) de redistribuer les richesses, tandis que dans les cultures de tradition protestante, c'est à l'individu d'être charitable envers les moins nantis ou de financer des institutions qui lui tiennent à cœur, comme les université par exemple.

Je pense personnellement que de financer ces causes par l'État est une meilleure solution, mais il y a des aspects du principe des donations à qui je reconnais une certaine valeur. Si les gens peuvent choisir à quelle cause va leur argent, on peut dire que c'est plus démocratique et que ce sont davantage celles qui préoccupent le peuple qui sont financées. Par contre, il y a le désavantage que les causes les plus populaires ne sont pas toujours nécessairement celles qui ont le plus besoin d'argent. Certaines causes moins à la mode ou ayant moins de visibilité médiatique peuvent donc en pâtir. Également, si l'on ne «force» par le peuple à donner, il y a des chances pour que le peuple se montre égoïste et qu'aucune cause n'amasse la somme dont elle a besoin. Autre désavantage, c'est que les organismes privés à but non lucratif doivent quand même se financer et sont donc obligés de conserver une partie des dons pour leurs dépenses. En plus, j'ai l'impression que la rivalité entre organismes nuit à la bonne répartition des sommes, en générant une guerre de publicités par exemple.

Alors voici ma proposition : on crée une société d'État – disons qu'on l'appelle Charité-Québec ou Québec-dons – pour recevoir tous les dons et les répartir selon les besoins réels. Tous ses employés et dépenses seraient payés par l'État, afin que chaque dollars reçu par les donateurs aillent directement dans les causes. Afin de permettre malgré tout une certaine liberté aux donateurs, il serait possible de choisir à quelle catégorie de causes l'argent irait. Par exemple:

  • la médecine,
  • la recherche scientifique (non médicale),
  • l'aide internationale,
  • la pauvreté et l'itinérance,
  • la violence conjugale,
  • l'éducation postsecondaire (autre que médecine),
  • une crise spécifique liée à une tragédie récente,
  • etc.


Toute cause ayant pour objectif d'amasser une somme supérieure à un certain seuil serait tenue de passer par cette société d'État pour recevoir ses dons. Elle demanderait d'avoir d'abord un financement pour sa campagne publicitaire et ses dépenses de base (financé par les impôts) puis recevrait des dons, parmi la somme reçu pour cette catégorie de cause, en proportion de ses besoins par rapport aux autres causes de la même catégorie. Idéalement, il faudrait limité la bureaucratie et permettre aux causes d'être directement réglées par cette société d'État. Aux sommes reçus en dons, l'État pourrait évidemment rajouter d'autres subventions lorsque c'est nécessaire.

Une personne pourrait quand même se faire porteparole d'une cause plus spécifique, mais les dons iraient à l'ensemble des causes de la même catégorie et seraient répartis au sein de la cause selon les besoins. Les défenseurs d'une cause pourraient par contre essayer d'obtenir une dissociation de leur catégorie (pour devenir une nouvelle catégorie distincte), un reclassement ou une double catégorisation s'ils ont des arguments convaincants à présenter.

Mon point ici est juste de démontrer que ce n'est pas nécessairement les Québécois qui ne sont pas corrects de ne pas faire assez de dons. On se fit sur nos élus pour s'occuper des causes sociales, financer les écoles et les hôpitaux, parce que l'on croit que c'est tout à fait possible pour eux de le faire et que c'est précisément dans leur mandat. Et je pense avoir démontré ici que ça serait bénéfique si l'État s'en chargeait davantage (à condition d'être plus transparent dans ses dépenses). Donc ce n'est pas tant l'individu qui devrait changer ses habitudes (bien que, ça serait sympathique de donner plus) que notre système de donations qui devrait être repensé.

dimanche 8 décembre 2013

L'extinction des livres

Vu que je suis libraire, on me demande souvent si je pense que les livres vont un jour disparaître. Comme on entend parler de ce sujet ces temps-ci à cause de la loi sur le prix unique, je me disais que c'était le temps d'exprimer mon avis là-dessus. Donc, à la question «Est-ce que les livres en papier vont disparaître?» je réponds… oui. Sans l'ombre d'un doute.

C'est inéluctable. Pourquoi? Pour la simple et bonne raison que le principal argument de ceux qui croient que les livres existeront pour toujours est celui de l'attachement émotionnel au produit. Que c'est don l'fun de tenir un livre dans ses mains, que ça sent bon le papier, etc. Nous sommes attachés au livre papier et toute notre vie nous allons continuer à utiliser ce média. Mais nous sommes mortels. Et la génération d'après? Celle qui aura été habituée autant au livre papier qu'au livre numérique? L'objet sera-t-il pour elle aussi imprégné de souvenirs et de nostalgie? Eh non. Le livre papier va donc progressivement reculer et rejoindre les parchemins et les tablettes d'argile. Je dirais que les livres format poche vont disparaître en premier, dans un avenir assez proche, puisqu'ils occupent plus la même niche de marché que les livres numériques. Le livre grand format, par contre, mettra beaucoup plus de temps à sombrer dans l'obsolescence puisque l'aspect esthétique de l'objet est important.

La loi sur le prix unique est utile mais ne fait que repousser la fatalité. Son rôle est que les grandes surfaces (qui ne vendent que des best-sellers mais à prix réduit) ne fassent plus de concurrence déloyale aux librairies. Le but c'est que les livres qui ne sont disponibles qu'en librairies (donc les pas-best-sellers) continuent d'avoir un point de vente. Mais même si les livres deviennent aussi chers dans les grandes surfaces que chez les libraires, encore faut-ils que les clients se rendent dans les librairies. Si tout ce que tu lis ce sont les best-sellers, c'est bien plus pratique de les acheter en faisant ton épicerie. Interdire aux grandes surfaces de vendre des livres auraient été drastique mais plus efficace, mais ç'aurait été sans compter le fait que l'on peut désormais se commander des livres par internet. Et quand tu commandes tes livres par internet, c'est souvent plus tentant de juste télécharger une version que tu peux lire immédiatement, plutôt que d'attendre que passe le livreur qui t'en donnera une version papier. Bref, l'inéluctable mort des librairies accélérera très certainement celle du livre papier.

Mais il ne faut pas voir la mort du livre comme quelque chose de triste, en autant que ce qui meurt n'est que le support. Le contenu va continuer d'exister mais sous une autre forme. La littérature ne mourra pas avec le livre en papier. Bien sûr, ça va changer un peu le contenu aussi. Déjà, j'ai l'impression que l'internet affecte la forme que prennent les livres papiers. On voit de plus en plus de livres écrits au «je», en langage vernaculaire, et découpés en chapitres très courts, comme si on lisait un blogue. D'une certaine façon, que le livre devienne numérique augmente le potentiel de diversité de la littérature. Il y a moins de contraintes au niveau du nombre de pages par exemple, et puisque c'est moins cher pour l'éditeur (qui n'a plus à l'imprimer ni à le distribuer, son rôle ne devient qu'une sorte de sceau de qualité), il n'est plus contraint de n'accepter qu'une quantité limitée de manuscrits. Le numérique permet également d'intégrer au livre du matériel multimédia. Bref, la littérature ne meure pas, ce n'est que l'un de ses supports qui nous quitte tranquillement.

samedi 9 novembre 2013

Les paradoxes de Dieu

Les monothéistes donnent à leur dieu plusieurs attributs pour en faire un être suprême et magnificent. Une sorte de «parent idéal» dont ils se croient l'enfant préféré. Par exemple: il sait tout, il voit tout, il a tout créé, il est tout-puissant, il est infiniment bon, il est parfait (qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire?), il est amour (encore plus vide de sens…), il est partout à la fois, etc. Outre la puérilité manifeste de ces croyances, il s'y trouve certaines incohérences qui heurtent le gros bon sens. Des paradoxes. Je vois trois sortes de contradictions dans les attributs de Dieu:
  • contraire aux faits et à la logique;
  • contraire entre eux;
  • autocontradictoire (oxymore);

Évidemment, le fait que l'explication divine est, depuis des siècles, de plus en plus remplacée par l'explication scientifique nous pousse légitimement à présumer qu'il n'y a tout simplement pas de Dieu, et que tout a une cause naturelle. Mais même sans ce progrès de la science, je trouve qu'il y a des éléments dans la foi monothéiste qui sont en eux-mêmes problématiques. Le polythéisme m'apparaît déjà moins absurde car, bien que tout autant contraire aux faits, il a au moins l'intelligence de percevoir l'univers comme un équilibre entre plusieurs forces antagonistes ou rivales, et non comme le fruit d'une volonté unique. Bien sûr, il y a des démons dans le monothéisme, qui sont en guerre contre les anges. Mais, puisque ces méchants ont eux aussi été créés par le chef des gentils (Dieu) qui, en vertu de ses attributs, était parfaitement conscient qu'ils deviendraient méchants, on peut dire que tout l'univers devrait être l'œuvre d'une unique personne. Ce qui m'amène à un autre paradoxe de Dieu.

On attribut généralement cette réflexion au philosophe Épicure (342-270 avant notre ère) mais ça lui ait probablement postérieur même si ça fitte avec sa pensée. Le raisonnement est le suivant:
Si la puissance et la bonté de Dieu sont infinies, le mal ne devrait pas exister. Si le mal existe, c'est soit que Dieu aurait pu l'empêcher mais ne le veut pas (donc il n'est pas infiniment bon), soit il aurait voulu l'empêcher mais ne le peut pas (donc il n'est pas tout-puissant).

Les contre-arguments disent généralement que le mal ne vient pas de Dieu comme tel, mais qu'il est une condition nécessaire à l'existence du libre-arbitre, que Dieu nous a donné justement par bonté. Cette réponse est très peu satisfaisante pour moi, pour plusieurs raisons. Entre autres parce qu'elle sous-entend que non seulement les personnes mais aussi les catastrophes naturelles ont un libre-arbitre, ce qui est absurde. Ensuite parce qu'elle entre contradiction avec les raisons même qui nous poussent à nous doter de lois. Si nous nous enlevons certaines libertés au nom d'un plus grand bien, c'est parce que nous reconnaissons que, par exemple, mieux vaut perdre sa liberté de tuer autrui si c'est pour nous éviter d'être tué par autrui. Mais là, c'est comme si Dieu régnait sur l'univers sans intervenir pour imposer ses lois (et en envoyant aléatoirement des catastrophes). Donc l'existence même de gouvernements humains est la preuve que nous reconnaissons tous implicitement que Dieu ne fait pas son travail.

Mais il y a aussi la conception même du libre-arbitre qui me rebute dans cette explication. Comme si l'individu pouvait faire des choix qui n'auraient aucune cause extérieure ou antérieure (et que même Dieu ne pourrait anticiper?), ce qui m'apparaît encore plus insensé que l'idée de Dieu. Si on évite cet indéterminisme, on pourrait peut-être se dire que Dieu a programmé nos esprits comme un humain le ferait d'une intelligence artificielle, mais qu'il nous a conçu si complexe qu'il ne peut anticiper à l'avance nos décisions. Et c'est peut-être aussi pour ça qu'existent les catastrophes naturelles, le climat est peut-être un système trop complexe pour être prédictible pour Dieu? Ce qui m'amène à mon autre point.

J'ignore quel théologien a un jour posée la question suivante:
«Dieu peut-il créer une pierre si lourde qu'il ne pourrait lui-même la soulever?»

En calquant cette question dans mon questionnement théologique à propos du libre-arbitre, j'aurais pu me demander: «Dieu peut-il créer un système (ou un être) si complexe qu'il ne puisse anticiper ses actions à l'avance?» Évidemment, cela m'amène à remettre en question la toute-puissance de Dieu puisque, quoique l'on réponde à ces questions, on impose une limite à sa puissance. Ainsi, l'omnipotence est un attribut de Dieu qui m'apparaît autocontradictoire et qui, pour cette raison, aurait dû être abandonné par les théologiens.

Les autres attributs divins me semblent également difficile à défendre d'un point de vue rationnel. Par exemple, si Dieu est parfait, je ne vois aucune raison pour laquelle il aurait eu besoin de créer l'univers. Et s'il est partout à la fois, ça implique qu'il soit tout, comme si l'univers était son corps. Il faudrait pour ça que l'univers entier puisse être modélisé comme un seul grand système complexe, et non une infinité de galaxies qui ne se touchent pas. Son infini bonté, quand à elle, est plus tautologique que paradoxale. Si on définit le bien comme étant d'obéir à Dieu, alors c'est assez facile pour Dieu de s'obéir à lui-même.

Ainsi, l'existence de Dieu heurterait moins la raison si, à la place de lui donner tous ces attributs «infinis», on se contentait de dire qu'il est:
  • presque parfait, mais pas parfait,
  • super-puissant, mais pas tout-puissant,
  • clairvoyant mais pas omnivoyant,
  • assez bienveillant mais pas infiniment bon,
  • à plusieurs endroits en même temps mais pas omniprésent,
  • etc.

Évidemment, tout cela n'est qu'un exercice philosophique de ma part. Même si Dieu était présenté de façon moins absurde, il n'en demeurerait pas moins contraire aux faits et à la science, en plus d'être incompatible avec une sagesse adulte.

––
P.S. – Il y en a qui vont encore me reprocher de m'attaquer à une croyance inoffensive… En fait, je n'adresse pas ce billet aux croyants qui se contentent de croire dans leur coin en sachant que ce n'est pas rationnel. Je m'adresse justement à ceux qui tente d'amener la question de Dieu sur le terrain de la raison.